‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 25 sur 131 · S. MÉDARD · texte numérisé non relu

S. MÉDARD

ivÊQUE DE NOYON.

(8 juin.)

S. Médard, lin des plus illustres prélats de l'Eglise de France dans le sixième siècle, naquit vers l'an 407, à Salency en Picardie. Nectard , son père, sortait d'une maison noble parmi les Francs, et paraissait à la cour avec distinction. Protogie, samère, descendait d'une anclennefamille romaine qui s'était établie dans les Gaules. Elle avait apporté de grands biens à son mari, et surtout la terre de Salency, située à une demi-lieue de Noyon. C'était une femme d'une rare piété, qui par ses exemples et ses leçons forma son fils de bonne heure à la vertu. Nectard, qui, après Dieu, lui devait sa conversion au christianisme, la seconda de toutes ses forces, et ne contribua pas peu à rendre efficaces les soins qu'elle prenait du jeune Médard.

Le saint montra dès son enfance une tendre compassion pour les pauvres. Nous allons en rapporter un exemple. Ayant vu à Salency un mendiant aveugle qui était presque nu, il lui donna son habit ; et comme on lui demandait ce qu'il en avait fait? il répondit qu'il avait été si touché h la vue de la misère et de la nudité de l'aveugle, qui était membre de Jésus-Christ, qu'il n'avait pu lui refuser une partie de ses vêtements. Lorsqu'il eut été chargé de TeiUer à la garde des troupeaux de son père, comme cela se pratiquait autrefois en France, où les enfants de famille ne rougissaient pas d'imiter les anciens

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Hébreux, il se privait souvent de son dîner pour le distribuer h ceux qui se trouvaient dans le besoin. La pratique du jeûne faisait ses délices, dans un âge où l'on sait à peine ce que c'est que de réprimer ses désirs. Ces vertus se trouvaient jointes en lui à l'esprit de prière et de retraite, h une grande innocence, et h. une parfaite pureté de corps et de cœur.

Lorsqu'il fut capable de s'appliquer à des études sérieuses on l'envoya à Vermand, capitale de la province, puis à Tournai, où l'on dit que le roi Childéric P"^ tenait sa cour. L'éclat des grandeurs humaines n'eut pour lui aucuns charmes; il n'avait que du dégoût pour toutes les choses où Dieu ne se trouvait pas.

Ses parents, charmés des heureuses dispositions qu'il montrait pour la vertu, le rappelèrent h Vermand, et prièrent l'évêque de l'instruire dans la science des divines Ecritures. Le disciple étonna son maître par la rapidité de ses progrès, mais surtout par sa ferveur et son assiduité à la prière ; par sa componction, qui lui fournissait une source continuelle de larmes dans ses exercices de piété, par la ponctualité et la promptitude de son obéissance, par la rigueur et la continuité de ses mortifications; par son humilité extraordinaire qui le portait à cacher tout ce qui aurait pu lui faire honneur. C'était par une suite de cette humilité que le saint ne voyait en lui que lâcheté et imperfection, et qu'il se plaU gnait amèrement de ce qu'on ne lui permettait pas de faire pénitence.

Ayant été ordonné prêtre îi l'âge de trente-trois ans, ildevijQtun des plus beaux ornements du clergé.

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Il prêchait l'Evangile au peuple avec une onction qui touchait les cœurs les pins endurcis. Ses discours tiraient encore une nouvelle force de ses exemples. Il donnait à la contemplation et à la prière tout le temps qu'ils pouvait dérober aux fonctions du ministère. Ses jeûnes étaient continuels et rigoureux. Il portait si loin la douceur et l'humilité qu'il était parfaitement mort à sa volonté et à ses passions. Toujours maître de lui-même il conservait une égalité d'ame qui ne se démentait jamais. Supérieure l'ivresse de la joie, ii savait aussi se préserver de l'abattement dans toutes les vicissitudes des choses humaines. Il était doux, patient et tranquille dans l'adversité ; humble, affable et bienfaisant dans la prospérité.

Alomer, évêque du pays, étant mort en 53o, les suiFrages de ceux qui étaient chargés de lui donner un successeur se réunirent en faveur de Médard, Il fut sacré par S. Rémi, qui avait baptisé Clovis en 496, et qui était alors fort âgé.

La dignité épiscopale ne lui fit rien diminuer de ses austérités; il y ajouta les travaux qu'entraîne la sollicitude pastorale. Lorsqu'il fut parvenu à un âge avancé, il ne s'en crut pas moins obligé à redoubler de ferveur dans tous ses exercices.

Son zèle ne put se renfermer dans l'enceinte de son diocèse, quoiqu'il y eût beaucoup à travailler. Il volait partout où il s'agissait de procurer la gloire de Dieu et d'extirper les restes de l'idolâtrie. Les calomnies et les persécutions étaient pom* lui un sujet de joie, et il en triomphait par son silence, sa douceuret sa patience. Il eut la douleur devoir son diocèse en proie aux ravages des Huns et des Yan-

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daîes; mais cette épreuve devint pour lui une occasion de mérites par les vertus héroïques qu'il y pratiqua. Toujours il fut le consolateur et le père des affligés.

Comme la fureur des guerres avait réduit la ville de "Vermandà l'état le plus déplorable, et qu'elle se trouvait exposée aux incursions des barbares, le saint transportasonsiégeàXoyon, qui était uneplaceforte. Depuis ce temps-là l'ancienne capitale, qui autrefois avait été si florissante, ne s'est plus relevée de ses ruines; il n'en reste plus aujourd'hui qu'une abbaye qui porte toujours le nom de Yermand. La ville de Saint-Quentin, qui n'en est pas éloignée, est présentement capitale de cette partie de la Picardie, que nous appelons le Yermandois.

Les autres provinces de France envièrent à celle du Vermandois le bonheur de posséder un si saint pasteur, et désirèrent ardemment de partager au moins sa sollicitude; c'est ce qui fit que le clergé etle peuple de Tournai ledemandèrent pour évcque après la mort de S. Eleuthère. Ils furent en cela secondés par le roi Clotaire I", fils de Clovis-Ie- Grand. S. Rémi, qui était leur métropolitain, entra aussitôt dans leurs vues, dont le motif lui paraissait très pur. Voyant d'ailleurs qu'il en résulterait beaucoup de bien pour la propagation de l'Evangile, et que le pape donnait son approbation, il engagea Médard h gouverner ces deux diocèses, qui depuis ce temps-lh restèrent unis, et eurent un même évê-* que pendant l'espace de cinq cents ans.

Il y avait ime partie du diocèse de Tournai qui était encore plongée dans les ténèbres du paganisme. Médard visita tous les endroits où il se trouvait des

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