‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 58 sur 131 · ÉVÊQUE DE NOYON · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE NOYON

{i^f décembre.)

S. Éloi était fils d'Eucher et de Terrîgie, et naquît h Chatelac , à deux lieues de Limoges , vers l'an 588. Son nom et celui de ses parents montrent qu'il sortait d'une famille romaine établie dans les Gaules. Ceux dont il reçut le jour étaient riches et vertueux. Il fut élevé dès son enfance dans la crainte de Dieu. Comme il marquait beaucoup d'adresse pour différents ouvrages, on le mit chez un orfèvre nommé Abbon ; c'était le maître de la monnaie de Limoges; il jouissait d'une grande réputation pour son industrie, sa probité et son amour pour la religion. L'ardeur avec laquelle Éloi cultiva ses talents naturels le fit bientôt exceller dans sa profession. Les qualités de son esprit, ses vertus, sa piété le rendirent encore plus recommandable et le firent aimer de toutes les personnes qui avaient le bonheur de le connaître. On ne se lassait point d'admirer sa franchise, sa prudence, sa douceur, son penchant à obliger ; il parlait avec facilité et d'une manière agréable, mais toujours avec modestie; il

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édifiait surtout par son exactitude à remplir tous les devoirs du christianisme. Il assistait régulièrement aux offices de l'Eglise et aux instructions qui s'y faisaient; il avait soin de graver dans sa mémoire les oracles de l'Écriture sainte , il les méditait ensuite profondément, afin d'en pénétrer son ame et d'en faire la règle de sa conduite.

Quelques affaires l'ayant appelé en France , c'est à dire en deçà de la Loire, il fit connaissance avec Bobon , trésorier de Glotaire II à Paris. Le prince, auquel le trésorier vanta son habileté, le chargea de faire un siège ou trône qui annonçât une magnificence royale, et qui fût orné d'or et de pierres précieuses. Eloi fit deux trônes au lieu d'un de la matière qu'on lui avait fournie. Le roi fut aussi satisfait de la délicatesse du travail que frappé de la probité de l'ouvrier; il le fit maître de la monnaie , et on voit encore son nom sur plusieurs monnaies d'or qui furent frappées à Paris sous les règnes de Dagobert I" et de Clovis II, son fils. Il voulut qu'il demeurât dans son palais ; et, comme il reconnaissait en lui une capacité extraordinaire, il lui donna beaucoup de part dans sa confiance. Le crédit qu'il avait à la cour ne l'empêcha pas d'exercer sa profession : il se plaisait surtout h faire de belles châsses pour les reliques des saints; il orna avec magnificence les tombeaux de S. Martin de Tours , et de S. Denis, évêque de Paris. Ce fut lui qui fit les châsses de S. Quentin , de S. Crespin et de S. Crespinien de Soissons, de S. Lucien, de S. Piat, de S. Germain de Paris, de S. Séverin, de sainte Geneviève, de sainte Colombe, etc.

Ses travaux ne prenaient rien sur ses exercices

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de piété ; en travaillant il avait toujours un livre ouvert devant lui ; il y jetait fréquemment les yeux pour s'instruire de la loi de Dieu et s'entretenir dans la ferveur. Sa chambre était remplie de livres pieux, parmi lesquels l'Ecriture sainte occupait le premier rang ; il passait un temps considérable h la lire, après la prière et la psalmodie. La corruption qui règne ordinairement dans les cours n'infecta point son innocence. Il n'y avait pas long-temps qu'il était auprès du roi lorsqu'il forma la résolution de mener une vie encore plus austère et plus fervente. Il fît à un prêtre une confession générale de toute sa vie, et s'imposa une rigoureuse pénitence. D'abord, quand il paraissait à la cour, il portait des habits précieux, et quelquefois même de la soie , qui était alors fort rare : on le voyait avec des vestes brodées en or, des ceintures et des bourses ornées d'or et de pierres précieuses ; mais il avait un rude cilice sous ces riches vêtements. Lorsqu'il se fut donné plus parfaitement à Dieu il distribua aux pauvres tout ce qu'il avait de précieux, et il porta depuis des habits si simples et si grossiers qu'il avait souvent une corde pour ceinture. Le roi lui donna quelquefois ses propres vêtements; mais tout ce qu'il recevait était converti en aumônes. Sa charité pour les indigents ne connaissait point de bornes. Si quelque étranger demandait sa maison on lui répondait : « Allez dan* une telle rue, et à l'endroit où vous verrez une troupe de pauvres. » Il y en avait toujours un grand nombre qui le suivaient. Il leur distribuait ou leur faisait distribuer par ses domestiques de la nourriture et de l'argent ; tous les jours il en nourrissait

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