REINE DE GERMANIE
(14 mars.)
Mathilde, vulgairement appelée Mahaut, était fille du comle Thierri, seigneur puissant parmi les Saxons. Ses parents, qui avaient heaucoup de religion, la firent élever sous les yeux de son aïeule, abbessedumonastère d'Erford. Ellepuisadans cette sainte école un goût extraordinaire pour l'oraison et pour la lecture des livres de piété; elle apprit aussi à travailler h tous les ouvrages convenables à son sexe, et contracta insensiblement l'habitude d'employer tous ses moments à des choses sérieuses et dignes d'une créature raisonnable. Enfin arriva le temps de rentrer dans le monde où la Providence l'appelait.
La jeune Mathil de fut mariée en giS à Henri, fils d'Othon, duc de Saxe. Son mari, qui était devenu duc de Saxe par la mort de son père, arrivée en 916, fut élu en 919 pour succéder à Conrad, roi de Germanie. Ce prince réunissait beaucoup de piété à toutes les qualités royales. Il était adoré de ses sujets, qui le regardaient comme leur père. Il avait un soin extrême d'empêcher qu'ils ne fussent surchargés d'impôts; aussi se piquaient-ils de reconnaissance lorsque la guerre était allumée. Ils servaient dans les armées à leurs propres dépens. Un zèle aussi généreux de leur part touchait sensiblement le cœur de Henri, et lorsque le feu de la
SAINTE MATHILDE. Sgy
guerre était éteint il leur faisait ressentir les effets de sa libéralité.
Tandis que Henri châtiait l'insolence des Hongrois et des Danois, et qu'il soumettait la Bavière à son obéissance, Mathilde remportait des victoires sur les ennemis de son salut : vicloires-bien plus dignes d'un chrétien et infiniment plus agréables à Dieu. Elle vaquait à la prière et h la méditation, afin de s'entretenir dans la ferveur et l'humilité. Cet exercice avait pour elle tant de charmes que, outre le temps qu'elle y donnait pendant le jour, elle y consacrait encore une bonne partie de la nuit. Les réflexions sérieuses qu'elle faisait sur les vérités éternelles garantissaient son ame des atteintes de ce poison subtil qui est toujours caché sous les dehors séduisants des grandeurs humaines. Souvent ellevisitait les malades et les affligés, qu'efle consolait et exhortait à la patience. Elle servait les pauvres et leur apprenait à estimer un état dont Jésus- Christ a fait choix, et auquel sont promises les récompenses de la vie future. Elle procurait la liberté aux prisonniers, et lorsque les droits de la justice s'opposaient h leur élargissement, eUe allégeait au moins le poids de leurs chaînes par d'abondantes aumônes. Le principal but qu'elle se proposait en cela était de porter ces malheureux à expier leurs crimes par les larmes d'une sincère pénitence. Elle avait la consolation de voir le roi, son mari, entrer dans ses vues et s'empresser à la seconder dans l'exécution de ses pieuses entreprises.
Henri étant tombé en apoplexie en 906, la reine eut tout lieu de craindre pour ses jours. Elle allait souvent se prosterner au pied des autels afin de sol-
SgS SAI>TE MATHILDE.
liciter sa guérison auprès de Dieu, mais lorsqu'elle eut été instruite de sa mort par les larmes et par les cris du peuple, elle se soumit avec résignation à la volonté du ciel. Elle fit venir eh même temps un prêtre qu'elle chargea d'offrir le saint sacrifice de la messe pour le repos de soname; elle donna ensuite à ce prêtre les diamants qu'elle portait, faisant entendre par cette action qu'elle renonçait pour toujours aux pompes et aux vanités du monde.
Mathilde avait eu trois enfants de son mariage avec Henri; savoir^ Othon, Henri et Brunon. Le premier, qui succéda à son père dans le royaume de Germanie, fut c^ouronné empereur à Rome en 962, après avoir vaincu les Bohémiens et les Lombards. Henri fut duc de Bavière, et Brunon archevêque de Cologne. Ce dernier est honoré dans l'Eglise d'un culte pubHc.
Othon n'avait été couronné roi de Germanie qu'après de vives contestations. Comme cette couronne était élective, Henri, son frère, quoique le plus jeune, la lui avait disputée; et Mathilde, par une injuste prédilection, s'était déclarée en sa faveur. Cette conduite de la reine-mère alluma le flambeau de la discorde entre les deux frères. Ma* idde commit sans doute une grande faute, mais Dieu la lui fit expier par les épreuves qu'il lui envoya. Othon et Henri se lignèrent contre elle et la dépouillèrent même de son douaire, sous prétexte qu'elle avait épuisé l'état par des aumônes inconsidérées. Mathilde se soumit sans murmurer aux décrets de la Providence qui la châtiait, et souffrit en esprit de pénitence des coups d'autant plus sensibles qu'ils lui étaient portés par la main de ses propres en-
SAINTE MATniLDE. Sgg
tanls. La persécution fut aussi longue que cruelle. Les deux princes rougirent pourtant ii la fin de l'indignité de leurs procédés ; ils se réconcilièrent sincèrement avec leur mère et lui rendirent tout ce qu'ils lui avaient enlevé.
Mathiide, rétablie dans sa première fortune, distribua plus d'aumônes que jamais; elle fonda cinq monastères et plusieurs églises. Les deux principaux d'entre les monastères qu'elle établit furent celui de Polden, dans le duché de Brunswick, et celui de Quedlinibourg, dans le duché de Saxe. Ce dernier fut destiné à des religieuses. La sainte s'y retirait de temps en temps pour goûter les charmes de la soHtude. Elle ne s'occupa plus le reste de sa vie que de pratiques de piété et d' œuvres de miséricorde. Son plus grand plaisir était d'apprendre aux pauvres et aux ignorants la manière de bien prier, comme elle avait déjà fait h l'égard de ses domestiques. Elle était au monastère de Quedlimbourg lorsqu'elle tomba dans la maladie dont elle mourut. Elle se confessa h Guillaume, archevêque de Mayence, son petit-fds. Quelques jours après elle fit une confession publique de ses péchés en présence des prêtres et des religieuses du monastère; elle reçut ensuite les sacrements de feucharistie etdefextrcmeonction; puis, s'étantfait coucher sur un ciHce et s'étant mis de la cendre sur la tête, elle expira tranquillement le i4 mars 968.
400 s. L'LfilC, ÉVEQUE.
S. ILRIG,
ivÊQUE d'aLSBOURG.
(A juillet.)
S. Llric ou Lldaric était fils du comte Hubald, et frère de Luitgarde, femme de Burchard II, duc de Souabeet d'Alsace. Il naquit en 890, et fut élevé dans fabbaye de Saint-Gai. Une pieuse vierge nommée Guiborat ou AViborade, qui menait la vie d'une recluse près de l'abbaye, lui prédit qu'il serait un jour évêque et qu'il passerait par de rudes épreuves ; elle l'exhorta en même temps h souffrir les contradictions avec courage.
Le saint était dans son enfance d'une complexion si délicate que tous ceux qui le connaissaient étaient persuadés qu'il ne pouvait vivre ; mais un régime sage et soutenu fortifia son tempérament, que ses parents par une tendresse excessive, et les médecins à force de remèdes, avaient probablement ruiné. Quoiqu'il en soit, la prolongation de sa vie et l'état de santé dont il jouissait furent regardés comme un miracle.
Llric gagna festime et l'amitié des moines de Saint-Gai par la vivacité de son esprit, l'innocence de ses mœurs, la douceur de son caractère et surtout par sa piété. Il avait déjà fait de grands progrès dans les sciences lorsque son père l'envoya a Ausbourg, où il le mit sous la conduite d'Adalberon, évêque de cette ville. Le prélat ne tarda pas à connaître le mérite de son disciple. Il le fit camérier de son église quoiqu'il n'eut que seize ans; il
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l'élcva depuis aux ordres sacrés et lui donna un canonicat dans sa cathédrale.
Le jeune ecclésiastique connaissait trop bien les dangers et les devoirs de son état pour ne pas s'appliquer de toutes ses forces à éviter les uns et à remplir les autres avec fidélité. Tous ses moments étaient employés à l'étude ou à la prière, et les pauvres avaient une partie de son revenu. Il était à Rome lorsque la mort enleva Adalberon, qui eut Hiltin pour successeur. De retour à Ausbourg il continua son même genre de vie ; sa ferveur allait toujours en augmentant, et il devenait de jour en jour plus plein de zèle pour la pratique de la mortification. Il fuyait autant qu'il lui était possible jusqu'à l'ombre du danger, surlout lorsqu'il s'agissait des tentations contraires à la pureté; et il avait coutume de dire h ce sujet, qu'on évitait la flamme en évitant tout ce qui pouvait l'entretenir.
Hiltin étant mort en 924, Llric, alors âgé de trente- un ans, devint son successeur. Il fut nommé par Henri ÏOisclciir, roi de Gcraianie, et sacré le jour des Innocents. Il trouva la ville d'Ausbourg dans l'état le plus déplorable : les Hongrois et les Sclavons l'avaient pillée depuis peu et avaient brûlé la cathédrale. Ils avaient aussi massacré sainte Guîborat, que les Allemands ont toujours honorée depuis comme martyre. Le nouvel évêque fil bâtir à la hâte une église pour rassembler le peuple. Il sut procurer abondamment à son troupeau les secours et la consolation dont il avait besoin, et il n'y avait personne qui ne se crût dédommagé des malheurs publics par l'avantage quil avait de posséder un tel pasteur.
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^jlric allégua divers prétextes pour se dispenser cfesuivre la cour; il savait combien la présence d'un évêque est nécessaire dans son diocèse, et combien il lui importe de veiller par lui-même sur les âmes dont il doit rendre à Dieu un compte si rigoureux. En qualité de prince de l'empire il était obligé d'entretenir des troupes et de les envoyer h l'armée; il chargea son neveu de ce soin et se borna aux fonctions spirituelles. Il se levait régulièrement h trois heures du matin pour assister h l'office avec ses chanoines; il récitait ensuite d'autres prières de dévo tion. Au point du jour il disait au chœur l'office des morts avec prime et assistait à la grand'messe. Tierce fmie, il offrait le saint sacrifice et ne sortait de l'église qu'après none ; il allait ensuite à f hôpital pour y consoler les malades. Tous les jours il lavait les pieds de douze pauvres, auxquels ils distribuait d'abondantes aumônes. Le reste delà jt)urnée était employé àlinstruction, à la visite des malades et h l'accomplissement des autres devoirs d'un pasteur vigilant. Il ne faisait qu'un seul repas, encore n'était-ce que le soir avant compiles. On servait pour les pauvres et pour les étrangers un plat auquel il ne touchait jamais. Il s'interdit l'usage du lin, il couchait sur la paille et ne prenait que quelques heures de repos. En carême, il redoublait ses austérités et donnait un temps encore plus considérable ii ses pratiques de dévotion. Chaque année il faisait la visite de tout son diocèse, et tenait deux synodes.
Après la mort de Henri V Oiseleur, Othon P'iui succéda dans le royaume de Germanie; mais ce prince fut bientôt obligé de prendre les armes con-
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tre Liidoli son fils, auquel il avait accordé le duché deSouabe et d'Alsace, et qui s'était révolté. S. Ulric se déclara fortement pour le parti du maître légitime sans craindre le ressentiment des rebelles, qui le menaçaient de porter le ravage dans son diocèse. Heureusement la guerre civile ne fut p^s de longue durée. Arnold, comte Palatin, ayant été tué devant Ratisbonne, le saint évèque obtint du roi ia grâce de son fils, et celle de tous les autres rebelles.
LIric avait environné la ville d'Ausbourg de bonnes murailles, et avait fait construire des forts en différents endroits pour mettre son peuple à l'abri des incursions des barbares. On vit par i' événement que cette précaution avait été très sage. En effet les Hongrois ayant fait une irruption vinrent assiéger Ausbourg. Le saint pasteur, semblable à Moïse sur la montagne, levait les mains au ciel, qu'il tachait de fléchir par des supplications publiques. Ses prières furent exaucées. Les barbares, saisis tout à coup d'une terreur panique, levèrent le siège et s'enfuirent avec beaucoup de confusion. Ils furent rencontrés et taillés en pièces par Othon, que le pape couronna empereur en 962.
S, llric se voyant en liberté et n'ayant plus rien à craindre des ennemis du dehors, fit rebâtir sa cathédrale avec une grande magnificence, et la dédia de nouveau sous l'invocation de sainte Afre. Cette sainte avait été martyrisée durant la persécution de Dioclétien h Ausbourg, dont elle est patronne. Elle est nomméedansles martyrologes, sous le. 1" d'août.
Le saint évéque, se voyant fort avancé en âge, s'était démis de son évéché, avec l'agrément de fcmpereur, en faveur d'Albéron, son neveu, pour
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aller finir ses jours dans l'abbaye de Saint- Cal. La plupart des évêques improuvèrent hautement cette démarche et se plaignirent de ce que Albéron s'attribuait, contre les canons, les honneurs de l'épiscopat du vivant de Févêque titulaire. Llric fut cité à Ingelheim, en 972, pour y rendre compte de sa conduite. Il y avoua avec humilité qu'il avait péché contre les lois de l'Eglise, en ajoutant que le désir de se retirer du monde lui avait fait commettre cette faute. Il obtint cependant que son neveu serait évêque après lui. Albéron mourut avant son oncle, qui fit un second pèlerinage à Rome, où le pape lui donna de grandes marques d'estime. Il fat aussi reçu fort honorablement à Ra venue par l'empereur et f impératrice. Sa sauté alla toujours en déclinant depuis le mois de mai de l'année 972. Durant sa dernière maladie sa ferveur parut avoir acquis un nouveau degré de vivacité. Etant près d'expirer, il se fit coucher sur la cendre, les bras étendus en forme de croix. Il mourut au milieu de son clergé, le 4 juillet 970. Il était âgédenviron quatre-vingts ans, et en avait passé cinquante dans fépiscopat. On l'enterra dans l'église de Sainte-Afre, qui porte aujourd'hui son nom. Sa sainteté fut attestée par des miracles, et le pape Jean le canonisa en 993. C'est la première canonisation qui ait été célébrée dans l'ÉgUse selon les formes usitées à Rome.
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