S. CYRILLE ET S. MÉTHODE
(lA février.)
Constantin, qui fut depuis nommé Cyrille, naquit à Thessalonique d'une famille sénatorienne. Ses parents l'ayant envoyé à Constantinople pour y étudier les lettres, il fit dans cetteétude des progrès si rapides qu'on lui donna le surnom de Philosophe; mais il était encore plus distingué par sa vertu que par la variété et l'étendue de ses connaissances. Les services importants qu'il rendit à l'Eglise lorsqu'il eut été élevé au sacerdoce firent concevoir de lui la plus haute idée. Voici une circonstance où il donna la preuve la moins équivoque de la pureté de son zèle. Photius décriait S. Ignace, qu'on avait placé sur le siège patriarcal de Constantinople en 846, et enseignait qu'il y avait deux âmes dans chaque homme. Cyrille ne craignit point de lui reprocher une erreur scandaleuse, et comme celui-ci répondait qu'il n'avait point eu l'intention d'offenser qui que ce fût, et qu'il avait seulement voulu mettre à l'épreuve la capacité et la dialectique du patriarche : « Quoi ! reprit le saint, vous avez lancé vos traits au milieu de la foule, et vous prétendez que personne n'aura été hlessé ! Vous avez beau vous prévaloir des lumières que vous donne votre sagesse, elles sont obscurcies par les vapeurs qui s'élèvent de ce fond d'avarice et de jalousie qui est dans votre cœur. Votre passion contre Ignace vous aveugle et vous plonge dans d'épaisses ténèbres. »
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Ce fut vers ce temps-là que les Chazares résolurent d'embrasser la religion chrétienne. Ces Chazares étaient une tribu de Turcs, le plus nombreux et le plus puissant peuple des Huns qui habitaient la Scythie européenne. Ils s'étaient établis dans une contrée voisine de la Germanie, et qui s'étend le long du Danube. Ayant formé le projet de se soumettre à l'Evangile, ils envayèrent une ambassade solennelle à l'empereur Michel III et à la pieuse impératrice Théodore, sa mère, pour leur demander des prêtres qui voulussent bien se charger du soin de les instruire. Théodore fit venir S. Ignace pour en conférer avec lui. Le patriarche, après avoir tout examiné, conclut par proposer de mettre Cyrille à la tête de celle imporlanle mission, ce qui fut définitivement arrêté. Comme les Chazares parlaient la langue turque, ainsi que les Huns elles Tari ares, notre saint se mit promptcment a l'étudier; ill'apprit en peu de temps parceque le zèle du salut des âmes l'animait à dévorer toutes les difficultés qui accompagnent ordinairement un semblable travail. Il ne fut pas plus tôt en état de se faire entendre qu'il commença à prêcher l'Evangile. Tous les yeux s'ouvrirent h la lumière qui les frappait. Le cham reçut le baptême, et son exemple fut bientôt suivi de la nation entière. Cyrille fonda dos Eglises qu'il pourvut d'excellents ministres, et retourna à Constanlinople. Le prince et le peuple voulurent lui faire de riches présents, mais il ne fut j^s pos-» sible de le déterminer h rien accepter. Un tel désintéressement honorait beaucoup la religion qui en était le principe.
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Cyrille fut ensuite chargé d'ailer faire une mission dans la Bulgarie. On lui associa dans celle bonne œuvre son frère Méthode, qui était un moine d'une sainteté éminente; mais il faut reprendre les choses d'un peu plus haut. Les Bulgares , peuple scythe, avaient une origine commune avec les Slaves. Il paraît qu'ils s'établirent d'abord dans .le voisinage du Yolga, et qu'ils en furent chassés avec les Abares par les Turcs. lis s'emparèrent de l'ancienne Mysie et de la Dacie, c'est à dire de la Yalachie, de la Moldavie et d'une partie de la Hongrie. Les Grecs qu'ils firent prisonniers sous le règne de l'empereur Basile, surnommé le Macédonien , jetèrent parmi eux quelques semences de christianisme; mais ils ne se converlirent que long-temps après. Voici comïoent la chose arriva. Bogoris, roi des Bulgares, avait une sœur qui s'était fait chrétienne h Constantinoplc où elle avait été prisonnière. Ce fut l'impératrice Théodore qui lui procura le bonheur de connaître la vérité. La princesse, étant ensuite retournée auprès de son frère, continua de suivre avec ferveur les maximes de la religion dans laquelle on l'avait kistruite; elle tâcha même d'inspirer à Bogoris les sentiments dont elle était pénétrée. Malheureusement des motifs humains empêchèrent ce prince de se rendre aux sollicitations de sa sœur. A la fm cependant le moment des miséricordes arriva. Le roi des Bulgares ayant demandé un habile peintre à l'empereur de Constantinople, celuici lui envoya le saint moine Méthode^ qui excellait dans cet art. (On trouvait alors plusieurs moines qui réussissaient parfaitement dans les tableaux de dévotion.) A peine Méthode se fut-il rendu au lieu de
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sa destination que Bogoris lui demanda quelques pièces capables de contribuer à la décoration du palais qu'il venait de faire bâtir ; il lui recommanda entre autres choses d'imaginer un sujet dont la représentation put glacer d'effroi les spectateurs. Le saint résolut de mettre à profit les dispositions du roi; il entreprit de peindre le jugement dernier. On voyait Jésus-Christ environné d'anges à droite et h gauche, assis sur un trône éclatant de gloire et revêtu de l'appareil formidable d'un juge irrité* Tous les hommes, sans aucune distinction de rang, étaient assemblés devant son tribunal, où ils attendaient en tremblant la sentence qui allait décider de leur sort éternel. Il y avait d'ailleurs dans les différentes parties du tableau une force, une énergie, une vivacité et une chaleur d'expression qui ajoutaient encore au terrible dusujet. L'ouvrage achevé, on le montra au roi , qui en fut singulièrement ému,* mais son émotion s'accrut de beaucoup lorsque le peintre vint à expliquer chac4ine des parties dont l'ensemble composait son tableau. Il n'y put tenir, et, correspondant dès lors à la grâce qui lui parlait par un objet sensible, il demanda à être instruit des mystères de la religion chrétienne. Méthode travailla sans délai h écL'îircir ses doutes et à lui donner toutes les lumières dont il pouvaitavoir besoin. Le prince n'eut pas plus tôt connu la doctrine de l'Evangile qu'il reçut le sacrement de la régénération et prit le nom de Michel.
Les Bulgares, irrités d'apprendre que leur roi s'était fait chrétien, prirent les armes contre lui dès le lendemain de son baptême, et marchèrent droit à son palais. Bogoris, • lein de confiance en Dieu,
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ne se découragea point; il se mit à la tête de ses gardes et dissipa facilement les rebelles. La fermentation ne dura pas long-temps^ les esprits se calmèrent ; le peuple se défit peu à peu de ses préjugés, il écouta les prédicateurs de TEvangile et reçut le baptême h l'exemple de son roi. Bogoris envoya des ambassadeurs ii Rome arec ordre de remettre de sa part des lettres et des présents au pape Nicolas I", et de le consulter sur ce qu'il avait à faire pour perfectionner l'ouvrage de sa conversion. Le pape de son côté écrivit à ce prince pour le féliciter sur le bonheur qui! avait eu d'entrer dans le sein de la véritable Eglise. Sa lettre fut portée par les légats qu'il envoya en Bulgarie en 867. 'Comme ces légats étaient évoques, ils donnèrent le sacrement de confirmation aux Bulgares baptisés par les prêtres grecs; ils leur prescrivirent aussi déjeuner tous les samedis, ce qui fut hautement désapprouvés par Pliotius, patriarche schismatique de Constantinople. Quelques-uns des nouveaux convertis, ayant été baptieés dans des cas pressants par la main des laïques et même des infidèles, s'adressèrent au pape pour savoir h quoi ils devaient s'en tenir sur co sujet. Nicolas I" répondit que leur baptême était valide, et qu'il ne fallait point le réitérer. Il résolut encore d'autres difficultés qui lui avaient été proposées.
Après la conversion àes Bulgares, qui avait été le fruit principal du zèle de Cyrille et de Méthode, ces deux hommes apostoliques partirent pour aller prêcherl'Evangile dans la Moravie. Ils avaient été attirés en ce pays par le pieux roi Rasticès, qui peçut le baptême de leurs mains, ainsi que la plus
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grande partie de sessiijels. Les Moravcs eurent d'autant moins de peine h quitter leurs superstitions qu'ils pensaient assez favorablement du christianisme, surtout depuis la conversion des Bavarois par S. Robert, évêque de Worms, et fondateur du siège archiépiscopal deSaltzbourg. iNous lisons dans quelques auteurs que S. Cyrille fut ordonné archevêque des Moraves. Le titre d'évêque des Moraves est conjointement donné à S. Cyrille et h S. Méthode dans les calendriers moscovites et dans le martyrologe romain.
Boriway ouBorivorius, duc de Bohême, quiavait entendu prêcher S. Cyrille et S. Méthode, fut si vivement touché de leurs discours qu'il crut en Jésus-Christ. 11 engagea Méthode, de qui il avait reçu le baptême, h passer en Bohême pour y annoncer l'Evangile. Le saint se rendit facilement à une invitation dont la gloire de Dieu était Tobjet. Il baptisa la femme et les enfants du duc avec un grand nombre de Bohémiens. Il fonda à Prague l'église de Notre-Dame, celle de Saint -Pierre et de Saint- Paul, et plusieurs autres dans les différentes parties de la Bohême.
Nos deux saints traduisirent la liturgie en sclavon, et firent célébrer la messe en la langue que parlaient les peuples qu'ils avaient convertis. Les archevêques de Saltzbourg et de Mayence s'élevèrent avec leurs sutFragants contre cette nouveauté et portèrent leurs plaintes au pape Jean MIL Ce souverain pontife, qui voulait éclaircir cette affaire en écrivit en 878, à Tuventarc, comte de Moravie, et à Méthode, auquel il donnait le titre d'archevêque de Pannonie. Pour S. Cyrille, on ne sait plus
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rien de ce qui le concerne. Jean YIII manda Méthode à Rome, et lui défendit ea même temps de dire la messe en une langue barbare. Le saint obéit sans délai, et alla rendre compte de sa conduite et des motifs qui Fayaieiit déterminé. Le pape satisfait confirma les privilèges dont jouissait le siège archiépiscopal de Moravie, le déclara indépendant de celui de Saltzbourg, et permit aux Slaves de faire l'office divin en leur langue, ce qui se pratique encore dans les églises de ces peuples, même à Aqullée, et dans plusieurs autres lieux d'Italie.
S. Méthode après son retour de Rome eut beaucoup à souffrir de la part de quelques évêques voisins, qui se plaignaient des* atteintes portées à la juridiction de leurs sièges ; mais le pape Jean YIII sut maintenir l'indépendance qu'il avait accordée à celui de Moravie. Il n'eut pas plus tôt appris les persécutions qu'on avait suscitées h. notre saint qu'il lui écrivit une lettre dans laquelle il le félicitait sur la pureté de sa foi et sur le succès de ses travaux apostoliques. Il l'exhortait tendrement à la patience et à surmonter le mal par le bien. Il lui marquait encore qu'il veillerait au soutien de sa dignité, et qu'il le seconderait dans toutes les entreprises qu'il formerait pour la gloire de Dieu. Rien n'était plus édifiant que la conduite que tenaient les peuples convertis par S. Méthode. On vit Bogoris ou Michel, premier roi chrétien de Bulgarie, abdiquer la couronne en 880 pour aller fmir ses jours dans un monastère.
S. Méthode parvint à un âge fort avancé, mais on ignore Tannée précise de sa mort. Les Grecs et les Moscovites l'honorent le u mai. Pour S. Cyrille,
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ils en font la fête le )4 de février. Ces deux saints sont nommés conjointement le 9 mars dans le martyrologe romain. On leur attribue plusieurs miracles. Leurs reliques, au rapport de Dubravius, ont été découvertes sous l'autel d'une ancienne chapelle de l'église Saint-Clément, h. Piome, où on les garde précieusement. La même chose est attestée par Octave Panciroli, et par Henschénius. Le dernier montre qu'on a transféré en Moravie une partie des reliqvjcs de nos deux saints et qu'on les voit enchâssées dans la collégiale de Brune.
S. LLDGER,