‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 24 sur 131 · REINE DE FRANCE · texte numérisé non relu

REINE DE FRANCE

(3 juin.)

Clotilde était fille de Chilpéric, frère dcGonde-

baud, roi des Bourguignons. Ce dernier trempa ses mains barbares dans le sang de son iVère , de sa belle-sœur et des princes leurs enfans, à Texception d'un seul, pour s'assurer la possession de leurs do maines ; il épargna encore les deux filles de Chilpéric,qui étaient d'une rare beauté, et qui à cause de leur extrême jeunesse ne pouvaient être redoutables. L'aînée fut renfermée dans un monastère, où depuis elle se fit religieuse. Clotilde resta à la cour de son oncle : elle eut le bonheur d'être élevée dans la religion catholique , quoiqu'elle fût obligée de vivre parmi les ariens.

Les principes de la vraie foi qu'on lui inspira dès le berceau firent sur son ame de profondes impressions; elle s'accoutuma de bonne heure à mépriser le monde, et ces sentiments ne firent que se fortifier par la pratique des exercices de piété. Son innocence ne reçut aucune atteinte des charmes de la vanité mondaine qui l'environnaient de toutes parts. On admirait en elle un heureux assemblage de toutes les vertus. Son esprit , sa beauté, sa douceur, sa modestie , lui firent une réputation qui pénétra bientôt dans les royaumes voisins.

Clovis I", roi de France, surnommé le Grand, (i) l'envoya demander en mariage à Gondebaud son oncle ; il obtint ce qu'il demandait, mais après avoir

(1) Clovis commença à régner en 481 , n'étant âgé que d'environ quinze ans. Après la défaite de Syagrius il fixa sa résidence à Soissons, en 486. Ce ne fut qu'en 508 qu'il fît de Paris la capitale de la monarchie française. Cette vilie l'a toujours été depuis, excepté sous les derniers rois mérovingiens, et sous la plupart des rois carlovingiens. Paris était une place considérable depuis Julien l'Apostat, qui y avait résidé lorsqu'il commandait dans les Gaules.

promis que la princesse aurait la liberté de professer sa religion. Il l'épousa solennellement à Soissons en 49^.

Clotilde se fit dans le palais de son mari un petit oratoire, où elle passait beaucoup de temps en prières ; elle pratiquait aussi un grand nombre de mortifications secrèles; mais la prudence présidait à tous ses exercices. Elle ne manquait h aucune des bienséances de son état ; elle veillait sur ]es femmes de sa suite, et se comportait en tout avec tant de dignité, de sagesse, de religion qu'elle charmait et édifiait toute la cour. Sa charité pour les pauvres lui faisait répandre des aumônes abondantes. On nepouvait rien ajouter aux égards qu'elle avait pour le roi son mari : elle opposait la douceur chrétienne aux saillies de son caractère violent , et se conformait à ses idées dans les choses indifférentes pour gagner plus facilement son affection ; elle louait tout ce qu'il aimait et cherchait l'occasion d'applaudir h SCS goûts.

Lorsqu'elle se vit entièrement maîtresse de son cœur, elle ne songea plus qu'à exécuter le projet qu'elle avait formé de le gagner à Jésus-Christ. Souvent elle lui parlait de la vanité des idoles et de l'excellence de la religion chrétienne. Le roi l'écoutait toujours avec plaisir, mais le moment de sa conversion n'était pas encore arrivé. Il consentit cependant, par complaisance pour son épouse, que le premier fruit de leur mariage reçût le baptême. Dieu permit , pour éprouver sa servante , que l'enfant mourût après la réception de ce sacrement. Clovis désespéré s'en prit à Clotilde, et lui dit avec amertume : « Mon fils n'est mort que parcequ'il a

été baptisé au nom de votre Dieu ; il vi^Tait encore s'il eût été mis sous la protection des miens. » La sainte souffrit cette épreuve avec patience, dans la persuasion que le Seigneur aurait pitié d'elle.

Étant devenue mère d'un second fils elle le fit encore baptiser. Peu de temps après le jeune prince, nommé Clodomlr, tomba dans une maladie dangereuse. Le roi pour cette fois se livra aux plus vifs transports de colère. Clotilde, pleine de confiance en Dieu, lui adressa de ferventes prières. Elle fut exaucée et obtint miraculeusement la guérison de son fils. Clovis se calma et reconnut la puissance du Dieu des chrétiens. Sa sainte épouse prit de là occasion de l'exhorter fortement à renoncer au culte des idoles. Un jour qu'elle le vit bien disposé et qu'elle reçut de lui plusieurs marques de tendresse et de libéralité elle fit tomber la conversation sur la sainteté derÉvangile, et lui rappela de la manière la plus pressante la parole qu'il avait donnée d'abjurer le paganisme. Cette conversation ne produisit aucun effet. Clovis resta toujours païen, de crainte de déplaire à ses sujets en changeant de religion; mais à la fin son opiniâtreté fut vaincue, et il se déclara pour le Dieu qu'il promettait d'adorer depuis si long-temps, \oici comme la chose se passa.

Clovis, en guerre avec les Allemands, leur livra bataille à Tolbiac, près de Cologne; mais le désordre se mit dans son armée^ et il était lui-même sur le point de tomber entre les mains de ses ennemis. Il a recours à ses dieux, qui ne î'écoutent point. Une lui est plus possible d'arrêter les fuyards. Dans>cette extrémité il invoque le Dieu de Clotilde et promet de l'adorer s'il remporte la victoire. La

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face du combat change aussitôt, les fuyards se rallient, et les Allemands, qui avaient l'avantage, sont défaits à leur tour (i). Glo vis manda h la reine ce qui lui était arrivé et l'assura qu'il ne différerait plus sa conversion. La princesse transportée de joie en rendit et en fit rendre à Dieu de solennelles actions de grâces. S. Remî, évêque de Reims, instruisit dans la religion chrétienne Clovis , qui reçut le baptême en 496. Il était alors le seul roi catholique qu'il y eut dans l'empire tant d'Orient que d'Occident; les autres princes qui se disaient chrétiens étant infectés de l'hérésie d'Arius.

Glotilde voyant son mari disciple de Jésus-Christ ne cessa de le porter à des actions glorieuses qui avaient la gloire de Dieu pour objet. Ce fut h sa prière que Clovis fonda h Paris en 5 1 1 la grande église de Saint -Pierre et de Saint-Paul, dite aujourd'hui de Sainte-Ccnaiève, Ce grand prince avait une dévotion particulière pour S. Martin de Tours, et il allait quelquefois prier sur son tombeau ; il avait aussi ^beaucoup de respect pour le vicaire de Jésus- Christ, et il envoya une couronne d'or au pape Hormisdas, comme une marque de la consécration qu'il faisait à Dieu de son royavmic. L'éducation barbare qu'il avait reçue, jointe à son caractère martial, empêcha quelquefois l'effet des avis que lui donnait Clotilde. Elle avait la douleur de le voir maîtrisé par l'ambition et suivre les mouvements impétueux de la cruauté. Ilôta la vie à presque tous les princes

(1) L'opinion commune est que Tolbiac, qu'on nomme présentement Zulch ou Zulpich, à huit lieues de Cologne, dans le duché de Juliers , fut le lieu où se donna la fameuse bataille dans laquelle Clovis triompha des Allemands.

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de sa famille et n'épargna que ses enfants. Il mourut le 27 novembre 5 1 1 , à la quarante-cinquième année de son âge et à la trentième de son règne. On l'enterra dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, ou de Sainte-Geneviève, où Ton voit encore son tombeau.

Son fils Thierri, qu'il avait eu d'une concubine avant son mariage, régna à Reims sur l'Austrasie ou la partie méridionale de la France, qui comprenait la Champagne, la Lorraine, l'Auvergne et plusieurs autres provinces d'Allemagne. Metz fut depuis la capitale de ce royaume. Les princes Glodomir, Childebert et Clotaire, que Clovis avait eus de sainte Clotide, régnèrent, le premier à Orléans, le second à Paris et le troisième à Soissons. La sainte fut sensiblement affligée des divisions qui armèrent ses enfants les uns contre les autres ,* elle fit d'inutiles efforts pour les réconcilier. Elle vit Clodomir vaincre et mettre à mort Sigismond, roi de Bourgogne; mais en 024 elle vit Glodomir lui-même vaincu et tué par Gondemar, successeur de Sigismond. Gondemar h son tour fut défait et mis à mort par Childebert et Clotaire, qui réunirent à la France le royaume deBourgogne. Tant de meurtres rendaient la vie bien amère h Clotilde et la faisaient soupirer sans cesse après le moment où elle sortirait de cette vallée de larmes.

Mais ce fut en 026 qu'elle reçut le plus sensible de tous les coups. Childebert et Clotaire eurent l'inhumanité de massacrer les deux fils aînés de Clodomir pour se saisir du royaume d'Orléans. Cet attentat rendit le monde insupportable h Clotilde et la détacha plus parfaitement que jamais tle toutes

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les choses visibles. Elle passa le reste de sa vie à Tours , auprès du tombeau de S. Martin , dans la prière , le jeûne , les veilles et les autres mortifications de la pénitence. Elle paraissait entièrement oublier qu'elle avait été reiuc et que ses enfants étaient assis sur le trône. L'éternité remplissait son ame et absorbait toutes ses pensées. Elle prédit sa mort trente jours avant qu'elle arrivât : elle en avait été intérieurement avertie en priant avec ferveur sur le tombeau de S. Martin.

Dans sa dernière maladie elle envoya chercher ses fils Glotaire et Childeberl. Lorsqu'ils furent venus elle les cxhorla de la manière la plus touchante h servir Dieu et à garder ses commandements , a protéger les pauvres , à traiter leurs peuples avec une bonté paternelle , à vivre ensemble dans une parfaite intelligence , h maintenir par tous les moyens possibles la paix et la tranquillité publiques. Elle ordonna ensuite que le peu qu'elle laisserait fut distribué aux pauvres. Après cela elle ne s'occupa plus que de Dieu, et on l'entendait réciter les psaumes avec une ferveur admirable. Le trentième jour de sa maladie elle reçut les sacrements ; puis, ayant fait une profession publique de sa foi, elle mourut le 3 juin 545. On l'enterra comme elle l'avait demandé dans l'église et au pied du tombeau de Sainte-Geneviève. Elle est nommée en ce jour dans le martyrologe romain Son corps, présentement enchâssé, se garde h Paris dans l'abbaye de Sainte-Geneviève; son chef est chez les Cisterciennes du Ircsor, près de Yernon en Normandie.

î i6 S. MÉDARD, ÉVÊQUE.

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