‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 23 sur 73 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

U^a s. A.MBROISE, ARCHEVEQUE.-

Informé de ce qui se passait, il pria Dieu avec larmes de ne pas permettre qu'il y eût de sangi^ pandn. Il envoya en même temps des prêtres et des diacres pour délivrer Castulus. La cour, en punition de l'émeute, condamna les habitants de la villa à payer deux, cents livres d'or. Ceux-ci répondirent, qu'ils étaient disposés à payer une somme plus considérable pourvu qu'ils eussent la liberté de retenir la vraie foi. Des comtes et des tribuns vinrent sommer Ambroise de céder la basilique, alléguant pour raison qu'elle appartenait à l'e mpereur. « Si le prince, répondit l'archevêque, me demandait ceqni est à moi, mes terres, mon argent, je ne les luireluserais pas, quoique tout ce que je possède appartienne aux pauvres ; mais il n'a aucun droit à ce qui i;pparlieni hDieu. \oulez-vous mon patrimoine? vous pouvez le prendre; si vous demandez mon corps, je suis prêt à vous le livrer; si vous avez dessein de me mettre à mort, vous n'éprouverez de ma part aucune résistance. Je n'aurai point recours a la protection du peuple; je ne me réfugierai point au pied des autels ; mais je sacrifierai ma vie pour ces mêmes autels. »

Ambroise passa tout le jour dans L'ancienne basilique. La nuit étant venue, il se retira dans sa maison, afin que s il y avait un ordre pour se saisir àe sa personne on pût facilement le trouver. Le lendemain, qui était le mercredi de la semaine sainte, il se rendit avant le jour à l'ancienne basilique, qui fut aussitôt investie de soldats; on en envoya d'autres se saisir de la basilique neuve. Ambroise de son côté envoya des prêtres pour y faire l'office.. Ceux-ci menacèrent de ^excommunication qui-

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conque se porterait à la moindre violence. Les, soldats qui étaient catholiques entrèrent dans' l'église et y prièrent paisiblement. Ambroise prêciiAi le soir sur la patience, àloccasion de l'histoire de Job, qu'on avait lue à l'église. Après le sermon IL vint un secrétaire de la cour, qui demanda à parler: à l'évêque en particulier. Il lui fît des reproclie& amers, et lui dit qu'il se comportait en tyran, «Maxime, répondit AmLroise, Maxime, qui se plaint que je l'ai arrêté dans sa marche quand il venait en Italie, ne dit point, que je sois un tyran envers Valentinien. Les évêqucs n'agissent point en tyrans^ mais ils ont quelquefois heaucoup souffert dje la part des tyrans. » Les catholiques passèrent tout le jour dans de grandes alarmes. Comme la hasilique était environnée de soldats, le saint ne put retourner h sa maison. Il employa la nuit à réciter des psaumes avec ses clercs dans la petite basilique de l'église, ou dans quelque chapelle des hâtiments extérieurs. Le lendemain, qui était le jeudi saint, AmLroise continua de prier et d'instruire le peuple. Enfin on apprit que l'empereur avait retiré les soldats de la basilique, et qu'il avait remis aux habitants de la ville l'amende h laquelle ils avaient été condamnés. Chacun fit alors éclater sa joie et sa reconnaissance envers le Seigneur. L'archevêque envoya la relation de ce qui s'était passé à Marceline, sa sœur, qui pour lors était à Rome. Il lui dit à la fin de celte relation qu'il prévoit des troubles encore plus grands , puis il ajoute « : L'eunuque CalHgone, grand chambellan, m'a dit : Tous osez donc mépriser Valentinien de mon vivant ? je vous ferai couper la tête. Je prie Dieu, lui ai-je ré-

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pondu, de m'accorcler la grâce de souffrir : je souffrirai enéyêque; mais vous, vous agirez en eunuque. Puissent tous les ennemis de l'Eglise cesser de la persécuter en tournant contre moi tous leurs traits et en étanchant leur soif barbare dans mon sang!» Peu de temps après Calligone, convaincu d'un crime abominable, fut condamné à perdre la tête. . L'attachement du peuple h S. Ambroise ne fit qu'augmenter la haine de Justine contre le saint archevêque. Elle engagea son fils à donner une loi qui autorisât les assemblées religieuses des ariens. Cette loi fut publiée le 2 3 janvier 586 : elle avait été rédigée par Mcrcurin, que les ariens avaient fait évêque de Milan pour ceux de leur secte, et qui prit le nom d'Auxence II. Comme il y était défendu sous peine de mort de troubler les assemblées des hérétiques, on ne savait quelles mesures prendre pour empêcher qu'ils eussent une église. Ainsi , le carême suivant, Justine demanda de nouveau 5 S. Ambroise la basilique Porcienne. « Naboth, répondit le saint, ne voulut point donner l'héritage de ses pères, et moi je livrerais l'héritage de Jésus - Christ! A Dieu ne plaise que j'abandonne celui de mes pères , de S. Denis, qui est mort en exil pour la défense de la foi, de S. Eustorgue le confesseur, de S. Mérocle et de tous les saints évéques mes prédécesseurs. » Dalmace, tribun et notaire, vint trouver Ambroise de la part de l'empereur, pour lui ordonner de choisir des juges, comme Auxence en avait choisi de son côté , afin que ce qui faisait l'objet de la dispute fût examiné et décidé en présence du prince : il ajouta que, si le saint refusait d'accepter cette proposition, il n'avait d'autre part

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à prendre que de se retirer et de céder son siège à Auxence. Ambroise, ayant consulté son clergé et quelques évêques catholiques qui se trouvaient à Milan, envoya sa réponse h l'empereur. Il lui dit entre autres choses « : Qui ne sait que dans les matières de foi les évêques sont juges des empereurs chrétiens? Comment donc les empereurs jugeraient-ils les évêques? Voulez- vous que je choisisse des juges laïques ? pour qu'ils soient bannis ou condamnés h mort, s'ils défendent la vraie foi ? Dois-je les exposer à la prévarication ou aux tourments? La personne d' Ambroise n'est pas assez importante pour que le sacerdoce soit déshonoré à cause de lui. La vie d'un homme ne doit point entrer en comparaison avec la dignité de tous les évêques. Si l'on veut une conférence surlafoi c'est aux évêques h la tenir. C'est ainsi que les choses se sont passées sous Constantin, qui laissa les évêques juges de la doctrine. »

Lorsque Ambroise eut envoyé sa réponse à l'empereur il se retira dans l'éghsc. Il y fut gardé quelque temps par le peuple, qui faisait sentinelle nuit et jour, pour empêcher qu'on ne lui enlevât son pasteur. L'église fut bientôt environnée de soldats envoyés par la cour; ils laissaient entrer dans l'église, mais il ne permettaient à personne d'en sortir. L'archevêque fit plusieurs discours au peuple dans celle occasion. Dans un de ces discours^ qui fut prononcé le dimanche des Rameaux , et que nous avons encore sous ce litre : Une faut point livrer les basili(javs, il s'exprime ainsi : « Croyez-vous que je puisse vous abandonner pour sauver ma vie? Ma réponse a dû vous faire connaître que je n'aban-

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donnerais pas l'église parceque je crains le Seigneur de l'univers plus que rempcreur. Si on m'enlève de force de l'église, on n'en tirera que mon corps; jamais mon ame n'en sera séparee. Si l'empereur agit contre moi en prince, je saurai souffrir en cvêque. Pourquoi donc êtes-vous dans le trouble? Je ne vous quitterai point volontairement: mais je ne peux résister nim'opposcr à la violence; je peux gémir et pleurer; je n'ai d'appui que dans mes larmes contre les soldats et les glaives; les évêques n'ont point d'autre défense. Je ne peux, jene dois opposer d'autre résistance. Mais s'il s'agit de fuir et d'abandonner mon église, je ne me rendrai jamais coupable d'une telle lâcheté malgré mon respect pour l'empereur. Je m'offre aux tourments et je ne crains pas les maux dont on me menace... On m'a proposé de livrer les vases qui appartiennent à l'église; j'ai répondu que s'il était question de mes terres, de mon or ou de mon argent, je les donnerais volontiers, mais que je ne pouvais rien prendre de l'église de Dieu. Si l'on en veut a mon corps et à ma vie, vous ne devez être que spectateurs du combat. Inutilement vous opposeriez-vous h l'exécution des desseins du Seigneur. Celui qui m'aime ne peut me donner une plus grande preuve de son amour qu'en me laissant devenir la victime de Jésus-Christ... J'attendais quelque chose d'extraordinaire, c'est à dire que je m'attendais h périr par le glaive ou h élre brCdé pour le nom de Jésus- Christ. Onm'offrit des plaisirs au lieu de souffrances. Ne vous laissez donc point troubler en entendant dire qu'un chariot est préparé, ou qu'Auxence a donné lieu de tout craindre On disait effecti-

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Vement qu'on avait envoyé des bourreaux, et que }'étais condamné à la mort. Encore une fois je ne -crains rien, et ;je ^ne quitterai point ce lieu. Ou irais-je ? je ne trouverais partout que gémissements «t que larmes, puisque partout ou a donné des orlires de chasser les évêques catholiques, de mettre à mort ceux qui résistent, et de proscrire tous le^ officiers des villes qui n'exécuteront point ces

ordres Qu'avous-nous dit dans nos réponses a

l'empereur qui ne s'accorde pas avec le devoir «t l'humiHté ? S'il demande le tribut, nous ne le lui refusons point : les terres de l'Eglise contribuent aux charges publiques. S'il désire nos biens il peut ies prendre; personne de nous ne lui résistera. Je ne les donne point, mais aussi je ne les refuse pas; les contributions du peuple sont plus que suffisantes pour assister les pauvres. On nous fait des reprox;hes à cause de For que nous leur distribuons. Loia Renier ce fait, je m'en glorifie. Les prières despau- ,vressont ma défense. Ces aveugles, ces boiteux, ces vieillards sont plus puissants que les plus braves guerriers. Nous rendons h César ce qui appartient à César, et h Dieu ce qui appartient h Dieu. Le tribut est à César, l'église est à Dieu. Personne ne peut dire que c'est là manquer de respect à l'empereur. -Peut-on l'honorer davantage que de l'appeler le fik de l'Eglise? L'empereur est dans l'Eglise, et noo ^u dessus de l'Eglise. »

Rien de plus admirable que l'intrépidité avec laquelle AmbroLse annonce son mépris pour l'exil et les tourments, que la hardiesse avec laquelle il découvre l'impiété d'Auxence et des autres ariens. U .appelle la loi qu'ils avaient rédigée une épéc va-

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lante envoyt'e dans l'empire pour mettre les uns à mort, et pour rendre les autres coupables de sacrilèges. Ce qu'il dit du chariot est expliqué par Paulin. Cet auteur rapporte qu'un nommé Euthyme avait fait mettre un chariot près de l'église, afin d'enlever plus facilement le saint évéque et de le conduire en exil; mais l'année suivante Euthyme fut arrêté dans sa maison, et mené en exil dans le même chariot. Ambroise l'assista dans son malheur et lui fournit de l'argent avec tout ce qui lui était nécessaire pour son voyage. Paulin ajoute qu'on employa divers stratagèmes pour ôter au saint la liberté et même la vie. Un assassin entra dans sa chambre pour le massacrer ; mais lorsqu'il allait frapper le coup mortel, son bras étendu resta immobile, et il n'en recouvra l'usage que quand il eut avoué qu'il était envoyé par Justine, et qu'il eut témoigné un vrai repentir de sa faute. Ambroise étant resté plusieurs jours dans l'église ou dans les bâtiments adjacents avec le peuple , qui en gardait les portes et tous les passages, les soldats eurent ordre de se retirer, et l'archevêque retourna dans sa maison.

Les ariens lui reprochaient d'enseigner l'erreur au peuple par les hymnes qu'il faisait chanter; il convient qu'il se servait de ce moyen pour leur inculquer le dogme de la Trinité; et c'était ce dogme que les ariens traitaient d'erreur. Durant la persécalion dont nous Venons de parler, il exhortait les fidèles à chanter assidûment les hymnes et les antiennes qu'il avait composées. Quant aux psaumes, on les avait toujours chantés dans l'église. Mais il paraît que S. Ambroise fut le premier qui, d'après

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ce qm se pratiquait dans les Eglises d'Orient, établit 7i Milan l'nsage de chanter alternativement les psaumes à deux chœurs, usage qu'adoptèrent depuis toutes les Églises d'Occident.

S. Ambroise au milieu de ses tribulations fut bien visiblement consolé par la découverte des reliques de S. Gervais et de S. Protais. Il a donné lui-même l'histoire de cette découverte dans une lettre à Marcclline, sa sœur. Il désirait dédier l'église, appelée depuis Ambroisienne de son nom, de la même manière qu'il avait auparavant dédié la basilique Romaine à laquelle on donna ce nom , parcequ'elle était près d'une porte de Milan dite la porte Romaine; mais il n'avait point de reliques de martyrs. Ayant fait creuser la terre devant la grille des tombeaux de S. Nabor et de S. Félix, on y trouva les ossements de S. Gervais et de S. Protais. Ces rehques furent déposées dans la basiHque Faustienne. Le lendemain matin on les porta dans la basilique Ambroisienne. Durant cette translation un aveugle , nommé Sévère, très connu dans toute la ville , recouvra la vue en apphquant sur ses yeuX un linge qui avait touché le cercueil où étaient les saintes reliques. Ce miracle se fit en présence d'une multitude innombrable de peuple; il est attesté par Paulin dans sa vie de S. Ambroise , et par S. Augustin, qui était alors h Milan. Le saint archevêque fit deux discours à cette occasion. Il y parle de ce miracle et de plusieurs autres opérés par les mêmes rehques. Il assure que des malades furent guéris et des possédés délivrés du démon. Nous apprenons de Paulin et de S. Augustin que la découverte des rehques de S. Gervais et de S. Piotais, li\ite en 38 G,

.l5t> 3.. AJIBBOISE, ARCHETÊtQUE,

mit fin à la persécution suscitée par les ariens contre S. AmLroise. Les hérétiques attachés à la cour prétendirent que le saint avait gagné quelques personnes pour les engager à contrefaire les possédés; mais Ambroise réfuta cette calomnie dans le second de ses discours j il fit tellement valoir l'évidence et la noioriété des faits que les ariens, réduits au silence^ furent obligés de le laisser en paix.

Maxime, que Yalentinien et Théodose avaient reconnu pour empereur dans des traités solennels, écrivit au premier de ces princes pour l'exhorter à ne plus persécuter l'Eglise catholique. Ce fait est rapporté par Sozomène et par Théodoret. «Cette doctrine que vous attaquez, disait Maxime àTalentinien, est crue duns toute l'Italie, en Afrique, dans la Gaule, en Aquitaine, en Espagne, en un mot à Piome, qui tient le premier rang dans la religion comme dans l'empire, i-

On apprit h Milan en 087 que Maxime se préparait à attaquer l'Italie. C'est bien une preuve que l'ambition est une soif insatiable, et qu'elle tourmente ceux dont elle s'est emparée Jusqu'à ce qu'elle les ait précipités dans l'abîme qu'elle &. treusé elle-même. Maxime comptait pour rien la possession tranquille de la Bretagne, delà Gaule et dje l'Espagne , tant qu'il ne serait pas maître de l'Italie. Le succès de son usurpation lui faisait porter ses vues plus loin, et il pensait qu€ rienne pouvait's'opposer à l'exécution de ses projets. Yalentinien , ti^op faible pour lui résister, résolut, de concert avec Fimpératrice sa mère, de députer une seconde :&is S. Ambroise vers Maxime. Le saint oublia tout ce quoa lui avait fait souffrir, et se chargea ào cette

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secontle ambassade. Dès le lendemain de son arrivée h Trêves il se présenta à la cour; mais Faudicnce qu'il demandait lui fut refusée; on lui dit qu'il ne serait entendu qu'au conseil, ce qui était contraire au privilège qu'avaient les évêques et les ■ambassadeurs des emperéurs. Ambroise fit d'inutiles représentations à ce sujet; il céda à la fm, aimant mieux manquer h sa dignité que de ne pas remplir sa commission. Il fut donc introduit dans le conseil. Maxime , qui était assis sur un trône , se leva pourlui donner le baiser, comme cela se pratiquait alors à l'égard des évêques et des hommes revêtus de pilaces éminentes. Le saint resta debout, quoique les membres du conseil lui dissent d'approclier du trône et que l'empereur l'appelât. Maxime lui reprocha de l'avoir trompé dans sa première ambassade, en l'empêchant d'entrer en Italie, dans un temps où rien ne pouvait s'opposer h ses armes. Ambroise répondit qu'il était bien aise d'avoir cette occasion pour se justifier; qu'au reste il lui était glorieux d'avoir sauvé la vie h un prince orphelin ; qu'il n'avait point mis d'obstacle h la marche des légions de Maxime ; qu'il n'avait point fait un rempart de son corps pour leur fermer le passage des Alpes ; qu'on ne pouvait lui ixîprocher d'avoir trompé l'empereur en quelque chose que ce fût; qu'il la vérité il n'avait pas été d'avis qu'on fît venir Yalentinicn, comme Maxime le désirait; mais iqu'il avait pensé .ainsi parcequ'il ne lui paraissait pas raisonnable qu'un prince encore enfant se mît en chemin pour traverser les Alpes dans le cœur de fhiver. Yalenlinien, ajouta-t-il, avait auprès de lui ie frère de Maxime quand il apprit l'assassinat de

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Gratien; il le renvoya cependant sans vouloir le sacrifier à son juste ressentiment. Qui l'eût empêché de lui ôter la vie et de le traiter comme son frère l'avait été par Maxime? Ambroise reprocha à Maxime d'avoir non seulement assassiné Gratien, mais d'avoir fait périr encore plusieurs grands hommes qui n'avaient d'autre crime que d'être fidèlement attachés à leur prince naturel; il finit par l'exhorter h faire pénitence pour obtenir miséricorde auprès de Dieu ; enfin il le pria de rendre à \alentinicn le corps de Gratien son frère, afin qu il ne fût pas privé d'une sépulture convenable à son auguste rang. Maxime dit qu'il délibérerait sur cette dernière demande. Sa colère contre Ambroise augmenta encore quand il le vit constamment refuser de communiquer et avec lui et avec les ithaciens, qui poursuivaient ensemble la mort des priscillianistes. Comme il se montrait inflexible sur ce point , il eut ordre de se retirer. On exila en même temps un évêque fort âgé, qui se nommait Hygin. Ambroise intercéda en sa faveur et demanda qu'on lui fournît au moins les secours les plus nécessaires. ÎVon seulement il n'obtint point la grâce qu'il sollicitait, mais il fut chassé lui-même. De retour h. Milan , il informa Yalentinien du mauvais succès de son ambassade , et lui recommanda de se tenir sur ses gardes quand il serait question de traiter avec Maxime. Il lui représenta que ce prince était un ennemi caché, dont les vues n'étaient rien moins que pacifiques, et qui ne pensait qu'à faire la guerre. L'événement prouva que le saint ne se trompait pas.

. A alcntinien , qui avait une grande confiance en

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Domnin , le destina à remplacer S. Ambroîse dans son ambassade. Maxime le reçut d'une manière honorable, et lui fît toutes sortes de caresses. II le chargea d'assurer Valcntinien de son amitié; il le renvoya même avec un corps considérable de troupes, sous prétexte de secourir son maître contre les barbares qui venaient de tomber sur la Pannonie. Mais ces troupes étant arrivées aux Alpes se saisirent de tous les passages; Maxime alla les joindre avec son armée, entra dans Italie sans trouver la moindre résistance , et vint prendre ses quartiers à Aquilée. Cette entreprise, h laquelle on ne s'attendait point, jeta partout la terreur. Valentinien et l'impératrice sa mère s'enfuirent à Thessalonique , d'où ils envoyèrent demander du secours h Théodose. Ce prince désirait depuis long -temps de venger la mort de Gratien, mais il n'avait pu encore exécuter ce projet parccqu'il s'était occupé h soumettre les barbares et à rétablir la paix de l'Eglise dans l'Orient.

Il n'eut pas plus tôt été instruit de la fuite de Valentinien qu'il partit de Gonstantinoplc. Arrivé h. Thessalonique , il consola les malheureux restes de la famille de Yalentinien P"^, auxquels il promit les secours les plus eiïicaces ; mais il commença par représenter au jeune empereur qu'il avait attiré sur lui la colère du ciel en favorisant l'arianisme et en persécutant l'Eglise catholique. Il dissipa ses préjugés, et le fit renoncer entièrement h l'hérésie^ C'était la coutume de Théodose de ne former aucune entreprise qu'il ne se fut d'abord adressé au^ ciel pour le mettre dans ses intérêts.

Ce prince avait perdu quelque temps auparavant

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l'impératrice Flaccile, son épou&e, qui descendait de la famille /Elienne,.dont était l'emperem:' Adrien, mais qui était encore plus illustre par ses vertus que par sa naissance. La prière et le soin des pauvres avait fait sa principale occupation. Elle allait visiter les malheureux,, qu'elle servait de ses propresmains. On la vit aus&iplus d'une fois rendre les services les plus humiliants à des pauvres attaqués, de. maladies dégoûtantes. Elle employa le crédit que ses vertus et ses belles qualités lui donnaient sur l'esprit de son mari, à lui inspirer du respect pour la religion et un zèle ardent pour la défense de l'ÉgUse. Elle désirait plus de le voir un prince selon le cœur de Dieu que maître du monde entier. Pour le prémunir contre les pièges de l'arianisme, elle l'engagea à chasser de son palais ceux qui entretenaient des correspondances secrètes avec Eunomius, et k se tenir fermement attaché aux. décisions du concile de JNicée.

Théodose, pour donner une preuve non équivoque de son amitié h Valentinîen II, épousa Galla, sœur de ce prince. Quelques auteurs disent que ce mariage se fit à Thessaloniquc, mais d'autres prétendent qu'il se célébra plus tôt. Quoi qu'il en soit, Théo dose déclara la guen e à Maxime au printemps de l'année 588. Il oixlonna des prières solennelles, afin d'attirer sur ses armes la protection du ciel; il engagea aussi les plus célèbres solitaires d'Egypte à lever les mains vers le Seigneur tandis qu'il combattait. Il consulta en particulier S. Jean, l'un d'entre eux, lequel lui prédit la victoire et les principaux événements de son règne. Il mit parmi ses troupes la discipline la plus exacte, afin qu'elles

Su AMBROISE , AECBETEQUB. l5â

ne causassent aucun dommage dans les lie\ix où elles devaient passer. Ayant attaqué Maxime avec autant de courage que de prudence , il le défit sur. les bords de la Save, près de Siscia, aujourd'hui Peisseig, dans la Pannonie ; il défit aussi Marcellin, frère du tyran, sur les bords de la Drave, quoique son armée fût beaucoup moins nombreuse. Après avoir envoyé dans la Gaule Ar^obaste, général des barbares, qui servait dans son armée, pour se rendre maître de ce pays, il marcha vers Aquilée, où Maxime s'était sauvé. Comme l'usurpateur ne pouvait échapper , ses propres soldats le dépouillèrent des habits impériaux et le livrèrent à Théodose. Ce prince lui reprocha sa perfidie, toutefois avec plus de compassion que de colère. 11 était porté d'abord à lui laisser la vie; mais enfin il souffrit qu'on le décapilât le 28 juillet 588. Maxime avait régné près de cinq ans. Théodose se rendit ensuite h Milan , où il resta depuis le 10 octobre jusqu'à la fin de mai.

Les chrétiens de Callinique en Mésopotamie avaient été insultés par les Juil's dans une procession religieuse; ils s'en vengèrent en renversant leur synagogue. Le comte d'Orient inlorma Théodose de celte affaire. L empereur rendit une or donnancc portant qu'il fallait punir sévèrement i'évéque et les cbrétiens de Callinique , et les obliger de rebâtir à leurs frais la synagogue qu'ils avaient détruite. Ce jugement pénétra de douleur les évéques orientaux. Ils écrivirent h S. Ambroise pour le prier d'engager Fempereur h réformer son ordonnance. Le saint écrivit à Théodose de la manière la plus forte; mais il ne put rien obtenir. 11 lui

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adressa depuis dans l'église un discours sur le même sujet , et il y déclara qu'il n'irait point à l'autel que Tévèque et les chrétiens de Callinique n'eussent obtenu grâce. Théodose se rendit à la fin, et promit de ne point faire exécuter l'ordonnance qu'il avait rendue.

Les députés du sénat de Rome vinrent complimenter Théodose h. Milan. Ils le prièrent dans leur harangue de laisser subsister l'autel de la Victoire, dont Maxime avait permis le rétablissement. L'empereur paraissait incliné h user de condescendance en cette occasion ; mais, sur les représentations de S. Ambroise, il refusa d'acquiescer h la demande qu'on lui faisail. Après avoir passé h Milan l'hiver et une partie du printemps, il partit pour Rome. II y fit son entrée au mois de juin, et y reçut les honneurs du triomphe. Il était monté sur un char tiré par des éléphants que le roi de Perse lui avait envoyés. On portait devant lui les dépouilles des ennemis avec les représentations des provinces qu'il avait ou conquises ou délivrées. Les seigneurs de sa cour, le sénat , la noblesse , le peuple suivaient avec des acclamations extraordinaires; mais, quelque magnifique que fût la pompe de cet auguste cérémonie, tous les yeux se fixaient sur le triomphateur, qui en faisait le plus bel -ornement par sa modestie. Pacatus, orateur gaulois, prononça le panégyrique de Théodose en présence de ce prince , et ce discours fut applaudi par tous les ordres de la ville. L'empereur avait fait asseoir le jeune Valentinien à côté de lui sur son char, afin de lui faire partager la gloire du triomphe. Pendant son séjour à Rome on le voyait souvent sans gardes, et il gagna

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tous les cœurs par son alTabiUté, sa bienfaisance et sa générosité. Il abolit les restes de Fidolâtrie, et défendit de célébrer à Tavenir des fêtes païennes. Les idoles furent brisées et les temples dépouillés de leurs ornements. On épargna cependant les statues qui venaient des grands maîtres; on les destina à servir d'ornement à la ville, en les mettant dans des portiques ou dans les places publiques.

Symmaque, qui avait eu des intelligences avec Maxime, fut accusé de haute trahison. 11 se sauva dans une église, comme dans un asile; mais Théodose ne voulut point revenir sur ce qui s'était fait sous le règne de l'usurpateur. Symmaque prononça ie panégyrique de l'empereur, et renouvela toutefois avec beaucoup d'art la demande de l'autel de la Victoire. Théodose témoigna sa satisfaction du discours, mais il ne dissimula pas son mécontentement de l'opiniâtreté avec laquelle on insistait sur un objet qu'on savait lui déplaire et sur lequel il s'était expliqué si clalrcment.il défendit à Symmaque de reparaître devant lui. Il lui rendit cependant depuis ses bonnes grâces et l'éleva aux premières dignités.

Théodose revint li Milan au mois de septembre, et remit à Valentinien tout l'empire d'occident. Les instructions qu'il avait données à ce jeune prince restèrent si profondément gravées dans son esprit qu'il fut toujours depuis très zélé catholique ; il se mit sous la conduite de S. Ambreise, et l'honora comme son père tant qu'il vécut. L'impératrice Justine était morte avant la fin de la guerre.

Le pape Sirice avait condamné Jovinien h Rome. C4et hérésiarque, obligé de prendre la fuite, se re-

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tira h Milan ; mais Théodose Ten fit chasser. Il fut condamné de nouveau et anathémalisé dans un concile que tint S. Ambroisc en 590.

Ce concile était encore assemblé lorsqu'on apprit à Milan la nouvelle du massacre commis à Thessalonique. Buthéric, commandant des troupes d'IUyrie, lequel faisait sa résidence à Thessalonique, avait fait mettre en prison un cocher attaché au cirque, pour avoir séduit une jeune domestique de sa maison. Le peuple lui demanda la liberté du cocher, afin qu'il pût paraître dans le cirque un jour de fête. iV'ayant pu l'obtenir, il devint furieux et se porta aux dernières extrémités. Dans celte sédition plusieurs ofiiciers furent tués à coups de pierres, et on traîna leurs corps dans les rues de la ville. Buthéric perdit lui-même la vie. Cette nouvelle transporta de colère l'empereur , qui était naturellement emporté. S. A abroise et quelques autres évêques intercédèrent [)our les coupables , et Théodose promit Jeur grâce. Mais le fameux P*ufin, alors maître des offices, et d'autres courtisans le firent changer <le résolution sous prétexte que l'insolence du peuple avait été portée trop loin , que l'impunité serait dangereuse, et qu'un exemple de sévérité était nécessaire dans la circonstance présente. On>envoya donc un ordre au commandant de l'illyrie pour mettre à mort sept mille hommes de Thessalonique. Cet ordre fut exécuté avec la plus grande barbarie; les soldats saisirent le moment où le peuple était assemblé dans le cirque , et massacrèrent tout ce qu'ils rencontrèrent. Cette boucherie dura trois heures, et il périt sept mille hommes. On ne distingua point les innocents des coirpables. Telle fut la

s. A.MBBOISE , ARCHETEQUE. fSk)

brutalité des soldats qu'un esclave s'étant offert j30ur prendre la place de son maître, ils le massacrèrent. On rapporte aussi qu'un père, voyant ses deux fils près de recevoir le coup mortel, se jeta awx pieds de ceux qui allaient les frapper. Il les ton- 'cha par ses larmes, et ils lui promirent d'en laisser vivre un à son choix. Ce malheureux père, que sa -tendresse empêchait de faire ce choix, courait à ses enfants l'un après l'autre sans pouvoir se décider; les soldats. Impatients du délai, ôtèrent la vie h. tous les deux.

€etle scène tragique pénétra de douleur Ambroise et les autres évoques. Le saint crut cependant deyoir dissimuler quelque temps afin que Théodose, venant à réfléchir, pût rentrer en lui-même. L'empereur n'était point alors à Milan, mais devait y re- V€fnir sous peu de jours. Ambroise quitta la ville , |>our ne pas s'y trouver avec lui. Mais il lui écrivit une lettre que nous avons encore, et qui est aussi tendis que palhéliquc. Après l'avoir exhorté h faire pénitence il lui déclare qu'il ne pourra recevoir son offrande ni oflrir les divins mystères en sa présence jusqu'à ce qu'il ait satisfait h la justice divine. Il ajoute qu'il est rempli de respect pourl'emperenr, mais qu'il doit à Dieu la préférence, et que l'amour qu'il lui porte doit se conciHcr avec le salut de son ame.

Peu de temps après l'évêque revint à Milan. L'empereur s'étant présenté pour entrei^ dans l'église selon la coutume, Ambroise alla au devant de lui dans le vestibule , et lui défendit d'avancer plus loin. « Seigneur, lui dit-il, il semble que vous ne sentez point encore l'énormité du massacre commispar vos ordres ,

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L'éclat de la pourpre ne doit point vous empêcher de reconnaître la faiblesse de ce corps si magnifiquement couvert. Tous êtes pétri du même limon que vos sujets : il n'y a qu'un Seigneur , qu'un Maître au monde. Avec quels yeux considércz-rous son temple? avec quels pieds foulez-vous son sanctuaire? Osercz-vous en priant lever vers lui ces mains encore teintes du sang injustement répandu? Retirez-vous donc, et n'allez pas aggraver par un nou- Teau crime celui dont vous êtes coupable. Piccevez avec soumission le joug que le Seigneur vous im- "jiose; il est dur mais salutaire, et il procure la gué- Tison de l'ame. » Le prince ayant dit pour s'excuser que David avait péché, l'évcque lui répondit que, puisqu'il l'avait imité en péchant, il devait aussi l'imiter dans sa pénitence. Théodose se soumit, et accepta la pénitence canonique qui lui fut imposée. Il se retira dans son palais , où il passa huit mois sans aller à l'église, entièrement occupé des exercices propres aux pénitents publics. La fête de Noël étant arrivée, il redoubla ses larmes en pensant qu'il était exclus de l'assemblée des fidèles. Rulîn, maître des offices et contrôleur du palais, lui demanda la cause de l'excessive douleur qu'il témoignait ; il voulut lui persuader qu'il n'avait fait autre chose que de punir des coupables , qu'il n'avait pas sujet de se livrer ainsi à la tristesse, et que la piété chrétienne n'exigeait point qu'il persistât dans un état aussi crueL II ne se contentait pas ilc l'avoir porté à commettre un crime, il employait encore la flatterie pour affaiblir sa pénitence. L'empereur, versant des larmes avec plus d'abondance , lui dit : « Rufin, vous vous moquez de moi. Que

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VOUS connaissez peu la peine que je ressens! Je gémis, je pleure sur mon triste état. L'Église est ouverte aux mendiants et aux esclaves , mais les portes de l'Eglise et conséquemment celles du ciel me sont fermées ; car le Seigneur a dit : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. Si vous le jugez à propos, reprit Rufm, j'irai trouver l'évêque, et j'espère lui persuader de vous absoudre. Vous n'y réussirez point, répliqua l'empereur. Je reconnais la justice de la sentence portée contre moi; je sais d'ailleurs qu'Ambroise est inflexible quand il s'agit de son devoir, et qu'il ne fera rien contre la loi de Dieu par respect pour la majesté impériale. » Il ajouta qu'il aimait mieux achever sa pénitence que de demander une absolution qui serait jugée trop précipitée. Rufin persistant toujours, il lui permit d'aller trouver Févêque. Il le suivit peu de temps après, dans l'espérance que sa démarche ne serait pas inutile.

Dès qu'Ambroise aperçut Rufin il lui dit : « Comment osez-vous concevoir une pareille espérance ? C'est vous qui avez conseillé le massacre , et vous vous chargez d'en solliciter le pardon ? Vous avez dépouillé tout sentiment de honte, et vous ne tremblez pas au souvenir d'un si grand crime et de l'outrage fait à l'image de Dieu ? » Rufin redoubla ses prières et dit à l'évêque les choses les plus pressantes. Il ajouta que l'empereur arriverait bientôt. « Si cela est, répondit Ambroise, je vous déclare que je ne le laisserai point entrer dans le vestibule de l'église. S'il veut employer la force et agir en tyran, je suis prêt à soufî*rir la mort. Je me présenterai moi-même au glaive des bourreaux. » Rufin ,

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voyant son inflexibilité, envoya dire à l'empereur de iie pas sortir de son palais ; mais comme Théadose était en chemin, il dit : » J'irai et je recen'ai l'affront que je mérite. » Il n'alla cependant point à l'église; il attendit l'évêque, qui était dans la salle d'audience, et le pria de ne pas lui refuser l'absolution, « Quoi ! vous venez ici au mépris des lois saintes de Dieu? Je les respecte, répondit l'empereur , je ne violerai point les règles en entrant dans le vestibule; mais je vous prie de rompre ces liens €t de ne pas me fermer la porte que le Seigneur a ouverte à tous les pénitents. Quelle pénitence, reprit l'évêque, avez-vous laite, après vous être rendu coupable d'un tel crtme? C'est à vous, dit l'empereur, il me prescrire ce que je dois faire et h appliquer les remèdes convenables à la maladie de mon ame , comme c'est h. moi h me soumettre et ii aceomplir ce qui me sera ordonné. » Ambroisc lui dit de se placer dans l'église parmi les pénitents publics.

On lit dans Sozomène que l'empereur fit une confession publique deson péché, et, dans l'oraison funèbre de ce prince par S. Anibroise, qu'il se mit à genoux à la porte de l'église , qu'il i^sta longtemps prosterné parmi les pénitents , et qu'il disait avec David : Mon ame a éié comme attachée à la ferre.; Seigjiear, rendez-moi la vie selon votre parole. Dans cette posture il se frappait la poitrine de temps en temps, et il demandait pardon à Dieu en versant beaucoup de larmes : ce spectacle attendrit le peuple , tous pleuraient et priaient avec lui. Ambroise avant de lui donner l'absolution lui enjoignit de porter une loi qui ordonnât de suspendre

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pendant trente jours l'exécution des jugemens concernant la vie et la confiscation des biens des citoyens. -Cétiiit une précaution pour empêchei" à l'avenir les funestes effets de la précipitation et de la surprise ; Théodose signa la loi et promit de la faire observer. Gratien en avait donné une sem- Mable huit ans auparavant ; elle a été jointe à celle de Théodose, et les deux n'en font plus qu';une. Enfin Tempercur reçut fabsolution, mais il ne cessa le reste d« sa vie de détester la faute dans laquelle il était tombé par surprise et .à fiostigation des autres.

Théodoret rapporte un autre exemple de religi<>n et d'humilité que ce prince donna dans la ville de Milan ; mais on ne sait s'il faut le placer avant Oîu après sa pénitence. Ayant présenté son offrande un jour de fête, il resta dans fenceinlc du sanctuaire. Ambroise lui demanda s'il attendait quelque chose. Théodose répondit qu'il restait pour assister au sacrifice et pour recevoir la communion. L^archidiacre alla lui dire de la part de l'évéque : « Seigneur, il n'y a que les minislrcs sacrés qui aient le droit d'être dans le sanctuaire ; vous devez donc en sortir et rester avec les autres fidèles. La pourpre fait les rois,; mais non les prêtres. » L'empereur répondit qu'il n'avait point eu f intention d'aller contre les règles ni de se singulariser en se séparant dos autres fidèles, et qu'il avait cru pouvoir rester dans le sanctuaire h. Milan comme h. Constantinoplc. Après avoir remercié Ambroise de ce qu'il venait de l'avertir de son devoir, il sortit de la balustrade et se mit parmi les laïques. A son retour h Constanlinoplc , il ne resta plus dans le

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sanctuaire, et il en sortait dès qu'il avait fait son olfrande. La première fois que l'archevêque >îectaire s'en aperçut, il lui envoya dire de rentrer et de prendre sa place ordinaire. « J'ai appris enfin, dit l'empereur en soupirant , la différence qu'il y a entre le sacerdoce et l'empire. Je suis environné de flatteurs, et je n'ai trouvé qu'un homme qui m'ait dit la vérité. Je ne connais qu'un évêque au monde : c'est Amhroise. » Il ne parut donc plus à l'éghsc qu'en dehors de la halustrade qui fermait le sanctuaire, un peu au dessus des autres fidèles : en quoi il fut imité par les empereurs qui lui succédèrent.

Théodose passa environ trois ans dans l'Occident. Il laissa Yalentinien paisihle possesseur de ses états, et il ne voulut d'autre récompense de ses combats et de ses victoires que la gloire d'avoir délivré ce prince de ses ennemis et d'avoir protégé diverses nations injustement opprimées. Lorsqu'il retournait en Orient on courait de toutes parts au devant de lui, son entrée dans les villes était une espèce de triomphe. Ce fut surtout à Constantinople, où il arriva le 9 novembre 89 1, que le peuple fit éclater les transports de sa joie.

Talenlinien se conduisait en tout par les avis de S. Amhroise; il l'honorait et l'aimait autant que Justine, sa mère, l'avait haï et persécuté. Jamais prince ne montra plus de zèle pour se corriger de ses fautes. Ayant appris qu'on lui reprochait d'avoir trop de passion pour les exercices du cirque, il résolut de ne plus y assister que quand la décence l'exigerait. Sur les représentations qu'on lui fit que l'amour de la chasse l'empêchait de s'appliquer

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avec soin aux affaires, il ordonna de tuer toutes les bêtes qu'on avait rassemblées pour lui procurer ce divertissement. On lui donna avis qu'en avançant l'heure du repas il se faisait soupçonner d'intempérance; il profita de cet avertissement, et s'assujettit depuis à une abstinence rigoureuse. Il jeûnait souvent et pratiquait la mortification, même dans les festins qu'il était obligé de donner aux officiers de sa cour. j\on seulement il ne mit point de nouvelles impositions sur le peuple, mais il le déchargea encore d'une parlic des anciennes.

L'empereur se plaignait souvent du comte Arbogaste, général de ses armées. Ce sujet audacieux s'appropriait l'autorité souveraine, et n'en laissait que l'ombre à son maître. Il était Français de naissance et professait le paganisme. Il servait dès sa jeunesse dans les troupes romaines, et il avait su parvenir aux places les plus émi;ientes. Son pouvoir n'avait plus de bornes; il commandait h Yalentinien lui-même et disposait h son gré de toutes les affaires. A la fm l'empereur voulut s'affranchir de l'esclavage et montrer que c'était h lui h gouverner. Il se trouva dans les Gaules avec Arbogaste ea 592 , et il était question de mettre le pays h l'abri des incursions des Germains. Leur mésintelligence éclata plus que jamais. La paix cependant parut se rétablir entre eux. Valentinien j^ria S. Ambroise de venir le voir h Vienne ])Our cimenter cette réconciliation. Il voulait aussi recevoir le baptême des mains du saint archevêque. Dans Timpalience qu'it avait de le voir arriver on l'entendait souvent dire: « Scrai-je assez heureux que de voir mon père ? » Il ne put avoir ce bonheur; Arbogaste le fit étran-

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