S. GREGOIRE DE NAZIANZE
DOCTEUR DE l'ÉGLISE, ARCHEVEQUE DE CONSTA>TI>'OPLE.
(9 mai.)
Grégoire, surnommé te Théologien à cause de la connaissance profonde qu'il avait de la religion, naquit dans le territoire de Nazianze, petite ville voisine de Césarée, en Cappadoce. Grégoire, son père, et Nonne, samèrC;, sont honorés dans TÉglise d'un culte public, l'un le i" janvier, et l'autre le 1" août.
Nonne par d'abondantes aumônes attira sur sa famille les bénédictions du ciel. Sa charité pour les pauvres ne l'empêchait cependant pas de remplir les devoirs de la justice à l'égard de ses enfants ; elle savait par une sage économie conserver et même augmenter leur bien. Les exercices de piété emportaient une attention extrême à remplir les devoirs de son état.
Grégoire, son mari, suivait dès l'enfance les superstitions du paganisme ; il était de la secte des hipsistalres , ainsi nommés parcequ'ils faisaient profession d'adorer le Dieu très haut. Ils adoraient en même temps le feu comme les Perses, et obser-
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raient avec les Juifs le sabbat et la distinction des viandes. Il n'est parlé de cette sorte de païens que dans les écrits de notre saint docteur.
Grégoire était le premier magistrat de la ville» et il remplissait les devoirs de sa charge avec beaucoup d'intégrité; il avait aussi toutes les vertus morales qui font un honnête homme selon le monde ; il ne lui manquait que d'être chrétien. ]\onne employait les larmes et les prières auprès de Dieu pour obtenir sa conversion. Elle fut à la fin exaucée. Son mari abjura le paganisme et fut baptisé a Nazianze vers le temps où se tint le premier concile général de Nicée. Autant il avait apporté de dispositions au baptême, autant il prit de soin pour en conserver la grâce. Son mérite le fit élever peu de temps après sur le siège épiscopal de Nazianze, qu'il gouverna environ quarante-cinq ans. Il mourut à l'âge de près de quatre-vingt-dix ans. On lit dans les ouvrages do son fils un détail fort édifiant de ses vertus, surtout de son zèle et de son humilité. II. laissa trois enfants, une fille nommée Gorgonie, et deux garçons, qui étaient Grégoire et Césaire.
Grégoire fut regardé comme le fruit des prières de sa mère; aussi fut-il consacré au Seigneur dès le moment de sa naissance. Il répondit parfaitement aux soins que prirent ses parents de le former à la vertu. La connaissance de Dieu était le principal objet de son étude, et pour croître de plus en plus dans cette connaissance il se fit une sainte' habitude de lire assidûment les livres de piété. Il eut dans sa jeunesse un songe mystérieux, qu'il rapporte de la manière suivante : « Il me sembla voir deux femmes d'une rare beauté, qui représen-
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sentaient l'une la chasteté et l'autre la tempérance; elles me caressaient comme leur enfant et m'invitaient à les suivre. Venez avec nous, me disaientelles, et nous TOUS élèverons jusqu'à la lumière de la Trinité immortelle. » Dès ce moment le jeune Grégoire conçut un ardent désir de vivre dans le célibat. On voit par ses écrits qu'il avait une estime singulière pour ce saint état; il en a représenté fort au long l'excellence et les avantages. Il est aussi très énergique lorsqu'il parle de l'obligation de garder le vœu de chasteté ; il donne h la violation d'un pareil vœu les noms de mort^ de sacrilège, de perfidie.
Le saint, après avoir appris la grammaire dans son pays, fut envoyé à Césaréecn Palestine, où était une école célèbre de rhétorique. Il alla ensuite passer quelque temps à Alexandrie pour continuer les mêmes éludes; mais comme Alhènes avait la réputation de posséder les plus habiles maîtres d'éloquence, il s'embarqua pour celte ville au mois de novembre. Le vaisseau fut battu par une violente tempête durant l'espace de vingt jours, et le danger fut si grand que les matelots et les passagers n'avaient plus aucune espérance de sauver leur vie. Grégoire, prosterné sur le tillac, n'était occupé que du salut de son ame, qui n'avait point encore été régénérée par le baptême. Il implorait avec larmes le secours du ciel, et renouvelait continuellement la promesse qu'il avait faite en cas que la vie lui fût conservée. Sa prière fut exaucée. Le vaisseau aborda heureusement à Rhodes, puis h Égine, île peu éloi • gnée d'Athènes.
Grégoire avait passé par Césarée de Cappadoce
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lorsqu'il allait en Palestine, il était resté quelque temps dans cette ville afin de profiter des leçons des maîtres qui y enseignaient avecle plus de réputation. Pendant le séjour qu'il y fît il contracta une étroite liaison avec S. Basile. Celui-ci étant venu à Athènes dans le même temps, Grégoire serra de plus en plus les liens qui l'unissaient à son ami. On cite encore aujourd'hui ces deux grands hommes comme des modèles accomplis d'une amitié également tendre et sainte. Ils étaient inséparables l'un de l'autre; attentifs a éviter les compagnies dangereuses, ils ne fréquentaient que ceux de leurs condisciples en qui famour de l'étude se trouvait réuni h la pratique de la vertu. Jamais on ne les voyait assister aux divertissements profanes. Ils ne connaissaient dans la ville que deux rues, l'une qui conduisait à l'église et l'autre qur^ conduisait aux écoles publiques. Leur vie était fort austère; ils ne prenaient sur l'argent que leur envoyaient leurs familles que ce qui était nécessaire pour fournir aux plus indispensables besoins de la nature; le reste était distribué aux pauvres. L'envie ne troublait point la tranquillité (le leur amc; ce qui arrivait d'heureux à l'un faisait la joie et le bonheur de l'autre. Us s'excitaient mutuellement h faire de bonnes œuvres, et, par une sainte émulation, ils s'efforçaient de l'emporter fun surl'autie dans la pratique du jeûne, de la prière et des différents exercices de piété.
S. Basile étant parti d'vVthèncs, S. Grégoire resta encore quelque temps dans celte ville pour y continuer ses études. La haute réputation qu'il s'acquit et les ouvrages qu'il a laisses seront à jamais la preuve des progrès qu'il fit dans l'éloquence, Ja
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philosophie et la connaissance de TEcriture; mais il est encore bien plus estimable pour avoir su se maintenir dans la crainte et l'amour de Dieu, et pour avoir rapporté tous ses travaiLX à sa sanctification.
Julien, qui fut depuis empereur, vint à Athènes en 555. S. Basile et S. Grégoire l'y connurent parcequ'ils étudièrent quelque temps avec lui FEcriture et les belles-lettres. Quelque déguisé qu'il fût, les personnes clairvoyantes démêlaient à travers son extérieur le dérèglement de son esprit. S. Grégoire présagea dès lors que l'empire nourrissait un monstre dans son sein, et ce présage il le fondait sur je ne sais quoi d'extraordinaire qu'on remarquait dans ce prince. En effet Julien avait la démarche peu assurée, des épaules qui se haussaient et se baissaient tour à tour, la tête toujours en mouvement, des yeux égarés et inquiets; il parlait et riait avec excès; sa langue, quoique rapide, ne pouvait pas toujours suivre ses pensées; 'son discours était quelquefois entrecoupé et sa voix hésitante; souvent il faisait des questions et des réponses hors de propos ou qui manquaient de justesse.
L'année suivante Grégoire quitta Athènes pour se rendre à Nazianze : il prit sa route par Constantinople. Il trouva dans cette ville son frère Césaire, arrivé depuis peu d'Alexandrie, où il avait étudié avec le plus grand succès toutes les parties de la littérature, et surtout la médecine. Césaire par son mérite se fit singulièrement estimer de l'empereur Constance, qui lui donna la première place parmi ses médecins. Il exerçait sa profession d'une manière très généreuse, même à l'égard des riches, ne
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se conduisant jamais par des motifs d'intérêt. Il était le père des pauvres, et outre le soin qu'il prenait du rétablissement de leur santé il leur distribuait encore la plus grande partie de ses revenus.
Mais pour revenir à Grégoire, plusieurs personnes voulurent l'engager à se fixer à Constantinople. Vous pourrez, lui disait-on, suivre le barreau ou enseigner la rhétorique ,• vous aurez par là occasion de faire briller vos talents et de vous avancer promptement dans le monde. Ces discours ne furent point capables d'éblouir le saint ; il répondit qu'il portait ses vues plus loin, et que son dessein était dene vivre que pour Dieu.
La première chose qu'il fit en arrivant à Nazianze fut de recevoir le baptême des mains de son père. Il se dévoua pour lors entièrement au service de Dieu. G J'ai donné, dit-il, tout ce que j\'\i à celui de qui je l'ai reçu, et je l'ai pris lui seul pour mon partage. Je lui ai consacré mes biens, ma gloire, ma santé, ma langue et mes talents; tout le fruit que j'ai retiré de ces avantages a été le bonheur de les mépriser pour l'amour de Jésus-Christ. » Mort au monde et à tous ses charmes, il n'avait plus d'ardeur que pour les choses de Dieu. Du pain, du sel et de l'eau faisaient toute sa nourriture. Ses habits étaient grossiers et la terre nue lui servait de lit. Il s'occupait le jour à des travaux pénibles et passait une grande partie delà nuit à prier ou à contempler les perfections divines. L'éloquence profane qu'il avait étudiée si long-temps lui parut ainsi que les richesses un objet digne de mépris : il n'eut plus de commerce avec ses livres classiques, ni avec
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ceux qui traitaient de l'art oratoire; il les abandonna, comme il le dit lui-même, aux vers et aux teignes. Les honneurs n'étaient h ses yeux que de vains songes dont l'illusion séduit les hommes; ili craignait les précipices que l'ambition creuse sous les pieds de ses esclaves. On ne voyait rien en lui ; qui annonçât de l'attachement à la terre; il était pour ainsi dire hors du monde, et il n'avait de conversation qu'avec le ciel. Cela ne l'empêcha cependant pas de se charger pour quelque temps du gouvernement de la maison de son père et de l'administration de ses affaires.
Sa patience fut souvent éprouvée par de cruelles maladies. Le dérangement de sa santé venait de ses austérités et des larmes qu'ilversait avectant d'abondance et de continuité qu'elles l'empêchaient quelquefois de dormir. Il se réjouissait dans ses infirmités qui lui fournissaient l'occasion de pratiquer la mortijQcation et le renoncement' à soi-même. Il déplorait avec amertume les ris immodérés de sa jeunesse, qui avaient eu leur principe dans un caractère extrêmement gai. A force de combats il vint à bout de réprimer jusqu'aux mouvements indélibérés de la colère, et de se rendre tellement maître de luimême quil n'avait plus que de l'indifférence pour toutes les choses qui lui étalent auparavant les plus chères. Ses aumônes le rendaient toujours le plus indigent des hommes ; ses biens étaient à tous ceux qui se trouvaient dans le besoin, comme un port est à tous ceux qui sont sur mer. Personne n'aima jamais plus que lui la retraite et le silence. Il gémissait sur les dérèglements qu'entraîne la démangeaison de parler et sur cette manie pitoyable qu'ont
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certaines gens de vouloir s'ériger en maîtres du genre humain.
Depuis long-temps Grégoire désirait rompre tout commerce avec les hommes afin de vaquer plu» librement au service de Dieu. Ce fut pour satisfaire ce désir qu'en 558 il alla joindre S. Basile, qui vivait dans la solitude. Les veilles, les jeunes et la prière faisaient les délices de ces deux grands hommes; ils y joignaient le travail des mains, le chant des psaumes et l'étude de l'Écriture sainte. Ils suivaient dans l'explication des divins oracles, non leurs propres lumières, ni leur esprit particulier, mais la doctrine des anciens pères et des docteurs de l'Église.
Grégoire ne resta dans la solitude qu'autant de temps qu'il lui en fallut pour connaître les douceur» que l'on y goûte. Son père, âgé de plus de quatrevingts ans, le rappela afin qu'il l'assistât dans le gouvernement de son diocèse. Pour en tirer plus de secours il l'ordonna prêtre de force et dans le temps où il s'y attendait le moins. Il en usa de la sorte parcequ'il connaissait les sentiments de son fils h l'égard du sacerdoce, et la difficulté qu'il aurait de le faire consentir h recevoir l'imposition des mains. On met communément cette ordination au jour de Noël de l'année 36 1.
Lesaint se plaignit hautement de la violence qu'on lui avait faite : il était inconsolable de son ordination ; il prit la fuite et alla trouver son ami Basile pour déposer dans son sein la douleur dont il était accablé. Plusieurs personnes improuvèrent sa manière d'agir. On disait que sa fuite venait d'orgueil, d'opiniâtreté ou de quelque autre motif semblable.
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Bientôt Grégoire se condamna lui-même. Le châtiment de Jonas, pour avoir désobéi aux ordres de JDîeu, lui inspira d'autres sentiments. Il revint à jNazianze, d'où il était absent depuis dix semaines, et y prêcha son premier sermon le jour de Pâques. Ce discours fut bientôt suivi d'un second, qui porte le titre d^ Apologie parceque le saint y justifie sa fuite. La matière qui en fait le sujet est très importante. Grégoire y traite de la dignité et des dangers du sacerdoce , des devoirs des prêtres , de la sainteté requise pour approcher de l'autel et pour paraître devant un Dieu qui est la pureté même , de la difficulté de gouverner les consciences et d'appliquer les remèdes convenables aux difFcrenles malaclîes des âmes, de la science nécessaire aux minis- Ires sacrés afin qu'ils puissent éclaircir les doutes des fidèles et réfuter les erreurs. De tout ce détail il conclut qu'il a eu raison de trembler h la vue du fardeau dont on voulait le charger, etqu"il a du au moins se préparer quelque temps au sacerdoce par la prière, la pénitence et la méditation. Il est vrai, ajoute-t-il, que la crainte du compte terrible que Dieu demandera delà conduite des âmes m'a fait quelque temps refuser le travail; mais, comme un autre Jouas, je suis revenu pour accomplir les devoirs de l'état auquel j'ai été appelé. J'espère que l'obéissance me soutiendra au milieu des dangers, et qu'elle m'obtiendra de Dieu les grâces dont j'ai besoin.
Dans le discours dont nous venons déparier S. Grégoire loue l'Église de Nazianze pour l'union de ses membres dans l'attachement à la vraie foi. Malheureusement cette unanimité fut troublée sur la fin du règne de Julien : l'évêquc de Nazianze signa un
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écrit dressé par les partisans secrets de l'arianisme^, et conçu en termes équivoques et captieux. Il s'y était prêté par complaisance pour quelques personnes qu'il espérait faire rentrer dans le sein de l'Église : mais cette démarche imprudente scandalisa ses diocésains; les plus zélés, et surtout les moines, refusèrent de communiquer avec lui. Son fils, prévoyant les suites funestes de cette division, mit tout en œuvre pour l'étoulTer dans sa naissance^ et il sut si bien manier les esprits qu'il réconcilia parfaitement le troupeau avec le pasteur. Dans cet accommodement il joignit la fermeté h la douceur, en sorte qu'il n'accorda rien a l'erreur de ceux qui avaient séduit son père, et qui, en lui arrachant une souscription, avaient fait douter de la pureté dé sa foi. Il prononça un beau discours h l'occasion du rétabhssement de la paix dans l'tiglise de Nazianze.
Quelque temps après la mort de Julien il composa ses deux discours contre ce prince apostat. Il y parle avec celte force qu'employaient les prophètes lorsque, par l'ordre de Dieu, ils reprenaient les crimes des rois impies. Son unique but était de défendre l'Lglise contre les païens en démasquant l'injustice, l'impiété et l'hypocrisie de son plus dangereux persécuteur.
S. Grégoire eut enfin la consolation de voir son frère Césaire renoncer au monde afin de ne vivre que pour Dieu; mais la mort le lui enleva au cornmcncement de l'année 368. Césaire fut enterré à Nazianze, et l'Église l'honore d'un culte public : S. Grégoire prononça son oraison funèbre. Dans le détail qu'il donne de ses vertus il remarque qu'au
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milieu des honneurs il regarda toujours l'avantage d*être chrétien comme la première des dignités et le plus glorieux de tous les titres. Il prononça aussi l'oraison de sainte Gorgonie, sa sœur, qui mourut peu de temps après. Il relève sa ferveur dans la prière , son humilité, sa résignation, son respect pour les ministres sacrés et les choses saintes, sa libéralité envers les pauvres , ses mortifications, son zèle pour l'éducation de ses enfants, etc. Il regarde comme miraculeuse la guérison d'une paralysie, qu'elle obtint en priant devant l'autel , ainsi que la conservation de sa vie après les meurtrissures dangereuses qu'elle s'était faites en tombant de son char.
En 572 la Cappadoce fut divisée par l'ordre de l'empereur en deux provinces ; celle qu'on appelait la seconde eut la ville de Tyane pour capitale : cette division causa du trouble dans l'Eglise. Anthime, évêque de Tyane, prétendait avoir une juridiction archiépiscopale sur la seconde Cappadoce : S. Basile s'opposa à cette prétention; il réclama son droit comme archevêque de Gésarée, et soutint qu'une division purement civile ne lui ôtait point la qualité de métropolitain de la Cappadoce. L'amour de la paix lui fit cependant relâcher quelque chose dans la suite ; il consentit que le siège de Tyane fût regardé comme la métropole de la seconde Cappadoce. ^
Durant la contestation S. Basile élut Grégoire , son ami, évêque de la ville de Sasimes, qui était de la petite division qu'on lui disputait. Grégoire s'opposa k son élection ; il se soumit pourtant à la fin par un effet de l'autorité réunie de son père et de
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son ami : il fut sacré par S. Basile, à Césarée, vers le milieu de l'année 372. Après la cérémonie il revint h Nazianze, en attendant pour prendre pos-session de son Église une occasion favorable, qui ne se présenta jamais. En effet Anthime, qui avait mis le nouveau gouverneur dans ses intérêts et qui était maître de tous les chemins, l'empêcha de pénétrer jusqu'à Sasimes. S. Basile ayant accusé Grégoire de manquer de courage, celui-ci lui répondit qu'il n'était point disposé h combattre pour une Église. Il gouverna cependant celle de Nazianze sous son père, qui était fort âgé et qui mourut l'année suivante. Il se chargea lui-même de l'oraison funèbre de ce vénérable vieillard, et il la prononça en présence de S. Basile et de sainte Nonne , qui ne survécut pas de beaucoup h son mari.
Son dessein, après la mort de son père, était de vivre dans la solitude, qui avait toujours été l'objet de ses plus ardents désirs; mais on le pressa si vivement de ne point abandonner l'Eglise de Nazianze qu'il consentit h en prendre soin jusqu'à ce que les évêques de la province lui eussent donné un pasteur.
Comme cette affaire traînait en longueur et que d'ailleurs sa santé était considérablement dérangée, il se retira en SjS à Séleucie, métropole de l'Isaurie. Il passa cinq ans dans cette ville. La mort de S. Basile , arrivée en 078, fut pour lui un coup très sensible. Il composa en l'honneur de son ami douze épigrammes ou épitaphes ; il prononça son panégyrique à Césarée quelques années après, c'est 5 dire en 081 ou 582.
La persécution ayant cessé par la mort de l'empereur Valens, qui périt misérablement en 578, la
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paix fut enfin rendue à l'Eglise. Les évoques catholiques cherchèrent les moyens de réparer les ravages que l'hérésie avait faits; ils tinrent pour cet effet plusieurs assemblées et résolurent d'envoÇ'IJ des hommes aussi savants que zélés dans les provinces i ou la saine doctrine avait le plus souffert. De toutes les Eglises il n'y en avait point qui fût dans un état aussi déplorable que celle de Constantinople : elle gémissait depuis quarante ans sous la tyrannie des ariens ; le peu de catholiques qui y restaient avaient été long-temps sans pasteur et même sans église. Ils s'adressèrent h Grégoire, dont ils connaissaient le savoir, l'éloquence et la piété, et le conjurèrent instamment de venir h leur secours. Ils engagèrent plusieurs évêques k se joindre h eux afm d'obtenir plus sûrement l'efiet de leurs prières. Tant de sollicitations réunies furent quelque temps inutiles , rien ne pouvant tirer Grégoire de sa retraite de Séleucie, où il vivait dans un parfait détachement du monde. A la fin cependant il fut forcé de se rendre. On le reçut d'abord assez mal h Constantinople. Les habitants de cette ville, amateurs du faste , méprisèrent un homme déjà cassé par l'âge, ayant la tête chauve et le visage exténué de larmes et d'austérités, revêtu d'habits grossiers et montrant en tout les marques d'une extrême pauvreté. Les ariens en firent le sujet de leurs railleries; ils faccablèrent d'injures et noircirent même sa réputation par leurs calomnies. La persécution devint générale; les grands comme le peuple traitaient l'homme de Dieu de la manière la plus indigne : mais ils ne faisaient que lui procurer par là foccasion d'acquérir le glorieux titre de confesseur.
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Grégoire logea chez des parents qu'il avait à Constantinople, et c'était dans leur maison que les orthodoxes s'assemblaient pour l'entendre. Queltemps après il changea cette maison en une église, à laquelle il donna le nom à'Anastasie ou de résurrection, parceque ce fut la où ressuscita pour ainsi dire la foi catholique, qui jusque alors avait été si fortement opprimée dans cette ville. On lit dans Sozomène que le nom à'Anastasie fut confirmé à cettCKéglisc par un miracle. Une femme enceinte, dit cet auteur, s'y élant tuée en tombant du haut d'une galerie, elle recouvra la vie par les prières des fidèles assemblés. On y déposa depuis le corps de sainte Anastasie, vierge et martyre, qui fut apporté de Sirmickh- Constantinople, vers l'an 4^0. Il ne faut pas confondre cette église avec une autre du même nom, qui était entre les mains des novatiens sous les règnes de Constance et de Julien l'Apostat.
Le saint faisait assidûment des instructions dans sa petite église, et il voyait avec joie que le nombre de ses auditeurs augmentait tous les jours. Les ariens et les apoUinaristes, réunis avec divers autres hérétiques, tâchaient d'empêcher l'effet de ses discours en le diffamant par des calomnies atroces ; ils avaient même recours à la violence. Ils le poursuivaient h coups de pierres dans les rues ; ils le traînaient devant le magistrat comme un brouillon qui ameutait le peuple. Le saint souffrait avec patience tous ces mauvais traitements. « Il est vrai , se disait- il à lui-* même, que le parti des hérétiques est le plus fort, mais je combats pour la bonne cause. S'ils possèdent les églises, j'ai Dieu dans mes intérêts. Qu'ils
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ne se glorifient pas d'avoir le peuple de leur côté ; j'ai avec moi les anges, qui me protègent et me défendent. »
Le saint pasteur menait une vie fort retirée ; jamais il ne faisait de visites, à moins que la nécessité ne l'y obligeât. Le temps qu'il n'employait point aux fonctions du ministère était consacré à la prière et à la méditation. Il ne se nourrissait que de pain et d'herbes assaisonnées d'un peu de sel. On voyait sur ses joues les traces des larmes qu'il versait presque continuellement. Nuit et jour il implorait la miséricorde divine sur son troupeau. Tous ceux qui l'entendaient ne pouvaient s'empêcher d'admirer son profond savoir ainsi que le rare talent qu'il avait de rendre sensibles les vérités les plus abstraites et de s'exprimer avec autant de clarté que d'élégance. Les hérétiques et les païens s'étant humanisés peu à peu eurent la curiosité d'aller l'entendre, et malgré leurs préventions ils furent forcés de reconnaître la supériorité de son mérite. Chaque jour le fruit de ses discours devenait plus sensible. Le nombre des catholiques s'augmentait de plus en plus. Les partisans de l'erreur ouvraient les yeux et s'empressaient de rentrer dans le sein de l'Eglise. Il n'y avait qu'une chose qui affligeât le saint, c'étaient les applaudissements avec lesquels on écoutait ses sermons ; il craignait que son cœur ne fût infecté par le poison de la vaine gloire , et cette crainte faisait qu'il ne parlait en public qu'avec une sorte de timidité et d'embarras.. On ne lui reprocha jamais de flatter les grands. L'unique but de ses discours était d'expliquer et d'affermir la foi catholique et de réformer le désordre des mœurs, Il s'élevait for-
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tement contre la manie de disputer sur les matières de religion, abus qui était fort commune Constantinople. La voie du salut est fermée selon lui h tous ceux que possède l'esprit de dispute. On ne peut aller au ciel que par l'observation des commandements du Seigneur. Il faut donc avoir soin de faire l'aumône, d'exercer Thospitalité, de visiter et de servir les malades, de prier, de gémir sur ses péchés, de mortifier ses sens , de réprimer les saillies de la colère, de veiller sur sa langue, d'assujettir la concupiscence.
Les vertus et les talents de Grégoire attiraient auprès de lui un grand nombre de personnes. S. Jérôme quitta les déserts de la Syrie pour venir à Oonstantinople. Il se rangea parmi les disciples du saint; il étudia sous lui l'Ecriture, et il se «ï-lorifia toujours d'avoir eu un tel maître, comme nous le voyons par ses écrits.
Le merveilleux succès des travaux de S. Grégoire excita fenvie du démon et de ses ministres. Du nombre de ces derniers fut un faux chrétien , qui faisait profession de la philosophie cynique : c'était le fameux Maxime, né dans la ville d'Alexandrie. Ce fourbe, tout rempli de l'impudence et de l'orgueil de sa secte, se rendit à Constantiuopîo, où il sut déguiser sous un extérieur hypoci ile l'ambition qui le dévorait ainsi que ses autres vices. II en imposa d'abord à plusieurs personnes. S. Grégoire tomba lui-même dans le piège, et prononça en 379 féloge de Maxime.
Ce loup, caché sous la forme d'une breb s, o-agna quelques laïques et un mauvais prêtre, ajirîs quoi il se fit ordonner clandestinement évéque =:c Con-