TOME IV
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vivrons et nous mourrons avtc lui, répliquèrent les évêqiies. »
Le pape fut mené de l'église à son palais. On l'en tira le 18 juin à minuit, et on le conduisit à Porto, où on l'embarqua pour Constanii »ple. Il aborda dans l'île de Naxos au bout de trois mois, et il y resta un an avec ceux qui le gardaiciit. Il eut longtemps h souffrir de la dyssenterie, à laquelle se joignit un dégoût pour toute espèce de nourriture. Les évcques et les habitants du pays lui ayant envoyé quelques provisions, les gardes s'en emparèrent et chargèrent d'injures et de coups ceux qui les apportaient, en disant que quiconque montrait de l'humanité pour un tel homme était ennemi de l'état. Martin fut moins sensible à ses propres souffrances qu'aux mauvais traitemmls qu'on avait fait éprouver à ses bienfaiteurs. Enfin on le fit partir pour Constantinople^ où il arriva le 17 septembre 654. Il y fut renfermé dans une prison jusqu'au 17 du mois de décembre suivant. Voici ce qu'on lit dans une des lettres qu'il écrivit alors : « Il y a quarante-sept jours qu'on ne ui'a donné d'eau ni chaude ni froide pour me laver. Je suis glacé de froid et dans une faiblesse extrême, l ne dyssenterie, qui m'a tourmenté sur mer et sur terre, ne me permet pas de goûter aucun repos. Mon corps est tout brisé et hors d'état de se soutenir. Quand j'aurais de quoi me nourrir, je manquerais des aliments que demande ma situation actuelle, et j'ai du dégoût et de l'aversion pour tout ce qui m'est donné. J'espère ce pendant que Dieu, qui connaît toute chose et qui doit bientôt m'enlever de ce monde , voudra bien inspirer des sentiments de pénitence à mes persécuteurs.
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Le 17 décembre il comparut dans la chambre du sacellaire ou trésorier, en présence du sénat, qui s'y était assemblé. On le transporta de là sur une terrasse;, d'où l'empereur pouvait le voir de son appartement, et le sacellaire ordonna aux gardes de le dépouiller des marques de la dignité épiscopale. Le saint se livrant alors entre les mains du préfet de la ville, lui dit : « Saisissez-vous de moi, et me mettez en pièces sur-le-champ. » Le préfet commanda aux assistants de lui dire anathème, mais il ne se trouva qu'environ vingt personnes qui obéirent. Les autres se retirèrent en baissant la tête et pénétrés de douleur.
Les officiers du magistrat s'étant saisis de Martin lui arrachèrent son paltlum et le dépouillèrent de tous ses vêtements. Ils ne lui laissèrent que sa tunique, qui fut déchirée du haut en bas, en sorte que sen corps nu fut exposé à la vue de ceux qui étaient présents. On lui mit un carcan de fer au cou, et on le conduisit en cet état du palais au milieu de la ville. On l'avait enchaîné avec le geôlier, et on faisait marcher devant lui un bourreau tenant un glaive> pour donner à entendre qu'il était condamné à mort. A l'exception d'un petit nombre de personnes qui lui insultaient, tout le monde gémissait et fondait en larmes. Le saint pape annonçait par son extérieur le calme et la sérénité de son ame. Lorsqu'il fut arrivé au prétoire on le renferma dans une prison avec des malfaiteurs. On l'en tira une heure «près pour le mettre dans celle de Diomède. Il eut le corps tout meurtri de la violence avec laquelle on l'y fit entrer. L'escalier fut teint de son sang, et on crut qu'il allait expirer. On le plaça sur un banc
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sans lui ôter ses fers; et comme l'hiver était alors très rigoureux , il pensa périr de froid. Il n'avait auprès de lui aucun de ses amis ou même de ses serviteurs. Il ne se trouvait là qu'un jeune clerc, qui l'avait suivi en pleurant. Le geôlier était toujours enchaîné avec lui, et on n'attendait plus que le moment de rexécution. Martin lui-même désirait ardemment le martyre. Il eut cependant quelque relâche, et on lui ôta ses fers.
Le lendemain l'empereur alla visiter le patriarche Paul, qui était malade, et lui raconta tout ce qui s'était fait à l'égard du pape. « Hélas, dit Paul en soupirant, on veut donc encore augmenter ma punition I » En même temps il conjura l'empereur de se contenter de ce que S. Martin avait souffert. Il mourut peu de temps après, mais sans rentrer dans le sein de l'Eglise. Pyrrhus, qui avait déjà occupé le siège de Constantinople, tâcha de le recouvrer. Durant son exil il avait abjuré le monothélisme à Rome, sous le pape Théodore. On crut son changement sincère, et l'Eglise romaine, qui aimait à exercer l'hospitalité, pourvut à ses besoins; elle le traita même en évêque. L'empereur envoya Démosthène au sacellaire, afin qu'il sût de Martin si Pyrrhus avait abjuré de lui-même le monothélisme, ou s'il y avait été sollicité. Martin répondit qu'il avaitfait l'abjuration de lui-même, mais que bientôt après il était retombé dans l'hérésie. Démosthène lui ayant dit : « Considérez avec quelle gloire vous viviez autrefois, et en quel état vous êtes réduit présentement: mais vous ne devez vous en prendre qu'à vous-même. » Dieu soit loué de toutes choses, répondit le saint pape.
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Martin resta près de trois mois dans la prison de Diomède, c'est à dire jusqu'au lo mars 655, qu'il fut banni dans la Ghersonèae Taurique. Il arriva le i5 mai dans le lieu de son exil. Ilrégnait une grande famine dans le pays. « On y parle de pain, disait le saint pape dans une de ses lettres, mais on n'y en voit point. Il est impossible d'y vivre, h moins qu'on ne nous envoie quelques provisions d'Italie ou du Pont. Non seulement, disait-il dans une autre lettre, nous sommes séparés du reste du monde, mais nous sommes même privés de tous moyens de subsister. Les habitants du pays sont tous idolâtres: ceux qui y viennent en copient les mœurs : ils n'ont point de charité; ils n'ont pas même cette compassion naturelle qu'on trouve parmi les barbares. Nous ne recevons rien que par les barques qui viennent ici chercher du sel, et je n'ai pu encore acheter qu'un boisseau de froment, qui m'a coûté quatre sous d'or. J'admire l'insensibilité de ceux qui ont eu en Italie quelques rapports avec moi; ils m'ont tellement oublié qu'il semble que je ne sois plus au monde pour eux. J'admire surtout ceux qui appartiennent h l'église de Saint-Pierre, pour le peu de soin qu'ils ont de leur corps. Si cette Église n'apoint d'argent, clic peut du moins nous envoyer quelques provisions de blé, d'huile et d'autres choses nécessaires à la vie... Quelle crainte peut empêcher ceux qui en sont membres d'accomplir les commandements de Dieu sur le soulagement des malheureux? Me suis-je montré l'ennemi de l'ÉgHsc ou de quelqu'un en particulier? Je continue cependant de prier Dieu, par l'intercession de S. Pierre, de les préserver tous et de les rendre inébranlables dans
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la foi catholique. Quant à mon niolhenrenx corps. Dieu en aura soin. Le seigneur est proche, pourquoi tomberais-je dans le trouble et le découragement? J'espère de sa miséricorde qu'il mettra bientôt fin à ma triste vie. »
Les prières du saint pape furent exaucées, car il mourut le 16 septembre 655, après avoir siégé six ans un mois et vingt-deux jours. On l'enterra dans une église de la sainte Vierge, qui était peu éloignée delà Chersonèse. Il se fit un «jrand concours de peuple à son tombeau. On porta dans la suite ses reliques h Rome, et on les y déposa dans l'église dédiée sous l'invocation de S. Martin de Tours. Les Grecs l'honorent le i4 avril; mais il est honoré par les Latins le 12 novembre, qui fut le jour de la translationde ses reliques à Piomc.
Nous voyons par les lettres du saint pape qu'il avait une ame grande et supérieure à tous les coups de l'adversité. Elles sont bien écrites, et autant remplies de force que de sagesse. Le style en est noble, sublime, en un mot digne de la majesté dn siège apostolique.