‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 47 sur 131 · S. COLOMB AN · texte numérisé non relu

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la chasteté, la mortification des sens et de la volonté, le silence et la sagesse qui font discerner le bien d'avec le mal; il fortifie les instructions qu'il donne sur les différentes vertus par des passages de l'Ecriture et par le développement des grands principes de la morale. Les moines ne mangeront que sur le soir, et ne vivront que d'herbes et déracines, auxquelles ils joindront un peu de pain. La nourriture sera cependant proportionnée au travail. Ils mangeront tous les jours, afin de conserver les forces dont ils ont besoin pour remplir tous leurs de- Toirs. Les jeûnes, les prières, les lectures, le travail sont prescrits pour chaque jour. Le nombre des psaumes et des versets qu'il faut réciter à chaque partie de l'office est exactement marqué. S. Colomban ajoute qu'il a reçu ces règlements de ses pères , c'est à dire des moines d'Irlande. On fléchissait les genoux à la fin de chaque psaume; et indépendamment de la prière publique, il y en avait de particulières qu'on récitait dans sa cellule. Mais le saint recommandait surtout la prière du cœur et l'union continuelle de l'ame à Dieu.

La règle de S. Colomban est suivie de son PcnitentieL C'est un recueil des pénitences qu'on imposait aux moines pour les différentes fautes où ils tombaient, quelque légères qu'elles fiassent. Quiconque manquait de répondre Amen aux prières qui se disaient avant et après le repas recevait six coups de fouet. On faisait subir la même pénitence à celui qui rompait le silence au réfectoire, qui souriait à l'office, etc. On recevait cinquante coups de fouet pour avoir parlé avec humeur ou répliqué au supérieur. Il y avait des fautes qui étaient pu-

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nies de deux cents coups de fouet, mais on n'en donnait pas plus de vingt-cinq à la fois. On imposait une pénitence aux moines qui, après avoir fini leur tâche, ne demandaient pas de travail ou qui faisaient quelque chose sans l'ordre du supérieur. Outre ces pénitences, il y avait encore des jeûnes , des austérités, des humiliations extraordinaires. Lorque les moines sortaient de la maison ou y entraient, ils demandaient la bénédiction du supérieur et se présentaient devant la croix; ils faisaient le signe de la croix sur tout ce qui servait à leur usage avant d'y toucher, et l'omission de cette pratique était punie de six coups de fouet. Il y a un autre Pénitentlet de S. Colomban dans lequel sont contenus les pénitences canoniques qu'il fallait imposer pour toutes sortes de péchés et h toutes sortes de personnes.

La règle du saint abbé s'observait dans plusieurs grands monastères, et on la suit encore dans quelques-uns conjointement avec celle de S. Benoît. Dans les premiers temps de l'instilut, les moines de de S. Colomban ne vivaient que dherbes et d'écorces d'arbres. Ils furent quelquefois réduits à la nécessité la plus extrême, et Dieu vint alors à leur secours d'une manière miraculeuse. C'était la coutume de notre saint de se préparer à la célébration des grandes fêtes en passant quelque temps dans la plus entière solitude; il se relirait pour cet elFet dans une caverne située à quelques milles du monastère.

S. Colomban célébrait la Pâque le i4 de la première lune après l'équinoxe du printemps , quoique ce jour tombât le dimanche; et en cela il sui-

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vait la coutume des Irlandais. Les évêques de France l'en reprirent. Il consulta sur ce sujet le pape S. Grégoire. Dans la lettre qu'il lui écrivit il insista sur l'autorité de S. Anatolius , évêque de Laodicée en 280, et sur la pratique des Occidentaux, c'est à dire des Irlandais. Celte première lettre fut suivie d'une seconde; mais S. Grégoire ne répondit ni à l'une ni à l'autre, ce qui fait présumer qu'elles ne lui parvinrent point. Yers le même temps, environ douze ans après son arrivée en France, S. Colomban écrivit aux évêques français assemblés en concile. Après leur avoir rappelé leurs devoirs et leur avoir recommandé les vertus d'humilité et de charité , il les priait de permeltre que chacun se tînt à sa propre coutume sur le temps où l'on devait célébrer la Pâque. S. Grégoire étant mort en 604, Sabinien et Boniface III occupèrent successivement le saint -siège , l'un cinq mois et dixneuf jours, l'autre huit mois et vingt-trois jours. Colomban leur écrivit comme il avait fait h S. Grégoire ; mais un orage qui s'éleva contre lui l'obligea de sortir du royaume de Bourgogne.

Chilcîebert, qui mourut en 696, laissa deux fds, Théodebert el Thierri. Le premier fut roi d'Austrasie , et le second de Bourgogne ; ou plutôt Brunehaut, leur grand'mère, régnait sous leur nom. Thierri avait beaucoup de vénération pour S. Colomban, qui demeurait dans ses états, et il allait souvent le visiter. Le saint abbé le reprit de ce qu'il vivait avec des concubines, et le pressa de contracter un mariage digne de lui. Le prince promit de se corriger et de suivre ce conseil. Brunehaut, qui craignait qu'une reine ne lui fît perdre le crédit

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qu'elle avait sur son petit- fils, conçut une grande colère contre Colomban. Son ressentiment fut encore augmenté par le refus que fit le saint de donner sa bénédiction aux enfants naturels du roi. «Ils ne peuvent, dit-il alors, hériter de la couronne; ils sont le fruit de la débauche. » Quelque temps après Brunehaut se présenta pour entrer dans le monastère de Colomban; mais il lui en refusa lentrée, parcequ'il s'était fait une loide ne la permettre à aucune femme, et pas même aux hommes qui vivaient dans le siècle. La colère de cette princesse ne connut plus de bornes, et elle résolut de se venger.

Cependant le roi ne tenait point la promesse qu'il avait faite de renvoyer ses concubines. Colomban lui écrivit une lettre, où il lui faisait des reproches sévères et le menaçait de la peine d'excommunication s'il ne changeait pas de conduite. Brunehaut profita de cette occasion pour aigrir le roi contre le saint, et elle réussit. Colomban fut exilé d'abord à Besançon. Deux gentilshommes eurent ordre ensuite de le conduire h. Nantes et de ne le point quitter qu'il ne se fût embarqué pour l'Irlande. Ceci se passa en 6lo. Il paraît que ce fut de iNantes que le saint écrivit une lettre aux moines de Luxeu, où il les exhortait à la patience, h l'union et à la charité. Il s'embarqua, mais des vents contraires forcèrent le vaisseau de rentrer dans le port. Il se retira auprès de Clotaire II, qui régnait dans la Ncustrie, et lui prédit qu'il serait maître de toute la monarchie française en moins de trois ans; prédiction qu'il avait déjà faite sur la route en deux ou trois occasions. Il passa par Paris et par Mcaux, et vint à la cour de Théodcbert, qui le reçut avec bonté.

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Soutenu de la protection de ce prince, il partit avec quelques-uns de ses disciples, qui étaient venus le joindre, pour aller prêcher l'Evangile aux infidèles qui habitaient près du lac de Zurich. Il fixa sa demeure dans une solitude voisine de Zug. Les habitants du pays étaient aussi cruels qu'adonnés aux superstitions du paganisme. Colomban leur prêcha le vrai Dieu. Ln jour qu'ils se préparaient à faire un sacrifice, ayant aperçu une cuve pleine de bière au milieu du peuple, il leur demanda ce qu'ils prétendaient faire : ils lui répondirent que c'était une offrande destiné à leur dieu Wodan. Colomban soufïla sur le vase, qui se brisa sur-le-champ avec grand bruit, et la bière fut répandue. Il profita de la surprise où il voyait les barbares pour les exhorter à quitter leurs super>litions. Plusieurs se convertirent et reçurent le baptême; d'autres, qui après avoir été baptisés étaient retournés à fidolâtrie, rentrèrent sous le joug de f Evangile. S. Gai , se livrant à son zèle^ mit le feu aux temples païens et jeta dans le lac tout ce qu'il y trouva d'offrandes. Il présumait l'approbation du peuple, qui annonçait des dispositions si heureuses ; mais cette action irrita tellement ceux qui persistèrent dans l'idolâtrie qu'ils résolurent d'ôter la vie à S. Gai et de chasser S. Colomban de leur pays après l'avoir battu de verges. Les saints missionnaires, informés de leur dessein, se retirèrent à Arbonne, sur le lac de Constance. Ils y furent reçus par un vertueux prêtre , nommé Willemar, qui leur fit connaître une vallée agréable, située au milieu des montagnes, et où se voyaient les ruines d'une petite ville appelée Brigantium; c'est aujourd'hui Bre-

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gentz. Colombaii et ses compagnons trouvèrent dans ce lieu un oratoire dédié sous l'invocation de sainte Aurélie; ils s'y construisirent des cellules tout autour. Le peuple au milieu duquel ils se fixaient avait eu anciennement quelque connaissance du christianisme , mais il était retombé dans l'idolâtrie, et il avait placé dans l'oratoire même trois images de cuivre doré, et les adorait comme les dieux tutélaires du pays. S. Gal^ qui en savait la langue, annonça Jésus-Christ et lit un grand nombre de conversions; il mit encore les idoles en pièces et les jeta dans le lac. Colomban aspergea l'église d'eau bénite, et, tournant autour avec ses disciples en chaulant des psaumes, il en fit la dédicace. Il dit la messe sur l'autel, après y avoir fait des onctions et placé dessous des reliques de sainte Aurélie. Le peuple montra une grande joie, et chacun retourna chez soi bien résolu de ne plus adorer que le vrai Dieu.

Colomban resta près de trois ans hBregentz, et y fonda un monastère. Quelques-uns de ses disciples travaillaient au jardin, d'autres avaient soin des arbres fruitiers; ceux-ci étaient pécheurs, et le saint abbé faisait des filcls. Pendant qu'il soccupait de cet établissement la guerre s'alluma entre les rois Thierri et Théodebert ; le second de ces princes fut défait. Ayant été livré h son frère par ses propres sujets, il fut envoyé à Brunehaut, sa grand"mère, qui l'obligea de prendre les ordres. On le mit à mort peu de jours après.

Colomban voyant Thierri maître du pays où il s'était retiré , et persuadé que sa vie n'y serait point en sûreté, passa en Italie avec plusieurs de ses dis-

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