‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 52 sur 131 · PATRIARCHE DE JERUSALEM · texte numérisé non relu

PATRIARCHE DE JERUSALEM

(11 mars.)

Sophrone naquit à Damas, ville célèbre de la Célésyrie. Les progrès extraordinaires qu'il fit dans les sciences divines et humaines lui méritèrent le surnom de Sophiste, qui était alors fort honorable. Il passa vingt ans auprès de Jérusalem, sous la conduite d'un saint ermite nommé Jean Mosch , sans embrasser toutefois l'état monastique. Ces deux grands hommes étant allés visiter les monastères d'Egypte, S. Jean l'Aumônier les relint h Alexandrie vers l'an 610, et les employa avec succès pendant près de deux ans a l'extirpation de l'eutychianisme et h la réformation de plusieurs abus qui s'étaient glissés dans son diocèse. Ce fut vers ce temps-là que Jean Mosch composa son Pié spirituel, qu'il dédia à Sophrone. Ce livre est un recueil d'exemples des vertus pratiquées par les solitaires que l'auteur avait vus ou dont il avait entendu parler. Le style en est simple, mais intéressant; tout y tend à l'édification, tout y respire la piété. Jean Mosch et Sophrone firent ensuite un voyage en Italie et vinrent à Piome. Notre saint quitta cette ville après la mort de son maître, et

s. SOrHRONE. 235

retourna en Orient, où il trouva les esprîls fort partagés sur le dogme.

Athanase, patriarche des jacobites ou euty chiens en Syrie, reconnaissait deux natures distinctes en Jésus-Christ; mais il n'admettait en lui qu'une volonté, ce qui est une contradiction manileste , puisque la volonté est une propriété essentielle de la nature. D'ailleurs cette doctrine était évidemment opposée a l'Ecriture, où nous voyons Jésus- Christ lui-même établir de la manière la plus formelle la distinction de sa volonté divine et de sa volonté humaine dans la prière qu'il fit à son Père au jardin des Olives. On ne laissa pourtant pas de la répandre, sous prétexte qu'elle était propre à ramener les eutychiens h l'unité catholique. Elle eut surtout pour protecteurs Sergius, patriarche de Constantinople, Théodore, évêque de Pharan, et Cyrus, patriarche d'Alexandrie. L'empereur HéracHus la confirma en GSq par un édit nommé ce* thèse, c'est à dire exposition, où il déclarait qu'il n'y avait pas d'autre volonté en Jésus-Christ que celle du Verbe divin. On donna à ceux de cette secte le nom de monothîiitcs. Sophrone, alarmé du péril que courait la foi, en prit la défense auprès de Cyrus; il se jeta h ses pieds, et le conjura les larmes aux yeux de ne pas publier de prétendus articles de réunion qui étaient contraires au dogme catholique; mais tous ses efforts furent inutiles» Voyant donc qu'il ne pouvait rien gagner à Alexandrie, il se rendit à Constantinople afin d'agir auprès du patriarche Sergius en faveur de la doctrine de l'Eglise. Ayant trouvé en lui des dispositions

204 s. SOPHRONE.

semblables à celles de Cyrus, il quitta Constantinople et se mit à voyager dans la Syrie.

Il était temps que Sophrone, qui avait si bien servi l'Eglise, en devînt un des premiers pasteurs. On l'élut en 634 pour succéder à Modeste, patriarche de Jérusalem ; mais ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu il consentit h son sacre. Ln de ses premiers soins après son installation fut d'assembler im concile de tous les évêques , ses suffragants , pour condamner le monothélisme. Il composa en même temps une lettre synodale, où il donnait une exposition de la foi catholique avec toutes les preuves qui l'établissent , exposition qui fut depuis approuvée par le sixième concile général. Le saint envoya cette lettre au pape Honorius et au patriarche Sergius. Le motif qui le détermina h agir de la sorte fut la crainte où il était que le pape ne se laissât séduire par une lettre captieuse que Sergius lui avait écrite pour l'engager h tolérer le silence sur la matière dont il était question. Ce n'était pas toutefois que Honorius fût tombé dans le monothélisme ; les monuments les plus authentiques déposent en faveur de sa catholicité, et prouvent d'une manière incontestable qu'il ne donna jamais son consentement à l'erreur; mais comme le silence, en fait de doctrine, est une espèce d'approbation de la part des premiers pasteurs, et que d'ailleurs la conduite d'Honorius produisait alors de funestes effets, Sophrone mettait tout en œuvre pour démasquer les sophismes d'une hérésie dont les fauteurs étaient puissants et en grand nombre.

Le saint ne se contenta pas d'écrire pour la dé-

s. SOPIIRONE. 205

leiise Ju dogûie attaqué ; il porta ses vues plus loin, comme nous Talions voir. Il prit Etienne, évêque de Dore, le plus ancien de ses suffraganls, le mena sur le mont Calvaire, et lui dit ; « Si vous négligez le péril où la Toi se trouve vous en rendrez compte à Jésus- Christ, qui a été crucifié en ce saint lieu, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts. Faites donc ce que je ne puis faire en personne, à cause de fincursion des Sarrasins. Allez vous présenter au siège apostolique, où sont les fondements de la saine doctrine. Informez les saints personnages qui y sont de tout ce qui se passe ici, et ne cessez point de les prier jusqu'à ce qu'ils jugent cette nouvelle doctrine et la condamnent canoniquement. » Etienne partit aussitôt pour Piome, et, pendant les dix ans qu'il passa dans cette ville il poursuivit avec beaucoup de zèle la condamnation du monothélisme. Il l'obtint enfin sous le pontifical de Martin P% qui assembla pour cet effet le premier concile de Latran en G49.

Cependant Sophrone avait beaucoup à souffrir de la part des Sarrasins, qui s'étaient emparés de Jérusalem en G38 après un siège de deux ans. Omar, qui était à la tête de ces infidèles, profana les lieux saints, et entreprit de bâtir une mosquée à la place du temple de Salomon ; mais, Fédifice ne pouvant se soutenir, il en demanda la cause, et les Juifs lui dirent que le bâtiment tomberait toujours s il ne faisait ôter la croix qui était sur le montd.es Olives. Effectivement on n'eut pas plus tôt ôté la croix que la mosquée demeura ferzne. Le saint, comme un autre Jérémie, déplorait amèrement les malheurs de Jérusalem, et travaillait de toutes ses

5j36 s. DIDIER, ÉVÊQUE.

forces h empêcher la dispersion de son troupeau. Sa charité le faisait veiller exactement à ce que les malheureux ne manquassent d'aucun secours tant pour l'ame que pour le corps, et il lui arriva plus d'une fois d'exposer sa vie pour les besoins de son Eglise. Enfin Dieu le retira du milieu des impies pour le recevoir parmi les bienheureux; il mourut le 1 1 mars 609 ou 644*

S. DIDIER, FULGAIREMEM S. GÉRY,

Page 1