S. DAMASE
PAPE
(41 décembre.)
On lit dans les pontificaux que Damase était Espagnol, ce qui signifie peut-êfre que sa famille était originaire d'Espagne ; mais d'habiles critiques ont prouvé que Rome avait été sa patrie. Son père se nommait Antoine. Il embrassa l'état ecclésiastique; mais on ne sait si ce fut après en avoir obtenu le consentement de sa femme ou quand il fut devenu veuf Quoi qu'il en soit , il fut successivement lecteur, diacre et prêtre du litre ou de l'église paroissiale de Saint-Laurent, à Rome. Damase exerça les fonctions du saint ministère dans la même église, et vécut toujours dans une parfaite continence, suivant S. Jérôme. Il était archidiacre de l'Eglise romaine lorsque Constance exila Libère à Béréc en 355. Il suivit le pape dans son exil, mais il revint à Rome peu de temps après.
Libère trompé souscrivit une formule de foi où n'était point le mot consabstant'icl. De retour à Rome, il ne cessa de communiquer avec S. Athanase, comme le prouve la lettre que ce saint écrivit aux évêques d'Egypte en 56o. 11 proscrivit et annula les décisions du concile de Rimini par une lettre qu'il adressa à ces évêques, et qui est citée par Sirice. Cette conduite l'exposant à de nouvelles persécutions , il se cacha quelque temps. On voit par ces faits qu'il répara la faute qu'il avait commise en souscrivant la formule de foi dont nous venons de
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parler. Pendant tout ce temps Damase eut beaucoup de part au gouvernement de l'Eglise , et Ton présume avec raison qu'il ne contribua pas peu à exciter le zèle de Libère.
Ce pape étant mort le 24 septembre 0G6, on élut pour lui succéder Damase, alors âgé de soixante ans. Il fut ordonné dans la basilique deLucine, autrement dite de Saint Laurent : c'était son titre avant son pontificat. Peu de temps après Ursin ou Urcisin , furieux de ce que Damase lui avait été préféré, ameuta le peuple, qui s'assembla dans l'église de Sicin , communément appelée basilique Libérienne, et aujourd'hui Sainte-Marle-Majeure. Il engagea Paul, évéque de Tibur ou Tivoli, prélat fort ignorant, h l'ordonner évéque de Rome. C'était aller contre les anciens canons, qui exigeaient trois évêques pour le sacre d'un autre évéque, et contre l'ancienne coutume de l'Eglise romaine, dont l'évêque doit être sacré par celui d'Oslic. Juventins, préfet de Piomc, bannit L rsin et quelques-uns de ses partisans. On arrêta sept prêtres qui lui étaient attachés, pour les conduire aussi en exil : mais leurs amis les enlevèrent et les portèrent dans la basilique Libérienne. Ceux qui tenaient pour Damase accoururent avec des bâtons et des épées. Ils assiégèrent la basilique afin de se rendre maUre de ceux qui y étaient renfermés, pour les livrer ensuite au préfet. On en vint aux mains de part et d'autre, et il y eut trente-sept personnes de tuées. Au mois de septembre de l'année suivante, l'empereur Valentinicn permit h Ursin de revenir à Piome. Mais comme il continuait d'exciter des troubles, il fut banni de nouveau en novembre et relégué dans les TOME m. 3
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Gmiles avec sept de ses partisans. Les schismatiques étaient toujours maîtres à\\ne église , qu'eu croit ^re celle de Sainte-Agnès, hors des murs de la ville, et ils tenaient leurs assemblées dans les cimetières. "Vâîentinien ordonna que cette église fût remise entre les mains de Damase. Maximien, un des magis* trats de Rome, naturellement porté h la cruauté, fit mettre plusieurs schismatiques à la torture; mais nous, apprenons de Rufm que Damase ne concourot en aucune manière à ce qui se passa en cette occasion; qu'il n'approuva point le procédé barbare de Maximien; que les schismatiques tombèi^ent dans le piège qu'ils avaient tendu au pape; fi« ils paraissaient avoir demandé eux-mêmes une iaformation ou l'on emploierait les torlures: ce qui tourna h leur confusion et attira sur eux les peines qu'ils souffrirent. Nous voyons par quelques vers de Damase qu'il avait fait vœu de demander à Pieu, parl'inle cession de certains martyrs, la conversion des ecclésiastiques qui persistaient dans le schisme, et que ceux-ci étant revenus à l'unité, ils en témoignèrent leur reconnaissance en ornant à leurs frais les tombeaux des martyrs dont il s'agit. Il est prouvé par les mêmes vers que les plus anîlûés des partisans d'Ursin se convertirent quelque temps après et qu'ils se soumirent sincèrement à Damase. On ne pouvait douter qu'il ne fût le pape légitime. Son élection était antérieure h celle d'Ursin et avait été faite selon toutes les règles. Elle fut déclarée canonique dans un concile tenu à Aquilée en 081, et composée des plus illustres évêques d'Occident. Le concile tenu à Rome en 678 avait )ogé de même, et dans tous les deux on attribua
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les actes de violence qui se commirent h la fureur d'Ursin. S. Ambroise, S. Jérôaie, S. Augustin, etc., rendent également témoignage à la conduite de Damase et à la canonicité de son élection.
Ammien Marcellin, célèbre historien païen de ce temps-lh, dit que les chars, les riches vêtements et la magnificence des évêques de Rome, dont la table était mieux servie que celle des rois, devait être un objet de tentation pour les ambitieux; et il ajoute qu'il serait h souhaiter qu'ils imitassent la simplicité de quelques évêques qui vivaient dans les provinces. Il est certain qu'il calomnie les évêques de Rome, ou du moins qu'il y a beaucoup d'exagération dans ce qu'il a dit de leur table. Au reste il pouvait se rencontrer quelquefois des occasions où. il était permis à l'Eglise de s'écarter de sa simplicité ordinaire. Il résulte cependant du récit d'Ammien Marcellin que la dignité pontificale avait alors une certaine pompe et un certain éclat, puisque, au rapport de S. Jérôme, Prétextât, sénateur païen, qui depuis fut préfet de Piome, dit à Damase ; «Faites-moi évêquede Piome, et dès demain je me ferai chrétien. » Les paroles de ce païen montrent jusqu'à quel point les ecclésiastiques surtout doivent porter la modestie chrétienne ; mais certainement Damase ne méritait point le reproche que Prétextât semblait lui faire. S. Jérôme, grand admirateur de ce pape, s'élève avec force contre le luxe de quelques ecclésiastiques de Rome, ce qu'il n'aurait pas fait si ce qu'il disait eût pu s'appliquer à son patron; il faut au moins convenir qu'il était trop sincère pour continuer d'être l'admirateur de Damase, dans le cas où il l'aurait su livré au luxe qu'il censurait.
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En 070 Valeiitinien , pour réprimer la conduite scandaleuse de quelques ecclésiastiques qui faisaient faire des legs à l'Eglise au préjudice des héritiers, donna une loi qu'il adressa au pape Damase, et par laquelle il défendait aux clercs et aux moines de s'introduire dans les maisons des veuves et des orphelins, et d'en recevoir ni dons, ni legs, ni fidéicommis.Daraa se fit lire celte loi dans toutes les églises de Rome et prit les mesures les plus eiïicates pour qu'elle fût exécutée. Sa fermeté h cet égard fit des mécontents, il y en eut même qui prirent le parti des schisma tiques; mais quelque temps après ils rentrèrent dans le devoir. Comme la loi dont il s'agit fut adressée au pape, Baronius a conclu qu'il l'avait sollicitée : du moins est-il certain qu'il l'approuva, et qu'elle lui fut aussi agréable qu'elle était juste en elle-même.
Il paraît par le quinzième poème de S. Damase qu il fit un pèlerinage à la châsse de S. Félix de jXole, en action de grâces de ce qu'il avait échappé aux persécutions de ses ennemis , qu'il y suspendit ce poème et qu'il y fit ses dévotions.
L'arianisme, appuyé de la protection de Valens, régnait en Orient malgré le zèle de S. iVlhanase , de S. Basile et de plusieurs autres évêqucs catholiques. En Occident il ne faisait sentir ses ravages qu'à Milan et dans la Pannonie. Pour l'extirper entièrement de cette partie du monde Damase tint un coaciic à Rome eu 568. Lrsace et Talens, évêquCs ai'kns de la Pannonie, y furent condamnés ; Auxcuce de Milan le fut dans un autre concile tenu deux ans après.
Le scliisnie d'Antioche attirait encore l'attention
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de toute TEglise. Voici ce qui y avait donné occasion. Les ariens ayant banni le saint évêque Eustathe , on ordonna Mélèce en sa place. Les catholiques , appelés eustathiens à cause de leur attachement à S. Eustathe, ne voulurent point le reconnaître; ils se déclarèrent pour Paulin. Les Orientaux, instruits de l'orthodoxie de Mélèce^ communiquèrent avec lui; mais Damase et les Occidentaux prirent le parti de Paulin. Ils suspectaient la foi de Mélèce parcequ'ils regardaient comme douteuse la doctrine de plusieurs de ceux qui l'avaient fait évoque. Cependant, malgré cette division, les évoques d'Orient et d'Occident avaient soin de conserver entre eux la paix de Jésus-Christ. L'hérésie d'Apollinaire causa de nouveaux troubles.
Apollinarius ou Apollinaris enseigna la grammaire à Bérite^ puis à Laodicée en Syrie. Il se maria dans cette dernière ville et eut un fils du même nom que lui. Il prit beaucoup de soin de son éducation, et cultiva si bien ses heureuses dispositions qu'il le mit en état d'enseigner la rhétorique avec succès dans la même ville. Us embrassèrent l'un et l'autre l'état ecclésiastique et servirent en même temps dans l'Eglise de Laodicée, le père en qualité de prêtre et le fils en qualité de lecteur. Ce dernier fut élu évêque de Laodicée en 562. Julien l'Apostat ayant défendu aux chrétiens d'étudier les auteurs classiques, les deux ApoUinaires composèrent des hymnes en toutes sortes de vers surl'histoire sainte et sur d'autres sujets de piété; mais il ne nous reste plus de leurs ouvrages poétiques qu'une paraphrase des psaumes en vers hexamètres. On trouvait dans ces poésies diverses erreurs, que S. Athanase condamna
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dans nn concile tenu à Alexandrie en 56o, sanstoute» fois parler de l'auteur, qui n'était point alors connu. S. Athanase écrivit contre les mêmes erreurs en 362, toujours sans nommer l'auteur. Le concile assemblé à Rome par Damase en 074 tint la même conduite; mais comme Tévêque Apollinaire persistait opiniâtrement dans ses erreurs , on ne lui épargna plus l'humiliation de le nommer. Damase lui dit anathème. Cet hérésiarque parvint à un âge fort avancé et mourut dans son impiété. Voici quelles étaient ses principales erreurs. Il enseignait que Jésus-Christ n'avait point pris une ame humaine, mais seulement la chair, c'est a dire un corps avec l'ame scnsitive; que la personne divine lui avait tenu lieu de l'ame humaine, ce qu'il prétendait prouver par ces paroles , le Ferbe a été fait chair; que l'ame humaine étant un principe de péché, on ne pouvait dire que Jésus-Christ l'eût prise. Il suivait de Ih que Jésus-Christ ne s'était point fait homme puisqu'il n'avait pris qu'un corps, qui est la partie la moins noble de la nature humaine. Apollinaire enseignait encore que le corps de Jésus-Christ venu du ciel était impassible ; qu'il était descendu dans le sein de la vierge Marie; qu'il n'était point né d'elle ; qu'il n'avait souffert et n'était nx)rt qu'en apparence. Il faisait revivre aussi l'hérésie des millénaires et avançait encore d'autres erreurs sur la Trinité. Deux de ses disciples. Vital et Timothée, furent choisis pour être évêques de la secte, l'un à Antioche et Tautre à Alexandrie. Des conciles tenus dans ces deux villes reçurent les décrets de Damase contre Apollinaire ; ils furent aussi reçus par le concile général de Constantinople , en 58 1»
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L'Illyrie comprenait alors tonle la Grèce «t plusieurs autres provinces près du Danube. L'empereur Gralien céda à Théodose l'illyrie orientale, c'est à dire la Grèce et la Dacie, et voulut qu'elle fit partie de l'empire d'Orient ; mais les papes soiitinrent que ce pays appartenait toujours au patriarcat d'Occident , et se réservèrent en conséquenee le droit d'en confirmer les évéques. Damase choisit pour son vicaire dans ces contrées S. Ascole , éveque deThessalonique, qui par ses prières avait préservé la Macédoine des incursions des Goths. Dam; la lettre qu'il lui écrivit alors , et que nous avons encore, il le chargea spécialement de veiller h ce qu'il ne se fît rien dans l'Eglise de Constantinople au préjudice de la foi ou contre les canons. Il conr damnait l'intrusion de Maxime le Cynique sur k siège de cette Eglise. Nectaire ayant été élu arche vêque de Constantinople, l'empereur Théodose ea- \-oy£^ des députés à Rome pour prier Damase de confirmer son élection.
Lorsque S. Epiphane et Paulin d'Antioche fireat le voyage de Rome, S. Jérôme les accompagna. Damase retint celui-ci auprès de lui en qualité de secrétaire , et le chargea de répondre aux consultations qu'on lui adressait de toutes parts. Ce pap« était lui-même fort instruit et très versé dans ia connaissance des saintes Écritures. Il encouragea Jérôme à suivre ses études. Ce saint docteur lui a rendu justice en plusieurs endroits de ses ouvrage*. « C'était selon lui un homme excellent, un homm*^ incomparable, savant dans les Écritures, un docteur vierge d'une Église vierge, qui aimait la cliasteté, et qui en entendait l'éloge avec plaisir. >