TOME IV
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tlules, qui lui avait donné labié de religieux un au auparavant; il lui recommanda sa m;ère et ses disciples, puis, après avoir reçu le saint viatique, ili mourut en paix le 3o juin 1066, âgé d'environ trente-trois ans.
S. PÏERKE DAMIEN,
DOCTEUR, CARDINAL-ÉVEQUE d'oSTIE.
(23 février.)
Pierre, surnommé Dmnien ou de Dcvnilen, naquit à Ravenne , vers l'an 988 , d'une famille honnête, mais peu ffivoriséo des biens de la fortune. Ayant perdu en bas âge son père et sa mère , il tomba entre les mains d'un de ses frères déjà marié , qui, oubliant les sentiments de la nature à son égard, le traita avec awtant de dureté qu'il eût traité le plus vil esclave. Il ne voulut lui donner aucune édacalion e!:, lorsqu'il le vit un peu plus a/ancéen âge il ne rougit poi©t de Tenvoyer garderies pourceaux. Cependant le jeune Pierre n'avait que d'heureuses inclinations; l'usage qu'il lit d'une pièce d^'acgent qu'il avait trouvée montra que son ame était bien élevée au dessus de la bassesse de son état, il alla porter cet argent à un prêtre , afin qu'il offrit l'auguste sacrifice de la oiessc pour le repos de l'ame de son père.
DieU;, dont la providence avait des vues sur lui, le tira de Fescliavage où il était en inspirant à un autre de ses frères, nommé Damien , la charité de se charger de lui. Ce frère , alors archiprètrc de Ravenne , embrassa depuis l'état monastique. On
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croit que ce fut par reconnaissance de tous ses seras que notre bienheureux prit dans la suite le surnom de Ramien; il eut en effet pour lui toute la tendresse d'ua. père. Il îe fit étudier et l'envoya d'abord à Faenza , puis h Parme, où il eut pour maître le fameux Ives, Les progrès de Pierre furent rapides , parcequ'il joigiMÎt une rare pénétration d'esprit h un. grandi amour pour l'étu^ie ; il surpassa ses condisciples en peu de temps, et fut bientôt capable d'enseigner aux autres. La supériorité aycc laquelle il exerça cet emploi attira ])eaacoup de monde à son école , et lui fournit des revenus assez considérables. L'aisance où il se trouvait, jointe aux applaudissements qu'il recevait de toutes parts, lui parut une tentation fort dangereuse ; il prit donc pourn'v pas suecomber toutes les mesures prescrites par la vigilance chrétienne. Il priait beaucoup, portait un cilicc sous ses habits, et mortifiait sa chair par la pratique du jeCine et des veilles. Si la volupté venait h le solliciter aupi'chc pendant la nuit , il se levait promptement , allait se plonger dans l'eau et y demeurait jusqu'à ce que tous ses membres fussent transis de froid : ens-aite U visitait les églises et récitait le psautier en attendant que l'ollicc divin commençât. 11 faisait d'abondantes aumônes et admettait les pauvres à sa table, s'eslimant heureux de les servir de ses propres mains, parceque la foi lui. découvrait Jésus-Christ sous leurs haillons.
Cependant il ne se crut point encore assez en sûreté, et il se regardait toujours comme un homme qui ne fuyait qu'a demi le poison mortel du péché. Il résolut donc de quitter entièrement le siècle et d-'embrasser la vie monastique, mais dans un
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lieu fort éloigné de son pays de crainte que quelque obstacle ne vînt traverser son projet. Pendant qu'il s'occupait de ces pensées Dieu permit qu'il rencontrât deux ermites de Font- Avellane. Il leur communiqua le dessein qu'il avait de renoncer au monde, et il fut si édifié de leur vertu, et surtout de leur désintéressement, qu'il choisit leur ermitage pour le lieu de sa retraite. Cet ermitage était dans rOmbrie, au pied de l'Apennin , et avait été fondé vingt ans auparavant par le bienheureux Ludolfe. Les ermites demeuraient deux à deux dans des cellules séparées. La plus grande partie de leur temps était consacrée h la lecture et à l'oraison. Ils ne vivaient que de pain et d'eau quatre jours de la semaine. Le mardi et le jeudi, ils mangeaient un peu de légumes, qu'ils faisaient cuire eux-mêmes dans leurs cellules. Les jours de jeûne on leur donnait le pain par mesure. Quoique le vin fût la boisson ordinaire du pays, ils n'en avaient que pour les malades et pour le saint sacrifice de la messe. Ils allaient nu-pieds , prenaient de rudes disciplines , faisaient de fréquentes génuflexions , se frappaient souvent la poitrine, priaient les bras tendus , chacun toutefois selon ses forces et sa dévotion. Après l'oûice de la nuit ils disaient le psautier en attendant le jour.
Pierre se livra h toutes ces pratiques avec une ferveur étonnante; il ajouta même encore aux veilles de la maison : mais sa santé n'y put tenir; il fut attaqué d'une insomme dont il eut beaucoup de peine à guérir. Cette maladie lui appritpar la suite qu'il ne faut pas toujours suivre l'ardeur de son zèle, et qu'on doit user de discrétion danslesexer-
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cices de la pénitence. Son amour pour la pauvreté était extrême ; les habits les plus vils et les plus usés étaient ceux qu'il préférait. Il portait l'obéissance au plus haut degré. Un mot , un signe avait à peine manifesté la volonté du supérieur qu'il courait l'exécuter siir-le- champ. Il partageait entre la prière et l'étude tous les moments qu'il passait dans sa cellule , et il devint aussi habile dans la science de l'Ecriture sainte et de la religion qu'il l'était dans la connaissance des belles-lettres. Ce fut ce qui engagea son supérieur à le charger du soin de faire des exhortations aux religieux. Gui , abbé de Pomposie , informé de sa capacité , le demanda pour instruire ses moines, ce qui lui fut accordé. Pierre resta deux ans à Pomposie, où il annonça la parole de Dieu avec autant d'édification que de fruit. Son abbé l'ayant rappelé l'envoya au monastère de Saint-Yincent, près de Pierre-Pertuse, pour y exercer la même fonction.
Lorsqu'il fut de retour h Font-Avellane, l'abbé le désigna pour son successeur du consentement de tous ses frères ; mais il trouva une grande opposition à ce choix dans l'humilité de notre bienheureux , et il fallut pour la vaincre qu'il fît usage de toute son autorité. Cet abbé étant mort en io4i , Pierre se trouva à la tétc du monastère, qu'il gouverna avec la plus haute réputation de sainteté et de sagesse. Il fonda encore cinq autres ermitages, où il établit des prieurs qui gouvcrnaienl sous lui. Son principal soin était d'entretenir partout cet esprit de charité, de retraite et d'humilité qui doit caractériser les solitaires ; aussi forma-t-il des disciples d'une vertu éminente., et qui devinrent dans
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la suite de brillantes lumières de l'Église. Tels furent entre auîres S. Rhou ou Piodoife, évéque de Gubio; S. Dominique , surnommé t'Encairassè, et S. Jean de Lodi, qui fut aussi évêque de Gubio, et qui a écrit la yie du bienheureux Pierre.
Le soin qu'il élait obligé de prendre de ses naonastères ne l'empêchait pas de rendre de grands services à l'Église. Les pspes Grégoire YI, Clément H, Léon IX et Yictor II , sans parler de plusieurs érêques , l'employèrent avec succès dans des circonstances où il fallait un homme qui eut beaucoup de lumières et de capacité. Le pape Etienne ÏX, voulant absolument le rendre au monde qu'il était si capable de sanctifier, lefitcnrdinal-évêque d'Ostie en 1007. Pierre, qui comme tous les saints redoutait les dignités ecclésiastiques, mit tout en œuvre pour engager le souverain pontife hle laisser dans son désert ,* mais ses efforls furent inutiles , et on le menaça de l'excommunication s'il résistait plus long-temps.
Etienne étant mort en 1008, quelques personnes puissantes élurent contre toutes les règles Jean , évêque de Yélélri, qui prit le nom de Benoît. Pierre contribua plus que personne hlui persuader de quitter un siège qu'il ne pouvait posséder légitimement et h faire agréer l'élection de TSicolas K , qui joignait un esprit pénétrant et cultivé h des mœurs pures et à une immense charité pour les pauvres. Nicolas n'eul pas plus tôt été reconnu qu'on lui porta des plaintes sur la simonie des ecclésiastiques de Milan. Il crut que personne n'était plus capable que Pierre de bien conduire cette affaire; il l'envoya donc h Milan en qualité de légat avec plein pou-
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voir de punir les- coupables et de remettre tout dans l'ordre. L'événement justifia la bonté de son cbôix.
Notre saint n<î craignit point de prendre le parti d'Alexandre , qui avait succédé canoniquement à Nicolas II en 1062 , contre l'empereur qui soutenait l'antipape Cadaloiis, évoque de Parme. Il obtint ensuite de ce dernier, dans un concile tenu à Rome, qu'il se désisterait de ses prétentions, et il engagea Henri IV, roi de Germanie, à acquiescer à tout ,cc qui avait été décidé dans le concile. Ce dernier point était d'autant plus difficile à gagner que le roi de Germanie n'avait rien des sentiments reli2;ieux de tienri III , son père ; il avait même été élevé dès sa jeunesse dans les détestables maximes de la tyrannie et de l'irréligion. Mais tel est le cbarme de la vertu qu'elle sait captiver jusqu'à ses ennemis et désarmer leur fureur.
Cependant l'évêque d'Ostie soupirait sans cesse après la solitude, qu'il n'avait quittée qu'à regret. Déjà il avait voulu se démettre de son évêché, elr, plus d'une fois il en avait demandé la permission à Nicolas II ; mais ce pontife refusa toujours d'y consentir. Il revint à la charge sous Alexandre II , et après bien des difficultés il obtint enfin ce qu'il désirait avec tant d'ardeur. Le pape se réserva cependant le pouvoir de lempîoyer dans les affaires de l'Eglise quaiad il jugerait à propos. Pierre, non content d'avoir abdiqué l'épiscopat, renonça encetfc à la qualité de supérieur général des monastères qu il avait fondés, afin de vivre désormais en simple religieux. Il reprit ses anciens exercices, et s'en acquitta avec autant de ferveur que de fidélité.
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Ce fut alors qu'il prit la plume pour combattre les abus qui attaquaient la religion et la discipline. On trouye dans son style de la clarté , de l'aisance et delà force ; partout on voit un homme qui tient pour la sévérité des règles: mais ceci se remarque prîncipalem.ent dans les ouvrages où il traite des devoirs des ecclésiastiques et des moines. Il s'éleva surtout contre le.^ ecclésiastiques qui servent les grands , et leur font la cour dans la vue d'en obtenir des bénéfices. Il peignit avec force l'indignité de leur conduite, et leur montra qu'ils étaient coupables de simonie. îl ne pouvait souffrir qu'on manquât de respect à Dieu, surtout clans la prière publique. S'étant aperçu, un jour qu'il passait par Besançon^ que les chanoines de la cathédrale restaient assis pendant l'office divin , son zèle s'enflamma et lui mit la plume à la main : il adressa à révêque de Besançon un traité où il prouve qu'on doit assister debout a l'office, et qu'on nepeuts'asseoir que pendant les leçons.
Notre saint était sensiblement affligé de la décadence de l'état monastique. On voyait en effet des religieux qui, quoique dévoués par choix à une vie solitaire, ne rougissaient point de quitter leurs cellules pour se mêler avec les gens du monde. Ils imaginaient mille prétextes frivoles pour se déguiser à eux-mêmes des dérèglements contraires à leur profession, et surtout cet esprit de propriété qu'on ne peut excuser de crime dans des hommes qui ont fait vœu de pauvreté. Pierre Damien attaqua ces abus avec son zèle ordinaire. « Jamais , disait-il à ces moines relâchés, jamais nous ne pourrons rétablir les choses dans l'état primitif; mais si par
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notre négligence nous anéantissons le peu de régularité qui reste, comment les âges futurs répareront-ils de pareilles brèches? Epargnons-nous au moins le reproche honteux d'avoir porté les derniers coups h l'ordre monastique. Transmettons fidèlement h la postérité les exemples de vertu que nous ont laissés nos pères. »
Le souverain pontife tira Pierre de sa retraite en io63 pour l'envoyer en France en qualité de légat. Il montra la haute estime qu'il avait pour sa personne en recommandant aux premiers prélats de le recevoir comme lui-même. Les affaires dont il était chargé demandaient un homme doué du plus rare mérite. Il s'agissait d'étouffer des semences de division, de fixer les bornes de la juridiction de quelques évoques, déjuger et de punir les ecclésiastiques simoniaques : il se conduisit en chaque chose avec une supériorité qui réunit tous les suffrages. Son zèle l'empêcha de mollir aux dépens des règles; mais en même temps il sut éviter cette rigueur et cette dureté qui ne font qu'aigrir les esprits. Il usa d'indulgence envers les coupablcsqui se repentaient de leurs fautes, suivant en tout ce que lui dictaient la charité et la prudence.
Quelque temps après il fut chargé d'une commission encore plus délicate que celle dont nous venons déparier. Henri IV, roi de Germanie, prince sans religion, avait épousé en 1066 Berthe, fille d'Othon , marquis d'Italie. S'étant dégoûté peu h peu de cette princesse, il voulut s'en séparer au bout de trois ans, et demanda sous de frivoles prétextes que son mariage fût déclaré nul et invalide. L'archevêque de Mayence eut la faiblesse d'entrer dans les
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-mes criminelles dnroi, et coriToqua même un concile où l'on devait prononcer la légitimité du divorce. Le souverain pontife, alarmé du scandale qui menaçait la religion, envoya Pierre à Mayence en qualité de légat pour présider au concile. La raison de ce choixfut qu'il lui connaissait une vertu incorruptible , une prudence consommée et une fermeté à toute épreuve. Le saint, ayant trouvé le roi et les évêques k Francfort, leur rendit compte des ordres et des instructions que sa sainteté lui avait donnés; il s'adressa ensuite au prince , et le conjura de la manière la plus forte de respecter la loi de Dieu et les canons de l'Eglise, de ménager sa propre réputation et de réfléchir sérieusement sur Thorrible scandale que causerait son exemple. Plusieurs seigneurs de la cour se joignirent au légat et supplièrent instamment le prince de Germanie de ne pas se couvrir d'un opprobre éternel. Henri ne put résister à des motifs si puissants; il se rendit et abandonna son projet de divorce ; mais son cœur resta toujours le même, et son aversion pour la reine ne fit que croître de jour en jour.
Pierre Damien n'eut pas plus tôt exécuté sa commission qu'il retourna au désert de Font -Aveliane. Il rentra dans sa cellule avec la plus grande joie, et s'y renferma comme dans une prison. Il y portait des chaînes de fer^ et déchirait son corps par de rigoureuses flagellations. Ses jeûnes étaient extraordinaires; il passait les trois premiers jours de l'avent et du carême sans prendre aucune sorte de nourriture. Souvent il lui arriva pendant les quarante jours de carême de ne manger rien de cuit, et de ne vivre que d'herbes crues trempées dans l'eau. Une
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I nalte étenducsur la terre lui servait de lit. Il avait des heures marquées pour le travail des mains, et alors il s'occupait à faire des cuillers de bois ou d'autres petits ouvrages dti m^me genre.
Henri, archevêque de Piavenne, ayant été excommunié pour des crimes énormes, le papeAlcxanijre II chargea notre saint de partir pour cette ville avec le titre de légat, afin de remédier aux abus, et de rétablir le bon ordre. Pierre Damien était tout propre à faire rentrer l'archevêque en lui-même ; mais il n'arriva h Ravenne qu'après la mort de cet infortuné prélat. Il tâcha du moins de convertir les complices de ses crimes, et il y réussit; il les amena même au point d'accepter une pénitence qu'il leur imposa. Nous touchons enfin au moment où Dieu couronna les travaux de son serviteur. Lesfatijçues de ce dernier voyage achevèrent d'épuiser un corps cassé de vieillesse et affaibli par de longues austérités. Pierre Damien retournant à Rome fut pris de la fièvre dans le monastère de Notre-Dame de Faenza, et y mourut le 22 février 1072, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Il est honoré ence jour, avec le titre de patron, à Faenza et a Font-Avellane.
On remarque dans tous les écrits de S. Pierre Damien un esprit cultivé et instruit des sciences divines et huji-aines. La lecture n'en peut être que très utile , surtout aux ecclésiastiques et aux religieux. Les ceuvres de S. Pierre Damien ont été imprimées plusieurs fois. Les éditions les plus amples sont celles de Paris de 1642 et iGGo.
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S. JEAN Gl ALBERT,
ABBÉ, FONDATEUR DE l'oRDRE DE VALLOMBREl'SE . (12 juillet. )
S. Jean Gualbert sortait d'une famille riche et noble établie à Florence. Il fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dansla connaissance des lettres. Mais à peine fut-il entré dans le monde qu'il en prit le goût des vanités. L'amour des plaisirs le subjugua tellement que ce qui lui avait paru criminel ne lui offrit plus rien que de légitime et d'innocent : il s'imagina que la dissipation et le faste devaient être un privilège delà naissance. La doctrine évangélique ne s'accordant point avec sa conduite, il chercha à s'étourdir sur ce point , et bientôt les plus puissants motifs de vertu perdirent toute leur force à son égard. C'en était fait de lui si Dieu n'eût ménagé une circonstance pour le tirer de l'état déplorable où il était réduit.
Hugues Gualbert avait été tué par un gentilhomme du pays. Jean, son frère^ forma le projet de venger sa mort en ôtant la vie au meurtrier. Animé de plus par les discours de son propre père, il devint entièrement sourd à la voix de la raison et de la religion. Aveuglé par sa passion , il se persuada qu'il se couvrirait de honte en laissant impuni l'outrage qu^il avait reçu dans la personne de son frère. Revenant de la campagne h Florence un jour de vendredi-saint , il rencontra le gentilhomme dans un passage si étroit qu'ils ne pouvaient se dé'ournerni l'un ni l'autre. La vue de son ennemi rai] urne
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sa vengeance, il met l'épéo à la main et se prépare à la lui passer au travers du corps ; mais le gentilhomme se jette h ses pieds , et 15, les bras étendus en forme de croix , il le conjure par la passion de Jésus-Christ , dont on célébrait la mémoire en ce jour, de ne pas lui ôter la vie. Jean Gualbert fut singulièrement frappe de ce qu'il voyait et entendait. L'exemple du Sauveur priant pour ses propres bourreaax amollit la dureté de son cœur; il tend la main au gentilhomme, puis lui dit avec douceur : « Je ne puis vous refuser ce que vous demandez au nom de Jésus-Christ ; je vous accorde non seulement la vie , mais même mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché. » S'étant ensuite embrassés l'un et l'autre, ilsse séparèrent.
Jean continua sa route jusqu'à l'abbaye de Saint- Miniat, qui appartenait h l'ordre de Saint-Benoît. Etant entré dans l'éghse , il pria devant un crucifix avec une ferveur extraordinaire. Au sortir de l'Église il va trouver l'abbé , et lui demande l'habit. On lui refusa ce qu'il demandait , parccqu'on craignait son père ; on lui permit seulement de suivre en habit séculier les exercices de la communauté. Quelques jours après il se coupa lui-même les cheveux , et se revêtit d'un habit de moine qu'il avait emprunté. Son père devint furieux, il s'adoucit cependant h la fin. Touché des motifs qui avaient déterminé son fils à quitter le monde , il lui donna sa bénétiiction , et l'exhorta lui-même h persévérer dans les bons sentiments oii il était.
Le jeune religieux se livra tout entier aux austères pratiques de la pénitence. Il eut bientôt trouvé le secret important de rendre sa prière continuelle»
y^^O s. JÊA.N GLALBEBT.
11 joignait aux macérations corporelles de vifs sentiments de componction , afin d'expier ses fautes passées et de se faciliter les moyens de remporter une victoire complète sur les penchants corrompus de la nature. Par son extrême fidélité à. tous le& exercices de la. pénitence il étaLlil en lui de la manière la pliiâ solide le rè^ne de ia douceur et de l'humilité , et il devint en peu de {emps un modèle accompli de toutes les vertus.
L'ahhé du monastère étant nmrt , les religieux voulurent relire en sa place ; mais il fat impossible d'obtenir son consentement. Peu de temps après il quitta le monastère avec un autre religieux , et se retira dans la vallée dite FaUouiùreuse , au diocèse de Fiésoli. 11 y trouva deux ermites, auxqitels il se joignit avec son compagnon. Ils-ccnçurcnt tous ensemble le projet de bâtir un monastère et d'y former une communauté où l'on suivrait la règle de S. Benoît, selon son austérité primitive. Le nouvel ordre fut depuis approuvé par le pape Alexandre 11, ainsi que les constitutions particulières qu'y ajouta S. JeanGualbert, quienfut fait premier abbé. Il établit |>armi ses frères l'amour de la retraite et du silence, le détachement de toutes les choses de la terre, la pratique de Thiumilité, les austérités de la. pénitence et de la charité la plus universelle. Il était rempli de tendresse et très compatissant envers ses frères, surtout envers ceux qui étaient malades. Il ne voukit pointparhumilité recevoir même les ordres mineurs.
Le nouvel ordre prit bientôt des accroissements considérables. Gualbert aimait singulièrement les pauvres, et il n'en renvoyait aucun sans lui donner
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l'aumône. Souvent il lui arriva de vicier les magasins du monastère pour soulager les indigents. Ayant été pris d'une grosse lièvre , il fit assembler les supérieurs de son ordre ; il leur annonça qu'il allait être séparé d'eux. : puis il exhorta fortement à veiller pour qu'on observât la règle avec exactitude , et h, maintenir la paix et la ckarité irateriielle. Il demanda eusuile les derniers sacrements, qu'il reçut avec de grands sentiments de piété. Il mourut le 12 juillet 10-5, à l'âge de soixante-quatorze ans, et fut canonisé en iiga par le pape Célestin Ilî.