TOME III. Ift
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d'un si graud maître on comptait Olympiade, Salviae, Procule, Pantadie, toutes quatre distinguées^ par leur naissance. La dernière^ veuve de Timase, premier ministre de l'empereur, fut faite diaconesse de l'église de Constantinople. Olympiade se chargea du soin de pourvoir à la nourriture du saint archevêque en lui fournissant tout ce dont il pouvait avoir hesoin. On juge bien qu'un pasteur qui parlait avec tant de force contre la somptuosité des festins ne démentait pas ses paroles par ses actions. Il mangeait seul ordinairement; sa table était d'ailleurs si fj?ugaie et si pauvre que peu de personnes auraient voulu manger avec lui: par là il ménageait le temps et la dépense; il y avait cependant une table décemment servie pour les étrangers dans une maison voisine de la sienne. Ses revenus étaient employés auK besoins des pauvres. Ce fut encore pour les soulager qu'il vendit le riche ameublement que lui avait laissé JNectaire, et qu'une autre fois dans une g^rande cherté il fit vendre une partie des vases sacrés. Non content d'avoir fondé plusieurs hôpitaux, dont l'un était auprès de la principale église, il en fonda encore deux autres en faveur des étrangers. Cet amour qu'il avait pour les pauvres était depuis long-temps gravé dans son cœur. Antioche l'avait vu donner son patrimoine aux membres souffrants de Jésus-Christ. Enfin ses aumônes furent si abondantes qu'elles lui méritèrent le surnom de Jean C Aumônier.
Un tel pasteur n'avait garde de négliger les besoins spirituels de son troupeau. Il regardait son diocèse comme un vaste hôpilal rempli de sourds et d'a\eugles d'autant plus à plaindre qu'ils aimaient
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leur état : il en voyait plusieurs marcher sur le bord de l'abîme, et un grand nombre tomber chaqoie jour dans cet étang de feu qui ne s'éteindra jamais. Sans cesse il tâchait et par ses larmes et par ses prières de leur rendre propice le Dieu des miséricordes. Il s'appliquait avec une ardeur infatigable h guérir leurs maladies; et lorsqu'il s'agissait de voler à leur secours, ou de prévenir leurs chutes, il ne craignait ni les dangers, ni la mort même avec son appareil le plus terrible. Sa sollicitude franchissait les bornes de son diocèse, et s'étendait jusqu'aux régions les plus reculées. Il envoya deux évêques pour instruire l'un les Goths et l'autre les Scythes vagabonds appelés nomades. La Palestine, la Perse et plusieurs autres contrées ressentirent aussi les heureuses influences de son zèle.
Il possédait l'esprit de prière dans le degré le plus éminent; aussi le regardait-il comme le canal des grâces et comme un moyen eflicace do purifier les affections de lame de tout ce qu'elles ont de terrestre, et de faire mener une vie angélique dans un corps mortel. Est-il étonnant après cela qu'il ait si fortement insisté sur la nécessité do la prière et sur la manière de s'acquitter dignement de ce saint exercice? Il exhortait les laïques niême à se lever durant la nuit afin d'assister h l'oflice avec le clergé. « Les artisans, disait-il, veillent pour travailler et les soldats pour faire sentinelle; comment refusericz-vous de veiller pour prier Dieu? » Les veilles, ajoutait-il, rendent la prière plus eflicace, rien n'étant plus propre que le silence de la nuit li inspirer ces sentiments de piété, de ferveur et de componction sans lesquels Dieu ne nous exauce
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point. Quant aux femmes, qui ne peuvent aisément aller a l'Église pendant la nuit, il leur recommande d'interrompre pour quelques moments le sommeil de leurs enfants afin qu'ils élèvent lem- cœur à Dieu par une courte prière, qu'ils contractent insensiblement l'habitude de veiller et que toutes les maisons des chrétiens soient changées en autant d'églises. Il revient souvent sur la prière continuelle, dont il montre l'avantage et la nécessité avec une énergie singulière; mais il ne s'exprime jamais avec plus d'onction et de force que quand il parle de l'amour infini que Jésus-Christ nous témoigne dans rcucharistie, et qu'il exhorte les fidèles à s'approcher fréquemment de cet auguste sacrement. Au reste on ne doit point être surpris de cette effusion de cœur pour la divine eucharistie; une foi vive en était le principe. iXous apprenons de S. Nil que notre saint eut plusieurs fois le bonheur de voir une multitude innombrable d'anges environner Tautel durant la célébration des saints mystères et à la communion du peuple. Le saint lui-même donne comme un fait certain la présence des esprits célestes dans ces précieux moments; ce qu'il confirme par les visions de plusieurs solitaires.
Ce que nous avons h dire de la conduite du saint archevêque touchant la chute d'Eutrope exige que nous reprenions les choses d'un peu plus haut. L'eunuque Eutropc, quoiqu'esclave d'origine, eut le secret de s'insinuer dans les bonnes grâces de l'empereur Arcade. En 590 il succéda au traître Rufin dans ia place de premier ministre, et fut même élevé à la dignité de consul. Son crédit parvint h un tel point qu'on lui érigea des statues d'or dans
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plusieurs endroits de Constantinople. Mais tant d'honneurs produisirent en lui un orgueil insupportable : ce vice, joint à une ambition démesurée et à une avarice insatiable , le rendit encore plus odieux que son prédécesseur. Les avis d'un Ghrysostome même ne firent que l'aigrir. Il n'écoutait que les discours empoisonnés des flatteurs , qui , en fournissant sans cesse un nouvel aliment h ses passions, les enflammaient de plus en plus. Cependant l'empire retentissait partout de cris d'indignation; Eutrope seul ne les entendit point, ou plutôt ne les entendit que quand le précipice où il allait tomber fut entièrement creusé.
Il avait un ennemi redoutable dans la personne de Gainas, commandant des Goths attachés au service de l'empire. Cet oflicier épiait le moment de venger un aflront que le tribun Trigibilde,son parent, avait reçu d'Eutrope. L'impératrice Eudoxic ne haïssait pas moins le premier ministre, et sa haine ne connut plus de bornes lorsqu'elle s'en vit indignement insultée; elle courut h. l'empereur avec ses deux enfants dans les bras afin d'implorer sa justice contre un sujet insolent. Arcade, qui ne savait pas mieux garder que choisir ses favoris, donna des ordres pour l'exil d'Eutrope et la confiscation de ses biens. Ce malheureux, dont on n'avait plus rien ni h craindre ni à espérer, se vit tout à coup abandonné de ses créatures. Privé de toute ressource, il eut recours à la protection de l'Eglise en se réfugiant auprès de ces mômes autels dont il avait violé les privilèges. Toute la ville en rumeur prend parti contre lui; l'armée demande sa mort. En un moment l'église fut investie d'une troupe de
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soldats armés, dont les yeux étincelaient de fureur, et il ne fallut rien moins que les larmes de l'empereur et les remontrances du saint archevêque pour les empêcher d'en venir aiLX dernières extrémités. On laissa donc Eutrope jouir des immunités du sanctuaire.
Le lendemain le peuple accourut en foule pour voir un homme dont les seuls regards faisaient trembhr tout l'univers deux jours auparavant. 11 tenait l'autel embrassé; il grinçait les dents; tous ses membres étaient dans une agitation violente. Son imagination troublée noflrait à ses yeux que des épées nues, des chaînes et des bourreaux. Le saint archevêque profita de cette occasion pour faire un discours sur la vanité des choses humaines. Il y peignit de la manière la plus touchante et la plus énergique le faux éclat, le vide, le néant des honneurs du monde; puis s'adressant au peuple, il l'exliorlait à pardonner au coupable. « Seriezvous, disait-il, plus inflexible que l'empereur, qui veut bien lui faire grâce quoiqu'il soit la première personne lésée ? Pourriez-vous solliciter le pardon de vos péchés si vous ne l'accordiez à votre prochain? Savez-vous ce qui se passe dans le cœur de cet homme que vous jugez digne du dernier supplice ? Peut-être que par ses dispositions actuelles il est saint aux yeux de Dieu. » Ce discours arracha des larmes à tous les auditeurs. Les esprits se calmèrent, et la paix parut rétablie.
Quelques jours après Eutrope sortit de l'enceinte de l'éghse pour se sauver secrètement de Gon- Sitantinople; mais il fut arrêté et relégué dans l'île de Chypre. Gainas trouva le moyen de le faire rap'
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peler au bout de quelques mois, et de le faire condamner à perdre la tête comme coupable de trahison. Il sut encore extorquer de l'empereur l'injuste condamnation d'Aurélien et de Saturnin, deux de« principaux seigneurs de la cour. L'arrêt de leur mort était déjà porté, et c'en était fait de leur vie si le saint archevêque n'eût obtenu h force de sollicitations qu'ils seraient seulement bannis. Leiir exil fut court; on les rappela peu de temps après.
Cependant Gainas devenait de jour en jour plus insolent. Enhardi par la faiblesse de l'empereur, il se fit donner le commandement de toutes les troupes. Fier de son crédit, il se flatta de pouvoir désormais tout entreprendre. Ce fut dans cette pensée qu'il demanda une église pour les ariens : mais le saint archevêque, toujours inflexible lorsqu'il s'agissait de son devoir, osa la lui refuser; et lorsque le même Gainas, après sa révolte, eut mis le siège devant la capitale Jean alla le trouver, et lui parla avec une fermeté vraiment épiscopale. Celte généreuse démarche produisit un heureux effet; Gainas se retira avec ses troupes. Cependant le traître ne porta pas loin la peine de son crime; il fut d'abord défait en passant l'IIellespont, ensuite massacré par les Huns, chez lesquels il s'était enfui avec les débris de son armée. Ceci arriva l'an 4oo de Jésus-Christ.
La même année notre saint tinta Constantinople un concile, où Anton in, archevêque d'Ephcse, fut accusé de plusieurs crimes, entre autres de simonie, par un de ses suffragants. Les chefs d'accusation étant très graves, on ne pouvait prendre trop de mesures pour s'informer exactement des faits. Ce
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fut ce qui engagea l'archevêque de Constantinople à se transporter sur les lieux, comme il en avait été prié par ie peuple et le clergé d'Ephèse. Il partit sans avoir égard à la rigueur de la saison ni au mauvais état de sa santé. Il y eut plusieurs synodes tenus tant à Ephèse que dans les villes voisines. Antonin, convaincu de simonie, y fut déposé ainsi que quelques antres évêques d'Asie, de Lycie et de Phrygie.
L'affaire des évêques simoniaques étant terminée, le saint ne pensa plus qu'à repartir pour Constantinople. 11 y arriva après la fête de Pâques de l'an /fOi : il avait été cent jours absent. Dès le lendemain il monta en chaire pour témoigner aux fidèles combien il était charmé de les revoir. « Non, leur disait-il, il n'y a point de joie semblable à la mienne lorsque je me vois réuni à vous tous. Elle embrasse par son étendue ceUe que mon retour cause à chacun de vous; car ne faites-vous pas ma couronne et ma gloire? A qui pourrais-je mieux comparer mon troupeau qu'à un jardin planté d'arbres fleuris ? Si par hasard il s'en trouvait qui ne portassent point de fruit, je n'épargnerais ni soin, ni peines pour en améHorer la nature et pour les rendre fertiles , et en agissant de la sorte je ne ferais que remplir les devoirs de la justice. Eh ! ne suis- je pas l'esclave de vous tous? Mais, ô aimable esclavage qui fait toutes mes délices! ne vous imaginez pas que je vous aie oubliés durant mon absence. Toujours vous avez été présents à mon esprit. Je n'ai cessé d'offrir à Dieu mes prières pour votre avantage spirituel et temporel. »
Il ne restait plus à notre saint qu'à glorifier Dieu
par ses souffrances ; et pour peu que nous examinions les choses avec les yeux de la foi il nous paraîtra plus grand dans les persécutions qu'il eut k essuyer que dans toutes les autres circonstances de sa vie. Voyons-le donc victime des passions de ses ennemis.
Le premier qui se déclara ouvertement contre lui fut Sévérien, évêque de Cabales en Syrie. Son procédé renfermait d'autant plus d'indignité que c'était à lui que le soin de l'église de Constantinople avait été confié durant l'absence de notre saint. Ce prélat, qui s'était acquis de la célébrité par ses prédications, avait trouvé le moyen de se rendre agréable à l'impératrice Eudoxie : c'était un politique qui ne faisait servir ses talents qu'à gagner l'estime de la cour et du peuple. Une cherchait que l'occasion d'indisposer les esprits contre le pasteur légitime; il osa même prêcher contre lui dans l'église de Constantinople; mais l'arrivée du saint archevêque eut bientôt effacé les impressions qu'avaient pu faire les discours de Sévérien, qui fut ignominieusement chassé de la capitale. Jean oublia tous les torts de l'évêque de Cabales, et dans un beau discours qu'il fit sur la paix que Jésus -Christ est venu apporter sur la terre il pria son peuple de lui pardonner.
Notre saint avait un autre ennemi dans la personne de Théophile, patriarche d'Alexandrie. Les anciens auteurs nous peignent ce prélat comme un homme vain, jaloux, dissimulé et impérieux. Ces vices souillèrent le zèle qu'il montra contre les anthropomorphites, et ternirent l'éclat des vertus qu'il pouvait avoir d'ailleurs. Il avait chassé de leur solitude quatre abbés de Nitrie, appelés les grands
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Frères, pour cause d'origénisme. Ib n'en étaient que légèrement soupçonnés selon Pallade ; mais S. Jérôme prétend qu'ils en étaient véritablement coupables. Quoi qu'il en soit, larchevêque de Constantinople les admit à la communion après toutefois qu'il eut fait juridiquement leur apologie. Théophile en fut vivement piqué, et résolut de s'en venger. L'occasion ne tarda pas à se présenter.
Mais comme l'impératrice Eudoxie fut le mobile secret de tous les complots qui se tramèrent contre notre sainî, il faut au moins donner une idée de son caractère. Cette princesse, depuis la chute d'Entrope, gouvernait dcspotiquement son mari et l'empire. Elle était, au rapport de l'historien Zozime, d'une avarice insatiable ; ses injustices et ses rapines ne connaissaient point de bornes. Elle avait rempli la cour de délateurs, qui s'emparaient dubien des riches après leur mort au préjudice des enfants ou des autres héritiers légitimes. Le saint pasteur gémissait sur tous ces abus, et personne n'ignorait quelle était sa façon dépenser. Ln jour qu'il prêchait contre la vanité ridicule des femmes dans leurs parures quelques personnes mal intentionnées firent l'application de son discours à l'impératrice. On ne manqua pas d'avertir cette princesse de l'affront prétendu qu'elle venait de recevoir, et de souffler dans son cœur le feu de la vengeance. Sévérien fut un des plus ardents h décrier l'archevêque. Eudoxie résolut aussitôt de le faire déposer : elle manda donc Théophile dans la persuasion que personne ne serait plus propre que lui à seconder ses vues. Elle ne se trompa point. Théophile partit avec joie pourConstantinople, où il arriva au mois de juin de
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l'an 4o5 avec plusieurs évêques d'Egypte qui lui étaient entièrement dévoués : il ne voulut point communiquer avec Tarchevêque, pas même le voir. Assuré du sentiment de trente-six évêques, il les fit assembler dans une des églises deChalcédoine. Ces prélats donnèrent h. leur conciliabule le nom de Synode du Chêne. On y accusa notre saint d'avoir déposé un diacre qui avait frappé son valet , d'avoir dit des paroles outrageantes à plusieurs de ses clercs, d'avoir ordonné dans sa chapelle domestique contre l'usage ordinaire . d'avoir vendu des meubles appartenants à l'église, et d'en avoir dissipé les revenus, d'avoir communié des personnes qui n'étaient point à jeun, d'avoir déposédes évêques qui n'étaient point du district de sa province. Il n'y avait dans toutes ces accusations rien que de faux ou de frivole. On cita le saint, qui de son côté avait fait assembler quarante évêques à Constantinople; mais il refusa de comparaître, alléguant pour raison de son refus qu'on avait visiblement enfreint les règles portées par les canons. L'esprit de cabale l'emporta, et l'on prononça contre lui une sentence de déposition. Elle fut envoyée h l'empereur, auprès duquel^ on accusait encore le saint d'avoir traité l'impératrice àeJésabel : mais, au rapport de Pallade, c'était une pure calomnie. Arcade prévenu donna aussitôt un ordre pour l'exil de l'archevêque.
Le saint, avant son départ, dit adieu k son troupeau par un discours des plus touchants. « Une tempête violente, dit-il, m'environne de toutes parti; mais je ne crains rien parceque je suis sur un rocher inébranlable. La fureur drs vagues ne pourra submerger ]v vaisseau de Jésus-Christ. La mort
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n'est pas capable de m' effrayer ; elle est un gain pour moi. Piedouterais-je l'exil ? Toute la terre est au Seigneur. Appréhenderai-je la perte des biens? Je suis entré nu dans le monde et j'en sortirai dans le même état. Je méprise les menaces et les caresses du monde; je ne désire de vi^Te que pour votre utilité. Jésus-Christ est avec moi ; qui pourrais-je craindre? Oui, je le répète, en vain suis-je assailli d'un violent orage ; en vain suis-je en butte à la fureur des princes, tout cela me paraît plus méprisable qu'une vile toile d'araignée... Je ne cesse de dire: Seigneur, que votre volonté s'accomplisse. Je ferai et souffrirai avec joie non pas ce que telle ou telle créature voudra, mais ce qu'il vous plaira d'ordonner. Je trouve dans cette disposition de mon cœur une consolation, une ferme ressource. Encore une fois, si telle est la volonté de Dieu, qu'elle soit faite. En quelque lieu qu'il veuille que je sois je lui en rends grâces. » Il dit ensuite à ses auditeurs qu'il était prêt à donner mille vies pour eux, et qu'il ne souffrait que parcequ'il n'avait rien négligé pour sauver leurs âmes.
Cependant trois jours s'étaient écoulés depuis l'injuste condamnation du saint archevêque, et il n'était point encore parti pour le lieu de son exil parceque le peuple s'y opposait. Enfin, pressé par les ordres réitérés de l'empereur, il prit de sages mesures pour prévenir la sédition dont la ville était menacée, et il alla se remettre, à Tinsu du peuple, entre les mains du comte chargé de le conduire à Prénète en Bithynie. Ses ennemis placèrent aussitôt des gardes dans tous les quartiers de Constantinople. Sévérien monta en chaire dans le dessein de
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prouver qu'il avait été justement déposé; mais ilfut interrompu par les clameurs confuses du peuple, qui demandait tout d'une voix le rétablissement de son pasteur. La nuit suivante on ressentit les secousses d'un tremblement de terre. L'impératrice épouvantée rentra en elle-même, et alla sur-lechamp trouver Arcade pour lui demander le rappel de notre saint. « Nous n'avons plus d'empire, ditelle, si Jean n'est rappelé. » Assurée du consentement de l'empereur, elle écrivit la nuit même au saint pour l'inviter à revenir à Constantinople. Elle lui parlait en termes pleins d'affection et d'estime, et lui protestait qu'elle avait ignoré son exil. Quand le peuple sut que son pasteur revenait il courut au devant de lui, et fit précéder sa marche d'un grand nombre de flambeaux. En vain l'archevêque proposa de rester dans les faubourgs jusqu'à ce qu'il eût été déclaré innocent par un concile plus nombreux que celui qui l'avait condamné, on le força d'entrer dans la ville tant on désirait jouir de sa présence. A peine eut-il reparu dans Constantinople que tous ses ennemis prirent la fuite. 11 eût bien voulu se
! justifier dans un concile légitime, et il y fit appeler Théophile par l'empereur; mais le patriarche refusa de comparaître sous le frivole prétexte que sa vie ne serait pas en sûreté. Nous lisons pourtant dans I Sozomène que le rétablissement du saint fut ratifié dans une assemblée de soixante évêques.
Malheureusement le calme ne fut pas de longue durée. On avait élevé une statue d'argent en l'honneur de l'impératrice : cette statue fut placée sur ime colonne devant l'église de Sainte-Sophie ; on en célébra la dédicace par des jeux publics qui trou-
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Lièrent l'office divin et qui entraînèrent le peuple dans des superstitions aussi impies quextraTagantes. Le saint, qui craignait qu'on prît son silence pour une approbation, s'éleva contre de tels abus avec son courage et son intrépidité ordinaires. Son zèle ne tombait naturellement que sur l'inspecteur des jeux, qui était manichéen; mais la vanité fit croire à l'impératrice qu'elle était outragée. Elle ne pensa donc plus qu'aux moyens de satisfaire sa vengeance. Les ennemis de Jean furent rappelés ; ils se rendirent à Constantinople, excepté pourtant Théophile, qui se contenta d'envoyer des députés parce qu'il n'osait paraître dans cette ville. Quoique le saint eût pourluiquaranteévêques, il n'ensuccomba pas moins sous les intrigues de la cabale. On gagna l'empereur en faisant valoir auprès de lui certains canons d'un concile que les ariens avaient tenu à Antioche pour déposer S. Athanase, canons qui portaient qu'un évêque déposé par un concile ne pourrait rentrer dans son siège qu'après avoir été rétabli par un autre concile. Ceci prêta une couleur d'injustice à la cause de noire saint; il fut condamné , et l'empereur lui donna ordre de sortir de Constantinople. On était alors en carême : l'archevêque déclara qu'il n'abandonnerait pas l'église confiée à ses soins par la Providence à moins qu'on ne l'y forçât. Arcade eut recours aux voies de fait,* et, comme le peuple était toujours attaché à son pasteur, il envoya le samedi saint une troupe de soldats pour le chasser de l'église. Ils se portèrent à de si grands excès que les lieux saints furent profanés et ensanglantés.
Cependant le saint archevêque écrivit au pape In-
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nocent I" pour le prier de déclarer nulles toutes les procédures faites contre lui, puisqu'on y arait violé toutes les règles de la justice : il implora aussi le secours de plusieurs saints évéques d'Occident. Théophile, de son côté, envoya au pape les actes du conciliabule du Chêne, A la seule inspection de ces actes Innocent découvrit qu'ils étaient l'ouvrage de la cabale; il manda donc à Théophile de venir à un concile, où l'on jugerait l'affaire conformément aux canons de Nicée. Il en disait assez pour annuler la prétendue autorité des canons d'Antioche. Il eût bien voulu ainsi qu'Honorius, empereur d'Occident, qu'on assemblât un nouveau concile pour réparer tout le mal qui s'était fait; mais Arcade et Eudoxie trouvèrent le moyen d'en éluder la tenue. Théophile, Sévérien et leurs complices s'y opposaient aussi sourdement pour les raisons qu'il e^taisé d'apercevoir.
Jean était toujours à Constantinople ; mais le jeudi de la semaine de la Pentecôte l'empereur lui envoya un ordre exprès de partir pour le lieu de son exil. Le saint pasteur, auquel on le remit dans l'église, dit en le recevant à ceux qui étaient autour de lui : « Yenez , prions , et prenons congé de de l'ange de cette église. » Ensuite, après avoir salué les évêques qui lui étaient attachés, il entra dans le baptistère pour dire adieu à sainte Olympiade et aux diaconesses, qui toutes fondaient en larmes ; il sortit après cela secrètement de peur que le peuple nese révoltât. Un officier, nommé Lucius, le conduisit h INicée en Bythinie, où il arriva le 20 juin l^ol^. Peu de temps après son départ le feu prit à l'église de Sainte-Sophie et au palais où s'assemblait le se-
nat. Ces deux édifices, les plus beaux de Constantinopîe, furent réduits en cendres. Les flammes cependant épargnèrent le baptistère et les vases sacrés qu'on y gardait. On ne manqua pas de rejeter l'incendie sur les amis du saint ; on en mit même plusieurs h. la question dans l'espérance de découvrir les coupables; mais ils soutinrent tous au milieu des tortures les plus barbares qu'ils étaient innocents du crime dont on les accusait. Les principaux d'entre eux furent Tigrius, prêtre, et Eutrope , lecteur et chantre de Sainte-Sophie. Le premier fut dépouillé, fouetté sur le dos et tourmenté si cruellement que ses os en furent disloqués: on l'envoya ensuite en exil. Le second, après avoir été fouetté, eut les joues déchirées avec les ongles de fer, et les côtes brûlées avec des torches ardentes. 11 mourut en prison de ces tourments. Ils sont nommés tous deux dans le martyrologe romain sous le 12 janvier. Pallade attribue à la vengeance divine l'incendie dont nous avons parlé ainsi que les ravages des Isauriens et des Huns, la mort d'Eudoxie et la grêle qui causa un horrible dégât cinq jours après le départ du saint archevêque.
Arcade ayant écrit à S. Nil, afin de lui demander l'assistance de ses prières tant pour sa personne que pour l'empire, le solitaire lui répondit avec cette généreuse liberté digne d'un homme qui ne craint ni n'attend rien du monde : « Comment, lui dit-il, espérez-vous voir Constantinople délivrée des coups de l'ange exterminateur, tandis que le crime y est autorisé et après le bannissement du bienheureux Jean, cette colonne de l'Église, ce flambeau de la vérité , celte trompette de Jésus-Christ î Vous
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avez exilé Jean, la plus brillante lumière du monde. . . mais du moins ne persévérez pas dans votre crime. » L'empereur Honorius et plusieurs autres personnes écrivirent aussi à Arcade sur le même sujet et dans les termes les plus forts. Mais toutes ces lettres ne produisirent aucun effet. Le malheureux Arcade , trompé par les calomnies de quelques dames de la cour , qu'un acharnement opiniâtre à perdre leur évêque avait endurcies contre tous les remords, ne changea point de sentiment. Arsace, homme sans vigueur et sans capacité, fut placé sur le siège du légitime pasteur, dont il était l'ennemi.
Le saint ne resta pas long-temps à Nicée, où il se trouvait assez tranquille. Dès le mois de juillet on le fit partir pour Gueuse, lieu désigné par^l'impératrice. Il eut beaucoup à souffrir de la chaleur et des fatigues du voyage, de la brutalité de ses gardes et de la privation presque continuelle du sommeil. Il succomba , et fut pris de la fièvre et d'un grand mal de poitrine. On n'en continua pas moins de le faire marcher jusque bien avant dans la nuit. On porta l'inhumanité jusqu'à lui refuser les choses les plus nécessaires , telles qu'un lit, un peu d'eau claire et de bon pain. Cependant son état l'affligeait encore moins que les criminelles dispositions descv^ ennemis. Enfin après une marche de soixante-dix jours il arriva h Gueuse, où l'évêque et le peuple le reçurent avec les plus vives démonstrations de charité et de respect. Il dut être extrêmement touché de l'attachement de plusieurs de ses amis, qui vinrent exprès d'Antioche et de Constantinople pour le consoler. Son zèle ne put rester oisif à Gueuse : il envoya des missionnaires chez les Goths, dans la
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Perse et la Phénicie, et procura par le moyen de ces hommes apostoliques la conversion d'un grand nombre d'idolâtres. Ilnomma Constance, prêtre d'Antio-» che , supérieur général des missions de la Phénicie et de l'Arabie.
Ce fut du lieu de son exil que le bienheureux archevêque écrivit ses dix-sept lettres à Olympiade : on doit les regarder toutes comme autant de traités de morale. Voici comment il .s'exprime dans la huitième : « Mon cœur goûte une joie inexprimable dans les souffrances; il y trouve un trésor caché. Vous devez vous en réjouir avec moi, et bénir le Seigneur, qui m'accorde dans un tel degré la grâce de souffrir pour lui. » 11 revient souvent sur les dangers de la tristesse de l'ame. « Elle est, dit-il dans la troisième lettre, le plus funeste des maux de l'homme. C'est un bourreau domestique qui le tourmente, une tempête qui le plonge dans les téjièbres, une guerre intestine qui le déchire, une maladie qui le mine et le consume. » 11 donne dans la quatrième d'excellents avis aux personnes malades : il convient que la maladie est une rude épreuve et un temps d'inaction; mais il montre ensuite qu'elle est l'école de toutes les vertus, une source féconde de mérites et un véritable martyre lorsqu'on sait en faire un bon usage. Il veut que l'on ait recours aux médecins, de manière toutefois que l'on reste avec résignation sous la main de Dieu. 11 accuse de crime ceux qui ne désirent la mort que pour ne plus souffrir. Dans une autre kttre il déplore la chute de Pelage, et marque toute son horreur pour les dogmes impies de cet hérésiarque. Ce fut aussi à sainte Olympiade qu'il
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adressa le traité intitulé Que per>Sionne ne peut nuire à celui qui ne se nuit pas à lui-même,
Arsace étant mort en l\0^ , on lui donna pour successeur Atticus, l'un des ennemis de noire saint. Cependant le pape refusa de communiquer avec Théophile, ou du moins avec quelques-uns des persécuteurs de Jean. 11 envoya aussi , de concert avec Honorius, cinq évoques à Constantinople pour demander un concile qui pût rétablir sur son siège le pasteur exilé dont la déposition avait été contraire à toutes les lois de l'Eglise ; mais on emprisonna ces députés en Thrace sur le refus qu'ils firent de communiquer avec Atticus. Cette violence fut exercée à l'instigation des ennemis du saint archevêque, qui ne voulaient point d'un concile où l'on ne manquerait pas de les condamner ; aussi faisaient-ils jouer tous les ressorts imaginables pour qu'il ne pût avoir lieu. Mais il est temps de revenir à notre saint.
Les incursions des Isaurîcns , qui ravageaient l'Arménie, l'ayant obligé de sortir de Gueuse, il se retira dans le château d'Arabisse sur le mont Taurus. Il se porta assez bien durant l'année 4o6 et l'hiver de l'année suivante, malgré le froid excessif qui régnait en ce lieu. Les Arméniens eux-mêmes étaient surpris qu'un homme d'une complexion aussi faible n'en fût pas incommodé. Le saint retourna h Cucuse lorsque les feauriens se furent retirés; mais il n'y resta pas long-temps. Ses ennemis, furieux de le voir honoré de tout le monde chrétien, résolurent enfin de se défaire de \x{\ à quelque prix que ce fût; ils engagèrent donc l'empereur à donner un ordre pour le transférer à Ara-
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bisse, et de là à Pityonte, sur le bord duPont-Euxin, près de la Colchide. Deux officiers furent chargés de le conduire en un certain nombre de jours malgré la difficulté des chemins, et on leur promit de les avancer si à force de mauvais traitements il pouvait mourir entre leurs mains. L'un de ces officiers conservait encore quelques sentiments d'humanité; pour l'autre, il était si brutal qu'il s'offensait même de tout ce qu'on pouvait dire pour l'adoucir. Tantôt on exposait le saint archevêque, qui était chauve , aux ardeurs brûlantes du soleil ; tantôt on le faisait sortir par la plus forte pluie , et on le faisait marcher jusqu'à ce que ses habits fussent percés et tout dégouttants d'eau. Sa santé se trouva entièrement épuisée à Comane dans le Pont. On ne laissa pas de passer outre; on le fit encore marcher plus de deux lieues : mais il ne put aller plus loin, et sa faiblesse devint si grande qu'il faUut absolument revenir au lieu où reposaient les reliques du saint martyr Basilisque. On le logea dans l'oratoire du [prêtre; là S. Basilisque lui apparut pendant la nuit, et lui adressa ces paroles : « Courage, mon frère, demain nous serons ensemble. » Cette vision le remplit de joie, et quand le jour fut venu il pria ses gardes de le laisser en ce lieu jusqu'à onze heures. Sa prière fut pour eux un nouveau motif d'accélérer le moment du départ. On l'obligea donc encore de marcher près de deux lieues : mais le mal s'accrut au point qu'il fallut le ramener au lieu d'où il était parti. Dès qu'il y fut arrivé il quitta ses habits et en prit de blancs, comme pour se préparer aux noces célestes de l'agneau. Il reçut la communion étant encore à jeun, fit sa prière ,
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qu'il termina selon sa coutume par ces paroles : Dieu soit glorifié de tout; puis ayant dit amen et formé sur lui le signe de la croix, il remit tranquillement son ame entre les mains de Dieu. Sa mort arriya l'an 407» le i4 septembre, jour de l'exaltation de la sainte Croix. Il avait été archevêque de Constantinople neuf ans et environ sept mois.
On enterra son corps auprès de celui de S. Basilisque. Il y eut à ses funérailles un concours prodigieux de vierges, de moines et de personnes de tout état, qui étaient venus de fort loin. Plusieurs prélats s'étant obstinés h ne pas mettre son nom dans les dyptiques, le pape refusa de communiquer avec eux. Atticus l'y mit h Constantinople en 4 17» et S. Cyrille à Alexandrie en 419»
En 458 S. Procle fit transférer solennellement le corps de S. Chryfcostome h Constantinople. L'empereur Théodose et sa sœur Pulchérie assistèrent à la cérémonie de cette translation avec de grands sentiments de piété, demandant miséricorde pour leur père cl leur mère, qui avaient eu le malheur de persécuter le saint archevêque. On déposa ses reliques dans l'église des apôtres, où l'on enterrait ordinairement les empereurs et les archevêques de Constantinople. Ceci arriva le 27 janvier, jour auquel le saint est honoré par les Latins. Pour les Grecs, ils en font la fête le i3 novembre ; ils en font encore mémoire, ainsi que de S. Basile et de S. Grégoire de Nazianze, le 3o janvier. Les reliques de notre saint furent ensuite portées à Rome, où elles reposent sous l'autel qui porte le nom de S. Chrysostome dans l'église du Vatican.
S. Chrysostome avait la taille petite et le visage
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maigre et décharné, ce qui venait surtout de sa vie mortifiée et pénitente. Les austérités de sa jeunesse, le séjour qu'il fit dans la caverne dont nous avons parlé, ses prédications continuelles avaient entièrement ruiné sa poitrine, qui depuis lui causa des maladies lâcheuses. Du reste, eût-il été de la plus forte complexion, ilaurait succombé sous les indignes traitements qu'il eut h souflrir dans son exil. Le pape Célestin, S. Augustin» S. Ail et S. Isidore de Péluse le regardent comme le plus illustre docteur de l'Eglise ; ils disent que sa gloire brille partout, que la lumière de sa science profonde éclaire toute la terre, et que l'on est dédommagé de ne plus entendre les sons efficaces de sa voix par la lecture de ses admirables ouvrages, qui instruisent les régions les plus reculées. Ils l'appellent Le sage interprète des secrets de Dieu, Le flambeau de la vertu. Ils le comparent au soleil, cet astre brillant dont tout l'univers ressent les heureuses influences. Ces éloges ne sont point outrés, et l'on en sentira toute la vérité pour peu que l'on se soit familiarisé avec les écrits du saint archevêque de Constantinople.
Rien de plus énergique, rien de plus tendre que les expressions dont se sert S. Chrysostome toutes les fois qu'il parle de sa charité et de sa sollicitude pour son troupeau. Quand il est sur cette matière ses paroles sont toutes de feu , et il semble que les cœurs brûlants d'un Moïse et d'un Paul soient passés en lui. Gomme ces grands hommes il eût souhaité devenir anathème pour le salut de ses frères: mais dans quelle source puisait-il des sentiments aussi héroïques ? Dans un ardent amour
pour Dieu et pour Jésus-Christ, son fils unique, qui ont opéré tant de prodiges pour sauver les âmes. Oh ! le beau modèle pour les pasteurs ! A cette première disposition S. Chrysostome en joignit une seconde , un souverain mépris de toutes les choses de la terre; et ces deux dispositions sont tellement inséparables que l'une ne peut aller sans l'autre, t Ceux, dit le saint, qui sentent les impressions de l'amour divin regardent comme un vil néant tout ce que la teiTO offre de plus précieux. Ce langage est peut-être inintelligible pour nous. N'en soyons point surpris, Qest une suite du peu d'expérience que nous avons de cette sublime vertu. Qui serait embrasé du feu sacré de l'amour de Jésus-Christ n'aurait que de findifférence pour les honneurs et les opprobres ; il ne serait pas plus touché de ces bagatelles que s'il était seul sur la terre. Il mépriserait les tribulations, les fouets, les cachots, comme s'il souffrait dans un corps étranger : insensible aux plaisirs et aux folles joies du monde, il serait à leur égard ce que nous sommes à Tégard d'un corps mort, ou ce que les morts eux-mêmes sont h l'égard de leurs propres corps; affranchi du joug des passions, il serait aussi pur que for qui a passé par le creuset. Que dis-je! semblables h ces insectes qui s'éloignent de la flamme de peur d'être brûlés, les passions n'oseraient approcher de lui. »
On a toujours fait dans l'Eglise une estime singulière des ouvrages de S. Chrysostome et surtout de ses commentaires sur les livres divins ; et ce qui prouve jusqu'il quel point il a réussi dans son travail sur l'Ecriture c'est que Théophilacte, OEcuménius et les autres commentateurs grecs se sont contentés