‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 68 sur 131 · ÉVÊQUE DE LIÈGE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE LIÈGE

(3 novembre.)

Dieu, toujours admirable dans ses miséricordes^ employa des voies extraordinaires pour faire passer S. Hubert d'une vie toute mondaine à une vie entièrement consacrée à son service. Mais on a débité tant de fables sur ses premières années qu'il n'est pas possible de découvrir la vérité. On ne sait rien de certain sur ce qui le concerne jusqu'au temps où il se mit sous la conduite de S. Lambert, évêque de Maestricht. On dit qu'il sortait d'une famille d'Aquitaine , qu'il passa sa jeunesse à la cour de Thierrini, et que, selon toutes ics apparences, il fut quelque temps au service de Pépin d'IIéristel , qui devint maire du palais d'Austrasic en 681. On dit qu'il aimait la chasse avec passion, et qu'il se livrait aveuglément aux vanités mondaines quand, touché

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par la grâce, il prit la résolution de ne plus vivre q^ue pour Jésus-Christ.

Il choisit pour maître dans les voies du salut S. Lambert, qui avait une grande réputation de vertu. Sa ferveur, ses progrès dans la perfection et dans les sciences ecclésiastiques lui méritèrent l'honneur d'être élevé au sacerdoce. Bientôt après le saint évêque Tassocia au gouvernement de son diocèse.

S. Lambert ayant été indignement massacré, Hubert fut unanimement élu pour lui succéder, en 708 ou 709. Notre saint portait envie à son bienheureux maître, et il eût désiré termijier sa vie de la même manière. Les injures les plus atroces ne faisaient qu'enflammer son zèle pour le salut des pécheurs ; il leur rendait le bien pour le mal , maie sans s'écarter jamais de la règle du devoir. Semblable à David, il gémissait sans cesse de ce qu'il était banni de la face du Seigneur, et des larmes abondantes coulaient perpétuellement de ses yeux. Rempli de charité pour les pauvres , il leur distribuait tous ses revenus. Tout son temps était employé à l'exercice des fonctions épiscopales. Il travaillait avec mie ardeur infatigable à détruire le vice et à extirper les restes de l'idolâtrie. Il prêchait l'Évangile avec tant de force et d'onction que la parole de Dieu dans sa bouche était véritablement un glaive à deux tranchants. Le peuple accourait à ses sermons des lieux les plus éloignés. Sa ferveur, loin de diminuer, augmentait de jour en jour, et se manifestait par la continuité de ses jeûnes, de ses veilles et de ses prières.

Il conserva toute sa vie une grande vénération pour S. Lamjiert. En 720 il transféra son corps de

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MaestrictlîàLiége, sur le Lord de la Meuse. Ce n'était alors qu'un village , mais il s'y est formé par la suite une ville considérable. S. Hubert plaça les reliques du saint évoque de Maestricht dans une belle église fju'il fit bâlir h l'endroit même où il avait répandu son sang, et qui devint cathédrale lors de la translation du siège épiscopal de Maestricht h Liège, c'est à dire en 721. Depuis ce temps la viile de Liège, qui regarde S. Hubert comme son fondateur et son premier évêque, honore S. Lambert comme son principal patron.

La forêt des Ardennes, si connue dans l'histoire, servait encore de retraite aux païens en plusieurs endroits. S. Hubert , animé d'un zèle ardent , pénétra jusque dans les lieux les plus éloignés et les plus sauvages, et détruisit le culte des idoles. Gomme il exerçait la fonction des apôtres, Dieu lui communiqua le don des miracles. L'auteur de sa vie rapporte le suivant, dont il a été le témoin oculaire. Le saint évêque faisait la procession des rogations avec son clergé; on y portait la croix avecles reliques des saints, et on y chantait les litanies, selon l'usage de l'Eglise. Cette pieuse cérémonie fut troublée par une femme possédée du démon; mais Hubert lui imposa silence , et lui rendit la santé en formant sur elle le signe de notre rédemption. Dans un temps de sécheresse il obtint encore de la pluie par ses prières.

Il fut instruit de sa mort par révélation un au avant qu'elle arrivât. H mit tout en ordre dans sa maison et redoubla de ferveur ; il visitait plus souvent les églises et les reliques des sainls ; il allait surtout prier fréquemment au tombeau de S. Lam-

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bert et à l'aiilel de S. Aubin , afin de recommander son ame h Dieu par l'intercession de ces saints. Ayant été consacrer une nouvelle église à Fur, qu'on croit être Terture en Brabant, et qui est à douze lieues de Liège , il fit ses adieux à son peuple dans un discours qu'il prononça à l'occasion de cette cérémonie. Immédiatement après il fut pris de la fièvre et se mit au lit. Il mourut le sixième jour de sa maladie , le 5o mai 727. Son corps fut porté à Liège et déposé dans féglise collégiale de Saint- Pierre. En 825 on le transféra, avec la permission de Vévêque et de l'empereur Louis-le-Débonnaire , à l'abbaye d'Andain, dans les Ardennes, laquelle est sur les frontières du duché de Luxembourg et porte aujourd'hui le nom du saint. L'abbé de cette maison est seigneur d'un territoire qui comprend seize villages. Ln grand nombre de pèlerins vont visiter la châsse de S. Hubert , qu'on invoque surtout contre la rage , et par l'intercession duquel il s'est opéré plusieurs cures miraculeuses (1). On célèbre la principale fètc de ce saint le 5 novembre , sans doute h cause de quelque translation de ses reliques.

(1) On doit implorer le secouis du ciel contre la rage avec d'autant plus d'ardeur qu'on doit avoir peu de confiance dans les bains de mer et dans les autres remèdes ordinaires. Le nouveau secret qu'on a trouvé contre ce mal redoutable a réussi quelquefois; mais ce n'est rien moins qu'un remède infaillible. Cependant, comme la supcistition se glisse facilement dans les pratiques les pins respectables parleur objet, il est du zèle des pasteurs de veiller avec le plus grand soin sur les pèlerinages à Saint-Hubert et sur les autres dévotions semblables, pour qu'il ne se passe rien qui soit contraire à l'esprit du christianisme.

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S. BEDE, PÈRE DE l'Église.

(27 mai.)

Le célèbre don Mabilloii, citant Bède comme un parfait modèle de savoir dans l'état monastique, s'exprime ainsi : « Qui s'est plus appliqué que lui à toutes sortes d'études, et même à enseigner les autres? Qui fut cependant plus attaché aux exercices de piété et de religion ? A le voir prier, il semblait qu'il n'étudiait pas ; h voir la quantité de ses ouvrages , il semblait qu'il ne faisait autre chose que d'écrire. » Camdcn l'appelle une lumière singullerement éclatante; et Léland, « la gloire, le plus bel ornement de la nation anglaise, l'homme le plus digne qui fut jamais de jouir d'une réputation immortelle. » Selon Guillaume de Malmesbury, il est plus facile de l'admirer en secret que de trouver des expressions proportionnées à son mérite.

Bède, surnommé le Fênéraùle, ne doit point être confondu avec un autre Bède plus ancien, qui était moine de Lindisfarne. Il naquit en GyS, dans un village qui peu de temps après fit partie des biens du monastère de Jarrow.

S. Benoît Biscop ayant fondé en 674 l'abbaye de Saint-Pierre à Weremouth, près de l'embouchure de la Were, fonda en 680 celle de Saint - Paul à Girvum ou Jarrow, sur le bord de la Tyne. Il régnait une si belle harmonie entre les deux maisons qu'elles étaient souvent gouvernées par le même abbé, et qu'on les désignait sous le nom commun

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de monastère de Saint-Pierre et de Saint-PauL Le saint fondateur, qui avait autant de savoir que de piété, procura a chaque communauté une excellente collection de livres qu'il avait apportés de Rome et des divers pays étrangers. Bèdc lui ayant été ofFert par ses parents dans sa septième année, il se chargea du soin de le former h la vertu et aux sciences; il l'envoya dans la suite à Jarrow afin qu'il y continuât ses études sous l'abbé Ceolfrid.

Bède nomme parmi les maîtres habiles dont il prit les leçons le moine Trumbert, disciple de S. Chad, évêque d'Tork, puis de Litchfield, lequel avait établi une école célèbre dons le monastère de Lestingan, au comté d'iork. Le chant ecclésiastique lui fut enseigné par Jean, qui de grand-chantre de Saint-Pierre du Vatican était devenu abbé de Saint- Martin de Rome, et que le pape Agathon avait en- Toyé en Angleterre avec S. Benoît Biscop. Il apprit le grec de Théodore, archevêque de Cantorbéry, et de l'abbé Adrien, qui rendirent cette langue si famihère h plusieurs Anglais qu'on eût dit qu'elle était leur langue maternelle. Bède en donne pour exemple Tobie, évêque de Rochestcr. S'il eût été moins modeste il aurait pu se citer lui-même. Oo voit en effet par son Ars mctrica et par ses autres ouvrages qu'il savait parfaitement la langue grecque. Les vers que nous avons de lui montrent aussi qu'il était bon poète pour le siècle où il vivait; mais ses sermons ainsi que ses commentaires sur lEcriture prouvent qu'il fit sa principale étude de la méditation des livres divins et des écrits des pères.

La science et la piété suppléant en lui au défaut de l'âge, l'abbé Ceolfrid voulut qu'il se préparât

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aux saints ordres, quoiqu'il n'eût encore que dixneuf ans. Il fut ordonné diacre en 691, par S. Jean de Beverley, alors évêque d'Hexham, dans le diocèse duquel l'abbaye de Jarrow était située. Il continua ses études jusqu'en 702, qu'il reçut la prêtrise des mains du même prélat. Il est appelé dans un ancien livre le prêtre de la messe, parcequ il était chargé de chanter tous les jours la messe conventuelle.

Les moines de Weremouth et de Jarrow, h l'exemple de S. Benoît Biscop, donnaient un certain temps au travail des mains. Ce travail consistait h battre et à vanner le blé, à prendre soin des bestiaux, h bêcher la terre dans le jardin, à faire le pain et à préparer ce qui devait servir de nourriture h la communauté. Bède travaillait avec ses frères; mais sa principale occupation était d'étudier, d'écrire, de prier et de méditer. Souvent il copiait des livres. Aussitôt après qu'il eut été ordonné prêtre il prit la plume pour Thonneur de la religion. Il se vit i la tête d'une école nombreuse, d'où sortirent d'excellents sujets; il s'attachait particulicTcment à l'instruction des moines, qui étaient au nombre de six cents. Il nous apprend lui-même qu'il se livrait tout entier h la méditation de l'Ecriture sainte, et qu'après avoir chanté les louanges do Dieu h l'église et rempli ce que la règle prescrivait, son plus grand plaisir était d'apprendre, d'enseigner et d'écrire. « Depuis le temps où je reçus la prêtrise, dit-il, jusqu'à celuP où j'écris ceci (jusqu'à la soixante-neuvième anréo de son âge) , j'ai composé plusieurs livres pour mon utilité et pour celle des autres; j'ai puisé dans les ouvrages des pères et ai fait quelquefois des ad-

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ditions à ce que j'y ai trouvé. » Il donne une liste de quarante-cinq ouvrages dont il était pour lors auteur, et dont la plupart avaient pour objet d'éclaircir le texte de l'ancien et du nouveau Testament. Dans la suite il sortit encore de sa plume diverses productions estimables.

Bède s'exerça avec succès sur toutes les parties de la littérature. Il écrivit sur la philosophie, l'astronomie, l'arithmétique, le calendrier, la grammaire, l'histoire ecclésiastique, elc. Les œuvres de piété composent cependant la principale partie de ses écrits. On chercherait en vain dans ses livres les ornements de la rhétorique; on y trouve en récompense beaucoup de précision et de clarté : il y règne une aimable simplicité avec un ton de franchise, de piété et de zèle qui intéressent vivement le lecteur. La candeur et l'amour de la vérité caractérisent visiblement ses livres historiques; et si l'on dit qu'il a porté quelquefois la crédulité trop loin, on doit au moins convenir qu'aucune personne judicieuse ne révoquera jamais en doute sa sincérité. Souvent il s'est contenté d'abréger ou de ranger dans un ordre méthodique les commentaires de S. Augustin, de S. Ambroise, de S. Jérôme, de S. Basile, etc., sur l'Écriture; mais il n'en a point cgi de la sorte pour éviter le travail, ni par défaut de génie, comme l'ont prétendu quelques modernes. Son but était de s'attacher plus étroitement à la tradition en interprétant les livres saints. Dans ce que les pères avaient laissé à faire, il suit toujours leurs principes, de peur de s'écarter de la tradition dans la moindre chose. Les meilleurs juges avouent que dans les commentaires qui sont

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entièrement de lui, il ne le cède point en solidité et en jugement aux plus habiles d'entre les pères.

Baie, carme apostat, l'ennemi déclaré des moines et des pères, qui fut évêqued'Ossory sous Edouard VI, et qui mourut chanoine de Cantorbéry sous la reine Elisabeth, n'a pu s'empêcher defairedeBède le plus magnifique éloge; il va même jusqu'à assurer qu'il l'emporte sur S. Grégoire-le-Grand par l'éloquence et la richesse de son style^ et que l'on trouve dans ses écrits presque tout ce qui mérite d'être lu dans l'antiquité. Pitts avance que fEurope n'a peut-être point produit un homme de lettres qui lui soit comparable, et que même de son vivant ses ouvrages avaient tant d'autorité qu'un concile ordonna de les lire publiquement dans les églises.

Folchard qui, après avoir été moine de l'église de Christ à Cantorbéry et de Sithin, devint abbé de Thorney, parle ainsi de Bède dans sa vie de S. Jean de Beverlcy, citée par Leland: « On est surpris lorsqu'on considère jusqu'à quel point ce grand homme réussit dans toutes les sciences auxquelles il s'appliqua. Il vainquit toutes les difficultés qui s'y rencontrent, et mit ses compatriotes en état de se former de justes idées des choses. Les Anglais renoncèrent à la grossièreté de leurs ancêtres; ils se civilisèrent et se polirent par l'étude des lettres. Non seulement Bède leur enseigna durant sa vie la route qui conduit au vrai savoir, il a encore laissé pour l'instruction de la jeunesse des écrits où l'oû trouve une espèce à'cncyciopcdic on de hih\ioihb(iuc universelle. Il expliqua presque toute la Bible, dit FuUer; il traduisit en anglais les psaumes et le nouveau Testament, et c'est surtout à lui qu'on peut

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appliquer ces paroles de l'apôlre: Il brilla comme une lumière au milieu d'une génération ignorante et perverse. »

Ce qu'il y eut de plus admirable dans Bède c'est qu'il anima toutes ses études d'un rare esprit de piété, et qu'il fit toujours un saint usage de ses connaissances. Il s'est peint lui-même en traçant le portrait de S. Chad. Comme lui il étudia l'Écriture pour se mettre en état de méditer assidûment les mystères de la foi, pour se pénétrer des saintes maximes du christianisme, pour remplir son cœur de l'amour de toutes les vertus : aussi sa vie fut-elle toujours un modèle que les plus parfaits pouvaient se proposer. On voulut le faire abbé, mais son humilité le porta h refuser cette dignité.

Le pape Sergius avait une estime singulière pour notre saint. Il lui écrivit une lettre que nous avons encore, vers le temps où il fut ordonné prêtre. Dans cette lettre il l'invitait en termes fort honorables à venir h Rome afin qu'il eût la satisfaction de le voir et de le consulter sur des affaires importantes. Bède parmodestie supprima cette circonstance. Au reste il n'alla point à Rome, sans toutefois qu'on sache la raison qui l'en empêcha. Il nous assure lui-même qu'il ne sortit jamais de son monastère pour voyager, au moins pour faire des voyages considérables. Sa réputation lui attira des visites de tout ce qu'il y avait de plus grand dans la Bretagne, entre autres celle du pieux roi Ceohvulph.

Ecgbright ou Egberct, frère d'Eadbyrht, roi du Northumberland, avait été disciple de Bède. Il invita son maître à venir à York, dont il fut sacré évêque en 754. Le saint se rendit à celle invitation.

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Il enseigna quelques mois à York, après quoi il voulut retourner dans son monastère. L'école qu'il établit dans cette ville devint très florissante, et l'on dit qu'il avait lui-même formé le célèbre Alcuin, qui en fut le plus bel ornement.

Bède mourut peu de temps après qu'Ecgbright eut été élevé sur le siège épiscopal d'York. Avant sa mort il écrivit à son disciple une lettre où il lui donnait d'excellents avis. Souvenez-vous, lui disaitil^ que la partie la plus essentielle de votre devoir est de mettre partout des prêtres éclairés et vertueux; de vous appliquer avec un zèle infatigable à nourrir vous-même votre troupeau; de faire en sorte que le vice disparaisse; de travaillera la conversion des péclieurs; d\ivoir soin que tous vos diocésains sachent l'oraison dominicale et le symbole des apôtres, et qu'ils soient parfaitement instruits des différents articles de la religion. JXe négligez rien pour que les laïques qui mènent une vie pure communient tous les dimanches, ainsi que toutes les fêtes des apôtres et des martyrs, comme vous l'avez va pratiquer h Rome; mais avertissez les personnes mariées qu'elles doivent se préparer h la communion par la continence. Ce dernier point était anciennement do précepte comme nous le voyons par plusieurs conciles. Par le non usage, il n'est plus que de conseil; mais c'est un conseil dont S. Charles Borroméc voulait que l'on recommandât fortement la pratique aux fidèles.

Culhbert ou Antoine, un des disciples de Bède, et auquel ce grand homme dédia son livre de Arte mctrica, nous a laissé une relation de la mort de son chrr maître; elle est dans une lettre qu'il écrivit au

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moine Cuthwin, son compagnon d'études. Ce Cuthbert fut depuis abbé de Jarrow. 11 succéda dans cette dignité à Huethbert, autrement appelé Eusèbe, qui avait été aussi disciple de Bède.

La lettre de Cuthbert mérite d'être rapportée ici; nous n'y ferons que de légers retranchements, c Cuthbert h Guth^vin, son très cher condisciple en Jésus-Christ, salut éternel en notre Seigneur. — J'ai reçu avec beaucoup de plaisir le petit présent que vous avez bien voulu m'envoyer. Totre lettre m'a causé aussi une grande satisfaction, en ce que j'y ai trouvé ce que je désirais ardemment, savoir que vous aviez eu soin de prier et de célébrer des messes pour Bède, ce vrai serviteur de Dieu, notre père et notre maître. Par suite de l'amour que je lui porte, je vous envoie en peu de mots une relation de la manière dont il est sorti de ce monde, relation que je sais que vous attendez de moi.

G II fut surpris d'une difficulté de respirer , sans toutefois ressentir de douleur, environ deux semaines avant Pâques. Il resta dans cet état, conservant sa gaieté ordinaire et rendant grâces à Dieu nuit et jour^ même h toutes les heures, jusqu'à la fête de l^scension du Seigneur , qui était le 26 de mai. Après nous avoir donné des leçons selon sa coutume, il employait le reste du jour h chanter les psaumes. Il passait aussi toutes les nuits dans la joie et les actions de grâces, n'interrompant cet exercice que par un sommeil très court. Lorsqu'il se réveillait il se remettait à prier, les mains étendues vers le ciel. 0 homme véritablement heureux! il chantait ces paroles de S. Paul : C'est quelque chose (Cfffroyublc que de tomber entre les mains du

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Dlcavivanty et plusieurs autres passages de l'Écriture. Comme il était fort versé dans notre langue, il récitait certaines choses en vers anglais, ces paroles, par exemple : Un homme sage ne saurait trop considérer ce qu'il a fait de bien et de mai avant de sortir de cette vie. Il chantait aussi des antiennes, conformément h ce qui se pratique parmi nous, celle-ci entre autres : O roi de gloire. Dieu des armées, qui êtes monté aujourd'hui en trio7nphe au dessus de tous tes deux ! 7ie nous abandonnez pas comme des orphelins sans défense, mais envoyez-nous l'Esprit du Père, l'Esprit de vérité, que vous nous avez promis. Alléluia, En prononçant ces paroles, ne nous abandonnez pas, ses yeux ver>èrent une grande abondance de larmes. Une heure après il répéta la même antienne, et nous mêlions nos larmes aux siennes. Nous lisions et nous pleurions alternativement, ou plutôt nous ne lisions jamais sans pleurer,

« Nous passâmes ainsi le temps qui s'écoula depuis le commencement de sa maladie jusqu'à la fête de l'Ascension. Pour lui, il était toujours comblé de joie, et ne cessait de remercier Dieu de ce qu'il lui avait envoyé son infirmité. Souvent il répétait ce passage : Dieu châtie les enfants quil aime, et autres semblables. On lui entendait dire aussi ces paroles de S. Ambroise : Je n'ai point vécu de manière à rougir de vivre parmi vous, et je ne crains point de mourir, parcequc nous avons un Diea qui est la bonté par essence.

« Les leçons qu'il nous donnait et le chant des psaumes ne l'empêchèrent point de composer deux ouvrages fort uliles à l'hglise : il traduisit en anglais l'évangile selon S. Jean, et donna un extrait desli-

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vres et des notes de S. Isidore, évêqne. Je ne veux pas, disait-il au sujet du second ouvrage, que mes disciples lisent des mensonges après ma mort, ni qu'ils se consument en des travaux inutiles.

« Le mardi d'avant l'Ascension il se sentit une difficulté de respirer plus grande qu'à l'ordinaire. On remarqua un peu d'enflure à ses pieds. Il passa cependant le jour avec gaieté; il dicta dans son école, en disant de temps en temps : « Ilàtez-vous ; « que sais-je si je vivrai encore long-temps et si le «Seigneur ne m'enlèvera pas bientôt du milieu de c vous ! » Nous ne doutâmes point qu'il ne sût le moment de sa mort. Il passa la nuit en actions de grâces. Le lendemain matin il nous dit d'écrire prompment ce que nous avions commencé; ensuite, selon ce qui se pratique à pareil jour , nous marchâmes avec les reliques des saints jusqu'à la troisième heure. Alors un d'entre nous lui dit : Cher maître , il nous manque encore un chapitre; serait -ce vous incommoder que de vous faire de nouvelles questions ? Non , rèpondit-il. Prenez votre plume et écrivez vite; ce que fit le disciple.

« A la neuvième heure il me chargea d'aller chercher tous les prêtres du monastère. Lorsqu'ils furent venus il leur distribua du poivre , des mouchoirs et de Fencens qu'il avait dans une petite boîte, les priant de se souvenir de lui devant Dieu et de célébrer des messes à son intention, ce que tous lui promirent. Il n'y eut personne qui ne pleurât quand il annonça que bientôt on ne le verrait plus; mais chacun se réjouit en lui entendant dire : Il est temps que je retourne vers celui qui ma donné l'être en me tirant du néant. Mes jours ont été longs; mon

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juge en a prévu et fixé le nombre. Le moment de ma liberté appi'oche. Je désire d'être affranchi des liens du corps et de me réunir à Jésus-Christ. Oui, mon ame désire voir Jésus-Christ, son roi, dans L'éclat de sa gloire. Il ajouta beaucoup d'autres choses pour notre édification.

« Wilberth, celui de ses disciples dont j'ai parlé plus haut , lui dit le soir : Il y a encore une sentence (jul n'est point écrite. Fous n'avez (pi à C écrire, répondit-il. Son disciple lui ayant répliqué que c'était fait, il ajouta : Fous avez bien parlé. Tout est fini. Soutenez ma tête dans vos mcdns. Je veux avoir la satisfaction de m' asseoir vis-à-vis de l'oratoire où j'avais coutume de prier, afin d'invocpicr ainsi mon Père céleste. S'étant mis sur le plancher de sa celhile, il dit : Gloire uu Père, au Fils et au Saint-Esprit ; après quoi il s'endormit tranquillement dans le Seigneur. Tous ceux qui ont assisté à sa mort assurent qu'ils ne lui virent jamais plus de ferveur qu'en

ce jour J'aurais beaucoup d'autres choses à

vous raconter; c'est ce qui fait qu'il m'est venu dans l'esprit de traiter de ce sujet avec plus d'étendue, etc. »

Ranulph lligden ajoute les particularités suivantes sur la mort du serviteur de Dieu. « L'enflure de ses pieds l'avertissant qu'il approchait de sa dernière heure, il reçut l'extrême- onction, puis le saint viatique le mardi d'avant l'Ascension ; il donna ensuite le baiser de paix h tous ses frères, et les conjura de prier pour lui après sa mort. La le te de l'Ascension, s'étant couché sur un cilice étendu h terre, il

demanda lu grâce du Saint-Esprit Il continua

de prier jusqu'à son dernier soupir. » Il mourut en

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735 à l'âge cle soixante-deux ans, le mercredi au soir, qui était le 26 de mai, après les premières vêpres de l'Ascension. C'est pour cela que plusieurs auteurs mettent sa mort à la fête de l'Ascension, qui commençait aux premières vêpres chez les Saxons.

Dans quelques églises d'Angleterre S. Bède était honoré le 26 de mai, en sorte toutefois qu'on ne faisait que mémoire de lui dans l'office de S. Augustin. Dans d'autres églises on célébrait sa fête le 27 de mai, jour auquel son nom se trouve dans le martyrologe romain. Dans la constitution que Jean Alcock, évêque d'Ély^ publia pour les fêtes de son diocèse, il est ordonné qu'on dira l'office du B. Bède le i3 de mars, le jour de sa mort étant occupe par Toffice de S. Augustin. Cei taines congrégations de bénédictins l'ont dit long- temps le 29 d'octobre, peut-être à cause de quelque translation. C'est en ce jour que les catholiques d'Angleterre honorent ce saint , et que les prêtres du même royaume qui vivent en pays étranger rccilenl son office en vertu d'un privilège que leur accorda Benoît XIV en 1754. Ce privilège, selon l'interprétation qui en a été donnée à Rome, renferme un précepte, au moins pour les ecclésiastiques et les religieux qui sont en Angleterre.

Alcuin dit que la sainteté de Bède fut attestée après sa mort par la voix du ciel, et qu'un malade fut tout h coup guéri en touchant ses reliques. S. Lulle, archevêque de Mayence, écrivit à Cuthbert, celui-là même dont nous avons parlé pins haut, lequel était pour lors abbé de AVeremouth et de Jarrovv, pour lui demander une copie des ouvra-

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ges de Bède. En même temps il lui envoya un manteau pour son usage avec une veste de soie pour couvrir la châsse du saint. Une veste de soie était un présent qu'on faisait alors aux personnes qualifiées, sans en excepter les rois.

Bède fut enterré à Saint-Paul de Jarro^v, où il y avait unporcheaunord qui portait son nom. En 1020 ses reliques furent portées à Durham, où, ayant été renfermées dans un coffre de bois, on les déposa dans la châsse de S. Cuthbert. En 11 55 Hugues, évêque de Durham, les mit séparément dans une châsse magnifique enrichie d'or, d'argent et de pierreries, laquelle fut pillée lors de la destruction des monastères. Speed dit dans son Thcàlrc de ta Bretagne qu'au temps où il écrivait on voyait le tombeau de Bède fait de marbre dans la chapelle de Notre-Dame, qui était h l'occident de l'église de Durham. Smith en a fait graver les ruines, qui subsistent encore aujourd'hui, ainsi que l'autel de S. Cuthbert et de S. Bède, d'après les peintures d'une croisée qui était à l'orient. Les moines de Glastenbury prétendaient avoir les reliques de notre saint, mais ils n'en avaient sans doute qu'une partie.

Selon S. Boniface, Bède fat la lumière de l'Église britannique. S. LuUe, Alcuin, etc. , lui donnent de grandes louanges pour sa science et sa sainteté. Lanfranc et plusieurs autres écrivains l'appellent le docteur et le père des Anglais. Le titre de vénéra ô te ne lui fut point accordé de son vivant, comme Thritème se l'est imaginé; on ne le lui donna que dans le neuvième siècle. Long-temps avant il était reconnu pour saint, et son nom se lisait dans les martyrolo-

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ges, ainsi que clans les litanies de S. Ga], etc. Raban- Maur parle d'un autel de Fuîde dédié sous son invocation. Le second concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 836 , nomme Bède le vénérable et l'admirable docteur des derniers temps.

Pour peu que l'on soit yersé dans la lecture des écrits de Bède on voit qu'il pensait coip.me l'Église romaine sur tous les points aujourd'hui controversésentreles catholiques et les protestants, tels que la prière pour les morts, l'invocation des saints, la vénération des reliques et des images, etc. Il attribue même des miracles à ces pratiques; il montre que les images ne sont point proscrites par le Décalogue, et que Dieu défendit seulement les idoles, puisqu'il ordonna d'élever le serpent d'airain, etc. Son histoire ecclésiastique, qui est dans les mains de tout le monde, suffirait seule pour le justifier des imputations des protestants. Il y a dans le livre de Bède delà Nature des choses une particularité qui mérite d'être remarquée : il y est dit que le monde et la terre sont de figure ronde.

Quoique Bède rende témoignage h la foi de l'Église, les protestants n'ont pu lui refuser un juste tribut de louanges. MélanchtoUj de Corrigendis studlis, avoue qu'il était singulièrement versé dans les langues grecque et latine, dans les mathématiques, la philosophie et la connaissance de l'Ecriture sainte. Tanner fait de lui le portrait suivant : « C'était un prodige de savoir dans un siècle où l'on n'avait presque aucune teinture des lettres, et jamais nous ne pourrons assez admirer son érudition. Il peut lui être échappé quelques méprises, surtout par excès de crédulité: mais si nous examinons l'en-

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semble de ses écrits , nous conviendrons qu'il est seul une bibliothèque et un trésor de tous les arts. » La géographie de Bède , même dans la description des pays étrangers, est fort exacte, quoiqu'il n'eût jamais voyagé, ce qui montre qu'il travaillait d'après de bons mémoires. Il parle dans la préface de son histoire des sources oit il avait puisé.

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