‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 36 sur 131 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

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réservant pai même le droit de disposer de la moindre chose. Mais bientôt Clotaire se repentît de lui avoir permis de prendre le voile; il partit pour Tours avec son fils Sigebert, et couvrit son voyage du prétexte de la religion. Son dessein était d'aller jusqu'à Poitiers et d'enlever Radégonde pour la ramener à la cour. La sainte, qui en fut avertie, éprouva de vives alarmes. Elle écrivit à S. Germain de Paris pour lui faire part du malheur qui la menaçait et le conjurer de mettre tout en œuvre pour l'en délivrer. Le saint évêque alla trouver le roi, qui était à Tours, et, s'étant jeté à ses pieds^ devant le tombeau de S. Martin, il lui fit abandonner par ses prières et ses larmes le dessein qu'il avait d'aller h Poitiers. Clotaire à son tour se prosterna devant S. Germain, lu -demandant d'engager Piadégonde h s'intéresser pour lui auprès de Dien., afin qu'il obtînt le pardon de son péché, ainsi que de sa malheureuse facilité a suivre les conseils des méchants.

Piadégonde se crut au comble du bonheur lorsqu'elle vit qu'on ne pensait plus h l'arracher de sa solitude. Comme elle désirait perpétuer l'œuvre de Dieu, elle pria les pères du concile, assemblé à Tours en 566, de confirmer la fondation de son monastère; ce qui fut fait sous les censures les pins sévères. Elle avait déjà enrichi l'église qu'elle avait fait bâtir des reliques d'un grand nombre de saints; mais elle témoignait un désir ardent d'avoir une portion de la vraie croix. Pour se la procurer elle députa quelques ecclésiastiques vers Justin, empereur de Constantinopie. Ce prince seconda les pieuses intentions de Radégonde; il lui envoya un morceau de la vraie croix, enchâssé dans dé l'or et orné de pierres pré-

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cieuscs. Il y joignit des reliques de plusieurs saints, et un livre d'Évangile du plus beau travail. Ces différentes reliques furent déposées dans le monastère deRadégônde. L'archevêque de Tours en fit la translation de la manière la plus solennelle. Ce fut ea cette occasion que Yénance Fortunat composa l'hymne Vexilla Régis prodeunt. La sainte l'avait fait venir h. Poitiers avec plusieurs autres hommes également recommandahles par leur savoir et leur vertu. Elle était elle-même fort instruite et en état de lire les pères grecs et latins dans leur langue.

En 568 elle pria l'abbesse de Saint-Jean d'Arles de lui envoyer une copie de sa règle, pour l'établir dans son monastère de Poitiers, dédié sous l'invocation de la croix. Cette abbesse se nommait Césarie, comme la sœur de S. Césaire, h laquelle elle avait succédé et dont elle fut la parfaite imitatrice. Vénance Fortunat donne de grands éloges à sa sainteté. Elle possédait surtout cette prudence qui, selon la remarque de S. Ambroise, doit être pour ainsi dire l'assaisonnement de toutes les autres vertus. Elle joignit à la copie de sa règle une lettre remplie de conseils salutaires. Nous avons encore cette lettre, et la lecture en sera fort utile surtout aux supérieurs. Il y est dit que les personnes qui veulent servir Dieu sincèrement doivent beaucoup aimer la prière; s'appliquer h connaître la volonté du ciel pour la suivre en tout; entendre, lire et méditer la parole sainte, qui renferme une doctrine infiniment plus précieuse que celle des hommes, et I que l'on peut comparer à une mine inépuisable; louer Dieu sans cesse et le remercier de ses miséricordes; donner l'aumône selon son pouvoir, et

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pratiquer des austérités, mais toujours avec discrétion et conformément à la règle de l'obéissance. 11 y est recommandé à chaque religieuse d'apprendre le psautier par cœur, de se rendre capable de lire et d'éviter les amitiés particulières. JNon contente de ces instructions, Radégonde fit le voyage d'Arles avec Agnès, abbessc de son monastère , afin de s'instruire plus parfaitement des obligations que lui imposait la règle qu'on venait de lui envoyer. De retour h Poitiers, elle s'occupa conjointement avec l'abbesse à établir la discipline la plus exacteparmi les religieuses de son monastère.

Clotairc, le quatrième fils de Clovis-le-Grand, devint en 3 60 seul maître de la monarchie française, par la mort de ses frères et de ses neveux. Sm* la fin de son règne il alla visiter le tombeau de S. Martin à Tours, portant avec lui de riches présents. Il V fit l'aveu des péchés de toute sa vie, et, pénétré d'une vive douleur, il implora la miséricorde divine par l'intercession du saint évoque. Il fonda depuis à Soissons le monastère de Saint~Médard, et donna de grandes marques d'une sincère pénitence. Durant sa dernière maladie, il étaitfort troublé par le souvenir de ses crimes. « Que le roi du ciel est puissant ! s'écria-l-il quelque temps avant d'expirer; il dispose de la vie des plus grands monarques de la terre. » Il mourut en 061, dans la cinquantième année de son règne , ayanl possédé seul pendant plus de trois ans toute la monarchie française. Ses quatre fils , Chariberl , Chilpéric^ Contran et Sigebert lui succédèrent. Le premier eut le royaume de Paris, qui comprenait l'Ile-de- France, TAnjou, le Maine, la Touraine, le Poitou,

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la Gulenne et le Languedoc. Le second fit sa résidence à Soissons et régna sur la Picardie, la Normandie et tous les Pays-Bas. Le troisième fut roi d'Orléans ; ses états s'étendaient jusqu'à la source de la Loire , et comprenaient de plus la Provence, le Dauphiné et la Savoie. L'Austrasie échut au quatrième, et il eut sous sa puissance la Lorraine, la Champagne, l'Auvergne et quelques provinces de la Germanie. Charibert vécut peu de temps, et toute la France fut déchirée par la fureur des guerres civiles qui s'allumèrent entre Sigebert et Chilpéric, dont l'un avait épousé Brunehaut et l'autre avait Frédégonde pour concubine. Chiidcbert, fils de Sigebert et de Brunehaut, réunit en sa personne , après la mort de son père et de ses deux oncles Childéric et Contran , les royaumes d'Austrasie, d'Orléans et de Paris.

Il hérita des sentiments d'estime que son père avoit eus pour sainte Radégonde. Il se déclara toujours le protecteur du monastère de Sainte-Croix, oùron comptait deux cents religieuses, parmi lesquelles il y avait des filles de sénateurs et des princesses du sang royal. La sainte ne perdit point la tranquillité de son ame au milieu des troubles qui agitèrent la France. Elle mourut en 587, le 1 5 août, jour auquel elle est honorée dans l'Eglise. En l'absence de l'évêque de Poitiers, S. Grégoire, évêque de Tours., fit la cérémonie de ;5cs funérailles, durant laquelle un aveugle recourra la vue. Il s'opéra plusieurs autres miracles h son tombeau. Ses reliques restèrent dans l'église de Notre-Dame h Poitiers Jusqu'en ï565, que les huguenots les dispersèrent avec celles de S. ïlilaire.

l5o s. GRÉGOIRE, ÉVEQUE.

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