‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 70 sur 131 · MARTYR · texte numérisé non relu

MARTYR

(28 novembre.)

S. Etienne, surnommé le Jeune ou du mont Saint-Auxence, est un des plus célèbres martyrs qui versèrent leur sang pour la foi durant la persécution des iconoclastes. Il naquit h Constantinople en 714? et fut consacré à Dieu pendant qu'il était encore dans le sein de sa mère. Ses parents étaient triches et surtout rccommandables par leur vertu. Ils choisirent pour leur fils les maîtres les plus habiles et lui inspirèrent dès ronfancc de grands sentiments de piété. On lui donna une connaissance parfaite de la loi catholique : ce qui, joint h famour

5io s. ÈTI£^"^"E le jeune.

des devoirs delà religion qu'on lui faisait pratiquer,

le préserva dans la suite du poison des nouveautés

profanes.

Léon risaurien avait, par un horrible sacrilège, pillé plusieurs églises. Il joignit à ce crime et à beaucoup d'autres celui de l'hérésie, en attaquant le respect dû aux saintes images. Pour établir son erreur il excita contre les catholiques une cruelle persécution. Les parents d'Etienne prirent la fuite, à l'exemple de plusieurs autres, afin de ne pas s'exposer au danger d'olTenser Dieu en restant dans le pays. Mais ils voulurent avant leur départ mettre en sûreté la foi de leur fils, qui avait alors quinze ans; ils le placèrent dans le monastère du mont Saint-Auxence, qui étaitpeu éloigné de Ghalcédoine. L'abbé lui donna l'habit, et l'année suivante il l'admit à la profession monastique. Etienne montra une ferveur incroyable dans raccomplisscment de tous ses devoirs. Il fut d'abord chargé de fournir chaque jour au monastère les provisions nécessaires pour la communauté.

Son père étant mort quelque temps après, il fut obligé de faire un voyage l\ Conslantinople. Il vendit ses biens et en distribua le prix aux pauvres. Il avait deux sœurs, dont une était religieuse à Constanlinople; il emmena l'autre en Bythinie avec sa mère, et les mit toutes deux dans un monastère. Rentré dans la solitude, il fit sa principale occupation de la méditation de l'Ecriture sainteetdes commentaires de S. Chrysostonie sur ce livre divin.

Après la mort de Jean, abbé du monastère, Etienne fut unanimement choisi pour lui succéder, quoiqu'il n'eut que trente ans. Ce monastère n'était

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autre chose qu'un amas de petites cellules éparses çà et là sur la montagne, une des plus hautes de la province. Etienne, comme son prédécesseur, habita dans une cellule fort étroite, située sur le sommet de la montagne. Il y sanctifiait par la prière le travail des mains, qui consistait à copier des livres et à faire des filets. Par ce travail il gagnait de quoi subsister. Il fournissait encore à quelques besoins du monastère et des pauvres. Une peau de brebis faisait tout son vêtement, et il portait continuellement une ceinture de fer. Le nombre de ses disciples devint bientôt très considérable. Une veuve de qualité, qui changea le nom qu'elle portait dans le monde en celui d Anne, se mit aussi sous sa conduite, et il lui fit prendre le voile dans un monastère de fille qui élait au bas de la montagne. Quelques années après Etienne se fit substituer Marin dans le gouvernement de la communauté, afin de mener une vie encore plus solitaire et plus pénitente. Il se retira dans une cellule écartée et beaucoup plus étroite que celle qu'il avait habité jusque là. Il pouvait il peine s'y tenir debout ou couché. Ce fut h l'âge de quarante-deux ans qu'il s'enferma dans cette espèce de tombeau.

L'empereur Constantin Copronyme, trop fidèle imitateur de son père Léon, continua d'attaquer le culte des saintes images. En 754 il fit assembler à Constantinople un prétondu concile, qui fut tout composé d'évêques iconoclastes. On y condamna l'usage des saintes images conime un reste d'idolâtrie, et on employa la persécution dans toutes les parties de l'empire pour forcer les catholiques h souscrire à ce décret impie. L'empereur traita les

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moines avec plus de rigueur encore parcequ'il craignait cV éprouver de leur part plus de résistance à ses volontés. Il était surtout jaloux d'obtenir la souscription d'Etienne, que sa sainteté avait rendu célèbre, et dont l'exemple devait avoir tant d'influence sur les autres. Le patrice Calliste fut chargé de l'aller voir et d'employer tous les moyens possibles pour le gagner. Ses efforts furent inutiles, et il s'en retourna d'autant plus confus qu'il s'était flatté de réus^ir. Constantin, outré des réponses d'Etienne, qui lui furent rapportées, renvoya Calliste au monastère avec une troupe de soldats qui avaient ordre d'arracher le saint de sa cellule. Ils le trouvèrent si affaibli par le jeûne qu'il n'avait pas la force de se soutenir sur ses jambes. Ils furent donc obligés de le porter au pied de la montagne, où ils le firent garder. On suborna des témoins pour l'accuser d'avoir eu des habitudes criminelles avec la veuve Anne dont nous avons parlé. Cette femme protesta quelle était innocente, et ne cessa de répéter qu'Etienne était un saint. Sur le refus qu'elle fît de se prêter aux vues du prince, on la condamna à une cruelle flagellation; on la renferma ensuite dans un monastère de Constantinople, où elle mourut peu de temps après de ses souffrances.

Mais l'empereur voulait absolument trouver une occasion pour se défaire d'Etienne. Il engagea un de ses courtisans, nommé George Synclet, à lui tendre un piège. 11 avait défendu de recevoir des novices dans les monastères : cette défense lui fournil un prétexte. George étant allé au mont Saint- Auxence se jeta aux pieds d'Etienne et le conjura de lui donner Thabit. Le sa'nt connut qu'il vivait

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à la cour parccqu'il était rasé, l'empereur ayant défendu de porter la barbe h ceux qui étaient attachés au service de sa personne ; il refusa donc de l'admettre, et allégua la défense faile aux monastères par le prince. L'imposteur ne se rebuta point; il renouvela ses instances, se donnant pour un homme persécuté et dont le salut était en grand danger; enfin ce qu'il demandait lui fut accordé; mais peu de temps après son admission il s'enfuit à la cour avec son habit monastique. L'empereur lefitparaître ainsi vêtu dans l'amphithéâtre, où l'on avait assemblé le peuple h dessein. Le prince ameute lui-même la populace par des invectives contre Etienne et contre l'ordre monastique; elle dépouille George de son habit, qu'elle mot en pièces et foule aux pieds. Une troupe de soldats ont ordre d'aller au mont Saint-Auxence, d'en chasser les moines, de brûler le monastère et de raser l'église. Etienne est enlevé de sa prison et conduit sur le bord de la mer, où l'on ajoutemille outrages au traitement le plus barbare. Les soldats le firent ensuite embarquer dans le port de Chalcédoinc, et le conduisirent dans un monastère de 4a petite ville de Chrysopolis, près de Constantinople. Cnllisle et plusieurs évéques iconoclastes y vinrent avec un secrétaire d'état et un autre officier pour lui faire subir ua interrogatoire. Les sentiments de bonté qu'ils affectèrent d'abord se changèrent bientôt en fureur. Le saint ne perdit rien de sa fermeté : il osa demander à ceux qui étaient venus l'interroger comment ils osaient quahficr leur conciliabule de concile généra], tandis que tout s'y était fait sans la participation de l'évêque de Rome et contre la dis-

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