‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 60 sur 131 · S. MAXIME · texte numérisé non relu

S. MAXIME

CO>FESSEllR.

(13 août.)

Au milieu des scandales, des hérésies et des schismes par lesquels le démon a souvent renouvelé

s. MAXIME. 2^5

ses attaques contre l'Église, la Providence a toujours suscité des défenseurs de la foi, qui, par la constance et la sainteté de leur vie, se sont opposés h la violence du torrent, et ont réparé les pertes que le royaume de Jésus-Christ faisait sur la terre par la lâcheté des apostats. Ainsi, lorsque le monothélisme triomphait sur le trône impérial et sur les principaux sièges de T Orient, celte hérésie trouva un adversaire formidable dans la personne du saint pape Martin, puissamment secondé par toute l'Eghse latine et par une porlioii considérable de l'Eglise grecque; et tandis que l'arlifice joint h la persécution tâchait en Orient d'anéantir la vérité, îe zèle, les souffrances et la mort de Maxime firent rempor ter à la foi le triomphe le plus éclatant.

Maxime, surnommé par les Grecs Ilomologète ou le Confesseur, naquit âConstantinoplc en 58o. Il sortait d'unedespUisiiluslrcset des plus anciennes familles de cette ville. On l'éleva d'unemanière conforme à sa iiaissance, etonlui donna les maîtres les phis habil*^ Mais Dieu lui inspira une science infiniment préférable à celle de l'école, et qui est souvent ignorée par les savants du monde; il lui apprit à se connaître lui-même et à sentir le prix de la ferveur et de Ihumiiité. En vain toutefois sa modestie voulut-elle lui faire cacher ses talents, on h connut bientôt h la cour. L'empereur lléraclius l'attacha à son service et le fît son premier secrétaire d'état. Son élévation n'affaiblit point l'amour qu'il avait toujours eu pour la retraite. Plus il se voyait honoré des hommes plus il désirait la soUtude, dans la crainte que son cœur ne se corrompît parle poison de la vanité.

\ers ce temps -là le monothélisme s'introduisit à

264 s. MAXIME.

la cour. Les progrès sensibles de cette hérésie, que favorisait le prince, ne contribuèrent pas peu h le dégoûter entièrement d'une place où sa fidélité ne pouvait manquer d'être mise à de rudes épreuves. Il voyait bien que Héraclius le chargerait d'exécuter des ordres contraires aux lois de la conscience et de la religion. Il résolut donc de quitter sa place et de se retirer dans quelque monastère. Pour ne point donner d'ombrage h la cour, et pour autoriser sa retraite il allégua divers prétextes, et notamment la crainte des Arabes, qui par leurs incursions répandaient l'alarme dans tout l'Orient et osaient venir faire des incursions jusqu'aux portes de Constantinople.

Les Grecs étaient épuisés par les guerres qu'ils avaient soutenues en Occident contre les Huns, et en Orient contre les Perses. Les malheurs qu'ils avaient éprouvés étaient la punition des crimes par lesquels ils avaient outragé le ciel. Comme ils étaient incorrigibles, Dieu déchargea de nouveau sur eux les coups de sa justice; il les livra aux Sarrasins, peuple féroce, originaire de l'Arabie. Ces barbares se répandirent comme un torrent dans l'empire et renversèrent tout ce qui s'opposait à leur passage.

Héraclius, qui dans l'adversité avait cherché Dieu de tout son cœur, et avait éprouvé les effets de sa protection, l'oublia lorsqu'il se vit heureux. Il ne rougit point de se déclarer en faveur de l'hérésie, et de mettre sa confiance en des hommes qui ne savaient que l'art de dissimuler et détromper. Il scandalisa Fempire par son indolence et ternit par ^ ses désordres honteux la réputation qu'il s'était d'abord acquise par son courage et sa vertu. Il souf-

s. MAXIME. 265

frit que la secte de Mahomet s'établît parmi les Sarrasins, qui sous son règne jetèrent les fondements de leur redoutable empire.

Il fut enfin réveillé de son assoupissement par une succession non interrompue de mauvais succès. Chaque jour il apprenait la nouvelle de quelque échec. Il fut pénétré de douleur en voyant l'empire romain, qui avait donné des lois à l'univers, devenu le jouet et la proie des barbares. Son ancien courage parut se ranimer; il leva des armées, mais elles furent toujours battues. Étonné des conquêtes des Arabes, qui étaient bien inférieurs aux Grecs ea nombre, en forces et en discipline, il demanda ua jour à son conseil quelle en pouvait être la cause. Tous gardant le silence, un homme grave de l'assemblée se leva et dit : « C'est que les Grecs ont déshonoré la sainteté de leur profession, et qu'ils ne tiennent plus la doctrine que Jésas-Christ a enseignée à ses disciples. Ils s'insultent et s'oppriment les uns les autres, ils prêtent à usure, ils s'abandonnent à l'impureté, ils vivent dans les querelles et les dissensions. «L'empereur convint de la vérité de ce discours. En effet les vices des Grecs répandaient, suivant un de leurs plus célèbres écrivains, une odeur si infecte que les infidèles mêmes ne pouvaient la supporter. Tous les historiens conviennent de leurs désordres, et les Arabes les représentent avec des couleurs encore plus chargées.

S. Maxime se déclarait en toute occasion le défenseur de la foi et de la vertu. Mais on ne faisait pomt d'attention à ses exemples, et personne ne se rendait h ses discours. Voyant donc qu'il ne pourrait garder sa charge sans participer à l'iniquité et TOME IV. 12

â66 s. MAXIME.

«ju'il n'était point assez fort pour arrêter l'impétuoi^té du torrent, il arracha de Tempereur la permission de se retirer à Chrysopolis, où il prit l'habit monastique. Dans sa solitude il ^'intéressait devant Dieu aux calamités de l'état et s'armait de constance contre les dangers auxquels son amc était exposée. Craignant même dans son mon stère les pièges que les hérétiques tendaient de toutes parts, il résolut de chercher un lieu encore plus solitaire, et il se retira dans l'Afrique.

Serge, patriarche monothélite de Constantinople, étant mort surla fin de l'anaée 638, on lui donna pour successeur un moine de Chrysopolis ; il se nommait Pyrrhus. Il marcha sur les traces de son prédécesseur, e* se montra comme lui zélé partisan de l'hérésie.

Héraclius, qui mourut en 64 1, eut pour successeur Constantin, son fils aîné. Ce prince ne survécut a son père que cent trois jours. On accusa Martine, sa belle-mère, et le patriarche de lui avoir ôté la vie parle poison. Du moins est-il certain que Pyrrhus, de concert'avec Martine, fit placer sur le trône impérial Héracléouas, fils de cette princesse, au préjudice de Constant, fils de Constantin. Mais ils ne purent soutenir long-temps cette injuste usurpation. Avant la fin d'octobre de la même année. Constant fut rétabli dans ses droits parle peuple, et le sénat bannit Martine avec Héracléouas ; la mère eut la langue arrachée et le fils le nez coupé.

Pyrrhus, ayant de justes raisons de craindre la fureur de la populace, sortit secrètement de Constantinople et s'enfuit en Afrique, oîi-il tâcha d'accréditer et de répandre le monothélisme. Tel était l'état où S. Maxime trouva les Eglises de ce pays. Il

s. MAXIME. 267

s'appliqua de toutes ses forces h. y maintenir la foi catholique. Pyrrhus, versé dans l'art de feindre, affecta de faire l'éloge de Maxime, qu'il n'avait cependant jamais vu parcequ'il avait quitté le monastère de Chrysopohs avant que le saint s'y fût retiré.

Lepalrice Grégoire, gouverneur d'Afrique, engagea S. Maxime à avoir une conférence publique avec Pyrrhus, espérant qu'on pourrait par là gagner ce dernier. La conférence se tint à Carthage, au mois de juillet de l'année 645. Plusieurs évêques y assistèrent avec le gouverneur et d'autres personnes de marque. Pyrrhus, prétendant qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une personne (/ai veut, en concluait qu'il ne peut y avoir non plus en lui qu'une volonté. S. Maxime prouva contre lui qu'en Jésus- Christ r unité des personnes n'emportait point l'unité de natures; qu'étant Dieu et homme tout ensemble, la nature divine et la nature humaine ont chacune leur volonté par laquelle il veut; que c'est une impiété de dircquelavolontépar laquelle il a créé et gouverné toutes choses est la même que celle par laquelle il mangeait et buvait sur la terre et priait son père d'éloigner de lui;, s'il était possible, le calice de sa passion ; que la volonté est une propriété essentielle et inséparable de la nature, de sorte qu'en refusant à Jésus-Christ une volonté humaine on le dépouille d'une partie essentielle de son humanité, ce qui est un dcmi-eutychianismc, et qu'en raisonnant conséquemmeut on doit admettre le pur eutychianisme, qui consiste à nier qu'il y ait en Jésus-Christ deux natures dlslincics.

Maxime justiiia ensuite S. Menas de Constantin nople, \irglle etHonorius. Le dernier avait eu tort

268 s. MAXIME.

sans doute de consentir que l'on gardât quelque temps le silence sur l'article en question, mais il n'avait nié autre chose sinon qu'il n'y avait pointen Jésus-Christ deux volontés contraires comme en nous, c'est à dire une volonté de concupiscence qui se révolte contre l'esprit. Le saint prouva ce point par un témoignage exprès de l'abbé Jean, qui en qualité de secrétaire avaitécrit la lettre d'Honorius, et avait fait sa déclaration sur cet objet h Jean IV, successeur d'Honorius même. « Serge ayant écrit que quelques-uns admettaient deux volontés contraires en Jésus-Christ, nous répondîmes que ces volontés ne pouvaient être admises, c'est à dire qu'il n'y avait point en Jésus-Christ une volonté de la chair et une volonté de l'esprit comme en nous qui sommes pécheurs. » Maxime confirma cette doctrine en montrant que dans lcPère,leFils et le Saint-Esprit il n'y a qu'une volonté, parceque les trois personnes divines n'ont qu'une seule et même nature. L'issue de cette conférence fut que Pyrrhus déclara qu'il n'avait plus de difficultés sur aucun article, et qu'il témoigna un grand désir de donner au pape Théodore, en présence du clergé et du peuple, un écrit où il condamnait tout ce qu'il avait fait ou publié contre la foi. Après une rétractation aussi solennelle Théodore ordonna que l'on mît un siège pour lui a côté de l'autel, et lui procura de quoi subsister aux dépens de l'Eglise romaine. Mais Pyrrhus renonça bientôt aux sentiments orthodoxes qu'il avait montrés. Etant allé h Ravenne, il retomba dans ses erreurs, à l'instigation de l'exarque, qui le flatta de l'espérance de recouvrer le siège de Constantinople.

s. MAXIME. 269

Ln nommé Paul, aussi monothélite, occupait alors ce siège. Il persuada à l'empereur Constant de substituer l\ l'ecthèse publiée par Héraclius, son grand-père, un nouvel édit qui ne favorisât aucun des deux partis, et qui imposât silence sur le point controversé. L'édit parut en 648, sous le nom de Type ou de Formulaire.

Le pape Théodore, informé de l'apostasie de Pyrrhus, tint dans l'église de Saint-Pierre une assemblée, où il prononça contre lui une sentence d'excommunication et de déposition. Il traita de la même manière Paul, qui avait été mis sur le siège de Gonstantinople après la fuite de Pyrrhus, et qu'il avait inutilement tâché de réunir à l'Eglise par ses lettres et par ses légats. Il condamna aussi le type de Constant. Mais il ne put voir la fin de celte affaire, la mort l'ayant enlevé le 20 avril 649. Il eut S. Martin pour successeur. S, Maxime vint trouver ce pape h Rome et assista au concile de Latran, qui se tint au mois d'octobre de la même année G49. Après la mort de Paul, patriarche de Gonstantinople, arrivée en 655, Pyrrhus fut remis en possession du siège de celte ville; mais il ne survécut à son rétablissement que quatre mois et vingt- trois jours. On lui donna pour successeur un prêtre de la même Église, nommé Pierre^, lequel professait aussi le monolhélisme.

Le pape S. Martin étant mort en G55, S. Maxime fut arrêté à Rome, par l'ordre de l'empereur, et conduit h Gonstantinople, avec Anastase son disciple et un autre Anastasc qui avait été apocrisiaire ou nonce de l'Eglise romaine. Sur le soir du jour de leur arrivée, il vint deux officiers, appelés manda-

270 s. MAXIME.

torcs^ avec dix cxcLibiteurs ou soldats delà garde de l'empereur, quilestiièrentpresquenus du vaisseau, et les conduisirent en différentes prisons , où ils furent étroitement gardés. Quelques jours après, on les mena au palais, et on les fit entrer dans une salle où le sénat était assemblé et environné d'une grande multitude de peuple. S. Maxime ayant été placé au milieu de l'assemblée, le sacellaire ou garde du trésor impérial l'accabla de reproches, et lui demanda d'un ton fort irrité s'il était chrétien. Oui, répondit Maxime, par la grâce de Jésus-Christ notre Seigneur, Le sacellaire l'accusa de trahison, comme d'avoir persuadé à Pierre, gouverneur de INumidie, de ne point envoyer de troupes en Egypte pour repousser les Sarrasins, ce qui avait été cause que ces barbares s'étaient emparés de ce pays , ainsi que de la Pentapole, de Tripoli et de TAfrique proconsulaire. Il ne fut pas difficile à Maxime de se justifier; mais en même temps il avoua qu'étant à Rome il avait dit à un officier que l'empereur ne possédait point le sacerdoce; que l'union proposée par le type ne pouvait être reçue ; que le silence prescrit était une véritable suppression de la foi, ce qui ne pouvait jamais être permis; qu'avec de pareils principes les Juifs et les chrétiens pouvaient s'unir, les uns en suppriffiant la circoncision et les autres le baptême ; que cette union aurait lieu aussi avec les a rien s, par la suppression de la consubstantialité du verbe. Le sacellaire, ne sachant que répondre à ce discours, dit qu'un homme tel que Maxime ne devait point être souffert dans l'empire. D'autres se réunirent à lui pour l'accabler des plus injurieux reproches.

s. MAXIME. 271

On examina ensuite Anastasc, disciple du saint; mais comme il ne pouvait élever la voix assez hairt pour être entendu de tous, les gardes le souffletèrent si cruellement qu'ils le laissèrent à demi mort. Le$ deux confesseurs furent ensuite ramenés en prison.

Le soir même le patrice Troïle, accompagné de deux officiers du palais, vint voir Maxime dans le dessein de lui persuader de communiquer avec l'Eglise de GonsLantinople. Le saint demanda qu'ils condamnassent préalablement rhérésie des mouothélites, qui avaient été excommuniés par le concile de Latran, et il leur reprocha d'avoir changé leur propre doctrine. Comme ils l'accusaient de les condamner tous, il répondit : « Je ne condamne personne, et Dieu me garde de le faire ; mais j'aimerais mieux perdre la vie que de m'éloigner de la foi dans la moindre chose, » Les officiers le pressant de recevoir le type par amour pour la paix, et confessant en même temps qu'ils reconnaissaient deux volontés en Jésus-Christ, il se prosterna par terre, les larmes aux yeux, et dit : « Ce n'est pas mon intention de déplaire à Tempercur, mais je ne pui* me résoudre à offenser Dieu. » Comme on l'accusait de détourner les autres par son exemple de communiquer avec l'Eglise de Constantinople et de ternir la réputation de l'empereur en condamnant le type, il se justifia en assurant qu'il était bien éloigné de taxer le prince dhérésie , que le type n'était point son ouvrage, qu'il ne l'avait signe qu'après avoir été trompé parles ennemis l'Eglise? il ajouta qu'il désirait ardemment le lui voir désavouer, comme iléraclius avait désavoué reclhèse.

Maxime et son disciple subirent un second inter-

Page 1