‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 40 sur 73 · S. JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

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seigneur, qu'il s'agit principalement ici de la gloire du christianisme même. Les juifs, les païens, les nations barbares ont les yeux fixés sur vons, et attendent avec impatience l'arrêt que vous allez prononcer. S'il est dicté par la clémence ils seront frappés d'admiration ; ils rendront gloire à Dieu, qui apaise findignation de ceux qui ne reconnaissent point de maître sur la terre, et qui transforme les hommes en anges ; ils embrasseront une religion qui enseigne une morale si sublime. On ne manquera pas de vous dire que l'impunité d'Antioche serait d'une dangereuse conséquence, et qu'elle ne servirait qu'à entretenir fesprit de révolte dans les autres villes. Cette crainte serait raisonnable si vous ne pardonniez, seigneur, que par impuissance de punir. Mais non, l'acte de clémence que vous exercerez ne vous dépouillera point de votre pouvoir; il ne fera que vous acquérir de nouveaux droits sur les cœurs de vos sujets, et loin d'enhardir à la rébellion il sera un moyen efficace de la prévenir. Il touchera plus vos peuples que des largesses immenses, que des exploits éclatants ; il les portera surtout à adresser au ciel de ferventes prières pour la conservation de votre auguste personne et pour la prospé- J rite de votre empire. Au plaisir délicat de conque- 1 rir les cœurs ajoutez la récompense que Dieu vous prépare. Un maître peut aisément punir , mais il est rare qu'il pardonne.

« De quelle gloire ne vous couvrirez -vous pas seigneur, si vous vous laissez fléchir par les prières d'un vieillard revêtu du sacerdoce I Quelle haute idée funivers n'aura-t-il pas de votre piété lors- { qu'il apprendra que, vous élevant au dessus de fin-

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dignité personnelle du ministre, vous n'avez vu en lui que Tautorité du maître qui l'envoya it ! Il est vrai que les habitants d'xVntioche m'ont député vers vous pour tâcher d'obtenir une grâce dont ils se jugent tout à fait indignes; mais je viens encore de la part du souverain Seigneur des anges et des hommes pour vous déclarer en son nom que si vous pardonnez les fautes commises contre vous il vous pardonnera celles dont vous vous êtes rendu coupable envers lui : rappelez-vous ce dernier jour où nous devons tous rendre compte de nos actions, et pensez qu'il est aujourd'hui en votre pouvoir de vous assurer un jugement favorable de la part de Jésus-Christ. En un mot vous allez prononcer votre propre sentence. Bien différent des autres députés, qui paraissent devant vous avec de riches présents , je n'y parais moi qu'avec la loi de Dieu et que pour vous exhorter h iaiiter l'exemple qui vous a été donné par le Sauveur expirant sur ht croix. » Flavren dit h l'empereur en finissant qu'il n'aurait jamais le courage de retourner h Antioche s'il refusait de rendre ses bonnes grâces à cette ville. Théodose, que ce discours avait attendri jusqu'aux larmes, ne répondit que ce peu de mots : « Si Jésus-Christ, notre souverain Seigneur, a pardonné à ses bourreaux^ et a même prié pour eux, dois-je balancer de pardonner ti ceux qui m'ont offensé, moi qui ne suis qu'un homme mortel comme eux, et serviteur du même maître ? » Le patriarche, s'étant jeté à ses pieds pour lui marquer plus sensiblement la vivacité de sa reconnaissance, lui proposa de célébrer avec lui la fête de Pâques à Constantinople; mais l'empereur ne voulut point y

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consentir. « Partez, mon père, lui dit-il^ allez consoler votre peuple en lui portant les assurances du pardon que je lui accorde. » Flavien ne pensa donc plus qu'à retourner dans son diocèse : il se fit cependant devancer par un courrier auquel il remit les lettres de grâce qu'il avait obtenues de l'empereur, afin d'accélérer autant qu'il serait en lui la joie de son troupeau. Son arrivée suivit de près celle du courrier, et il eut la consolation de célébrer la fête de Pâques à Antioclie. Les habitants decctle ville se livrèrent h l'occasion de son retour aux transports de la plus vive allégresse. Flavien dans une circonstance aussi extraordinaire ne perdit lien de son humilité et de sa inodeslie ordinaires; il attribuait à Dieu seul le changement de Théodose et toute la gloire du succès de son entreprise. Noire saint pendant l'absence de son évéque fut cl ;trgé du soin d'instruire le peuple. Il tâchait de relever son courage abattu par le désespoir; mais en même temps il l'exhortait à se rendre Dieu propice par de dignes fruits de pénitence et par la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Après le retour de Flavien il continua toujours ses travaux évangéîiques avec autant de zèle que de succès. Il était l'ornement et les délices d'Antioche et de tout l'Orient; car sa réputation avait pénétré jusqu'aux extrémités de l'empire : mais Dieu, pour la gloire de son nom, le plaça sur un nouveau théâtre, où il préparait à sa vertu d'autres épreuves et d'autres couronnes.

Le siège de Constantinople étant devenu vacant par la mort de Xec taire en 397, l'empereur Arcade résolut d'v élever notre saint : il avait été instruit

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de son rare mérite par l'eunuque Eutrope, son chambellan; il manda donc au comte d'Orient de se rendre maître de sa personne par quelque stratagème, afin de le faire conduire ensuite à Constantinople. Rien n'était plus sage que cette précaution, car les habitants d'Antioche auraient tâché de faire échouer les desseins de l'empereur s'ils les eussent connus, et en auraient rendu l'exécution très difficile. Le comte, étant arrivé à Antioche, ne s'occupa plus qu'à trouver le moyen de réussir dans la commission dont il était chargé. Enfin il crut, tout bien examiné, qu'il n'y avait pas d'autre parti à prendre que d'attirer le saint hors de la ville ; il lui dit donc qu'il serait bien aise de visiter avec lui les tombeaux des martyrs, qui étaient hors de l'enceinte d'Antioche. Jean, qui ne se défiait de rien, consentit volontiers à accompagner le comte, d'autant plus que la religion paraissait entrer uniquement dans son désir ; mais il ne fut pas long-temps à s'apercevoir qu'on lui avait tendu un piège. Effectivement le comte se saisit de sa personne, et le remit entre les mains d'un officier, qui le conduisit sur-le-champ h Constantinoplc. Le choix d'Arcade ne déplut qu'h Théophile, patriarche d'Alexandrie, parceque ce prélat voulait donner h Nectaire lïn autre successeur que Jean. Irrité de n'avoir pu réussir dans ses desseins, il eut recours aux voies détournées, et employa mille pratiques sourdes pour traverser la promotion canonique de noire saint. Mais ses intrigues furent h la fin découverles ; et, sur la menace qu'on lui fit de porter h un concile les accusations formées contre lui, il cessa de cabaler, et sacra Jean le 2G février 698.

^otre saint commença son épiscopat par régler sa propre maison; il retrancha les grandes dépenses que SCS prédécesseurs avaient crues nécessaires au soutien de leur dignité, ne voyant en elles qu'une fastueuse superfluité qui ne convenait point h un successeur des apôtres. Les fonds que ces dépenses absorbaient, il les appliqua au soulagement des pauvres et surtout des malades. Il fonda et entretint plusieurs hôpitaux, dont le gouvernement fut confié à de saints prêtres. Le choix des différents officiers de ces maisons devint encore l'objet de ses soins : jamais il ne tombait que sur des personnes recommandables par leur prudence, leur vertu et leur charité. Le saint archevêque travailla ensuite à la réformation de son clergé. Il vint à bout de cet important ouvrage par des exhortations aussi tendres que solides et en prescrivant des règles de conduite, dont la fin était de faire mener à ses clercs une vie sainte et édifiante. Comment n'aurait-il pas réussi puisqu'il pratiquait le premier ce qu'il recommandait aux autres? A la vérité quelques hommes indisciplinés, qui ne voulaient point entendre parler de réforme, voulurent le traverser; mais ils n'eurent point assez d'autorité pour empêcher le bien général. Jean, après avoir renouvelé la face de son clergé, chercha les moyens de remédier aux abus qui s'étaient glissés parmi les simples fidèles. Celui de ces abus qui excita principalement son indignation fut l'immodestie des femmes dans leur parure. Quelques-unes d'entre elles paraissaient avoir oubhé que les habillements furent destinés dans leur origine h couvrir l'ignominie du péché, et qu'ainsi c'est renverser l'ordre que de faire servir

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h une vanité criminelle ce qui devrait être pour nous un motif de pénitence^ de confusion et de larmes. Le saint s'éleva hautement contre ce désordre, et en parla avec tant de force que plusieurs dames, touchées de ses discours, se convertirent et renoncèrent absolument à l'usage de la pourpre, de la soie et des diamants. Autre scandale encore plus intolérable que le premier : quelques femmes osaient se montrer en public avec des nudités indécentes, ou, si elles se servaient de voiles, ils étaient si transparents qu'ils devenaient une amorce pour les yeux lascifs. Notre saint leur représenta vivement l'énormité de leur péché, et ne craignit pas d'assurer qu'elles étaient en un sens plus coupables que les femmes prostituées. « Car enfin, disait il, celles-ci ne séduisent par leurs funestes attraits que dans l'enceinte de leurs maisons; mais vous allez tendre des pièges il l'innocence dans les places publiques. Tous me répondrez peut-être que vous n'avez jamais invité personne à pécher. Je veux que vous ne l'ayez jamais fait par vos discours, mais votre voix n'eût-elle pas été mille fois moins dangereuse que ne l'ont été vos parures et vos indécences? Prétendriez-vous donc être innocentes en faisant pécher les autres dans leur cœur? Vous tirez, vous aiguisez le fer meurtrier: vous portez le coup qui fait h l'ame une blessure mortelle. Dites- moi qui le monde condamne, qui les juges punissent? Est-ce celui qui avale le poison, ou ceux qui le préparent et le présentent? Vous avez préparé la coupe fatale; vous avez présenté le breuvage de mort. Je vois même dans votre crime un degré d'énormlté qui ne se trouve point dans celui des empoisonneurs ; ils ne

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donnent la mort qu'au corps, et vous la donnez h l'ame, ce qui est infiniment plus énorme. Encore si les malheureux que yous«séduisez étaient vos ennemis, si vous aviez reçu deux quelque injure ; si quelque raison vous rendait une telle conduite nécessaire : mais non, vous ne cherchez qu'h satisfaire un orgueil insensé, une vanité pitoyable ; vous vous faites un jeu de la mort spirituelle des âmes.» De toutes ces vérités le saint docteur concluait qu'on ne doit point écouter ces femmes mondaines qui prétendent se justifier en alléguant pour raison qu'elles ne pensent point au mal. il eut la consolation d'abolir les scandales dont nous venons de parler ainsi que plusieurs autres. Il bannit de Constantinoplc les jurements, comme il les avait autrefois bannis d'Antioche. Il convertit une multitude innombrable de païens et d'hérétiques. Il ramena au devoir les pécheurs les plus endurcis dans le crime: mais sa bonté pour eux devint fobjet de l'injuste censure des novaliens, qui faisaient profession d'un rigorisme oiilj'é; il n'en continua pas moins de les exhorter à la pénitence avec la tendresse du plus compatissant des pères. Il avait coutume de s'écrier en leur adressant la parole : « Fussiez-vciis tombés mille fois dans le péché, venez à moi, et vous serez guéris. » Au reste, quand il s'agissait de maintenir la discipline, il était ferme et inébranlable, évitant toutefois l'aigreur et la dureté. Il serait difficile d'exprimer le fruit merveilleux que produisaient ses discours parmi le peuple. Nous allons en citer un exemple.

Le mercredi , de la semaine sainte de l'an 099 il survint un orage si violent qu'on avait lieu de

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craindre la perte entière des fruits de la province. Le peuple consterné implora le secours du ciel. L'archevêque indiqua des prières publiques, et alla processionnellement avec son troupeau à l'église des apôtres, afin d'obtenir la délivrance du fléau par l'intercession de S. Pierre, de S. André, de S. Paul et de S. Timothée. L'orage se calma, mais les frayeurs ne cessèrent point ; on passa donc le Bosphore pour aller visiter l'église de S. Pierre et de S. Paul, qui était de l'autre côté de la mer. Malheureusement le peuple oublia Dieu aussitôt que le danger eut disparu. 11 assista le vendredi saint aux courses de chevaux, et le lendemain aux jeux du théâtre. L'archevêque en eut Tame percée de douleur, et fit le jour de Pâques un discours d'une force singulière contre les jeux et les spectacles du théâtre et du cirifue. Entraîné par la vivacité de son zèle, il entra brusquement en matière par ce début plein de véhémence : « Ciel! qu'avons-nous vu? qui pourrait retenir son indignation? J'en appelle à vous-mêmes; soyez vos propres juges. » 11 répéta plusieurs fois cette exclamation, comme pour donner quelque soulagement à la douleur qui le suffoquait : il s'étendit ensuite sur la sainteté de notre foi, sur les bienfaits de Dieu, sur l'obligation indispensable où nous sommes de le servir et sur le compte rigoureux que nous lui rendrons de tous nos moments. « Ce qui me désole, ajouta-l-il, c'est que les coupables se prétendent innocents, après, qu'ils ont donné la mort à leurs âmes et à celles de leurs enfants. Comment approcherez-vous désormais de la table sainte ? comment participerez vous au pain céleste ! Vous vois-je pénétrés de douleur

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et coiiTerts de confusion ? A la vérité quelques-uns d'entre vous Laissent la tête. Hélas ! ce sont peutêtre ceux qui n'ont point péché, et que l'aveuglement de leurs frères touche de compassion. Pourrais-je n'être pas accablé de tristesse lorsque je considère les horribles ravages que fait le démon dans le troupeau confié h. mes soins? Ah! si vous voulez vous joindre h moi, nous l'empêcherons de nuire, et nous rendrons ses efforts inutiles. Cherchons ceux qu'il a blessés, afin de les arracher de sa gueule infernale. Qu'on ne me dise pas que le nombre de ces malheureux est petit ; n'y en eût-il que dix, que cinq, que deux, qu'un seul, c'est toujours une grande perte. Le bon pasteur laisse ses quatrevingt-dix-neuf brebis, et ne va les rejoindre que quand il a retrouvé celle qu'il avait perdue. Ne dites donc pas : il n'y en a qu'un. Apprenez à connaître le prix d'une ame, cest pour elle que toutes les choses visibles ont été faites ; c'estpour elle que la loi a été donnée, qnc les miracles ont été opérés, que les mystères ont été accomplis ; c'est pour elle que Dieu a porté l'amour jusqu'à ne pas épargner son propre fils. Encore une fois, connaissez le prix d'une brebis par la rançon qu'il a fallu payer pour la ramener au bercail. Si vos exhortations et les miennes sont inutiles, j'emploierai l'autorité dont Dieu m'a fait le dépositaire. }> Ensuite le saint déclara excommuniés tous ceux qui ne voudraient pas se convertir. La ville consternée fit éclater les sentiments de la plus vive componction. L^'archcvêque ne porta pas plus loin la sévérité ; au contraire, il excita le courage de ceux qui étaient rentrés en eux-mêmes en donnant h leur conversion

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de justes éloges. Une conduite aussi pleine de zèle et de charité produisit d'heureux effets. Les personnes les plus passionnées pour le théâtre et pour les jeux du cirque renoncèrent entièrement à ces écoles du démon.

Quoique la sollicitude pastorale de notre saint embrassât indistinctement tous ceux qui composaient son troupeau, il se sentait pourtant une sorte de prédilection pour une communauté de vierges consacrées h Dieu dans la solitude. Le motif de cette prédilection était fondé sur ce qu'il connaissait toute la gloire que Dieu reçoit d'une seule ame qui marche dans les voies de la perfection. Nous trouvons dans ses ouvrages une description de la manière de vivre de ces saintes vierges. Elles allaient nu-pieds, portaient le cilice, et n'avaient d'autre lit qu'une natte étendue sur la terre. Elles ne vivaient que de légumes et d'herbes, ne se permettant point l'usage dupain. Elles ne mangeaient qu'une fois le jour, encore ne prenaient-elles ce repas que le soir. Leur amour pour la prière était si ardent qu'elles y consacraient une bonne partie de la nuit. En un mot tous leurs moments étaient partagés entre l'oraison, le travail des mains et le service des malades de leur sexe. Elles avaient pour mère spirituelle sainte Nicarète, que l'Eglise honore le 27 décembre.

Jean regardait les veuves comme des personnes destinées par état à mener une vie pénitente et retirée ; aussi ne cessait-il, conformément à la doctrine de l'apôtre, de les exhorter à correspondre avec fidélité à la grâce de leur vocation. Parmi celles qui se consacrèrent h Dieu sous la conduite

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