‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 8 sur 131 · L'INVENTION DE S. ETIENNE · texte numérisé non relu

L'INVENTION DE S. ETIENNE

ou LA DÉCOLVERTE DE SBS RELIQUES. ( 3 août. )

Le corps de S. Etienne depuis son martyre avait toujours été caché, lorsqu'il plut h Dieu de faire éclater sa sainteté de îa manière la pins sensible, tant au ciel que sur la terre. On ne se souvenait pas même du lieu où il avait été enterré, et Tonne savait point qu'il était sous les ruines d'un ancien tombeau, h. vingt milles de Jérusalem : c'était ci Caphargamala, où il avait une église que desservait un prêtre vénérable, nommé Lucien. Voici comment se fit la découverte des reliques de S. Etienne.

Un vendredi, 5 décembre de l'année 4^5, sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Théodose-le-Jcnne , sur les neuf heures du soir, le prêtre Lucien dormait dans le baptistère, où il avait coutume de coucher pour garder les vases sacrés de l'église; étant à demi éveillé , il vit un vieillard vénérable, d'une haute taille et d'une beauté merveilleuse; ce vieillard avait une longue barbe blanche, avec un vêtement do la même couleur, garni sur les bords de plaques d'or et parsemé de croix; il avait encore h sa main une baguette d'or. S'étant approché de Lucien , il l'appela trois fois par son nom, et lui ordonna d'aller à Jérusalem dire h

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l'évêqiie Jean de venir ouyrir les tombeaux où étaient ses reliques et celles de quelques autres serviteurs de Jcsus-Christ, afin que plusieurs pussent par là obtenir miséricorde du Seigneur. Lucien lui demanda son nom : « Je suis, dit-il, le Gamaliel qui instruisit S. Paul dans la loi ; à lorient de ce tombeau est S. Etienne, que les Juifs lapidèrent hors de la porte occidentale de leur ville ; son corps resta Ih. exposé un jour et une nuit sans que les oiseaux et les bêtes osassent le toucher. Les fidèles l'enlevèrent pendant la nuit par mon ordre, et le portèrent à ma maison de campagne, où je le mis dans mon propre tombeau, du côté de l'orient, après avoir célébré ses funérailles quarante jours. INicodènie, qui venait voir Jésus de nuit, est là aussi dans un autre cercueil; lorsque son attachement pour le Sauveur l'eut fait excommunier et chasser de Jérusalem par les Juifs je le reçus dans ma maison h la campagne, et l'y gardai jusqu'à la fm de sa vie. Je l'enterrai honorablement auprès d'Etienne; j'enterrai encore au même endroit mon filsAbidas, qui mourut avant moi, à fage de vingt ans: son corps est dans le troisième cercueil qui est le plus élevé, et dans lequel on me mit moi-même après ma mort. Ethna, ma femme, et Sémilias, mon fils aîné, qui ne voulurent point croire en Jésus-Christ, furent enterrés dans un autre endroit, qui se nomme Capharsemalia. »

Lucien craignit qu'un excès de crédulité ne le fît passer pour un imposteur; pour s'assurer si cette vision avait Dieu pour auteur il en demanda une seconde et une troisième , et afin de mériter cette grâce il persista dans le jeûne et la prière. Le ven-

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dredi suivant Gamaliel lui apparut sous la même forme et lui dit d'obéir : il lui fit connaître les mérites des saints dont il lui découvrait les reliques , sous l'emblème de quatre corbeilles qu'il lui montra : trois étaient d'or et l'autre était d'argent. Des corbeilles d'or, deux étaient remplies de roses blanches et l'autre de roses rouges ; celle d'argent était remplie de safran., qui répandait une odeur très suave. Lucien ayant demandé ce que signifiaient ces corbeilles, Gamaliel lui répondit: « Ce sont nos reliques. Les roses rouges représentent Etienne, qui est à l'entrée du tombeau ; la seconde corbeille désigne JVicodème , qui est près de la porte; celle d'argent représente mon fils Abidas, qai sortit de cette vie sans avoir souillé son innocence; elle touche à la mienne. » Il disparut après avoir parlé de la sorte. Alors Lucien s'éveilla et rendit grâces à Dieu. Il continua toujours ses jeûnes ; au même jour et à la même heure de la troisième semaine, Gamaliel lui apparut de nouveau, et lui reprocha sa négligence à exécuter les ordres qu'il lui avait donnés. Il ajouta que la découverte de ses reliques et de celles des autres serviteurs de Dieu ferait cesser la sécheresse qui affligeait alors le monde; Lucien, saisi de crainte , promit qu'il ne différerait plus d'obéir.

Il se rendit donc à Jérusalem après cette troisième vision ; l'évêque Jean, auquel il raconta ce qui lui était arrivé, pleura de joie, lui dit d'aller chercher les reliques des saints , ajoutant qu'il les trouverait sous un monceau de grosses pierres qui était auprès de son église : Lucien répondit qu'il pensait de même. De retour chez lui , il fit assem-

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blcr le lendemain matin les habitants du bourg, pour chercher sous le monceau de pierres. Tandis qu'il allait voir le lieu où l'on avait creusé , il rencontra Migèce, moine de .*^aiute vie, qui lui dit que Gamaliel lui était apparu et qu'il l'avait chargé de l'avertir qu'on creusait inutilement en cet endi^oit. Il ajouta que Gamaliel lui avait parlé de la sorte : « On nous mit là lors de nos funérailles ; et, conformément à l'ancienne coutume, ce monceau depier res fut destiné à servir de monument à la douleur de nos amis. Cherchez ailleurs, dans un lieu appelé Deùatalla. » En effet, dit Migèce , en continuant de raconter la vision qu'il avait eue, je me trouvai tout h coup dans l'endroit indiqué, et j'y aperçus un vieux tcmLeau où étaient trois lits ornés d'or. L'un plus élevé contenait un jeune homme et une personne âgée ; les deux autres contenaient chacun un homme. »

Lucien, ayant une nouvelle preuve de la vérité de la vision qu'il avait eue , laissa le monceau de pierres et alla dans l'endroit qui venait de lui être indiqué. Lorsqu'il eut fait creuser la terre il trouva les trois coffres, avec une pierre sur laquelle étaient gravés en gros caractères les noms suivants : Cliellel, ]\ asaam, GamaUcl, Aùldas. Les deux premiers sont syriaques; ils reviennent à ceux d'Etienne ou de Couronné , et de IMcodème ou de Victoire du Peu^ pie. Lucien informa aussitôt l'évêque Jean de ce qui venait d'arriver; le prélat, qui était alors au concile de Diospolis, vint sur-le-champ avec Eutonius etEleulhère, évéques, l'un de Sébaste, et l'autre de Jéricho.

A peine eut-on fait l'ouverture du coffre ou cer~

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ciieil d'É tienne que la terre trembla ; il s'exhala aussi une ocleur très agréable. Il y avait là un grand nombre Je personnes , dont plusieurs étaient affligées de diverses maladies,* soixante-treize malades recouvrèrent la santé sur-le-champ. L'évêque Jean décida qu'on porterait à Jérusalem les reliques de S. Etienne, qui avait été diacre de l'église de cette ville ; celles des autres saints restèrent h Gaphargamala. Le corps de S.Etienne était réduit en cendres,excepté les os, qui se trouvèrent tout entiers et dans leur situation naturelle; on y trouva aussi de son sang. On laissa une partie des reliques du saifit martyr à Caphargamala ; on renferma le reste dans le cercueil^ et on le transporta dans l'église de Sion à Jérusalem , en chantant des psaumes et des hymnes. Il tomba alors une pluie abondante, qui rendit à la terre la fertilité dont elle avait été privée par une longue sécheresse. La cérémonie de cette translation se fit le 26 décembre, jour auquel l'Eglise a toujours célébré depuis la fête de S. Etienne; mais on fait le 3 août mémoire de la découverte de ses reliques; c'est sans doute parceque quelque église, peut-être celle d'Ancône, aura été dédiée en ce jour sous l'invocation de S. Etienne.

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