SAINTE MONIQUE, VEUVE
sée, elle lui parlait avec douceur et lui faisait entendre raison. Elle disait aux femmes qui se nlaignaient d'être maltraitées de leurs maris : « Vous ne devez vous en prendre qu'à vous-mêmes et à vos langues. » Son exemple en était la preuve. En effet, malgré tous les emportements de son mari, elle n'en ressentit jamais les suites; et le jour ne se passait point qaela paix ne fût rétablie, parcequ'elle connaissait reîficacité de la douceur et du silence à' l'égard des caractères impétueux, qu'elle savait se taire et souffrir à propos, qu'elle portait la soumission et la complaisance jusqu'où elles pouvaient aller, et qu'elle attendait un moment favorable pour s'expliquer avec son mari. Enfin elle eut la consolation de le convertir, un an avant que de mourir, et de le voir passer le reste de sa vie dans la pratique de la vertu. Elle gagna aussi à Jésus-Christ sa bellemère, après l'avoir fait revenir des préventions qu'elle avait conçues contre elle.
Monique mettait au nombre de ses principaux devoirs le soin de soulager les pauvres. Son plus grand plaisir était de les servir et de pourvoir à leurs différents besoins. Elle assistait tous les jours au saint sacrifice de la messe. Soir et matin elle allait k l'église afin de se trouver à la prière publique et d'entendre la parole de Dieu : elle s'appliquait à imiter l'exemple des saints, afin de mériter de participer à leur gloire dans le ciel. Mais son exactitude à remplir les devoirs de la religion était réglée sur les vrais principes; elle ne l'empêchait pas de veiller au soin de sa maison et surtout à l'éducation de ses enfants. Elle avait deux fils, Augustin et Navigius , et une fille dont on ignore le nom.
SAINTE iMONIQUE, VEUVE. 75
Augustin mit sa vertu à de rudes épreuves et fît couler de ses yeux bien des larmes. La fougue de l'âge eut bientôt effaeé en lui les premières impressions de vertu qu'il avait reçues. Quoiqu'on l'eût mis au nombre des catéchumènes dès l'enfance on n'osale présenter aubaptêmede peur qu'il ne violât la sainteté de ce sacrement. Une passion démesurée d'acquérir de la célébrité s'empara de son cœur. Sa mère ne vit d'abord rien de mauvais dans cette disposition, Augustin pouvant se servir de ses connaissances pour la gloire de Dieu. Son père au contraire n'y voyait qu'un moyen de procurer h son fils cette supériorité de talents qui conduit dans le monde à un établissement honorable.
Après la mort de son père, Augustin, alors âge de dix- sept ans, continua toujours ses études à Carthage. Les manichéens le séduisirent et l'entraînèrent dans leurs abominables erreurs. Monique pleurales égarements de son fds avec plus d'amertume que ne font les autres mères lorsqu'elles voient porter leurs enfants au tombeau. Comme elle le voyait persister toujours dans ses erreurs et ses désordres, elle mettait dans ses intérêts des évêques* pieux et savants, et les conjurait d'avoir des conférences avec son fils. Un d'eux lui dit : « Le cœur de votre fils n'est point encore disposé , mais le moment marqué par le Seigneur arrivera.» Et comme la sainte redoublait ses instances, il ajouta : « Allez et continuez de faire ce que vous faites , il est impossible qu'un iîls de tant de larmes périsse. » Monique regarda ces paroles comme un oracle du ciel.
Augustin à l'âge de vingt-neuf ans résolut d'aller
74 SAINTE MGTÎIQUE, VEIVE.
à Rome pour y enseigner la rhétorique. Sa mère essaya de le détourner de ce voyage, de peur qii'il ne différât encore sa conversion ; elle le suivit jusqu'à la mer, résolue ou de le ramener ou dépasser avec lui en Italie; mais il s'embarqua pendant la nuit sans la prévenir. Le lendemain matin, Monique ayant trouvé son fils parti, elle fut saisie d'une douleur inexpriniaLle. En 584 Augustin quitta Home et alla enseigner la rhétorique à Milan. Dans les conférences qu'il eut avec S. Ambroise il reconnut les erreurs des manichéens et y renonça, sans pourtant s'attacher encore au parti de la rérîté. Son esprit toujoui's flottant avait besoin que de nouvelles lumières de la grâce vinssent fixer ses incertitudes. Monique, étant venue h Milan, apprit de la propre bouche de son fils qu'il n'était plus manichéen; elle redoubla ses prières et ses larmes afin de lui obtenir de Dieu une entière conversion ; elle continua les exercices de piété auxquels elle s'était assujettie, et se montra fort assidue aux instructions que S. Ambroise faisait à son peuple : aussi avait-elle conçu une profonde vénération pour le saint archevêque. A peine eut-elle appris qu^il avait empêché certaines pratiques de dévotion usitées en Afrique, mais défendues à Milan à cause des abus qui pouvaient en résulter , qu'elle y renonça. Elle calma aussi ses scrupules sur l'observation du jeune du samedi. On jeûnait ce jour-là à Tagaste et à Rome , mais on ne jeûnait point à Milan. aLorsque je suis ici , dit S. Ambroise, je ne jeûne point le samedi, mais je jeûne lorsque je suis à Rome. Faites la même chose et suivez toujours ce qui se pratique dans les Eglises où vous êtes. »
SAINTE MONIQUE, VELVE. 76
Monique vit enfin arriver le moment après lequel elle soupirait depuis si long-temps. Son fils revint à Dieu par une conversion parfaite et résolut mêmede passer le reste de sa vie dans la continence. Elle ^ le suivit dans une maison de campagne où il s'éiait retiré avec quelques amis. Elle assista aux entretiens qu'ils eurent ensemble et s'y fit admirer par son jugement et la pénétration de son esprit. Elle dit un jour h son fils , dans un entretien particulier qu'elle avait avec lui sur le bonheur du ciel et sur le mépris du monde : «Mon fils, il n'y a plus rien sur la terre qui puisse me toucher. Tous mes vœux sont présentement accomplis. Je ne souhaitais la prolongation de mes jours que pour vous voir catholique et enfant du ciel. Dieu a fait encore plus que je n'avais désiré puisque je vous vois entièrement consacré h son service et plein de mépris pour tous les avantages auxquels vous auriez pu aspirer dans le monde. Qui me retiendrait donc ici plus long-temps? » Cinq jours après elle tomba malade , et l'on vit bientôt qu'il n'y avait point d'espérance de guérison. Elle mourut h Ostic en 087. Son corps ayant été pdt-té h l'église, on y offrit poitr elle le saint sacrifice avant de la descendre dans le tombeau , comme cela se pratiquait parmi les fidèles. Selon l'opinion la plus probable les reliques de notre sainte furent depuis transférées chez les cha^ noines réguliers d'Arouaise, près de Bapaume e® Artois. *
76 s. siRAPIOxN LE SINDONITE.
S. SÉRAPION LE SINDOMTE.
(21 mars.)
Sérapion, surnommé le Slndonite, d'une espèce d'écharpe de toile dont il couvrait son corps, naquit en Egypte. Sa vie était d'une austérité extraordinaire. Ses différents voyages n'altérèrent point cet esprit de pauvreté, de mortification et de recueillement dont il s'était fait ime sainte habitude. Touché du malheureux élat d'un farceur païen, il se servit, pour procurer sa conversion, d'un moyen qui supposait beaucoup de zèle et de charité ; il se vendit à lui en qualité d'esclave, pour la somme de vingt pièces d'argent. Son exactitude à remplir ses devoirs ne l'empêchait point de trouver encore des moments pour vaquer h. la prière et à la méditation. Du pain et de l'eau faisaient toute sa nourriture. Enfin ses discours et ses exemples produisirent l'effet qu'on devait naturellement en attendre : le farceur se convertit avec sa famille et renonça au théâtre; il ne voulut plus souffrir que Sérapion fût son esclave , il le mit en liberté par reconnaissance ; mais il ne put le déterminer à garder pour son usage, ou du moins pour les pauvres, les vingt pièces d'argent qu'il en avait reçues en se vendant.
Quelque temps après le saint se vendit encore afin de se mettre en état de soulager une veuve aflligée. Son nouveau maître fut si content de ses services qu'il l'affranchit; il lui fit encore présent d un habit, d'une tunique et d'un livre d'évangiles.
s. SÉRAPION LE SINDONITE. 77
A peine Sérapion fut-il sorti qu'il rencontra un pauvre auquel il donna son habit. A quelque distance de Ih, un second pauvre transi de froid eut la tunique, et il ne resta plus au saint pour se couvrir qu'un simple linge. Quelqu'un lui ayant demandé ce qu'étaient devenus ses habits : « Voilà, dit -il en montrant le livre des évangiles, voilà ce qui m'en a dépouillé. » Ce livre ne fut pas longtemps en sa possession; il le vendit pour assister une personne réduite à la dernière misère ; et comme on lui demandait ce qu'il en avait fait il répondit : « Le croirez-vous ? Je m'imaginais entendre continuellement l'Evangile qui me criait : Allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres. J'ai donc vendu mon livre, et en ai donné le prix aux membres de Jésus-Christ que je voyais dans le besoin.»
Sérapion, qui n'avait plus rien que sa personne, en trafiqua encore plusieurs fois, s'il est permis de s'exprimer de la sorte, afin de procurer au prochain des secours spirituels ou temporels. Du nombre de ceux auxquels il se vendit fut un manichéen qui demeurait à Lacédémone, et il eut le bonheur de le ramener avec toute sa famille dans le sein delà véritable Eglise.
La lecture de la vie de S. Sérapion fit sur S. Jean V Aumônier l'impression la plus vive. Il appela son intendant et lui dit les larmes aux yeux : « Ah ! que nous aurions bien mauvaise grâce de nous glorifier de ce que nous distribuons nos biens aux pauvres! Voilà un homme (S. Sérapion) qui trouve le moyen de se donner lui-même à eux, et cela plusieurs fois. »
Sérapion passa de Lacédémone à Rome afin de se perfectionner sur les grands modèles de vertu
^8 s. GRÉGOIRE DE NA.ZIANZE, DOCTEUR.
que cette dernière ville renfermait ; il retourna en- ii suite en Egypte, et y mourut dans le désert h la '' soixantième année de son âge. Sa mort arriva quelque temps avant que Pallade visitât les solitaires j d'Egypte, c'est a dire quelque temps avant l'an née 388.