‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 83 sur 131 · IGNACE, PATRIARCHE · texte numérisé non relu

IGNACE, PATRIARCHE

et ils étaient dédommagés desefForls qu'ils faisaient pour vaincre la concupiscence par une paix intérieure que rien n'était capable de troubler. Ignace à la vérité avait beaucoup à souffrir, il vivait dans un monastère dont l'abbé était iconoclaste et d'un caractère violent. On tendit des pièges à sa foi, mais il sut les éviter, et il continua de se déclarer ouvertement pour la doctrine de l'Eglise. 11 fit servir à sa sanctification les épreuves et les mauvais traitemenls qu'il eut à soutenir, lise rappelait sans cesse que ce n'est point dans le seul éloignementdu monde que consiste la perfection d'un moine mais dans le zèle avec lequel on s'applique à mourirtous les jours h soi-même.

On avait une si haute idée de la vertu d'Ignace qu'à la mort de son persécuteur tous les moines l'élurent unanimement pour leur abbé. La bonté, la prudence et la charité avec lesquelles il gouverna sa communauté, le zèle avec lequel il instruisait ses frères le firent universellement aimer et respecter. Il fonda trois nouveaux monastères dans trois petites îles, el un quatrième sur le continent, lequel prit le nom de Saint-Michel.

L'empereur Théophile étant mort en 842, l'impératrice Théodore fut déclarée régente pour gouverner au nom de son fils Michel 111, qui était en bas âge. Elle rétablit les saintes images, chassa Jean, patriarche iconoclaste de Gonstantinople , et fit mettre à sa place S. Méthode, qui mourut quatre ans après. Lorsqu'il fut question de lui donner un successeur tous les suffrages se réunirent en faveur d'Ignace; on le tira de sa soHtude, et on l'obligea d'accepter la dignité patriarcale.

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Sou élection rehaussa réclat des vertus qu'il avait acquises dans la retraite, et qui l'avaient rendu digne de l'épiscopat. Mais la généreuse liberté avec laquelle il reprit les pécheurs, et surtout les pécheurs publics, lui attira les plus cruelles persécutions. Le césar Bardas, frère de l'impératrice, avait beaucoup de part au gouvernement; et il en eût été digne si ses belles qualités n'avaient été souillées par la corruption de son cœur. Son talent pour l'éloquence le mettait au dessus de la plupart des orateurs de son siècle. Il aimait les lettres, et il se déclarait le protecteur de tous ceux qui les cultivaient. Mais il était en même temps faux, rusé, cruel, sans mœurs. Il quitta sa femme pour vivre publiquement avec sa belle-lîUe. l^ne vie si scandaleuse excita le zèle du saint patriarche; mais il employa inutilement les exhortations les plus touchantes et les plus pathétiques. Bardas se fit gloire de les mépriser. Il osa même, le jour de l'Epiphanie, se présenter à la communion avec les fidèles de la grande Eglise. Ignace refusa de l'admettre a la table sainte, et le déclara excommunié. Le césar furieux menaça le saint de lui ôter la vie, mais les menaces ne produisirent pas l'effet qu'il en attendait. Il chercha l'occasion de se venger d'une manière éclatante.

Le jeune empereur était fort vicieux, et déjà il donnait dans les plus grands désordres. Bardas se mit à llatt(?l' ses passions les plus honteuses afin de gagner sur lui un ascendant qui le mît en état de tout entreprendre. Il s'appliqua d'abord à perdre dans son esprit le patriarche de Gonstantinople. Il travailla ensuite à écarter l'impératrice, qui qjinpôchait souvent l'exécution de ses projets ambitieux

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et criminels, et qui d' ailleurs protégeait Ignace. Il dit à renipercur qu'il était temps qu'il régnât par luimême, et il lui conseilla de faire renfermer sa mère el ses sœurs dans un monastère. Michel goûta cet avis afin de pouvoir suivre plus librement ses inclinations vicieuses. Il envoya donc chercher le patriarche, auquel il ordonna de couper les cheveux à sa mère et à ses trois sœurs, pour les vouer à la vie monac'tiqiie. Ignace refusa de se prêter à cet acte de violence, aussi contraire à la justice qu'à la religion. Bardas représenta ce refus sous les couleurs les plus odieuses, et il accusa môme le patriarche de souiller le feu de la révolte.

Michel cependant fit raser sa mère et ses sœurs, et ordonna qu'elles fussent renfermées dans un monastère. Ignace lui-même, qui gouvernait l'Eglise de Constantinopie depuis onze ans, fut chassé de 8on siège et banni dans file de Térébinthe, où était un des monastères qu'il avait bâtis. Onniten usage lous les moyens possibles pour l'engager h donner la démission de sa dignité; mais il la refusa constamment, pour ne pas livrer son troupeau à l'ennemi. Bardas, voyant l'inutilité des promesses, des menaces et des mauvais traitements, déclara patriarche feunuque Photius, sans observer aucune des formalités usitées dans l'élection des évêqucs.

Photius était neveu du patriarche Taraise et proche parent de l'empereur et du césar Bardas. U était fort versé dans toutes les parties Je la littérature profane; à la vérité il ignorait les sciences ecclésiastiques; mais ilies étudia r.prèssa promotion, «t il s'y rendit très habile. Il aimait si passionnément les livres qu'il employait souvent les nuits en-

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tières h l'étude. Il avait h la conr deux places considérables, celle de maître de la cavalerie et celle de premier secrétaire d'état. Malheureusement les qualités du cœur ne répondaient point à celles de l'esprit. Photins était fourbe, artificieux, prêta tout sacrifier pour satisfaire son ambition. Il était d'ailleurs schismatique et partisan de Grégoire Abestas, évêque de Syracuse en Sicile, lequel avait formé une conspiration contre Ignace lors de sa promotion au patriarcat. Le saint n'avait rien négligé pour gagner cet évoque, mais il ne lui fut pas possible de le faire rentrer dans de meilleurs sentiments; il se vit même oblige de le condamner et de le déposer pour ses crimes dans un concile tenu en 854- Phoitins continua de protéger Grégoire lorsque Bardas l'eut nommé patriarche ; il reçut tous les ordres dans six jours : le premier, il fut fait moine; le second, lecteur; le troisième , sous-diacre ; le quatrième, diacre; le cinquième, prêtre; et le sixième, évêque. Tout ceci se passa en 858.

L'élection de Photius n'ayant été faite que par Bardas était visiblement contraire aux canons , aussi netrouva-t-il d'abord aucun évêque qui voulût l'ordonner. Mais il en gagna depuis quelquesuns, en promettant de renoncer au schisme, d'embrasser la communion d'Ignace, de le reconnaître pour patriarche légitime, de fhonorcr comme son père^ et de ne rien faire sans sou consentement. Deux mois s'étaient à peine écoulés depuis son ordination qu'il méprisa la promesse qu'il avait faite; il persécuta même d'une manière indigne les clercs attachés à Ignace, et les fit tourmenter cruellement Mais comme il voulait entièrement perdre le

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saint, il le représenta a rempeieiir, par le moyen de Bardas, comme un factieux qui avait conspiré contre l'état, et il obtint que Ton informerait contre lui. On envoya donc des commissaires dans l'île de TéréLinthe. On mit inutilement à la question les domestiques d'Ignace pour les obliger à charger leur maître. On ne le conduisit pas moins dans l'île d'Hière, où il fut renfermé dans une étable à chèvres. De là il fut transporté à Promète, près de Constantînopîe. Ce fut là qu'un capitaine des gardes lui cassa deux dents d'un rude coup qu'il lui déchargea sur le visage. Ensuite on le chargea de chaînes et on le renferma dans une prison obscure. Plusieurs évéques de la province, indignés de ce scandale, s'assemblèrent dans une église de Constantinoplc et excommunièrent Photius. Celui-ci de son côté assembla ceux qui lui étaient attachés, et prononça contre Ignace une sentence de déposition et d'excommunication. Enfin au mois d'août 859 on fit embarquer le saint avec plusieurs de ses amis, et on les conduisit à Mitylène, dans l'île de Lesbos. Ils étaient touschareiés de chaînes.

Cependant Phôlius écrivit au pape Nicolas!". Sa lettre portait que Ignace s'était démis de son siège à cause de son âge et de sa mauvaise santé: qu'il s'était retiré dans un monastère, où il vivait estimé des grands et du peuple; que les métropolitains l'avaient choisi pour remplacer le patriarche,et que l'empereur Tavait forcé de se charger d'un fardeau si redoutable. Il finissait par prier le souverain pontife d'envoyer deux légats pour ratifier ce qui s'était fait et pour condamner les iconoclastes. L'empereur envoya aussi au pape un patrice et quatre évêques

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avec de riches présents pour l'église de Saint-Pierre. Le but de cette ambassade était de confirmer ce que contenait le faux récit dePhotius. Pour S. Ignace, il n'eut la liberté d'envoyer nilettres ni députés à Rome.

Le pape répondit aux lettres qu'il avait reçues, mais avec beaucoup de circonspection. Il envoya aussi deux légats à Constantinoplc ; savoir Rodoald etZacharie, évêques, l'un de Porto et l'autre d'Anagni. Ils devaient décider les questions concernant les saintes images, conformément à ce qui avait été défini dans le septième concile général: quant à l'affaire d'Ignace et de Photius leur pouvoir se bornait à faire des informations qui seraient envoyées cl Rome. D'ailleurs le pape, dans sa réponse à l'empereur, se plaignait de ce qu'on avait déposé Ignace sans consulter le saint-siége,et de ce qu'on lui avait substitué un laïque contre la disposition des canons. Dans celle qu'il fit à Photius, il le félicitait sur l'orihodoxie de ses sentiments, sans lui dissimuler toutefois les irrégularités qu'il trouvait dans son élection. Ce fut dans le même temps que Ignace fut ramené de Mitylène dans l'île de Térébinlhe. Ses monastères ainsi que les îles voisines furent alors pillés par les Scythes, appelés Rossi ou Riisslens, et il y eut môme plusieurs de ses domestiques qui perdirent la vie en cette occasion.

Les légats du pape étant arrivés à Constantinoplc, Photius et l'empereur mirent tout en œuvre .'pour les gagner, et ils y réussirent h la fin. Le synode projeté fut convoqué dans la ville, et il s'assembla en 861. Les légats prévariquèrenl indignement, et excédèrent le pouvoir qui leur avait été donné. On en vînt au point de déposer Ignace sur l'accusation

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de soixante-douze faux témoins, qui attaquaient la canonicité de son élection. Après cet acte d'injustice et de violence Photius assigna pour prison au saint le sépulcre de Constantin Gopronyme, qui était dans Téglise où s'était tenu le synode. Le patriarche y resta quinze jours exposé auxplus cruels traitements, dans une position très gênante, sans pouvoir dormir et presque entièrement privé de nourriture. Un de ses gardes lui prit la main de force, et lui fît former une croix sur un papier qu'il tenait, afin qu'on pût dire qu'il avait signé sa condamnation. Ce papier fut porté à Photius, qui le fît remphr d'un acte de renonciation faite par Ignace au siège de Constantinople. Sur cette prétendue renonciation le saint eut la liberté de se retirer dans une maison de sa mère à Pose. On l'y laissa un peu respirer, et il profita de ces moments de repos pour informer le pape de tout ce qui s'était passé. L'écrit qu'il envoya fut signé par dix métropolitains, quinze évêques et un grand nombre de prêtres et de moines. Théognoste, abbé d'un monastère à Constanlinople, en fut le porteur, et il avait ordre de communiquer de vive voix les éclaircissements propres à donner une connaissance parfaite de toute l' affaire. PhotiuS;, qui ne se croyait point encore en sûreté, conseilla h l'empereur d'exiger d'Ignace qu'il lût l'acte de sa condamnation dans le jubé de l'église des apôtres, et d'ordonner ensuite qu'on lui coupât la main et qu'on lui arrachât les yeux. Le jour de la Pentecôte on vit arriver tout à coup une troupe de soldats, qui environnèrent sa maison. Jugeant qu'il avait tout à craindre, il prit un habit d'esclave et mit sur ses épaules un bâton avec un panier à

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chaque Ijoiit. A la faveur de ce déguisement, que l'obscurité de la nuit rendait encore plus facile, il s'échappa sans être reconnu. Il fut long -temps obligé de se cacher tantôt dans une île^ tantôt dans une autre. 11 fut même contraint de se cacher dans des cavernes et sur des montagnes désertes. Il ne vivait (jue d'aumônes, et l'on voyait un patriarche, un fils d'empereur réduit à la nécessité de mendier, Photius et l'empereur firent faire les plus exactes recherches; on parcourut, dans l'espérance de le trouver, toutes les îles de l'Archipel et toutes les côtes. Les soldats le rencontrèrent souvent ; mais il était tellement méconnaissable qu'ils ne le reconnurent point. Enfin le commandant de la flotte chargé de le chercher eut ordre de le tuer partout où il le trouverait.

Sur ces entrefaites, un horrible tremblement de terre se fit sentir à Gonstantinoplr pendant quarante jours de suite. La frayeur se saisit des habitans de cette ville, et ils s'écrièrent que c'était l'injuste persécution du patriarche qui attirait sur eux la colère du ciel. L'empereur et Bardas, effrayés de leur côté, déclarèrent publiquement que Ignace n'avait rien ti craindre, et qu'il pouvait retourner dans son monastère, ce qu'il lit effectivement.

Cependant le pape fut exactement informé de tout ce qui s'était fait. Il blâma hautement la conduite de ses légats, il les traita de prévaricateurs, et déclara qu'il ne leur avait point donné le pouvoir de déposer Ignace, encore moins celui de placer Photius sur son siège. On voit par ses réponses a l'empereur et à Photius qu'il regardait Ignace comme le seul patriarche légitime, qu'il jugeait

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l'éleclion dePhotius irrégiillère, et qu'il ne lui donnait d'autre qualité que celle de laïque. « Nous avons dans les mains, disait-il à l'empereur, les lettres que vous avez adressées à nous et h. Léon, notre prédécesseur. \'ous y rendez témoignage à la vertu d'Ignace; vous regardez son ordination comme canonique; et maintenant vous voulez le représenter comme usurpateur du siège patriarcal ! etc. » Récrivit en même temps une lettre circulaire à tous les fidèles de 1" Orient, dans laquelle il condamnait les prévarications de ses légats, qui avaient ad contre ses ordres. S'adressant ensuite aux patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, ainsi qu'aux métropolitains et aux évêques, il leur dit: « Nous vous enjoignons et nous vous ordonnons en vertu de l'autorité apostolique, d'avoir les mêmes sentiments que nous par rapport h. Ignace et àPholius, et de publier celle lettre dans vos diocèses respectifs, afin qu'elle puisse être connue de tout le monde. »

Photius, à qui les impostures ne coûtaient rien, supprima la lettre qu'il avait reçue et y en substitua une autre qu'il avait fabriquée lui-même- Pour en impeser plus facilement il y mit une date postérieure à celles des lettres dont nous venons de parler. Il faisait parler le pape comme s'il eut été dans ses intérêts, et entièrement opposé à Ignace. Cette lettre, disait-il, lui avait été apportée de Piome par un certain Eustratc; mais celui-ci fut convaincu d'être un imposteur. Bardas lui-même le condamna à être battu de verges, malgré les sollicitations de Photius, qui le dédommagea en lui procurant un emploi également considérable et lucratif. On re-

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connut depuis que toute cette intrigue avait été l'ouvrage de Photius.

Au reste on ne doit pas en être surpris, puisque rien n'était sacré pour lui. Il applaudissait à l'impiété de l'empereur, qui tournait en ridicule les cérémonies les plus respectables de la religion, et qui osait les contrefaire avec ses compagnons de débauche. Il lui faisait assidûment la cour et mangeait à sa table avec ces bouffons sacrilèges. Un d'entre eux, nommé Théophile, jouait le rôle de patriarche, et chacun des autres avait son personnage. Cette indigne manière d'insulter la religion fut condamnée dans le huitième concile général. L'empereur raillait souvent Photius sur son défaut de religion: « Théophile, lui disait-il, est mon patriarche; Photius est le patriarche du césar, et Ignace le patriardes chrétiens. » Mais tant d'impiétés ne restèrent pas long-temps impunies. Bardas fut mis h mort en 866, pour avoir conspiré contre la vie de l'empereur.

Photius ayant fait d'inutiles efforts pour gagner le pape, résolut enfin de se venger. Il inspira les mêmes sentiments à l'empereur ; et avec sa permission il assembla un synode à Constantinoplc dans la même année 866, et il y prononça une sentence de déposition et d'excommunication contre le souverain pontife. Ce fut là la première origine du schisme des Grecs. Le synode dont nous parlons ne fut composé que de vingt-un évêques. On en pubha de faux actes, pour tâcher de persuader qu'il avait été œcuménique. On y ajouta aussi défausses souscriptions pour donner à entendre que les députés des trois patriarches d'Orient et d'environ

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mille évêques y avait assisté. Ce qui irrita singulièrement Photius fut qiK3 les légats du pape Nicolas, envoyés chez les Bulgares nouvellement convertis au chrislianisme, ne voulurent point recevoir le chrême qu'il avait consacré; ils en consacrèrent eux-mêmes un nouveau, pour confirmer les grands et le peuple de cette nation. Il résolut donc de ne plus garder aucune mesure. Après son prétendu concile il écrivit une lettre circulaire aux patriarches et principaux évêques d'Orient, dans laquelle il s'élevait avec violence contre l'Eglise latine. Mais il perdit peu de temps après son protecteur et la dignité qu'il avait usurpée.

L'empereur, qui avait fait mettre à mort Bardas, son oncle, le 9 avril 866^ adopta Basile le Macédonien. C" était un soldat de fortune qui avait eu beaucoup de part à la mort du césar. Comme Michel était incapable d'application et qu'il n'avait point de capacité pour les affaires, il associa Basile à l'empire, et le fit couronner dans l'église de Sainte- Sophie, le 26 mai de la même année ; mais peu de temps après il voulut reprendre l'autorité qu'il lui avait donnée, et annuler tout ce qu'il avait fait en sa faveur. Basile, déjà accoutumé a la souveraine puissance, le ht assassiner pendant qu'il était ivre, au mois de septembre de l'année suivante.

Il ne se vit pas plus tôt maître des affaires qu'il profita de son pouvoir pour exiler Photius dansl'ile de Scépé. En même temps il rétablit S. Ignace. Celui-ci, qui était banni depuis neuf ans, fut conduit en grande pompe à Constantinopic et replacé sur le sie-e patriarcal le 5 novembre 867. Autant il avait paru magnanime dans l'adversité, autant il

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parut humble au milieu des honneurs et des applaudissements. Le premier usage qu'il fit de son rétablissement fut de demander à l'empereur et au pape la convocation d'un concile général. Il obtint ce qu'il demandait. Le concile s'assembla dans l'église de Sainte-Sophie h. Constantinople ; c'est le huitième général. Le pape Adrien II y présida par ses légats. On y condamna ce qui s'était lait dans le synode de Photius. On y cita ce schismatique luimême, qui, ayant été entendu plusieurs fois, fut excommunié. On admis à la pénitence ceux de ses partisans qui reconnurent leur faute. Nicétas rapporte que, les papiers de Photius ayant été saisis par ordre de l'empereur, on y trouva deux livres écrits en beaux caractères, revêtu d'une couverture fort riche et portant des marques destinées à les faire regarder comme anciens par la postérité. Dans l'un étaient les actes d'un prétendu concile contre Ignace, lequel n'avait jamais été tenu; l'autre contenait une lettre synodale conire le pape Nicolas. Ces deux pièces étaient remplies d'invectives et de calomnies outrageantes. Huit ans après son bannissement Photius composa une généalogie de l'empereur, où il le faisait descendre de Thiridate, roi d'Arménie, et d'anciens héros de Thrace. La vanité du prince fut flattée de cet ouvrage; il permit h Photius de revenir et de demeurer à Constantinople.

On vit à la manière dont S. Ignace remplissait les fonctions de Tépiscopat que les éprouves et les souffrances avaient perfectionné ses vertus. Il moi^rut le 23 octobre 878, h l'âge de quatre-vingts ans.

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