‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 25 sur 73 · S. MARTIN, ÉVEQUE · texte numérisé non relu

S. MARTIN, ÉVEQUE

tique des vertus que nous venons de rapporter et surtout par son admirable pureté de cœur que Martin avait acquis cette vraie science et cette éloquence toute céleste qui le rendaient si redoutable au prince des ténèbres.

Le saint évéque avait plus de quatre-vingts et peut-être même quatre vingt-dix ans lorsqu'il plut h Dieu de le récompenser de ses travaux. Il avait prédit sa mort long-temps avant qu'elle arrivât. Lne division qui s'était élevée parmi le clergé de la paroisse de Cande, située à l'extrémité de son diocèse, lui fit faire un voyage en ce lieu. Il était accompagné, suivant sa coutume, de plusieurs de ses disciples. Il passa quelque temps h. Cande , et y rétabli ii la paix; mais, comme il se préparait h retourner à Tours, il tomba malade et perdit tout à coup ses forces. Il fit assembler ses discioles , et leur dit que le moment de sa mort était arrivé. Ceux-ci, fondant en larmes, s'écrièrent tout d'une voix : « Mon père, pourquoi nous abandonnez-vous? A qui laisserez-vous le soin de vos enfants? Les loups ravissants tomberont sur votre troupeau. Nous connaissons le désir que vous avez d'être avec Jêsus-Christ : mais votre récompense est assurée ; pour être différée, elle sera toujours la même. Soyez touclié de nos besoins, et considérez les dangers au milieu desquels vous nous abandonnez. » Martin mêla ses larmes aux leurs, et fit cette prière pour eux : « Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. Que votre sainte volonté soit faite. » C'est comme s'il eût dit, observe Sulpice Sévère, la vieillesse, les fatigues n'ont point abattu mon ame ; elle

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est encore prête, Soigneur, h soutenir de nouveaux combats si vous l'y appelez ; mais, si vous menao-ez ma faiblesse et que vous me réunissiez à vous, soyez le gardien et le protecteur de ces âmes pour lesquelles je ne suis pas sans crainte. Il montrait par cette prière qu'il ne savait ce qu'il aimait le mieux, ou de quitter la terre pour aller k Jésus- Christ, ou d'y rester pour l'amour de Jésus- Christ. Nous apprenons aussi de là , lorsque nous demandons h Dieu des grâces temporelles, à nous soumettre à sa volonté avec une parfaite résignation et à le prier de diriger toutes choses en nous et par nous pour sa plus grande gloire.

Malgré la fièvre qui le brûlait, S. Martin resta couché surun cilice couvert de cendres, priant toute la nuit. Ses disciples offrirent de mettre sous lui un peu de paille, mais il le refusa. « Un chrétien, disait-il, ne doit mourir que sur la cendre. Malheur à moi si je vous donnais un autre exemple. » Il avait toujours les yeux et les mains levés vers le ciel, et sa prière était continuelle. Comme on lui proposait de le tourner de l'autre côté pour lui procurer quelque soulagement , il dit : « Permettez, mes frères, que je regarde le ciel plutôt que la terre afin que mon ame se dispose à prendre son vol vers le Seigneur, auquel elle est sur le point de se réunir.» Voyant ensuite le démon qui cherchait à l'effrayer, il lui adressa ces paroles: «Qu'attends-tu ici, bête cruelle? Tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne ; le sein d'Abraham est ouvert pour me recevoir. » Après avoir achevé ces paroles il expira tranquillement le 6 ou le 1 1 novembre. L'opinion la plus probable est que ce fut en 4oo. Ceux qui

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assistèrent à sa mort virent son visage et son corps rayonnants de gloire.

Les habitants de Poitiers voulaient que la dépouille mortelle du serviteur de Dieu restât en leur possession ; mais la ville de Tours l'enleva. Il s'y fit à cette occasion un concours prodigieux de personnes de tout état; il s'y trouva deux mille moines et un grand nombre de vierges. Tous pleuraient le saint évèque quoiqu'on le crût dans la gloire. Son corps fut porté près du rivage à six cents pas au dessous de la ville de Tours , telle qu'elle existait alors. On le déposa dans un lieu qui, suivant Alcuin, faisait partie de l'ancien cimetière des chrétiens, où S. Catien avait d'abord été enterré. Ce lieu , connu encore de nos jours par une chapelle qui existe de temps immémorial, l'ut appelé la station de S. 'hirtin. Mais S. Bricc fit transférer d'une manier • honorable le corps de son saint prédécesseur dans une basilique à peu de distance de là, et il éleva son tombeau. Cette basilique fut dédiée d'abord sous f invocation de S. Etienne, suivant l'usage des premiers siècles de ne consacrer des temples qu'à la mémoire des martyrs; et la tradition s'en conserve encore par l'inscription qui est au dessus d'un autel adossé au tombeau de S. Martin. Mais le nom de ce célèbre Thaumaturge ne tarda pas à prévaloir parmi les fidèles qui venaient de toutes parts le vénérer. Bientôt la basilique ne parut plus assez grande pour les contenir, et S. Perpet, sixième évèque de Tours , en fit bâtir une plus vaste dans le même emplacement, et y fondai entretien d'une lampe.

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