‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 35 sur 131 · REINE DE FRANCE · texte numérisé non relu

REINE DE FRANCE

( 13 août.)

Radégonde élait la fille de Berthaire, roi d'une partie de la Thuringe dans la Germanie. Ce prince, païen de religion, fut assassiné par Hertnanîroi, son frère. Thierri, roi d'Austrasie, et Glotaire, son frère, roi de Soissons, déclarèrent peu de temps après la guerre à Ilermanfroi, dont ils avaient sujet de seplaîndre. Ils remportèrent sur lui une victoire complète, et revinrent dans leurs états chargés d'un riche butin. Radégonde fut du nombre des prisonniers. Eîlc échut h Glotaire, qui la fit élever dans la religion chrétienne.

Les mystères sublimes de la foi firent sur elle la plus vive impression, et à peine eut-cllc reçu le bap-

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tême qu'elle se consacra sans réserve au service de Dieu. Elle se retranchait une partie de sa nourriture pour la donner aux pauvres. La prière, les humiliations et les austérités de la pénitence étaient ses plus chères délices. Elle se proposait de vivre dans une virginité perpétuelle, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'elle acquiesça au désir qu'avait le roi de l'épouser. Son élévation ne changea rien dans ses premiers sentiments. Ennemie de la mollesse et supérieure aux atteintes de la vanité, elle partageait son temps entre la prière, les devoirs de son état et le soin des pauvres. Ses jeûnes étaient rigoureux et elle portait en carême un cilice sous ses habits royaux. Clotaire fut d'abord charmé de la voir dans de semblables dispositions, et il la laissait vaquer en liberté à tous ses exercices. Mais diverses passions altérèrent peu à penses sentiments; il conçut de l'aversion pour sa sainte épouse; il en vint jusqu'à lui faire un crime de sa piété. Radégonde était selon lui moins une reine qu'une rehgieuse; elle faisait un cloître de sa cour. Ces plaintes étaient injustes, car la sainte ne manquait ni aux bienséances, ni aux devoirs de son état; elle cherchait d'ailleurs par tous les moyens possibles et légitimes à gagner le cœur du roi. Elle supportait les mauvais traitements avec patience et n'opposait aux injures que la douceur et la complaisance. Elle faisait aussi tout le bien possible à ceux qui s'étaient déclarés ses ennemis et qui entretenaient les préventions du roi à son égard. Enfin Clotaire fit assassiner le frère de cette malheureuse princesse, dans le dessein de se rendre maître des états qu'il possédait dans la Tliuringe. Un tel acte d'inhumanité saisit Piadégonde d'indi-

SAINTE RADÉGONDE. i /^b

gnatioD et cl'horrenr ; elle demanda la permission de quitter la cour, et elle lui fut aisément accordée. Clotaire l'envoya h Noyon afui qu'elle y reçût îe voile des mains de S. Médard. C'était ce que la reine désirait avec beaucoup d'ardeur. Le saint évêque balança quelque temps sur le parti qu'il avait h prendre parceque Radégonde était mariée; il se rendit pourtant à ses prières réitérées et la fit diaconesse. ( i )

Radégonde se retira d'abord dans la terre de Sais, que le roi lui avait donnée en Poitou. La vie qu'elle y mena fut extrêmement dure. Elle ne mangeait que du pain d'orge ou de seigle, auquel elle joignait un. peu de racines et de légumes. Jamais elle no buvait de vin; un cilice étendu sur la cendre lui servait de lit. Elle employait tout son revenu en auaiônes, aimant les pauvres comme elle eiit aimé ses propres enfants. Elle portait une chaîne de fer sur sa cîtair nue. Cet instrument de pénitence lui avait été donné par un saint prêtre du pays nommé Junien, qu'elle respectait comme son père spirituel et auquel elfe fournissait des habits tissus de ses propres mains.

Quelque temps aprrs elle se rendit à Poitiers. Étant dans cette ville, elle y bâtit du consentement du roi un monastère de religieuses, et en donna la conduite à une vierge remplie de verUi, qui se nommait Agnès. Elle lui obéit comme les autres, ne se

(1) Les canons que l'Eglise fit depuis défendirent à toute personne niari«'e de recevoir les ordres ou d"(;ntrer en religion,. à moins que l'autre partie nV-mbraj-sfit pareillement l'état €<*clésiastique ou l'état religieux, cap. 8, de Corners. Conjug.-, mais avant cette loi il suffisait que l'un dijs deux époux ei'tt le consentement de l'autre. La partie qui restait dans le monde n pouvait ccpendar.t S'j remarier tant que l'autre vivait.

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