ABRÉGÉ HISTORIQUE DES ÉVÉNEMENTS LES PLUS REMAR- QUABLES DE CE SIÈCLE
Le douzième siècle est célèbre par les guerresconnues sous le nom de croisades : voici quelle en fut l'origine.
Un prêtre du diocèse d'Amiens, nommé Pierre l'Ermite, ayant fait le pèlerinage de Jérusalem^ fîil sensiblement affligé de voir les lieux saints profanés et les chrétiens d'Orient indignement outragiés ^ par les infidèles. Le pape Crbain II, h qui il fît une peinture touchante de l'état déplorable de la Terre- Sainte, prit de concert avec lui la résolution de travailler à sa délivrance. Il indiqua un concile ?i Glermont en Auvergne, et y parla d'une manière si pathétique que les assistants fondant en larmes s'écrièrent tous d'une voix : Dieu le veut. La plupart s'engagèrent à marcher au secours delaTerre- Sainte, et pnrent pour marque de leur engagemeot une croix d'étoffe rouge attachée à l'épaule droite; ce qui leur fit donner le nom de Croisés,
Cette première croisade ne fut pas sans succès^ L'armée chrétienne, s'étant mise en marche versl'Asie, pénétra dans la Palestine et s'avança vers Jérusalem, qni était le grand objet de l'expédition. Les infidèles n'avaient rien négligé pour mettre la place en état de défense; mais les croisés firent des
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prodiges de valeur, et après cinq semaines de combats ils l'emportèrent un vendredi à trois heures du soir.
Dès que la victoire fut assurée et la tranquillité rétablie, ils quittèrent leurs armes et leurs habits ensanglantés : ils allèrent nu-pieds en pleurant et en se frappant Ja poitrine visiter tons les lieux consacrés par les souffrances du Sauveur. Huit jours après les chefs de l'armée s'assemblèrent pour élire un roi capal^le de conserver cette précieuse conquête. Le choix tomba sur Godefroi de Bouillon, duc de Lorraine, le plus vaillant et le plus vertueux capitaine de toute Tarmée. Il fut proclamé roi dans l'église du Saint-Sépulcre. Comme on lui présentait une couronne d'or, le pieux héros la refusa : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je porte une telle couronne dans un lieu où le Pioi des rois n'a été couronné que d'épines ! »
Un avantage bien précieux que TEglisc retira des croisades fut la naissance de plusieurs ordres tout à la fois religieux et militaires. Le plus ancien et le plus illustre est celui des Hospitaliers de Saint-Jean, qui subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Chevaliers de Malte. La première maison de cet ordre n'était d'abord qu'un hôpital bâti à Jérusalem^ pour recevoir les pèlerins qui venaient visiter les saints lieux et pour y prendre soin des malades. Lorsque les croisés furent maîtres de la ville, plusieurs des principaux d'entre eux, édifiés de la charité qu'on y exerçait envers les malheureux, se dévouèrent eux-mêmes h celte bonne œuvre : mais ils ne se bornèrent plus, comme on avait fait jusqu'alors, aux exercices paisibles de la charité; ils pri-
rent les armes contre les ennemi;? de la religion. Fiers et terribles à l'égard des infidèles, ils étaient dans l'intérieur de l'hôpital d'humbles serviteurs des pèlerins et des malades.
Ce nouvel ordre se multiplia considérablement. Après la chute du royaume de Jérusalem, qui ne dura pas cent ans, les chevaliers s'établirent dans l'île de Rhodes, puis dans celle de Malle ; ils furent dans ces deux îles comme le boulevart de la chrétienté, et y soutinrent des sièges à jamais mémorables contre les Turcs. Ces ennemis du nom chrétien menaçaient alors d'envahir fEurope entière, et sans doute ils auraient réussi si Jésus-Christ, toujours attentif h la conservation de son Eglise, ne leur eût opposé à Malte une barrière qu'ils ne purent forcer.
Les ordres religieux dont nous venons de parler ne furent pas les seuls que l'on vît s'élever dans le douzième siècle. Il y en eut plusieurs autres, dont les principaux furent, en France, l'ordre de la Prémontré, fondé par S. Norbert, depuis archevêque de Magdebourg ; Tordre de Cîteaux, ainsi nommé de la forêt de Cîteaux en Bourgogne. C'était un désert affreux, qui n'était habité que par les bctes sauvages; mais quelques personnes pieuses s'y étant réunies, dans le dessein de pratiquer la règle de Saint-Benoît dans toute sa rigueur, firent de ce désert un séjour des saints, occupes jour et nuit h. chanter les louanges du Seigneur.
C'est à cette époque qu'on vit paraître S. Bernard, abbé de Clairvaux; il fut sans contredit le personnage le plusiliustrc de son siècle par sasain- Icté, sa science et par tous les autres genres de
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mérites. Né d'une famille noble et riche, il réusaîssait dans sa personne les grâces extérieures du corps et les plus rares qualités de l'esprit. Rien lïe lai manquait de ce qui pouvait lui rendre le monde aimable; mais jeune encore il sut tout sacrifier à Dieu. Suivi de presque tous ses frères et de plusieurs autres jeunes gens qu'il avait gagnés, il entra dans le nouvel ordre de Cîteaux.
Son exemple y attira un si grand nombre de religieux qu'on se trouva obligé de fonder plusieurs abbayes, entre autres celle de Clairvaux en Champagne. S. Bernard en fut établi abbé, et sous un tel chef cette seconde maison ne le céda àl a première ni en régularité ni en ferveur. On ne connaissait à Clairvaux que la prière et le travail des mains. Quoique la communauté fût nombreuse, le silence de la nuit y régnait pendant le jour. Ce silence inspirait un tel respect aux séculiers qu'ils n'osaient eux-mêmes tenir aucun discours profane en ce saint lieu. On y voyait des hommes qui, après avoir été riches et honorés dans le monde, s'étaient feits pauvres pour l'amour de Jésus-Christ, et qui somTraient avec joie la fatigue du travail et les humiliations de la pénitence.
S. Bernard ne cherchait qu'à s'ensevelir dans la retraite, mais la réputation que lui donnaient sa sainteté, ses miracles et ses lumières, troubla sou- Tenl sa solitude. On avait recours à lui de toutes les provinces. Il était tout à la fois le refuge des malheureux, le défenseur des opprimés, le fléau des liérétiques, le conseil des évoques et des souverains pontifes; en un mot la lumière, la consolation et le soutien de l'Eglise.
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Malgré les victoires remportées sur les infidèles, la Terre Sainte était en grand danger de retomber entre leurs mains. Le roi de Jérusalem demandait du secours aux princes d'Occident. C'est ce qui donna occasion à la seconde croisade. S. Bernard reçut du pape l'ordre de la prêcher; il le fit en France et en Allemagne avec un succès prodigieux, et sa prédication l'ut soutenue par des miracles sans nombre. Louis-le-Jeune, roi de France, et Conrad, empereur d'Allemagne, partirent chacun avec une armée considérable. De si grandes forces étaient bien capables de repousser les infidèles, mais presque tout périt, soit par la mauvaise conduite des croisés, soit par les pièges que leur tendirent les Grecs.
Le chagrin que causa le fâcheux succès de la seconde croisade donna lieu aux murmures qui éclatèrent contre S. Bernard, qui l'avait prêchée. Mais il se justifia en disant, comme il était vrai, que les croisés avaient attiré la colère de Dieu parleurs désordres, de même que les Israélites autrefois avaient été exclus de la Terre promise à cause de " leurs infidéhtés. A ces raisons et aux miracles qu'il avait faits en prêchant cette croisade S. Bernard ajouta un dernier miracle pour sa justification. L'n père lui présenta son fils aveugle, afin qu'il lui rendît la vue. Alors le saint abbé, imposant les mains à lenfant, fit à Dieu cette prière : « Seigneur, si vous êtes fauteur de ma prédication, qu'il vous plaise de le montrer en guérissant cet aveugle. » Aussitôt reniant recouvra la vue. S. Bernard mourut peu de temps après cette épreuve, que le Seigneur lui avait ménagée pour achever de le sanctifier. On le
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regarde comme le dernier des pères de l'Eglise; ses vertus et ses talents extraordinaires Félèvent au dessus de tous les éloges.
Après le mauvais succès de la seconde croisade la Terre Sainte se trouva dans la plus fâcheuse situation. Les chrétiens avaient perdu une grande bataille, et les infidèles venaient de se rendre maîtres de Jérusalem. La nouvelle de ce désastre répandit la consternation dans tout l'Occident. Les rois de France et d'Angleterre, Philippe-Auguste et Richard, qui étaient alors en guerre, en furent si touchés qu'ils oublièrent leur querelle pour ne s'occuper que de la défense de la religion. Ils prirent donc la croix et allèrent en Orient se joindre aux chrétiens qui depuis deux ans faisaient le siège d'Acre. La ville se rendit à composition, et l'un des premiers articles du traité fut qu'on rendrait aux chrétiens la vraie croix^ qui était tombée entre les mains des infidèles à la prise de Jérusalem. On manqua l'occasion de reprendre cette ville, et celle d'Acre devint le refuge des chrétiens d'Orient, où ils attendirent long-temps, maison vain, l'occasion de rétablir le royaume de Jérusalem. Cette croisade fut suivie de près par une quatrième, qui ne réussit pas mieux.