‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 29 sur 131 · ÉVÊQUE, PUIS SOLITAIRE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE, PUIS SOLITAIRE

(13 mai.)

Jean, que son amour pour le silence et le recueillement a lait nommer le S'denciairc, naquit en 454 à Nicopolis en Arménie. Son père et sa mère comptaient parmi leurs aïeux des généraux d'armée et des gouverneurs de provinces. Ils donnèrent à leur fils une éducation chrétienne, et ils eurent la consolation de le voir répondre parfailemcnt à leurs soins. Jean était encore fort jeune lorsque la mort les lui enleva. Devenu possesseur d'une fortune considérable, il consacra ses biens à de pieux usages. Il fit bâtir à Nicopolis une église et im monastère où il se renferma avec dix personnes animées de la même ferveur. L'humilité étant le fondement et la gardienne de toutes les vertus, il la demandait sans cesse à Dieu. Il avait une sainte avidité pour les hu-

124 s. JEAN LE SILENCIAIRE.

miliations, pour celles surtout qui causent le plus ^e répugnance à la nature. II y ajoutait les macérations corporelles afm de soumettre entièrement la chair à l'esprit. Il parlait rarement, par esprit d'humilité, par amour du recueillement et par la crainte de tomher dans les péchés dont la langue est le funeste instrument. Il bannit l'oisiveté de sa petite communauté, la regardant avec raison comme la source de tous les vices. Des travaux pénibles et en même temps utiles remplissaient les intervalles qui n'étaient occupés ni par la prière, ni par d'autres devoirs essentiels. Sa douceur, sa sagesse, sa ferveur lui gagnaient l'estime et railection de ses frères.

Malgré le soin que Jean prenait de cacher ses vertus, elles éclatèrent au dehors. L'archevêque de Sébastc le tira malgré lui de sa solitude et l' éleva sur le siège épiscopal de Colonie en Arménie, quoiqu'il n'eût encore que vingl-huit ans. 11 conserva le même genre de vie autant que les devoirs de l'épiscopat le lui permirent. Ses exemples touchèrent tellement son frère et son neveu qu'ils méprisèrent le monde au sein des richesses et des honneurs, et ils devinrent des saints à la cour. Il ne fut pas également satisfait de son beau-frère, qui était gouverlieur d'Arménie. Voyant qu'il attaquait les droits de l'Église, il tacha par ses remontrances et ses prières de le ramener au devoir. Mais comme rien «c l'empêchait de continuer ses injustices, le saint évêque se vit forcé d'avoir recours h l'empereur Zenon, qui lui lit rendre justice. Il y avait alors neuf ans que le saint gouvernait son église; ses méditations, ses exemples faisaient fleurir la piété dans son troupeau. Les affligés trouvaient en lui un conso-

s. JEAN LE SILENCIAIRE. 125

lateur qui partageait leurs peines; il était le père de ses diocésains; il les portait tons dans ses entrailles pour les transformer en autant de vrais disciples de Jésus-Christ.

Cependant certains maux auxquels il ne pouvait remédier, joints à une forte inclination qu'il se sentait pour la solitude lui persuadèrent qu'il pouvait se démettre de Tépiscopat. Il ne prit ce parti que quand il eut long-temps consulté Dieu dans la prière. S'étant embarqué pour la Palestine, il se retira dans la Laure de S. Sabas, peu éloignée de Jérusalem. S. Sabas, Tayant reçu sans le connaître, le remit entre* les mains de Féconome, qui l'occupait à des emplois pénibles et humiliants. Le novice obéissait avec une grande simplicité; il gardait un silence perpétuel^ avait un visage serein, et paraissait toujours recueilli. On le chargea ensuite du soin de recevoir les étrangers, qu'il servait comme s'il eût servi Jésus-Christ lui-même. Tout le monde était frappé de son extérieur modeste et édifiant. S. Sabas ne pouvait assez admirer la conduite que tenait ce jeune religieux dans une place si dangereuse même pour les plus parfaits. Il lui permit d'aller vivre dans un ermitage séparé, coquine s'accordait qu'à ceux qui étaient le plus solidement établis dans la perfection.

Jean, renfermé dans sa cellule, était cinq jours de la semaine sans prendre de nourriture; il ne sortait que les samedis et les dimanches, uniquement pour assister à l'ofiice public de l'église. Après avoir vécu trois ans de la sorte il fut fait économe de la Laure. Les occupations inséparables de son emploi ne prenaient jamais rien sur le recueillement de son ame.

126 s. JEAN LE SILENCIAIRE.

Cette sainte habitude d'être sans cesse en la présence de Dieu, il l'avait acquise en entremêlant dans toutes ses actions extérieures ces prières connues sous le nom àe jaculatoires.

Son abbé le jugeant digne d'être élevé au sacerdoce, le présenta à Elic, patriarche de Jérusalem, pour qu'il lui conférât les ordres. Jean dit au patriarche qu'il avait quelque chose à lui communiquer en particulier, puis lui parla ainsi: «Mon père, j'ai été fait évêqiie, mais la multitude de mes péchés m'a déterminé h prendre la fuite et à me retirer dans ce désert pour y attendre la visite du Seigneur. » Le patriarche appela S. Sabas et lui dit qu'il ne pouvait ordonner son religieux à cause de quelques particularités qu'il venait d'apprendre; il ne lui expliqua pas toutefois quelles étaient ces particularités. Ayant su depuis par révélation le fait dont il s'agissait, le saint abbé se plaignit à Jean de la réserve dont il avait usé h son égard. Jean aurait quitté la Laure si S. Sabas ne lui eût promis de ne révéler son secret à personne.

Quelques moines séditieux ayant obligé S. Sabas à quitter la Laure, Jean se retira dans un désert voisin, où il passa six ans dans un silence absolu. Lorsque S. Sabas fat rappelé dans sa solitude A y ramena notre saint, qui rentra dans son ancienne cellule. L'éclat de sa sainteté attira auprès de lui un grand nombre de personnes, et il ne refusait ses instructions h aucun de ceux qui le consultaient. Parmi ceux qui lui demandaient des avis était Cyrille, homme savant et judicieux, lequel écrivit depuis sa vifê. Il rapporte divers miracles opérés par le serviteur de Dieu, qui mourut dans son ermitage

s, LÉONARD, ERMITE. 127

vers l'an 558, après avoir passé soixante-seize ans dans le désert.

Page 1