REI>E DE FRANCE
(30 janvier.)
Sainte Baihlldc, appelée par corruption Bautear ou Bodoar, naquit en Angleterre. Dès sa plus tendre jeunesse elle fat vendue comme esclave, et achetée à vil prix par un seigneur français nommé Erchi-
uoald OU Arcliambaud, qui depuis devint maire du palais sous le roi Clovis II. Sa vertu et sa prudence lui gagnèrent tellement l'estime et l'aftection de son maître qu'il se reposa entièrement sur elle du gouvernement de sa maison. Bathilde^ loin de se prévaloir de cette distinction, n'en était que plus humble, plus soumise à ses compagnes et plus empressée à leur rendre tous les services qui dépendaient d'elle. Mais Dieu, qui la destinait à quelque chose de grand, même selon le monde, permit que l'éclat de ses vertus se répandît dans toute la France: il préparait par Ih les voies à son élévation; aussi quand le roi Clovis II fut en âge d'être marié, on ne crut pas pouvoir mieux faire que de l'unir h Bathilde, et ce choix fut généralement applaudi. Ce mariage fut célébré en 649. Notre sainte, qui savait apprécier au juste les grandeurs humaines, ne s'enorgueillit point de cette auguste alliance; elle ne servit qu'à donner un nouveau lustre à son humilité, à sa charité pour les pauvres, à son respect et h son zèle pour la religion. Le roi, qui connaissait les dispositions de son cœur, lui confia cette partie de son autorité qui avait pour objet la protection de l'Église, les pieux établissements et le soulagement des malheureux.
Bathilde eut deson mariage trois fils, qui portèrent successivement la couronne; Clotaire lïl, Childéric II et Thierri III. La mort lui ayant enlevé le roi son époux en G55, elle demeura chargée de la régence du royaume et de la tutelle de ses fds, dont l'aîné n'avait encore que cinq ans. Elle soutint ce double poids avec une capacité qui donna de l'admiration aux plus expérimentés d'entre les ministres.
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Sa rare prudence lui fit trouver le moyen de maintenir la paix dans l'état. Elle abolit l'usage des esclaves, qui subsistait encore (i), travailla de concert avec S. Ouen, S. Éloi et plusieurs autres saints évêques, à bannir la simonie de l'Eglise de France, remplit le royaume d'hôpitaux, releva plusieurs monastères, entre au 1res ceux de Saint-Martin, de Saint-Denis et de Saint -Médard; fonda deux célèbres abbayes, fune d'hommes à Corbic et l'autre de femmes à Chelles.
Clotaire, sou fds, étant en état de gouverner par lui-même, elle résolut de suivre l'attrait intérieur qu'elle se sentait depuis long-temps pour la retraite. II lui fallut d'abord lutler contre les princes qui s'opposaient à fexécution de son dessein; mais sa fermeté ayant enfm obtenuleur consentement, elle alla s'enfermer en 665 dans l'abbaye de Chelles, où elle prit le voile. Sa sortie du monde lui fit oublier le haut rang qu'elle y avait occupé. On ne la
(1) Lorsque les Francs s'établirent dans les Gaules ils permirent aux Romains qu'ils y trouvèrent de vivre conformément à leurs lois, et par conséquent d'avoir des esclaves; mais à la longue l'état de ces malheureux devint beaucoup moins dur, La reine Bathilde en affranchit un grand nombre, et déclara que désormais ils seraient habiles à posséder en propre. Quant aux serfs que les Francs introduisirent, leur condition était moins rigoureuse que celle des esclaves; leurs maîtres les attachaient à des manoirs ou fermes, et les obligeaient, outre la redevance, à une espèce de servitude. Les rois de la seconde race en affranchirent beaucoup , en quoi ils furent imités par les seigneurs particuliers. La reine Blanche et S. Louis renfermèrent le droit de vassalité dans des bornes encore plus étroites. Louis Hutin abolit entièrement la servitude en France, en déclarant tous ses sujets libres, conformément à l'esprit de l'Évangile, parcequ'il nous est ordonné de traiter tous les hommes comme nos frères.
distinguait des autres religieuses que par son humilité, son recueillement et sa ferveur dans la prière. Elle leur rendait h toutes les services les plus humiliants et obéissait à sainte Bertille, son abbesse, avec autant de ponctualité que la dernière des sœurs. Son plus grand plaisir était de visiter, de servir les malades, et de les consoler par des exhortations pleines de charité. Dieu l'éprouva sur la fin de ses jours par une colique très violente et par d'autres maux qu'elle souffrit, non seulement avec résignation, mais même avec joie. Enfin son dernier moment arriva. Dans so^i agonie elle donnait à ses sœurs les instructions les plus touchantes; elle leur recommandait surtout l'amour des pauvres et la persévérance dans le service de Dieu. Elle mourut en 680, probablement le ôo janvier, jour auquel elle est honorée en France. On lit son nom dans le martyrologe romain le 26 du même mois.
Citoyens du siècle à venir, nous ne devons regarder cette vie que comme un pèlerinage. Notre principale, notre seule affaire doit être de vivre pour Dieu, d'accomplir sa volonté, de travailler sans cesse à la sanclifîcation de nos âmes, puisque c'est l'unique moyen d'arriver à la céleste patrie. Tous les chrétiens sont indistinctement obligés d'entrer dans la voie étroite de l'Évangile; les prétextes qu'ils pourraient tirer des circonstances de leur état se dissiperont h la vue des exemples de sainte Bathilde, qui sut allier tous les devoirs de la religion avec les soins qu'entraînait le gouvernement d'un vaste royaume. Élevons donc nos cœurs vers le ciel au milieu des occupations extérieures; animons-les de cet esprit de christianisme qui peut
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seul les rendre méritoires pour l'éternité. Regardons le monde comme notre ennemi; craignons les pièges qu'il tend h notre innocence. Veillons sans relâche, de peur que le poison contagieux des vices dont il est l'esclave ne vienne infecler nos cœurs. Allons de temps en temps respirer aux pieds de Jésus-Christ afm de ranimer notre ferveur et d'effacer par nos soupirs ces taches secrètes dont il est si difficile de se préserver dans le commerce du monde; sans cela notre vcrlu ne pourra se soutenir et nous serons Lîenlôt entraînés par le torrent de la Corruption générale.
S. RIQIIER,