‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 5 sur 73 · S. OPTAT · texte numérisé non relu

S. OPTAT

ivÊQUE DE MILÎiVE.

(9 juin.)

Optât, né en Afrique, fut un de ceux qui passèrent des ténèbres du paganisme h la lumière de la foi. On l'éleva depuis sur le siège épiscopal de Milève en Numidie. Son zèle pour la religion catholique lui fit entreprendre un excellent ouvrage contre les donatistes qui l'attaquaient, et qui est parvenu jusqu'à nous. Il expose dans cet ouvrage les privilèges et les marques de l'Eglise catholique

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avec autant de solidité que de clarté; il y établit des maximes importantes qui servent merveilleusement h distinguer la véritable épouse de Jésus- Christ; enfin il nous offre des principes lumineux, qui confondront les schismatiques et les hérétiques qui pourront paraître jusqu'à la fin du monde»

Durant la persécution de Dioclétien plusieurs chrétiens, craignant les tourments et la mort, livrèrent les saintes Ecritures aux idolâtres pour être brûlées. Leur crime, qui approchait de l'apostasie, les fit nommer tradUeurs. On devait, d'après la discipline que prescrivaient les canons, imposer une pénitence publique h ceux qui se repentaient, ou même les déposer s'ils étaient engagés dans les saints ordres. Il était toutefois au pouvoir des évêques d'user d'indulgence en certaines occasions. Par une suite de ce pouvoir Mensurius , primat de Carthage, et plusieurs prélats catholiques reçurent à la communion des prêtres et des évêques traditeurs sans les avoir assujettis à la pénitence publique, et les rétablirent dans leurs fonctions. Ils alléguaient pour justifier leur conduite qu'ils avaient agi de la sorte par nécessité et dans le dessein de prévenir le schisme, qui ne manquerait pas de s'élever s'ils refusaient de communiquer avec tous ceux qui avaient eu le malheur de tomber.

Quelques faux zélateurs numidiens s'offensèrent d'un si sage procédé. Ils se firent des partisans par une affectation hypocrite à réclamer la sévérité de la discipline, et donnèrent naissance à un schisme, Cécilien ayant été choisi pour succéder h Mensurius, son élection déplut à quelques brouillons, qui cabaièrent sourdement, et qui par là allumèrent

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avec plus de violence que jamais le feu de la discorde. Mais parmi ces brouillons il n'y en eut point qui montrât plus d'activité qu'une femme riche de Carthage, nommée Lucille. Elle couvrait sous une apparence de piété un grand fond d'orgueil et d'attachement h ses propres idées. Furieuse de quelques avis que lui avait donnés Cécilien, qui n'était encore qu'archidiacre, elle résolut de s'en venger* Sa haine ne connut plus de bornes quand elle le vit évêque de Carthage ; elle se rangea du côté de ses ennemis les plus ardents. Les schismatiques élevèrent autel contre autel; et pour ne pas communiquer avec Cécilien ils célébraient les divinsmystères h Carthage dans des chapelles domestiques. Lucille employait toutes sortes d'artifice» pour animer les chefs du parti h porter les choses à. la dernière extrémité. Le nombre des schismatiques augmentait tous les jours; ils en voulaient surtout à Cécilien, contre lequel ils prononcèrent une sentence de déposition. Ils furent condamnés dans un concile que le pape Miltiade tint h Rome avec les évoques d'Italie et des Gaules. Mais loin de se soumettre ils publièrent diverses calomnies contre le souverain pontife.

Le schisme conduisant ordinairement h l'hérésie, ils rebaptisaient tous ceux qui se rangeaient de leur parti, prétendant que le baptême et les saints ordres ne pouvaient être validement conférés hors de l'Eglise catholique. Leur erreur capitale fut condamnée en 3i4 dans le concile d'Arles, où assistèrent des évoques de toutes les parties occidentales de l'empire. Ils ne voulurent point se soumettre; ils se rendirent même coupables d'hérésie

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en un autre point; ils soutinrent que l'Eglise, qui ne peut jamais faillir et qui est l'Eglise de toutes les nations, se trouvait renfermée dans un coin de l'Afrique et qu'elle avait péri dans le reste du monde. Ils se donnaient pour les seuls membres de l'Eglise, et rebaptisaient tous ceux qui avaient été baptisés par les catholiques. Ce sacrilège fit horreur au monde chrétien, et l'empereur Constantin tâcha de le prévenir par des lois rigoureuses.

La secte des donatistes donna naissance h celle des circoncclilons. C'était un ramas de fanatiques tirés de la classe du peuple la plus grossière et la plus ignorante. La manie de passer pour martyrs en porta plusieurs à se faire massacrer par les étrangers qu'ils rencontraient, et il en coûtait communément la vie à quiconque refusait de leur rendre ce barbare service. Quelques catholiques, usant d'une ruse pieuse, leur dirent qu'il fallait qu'ils se laissassent lier auparavant; ils les battirent ensuite jusqu'à ce qu'ils fussent revenus dans leur bon sens , et par là ils les guérirent de leur aveugle fureur. Telles sont les erreurs où tombent ceux qui ont une fois perdu l'ancre de la vérité, et qui refusent de reconnaître l'autorité de l'Eglise.

Ce précis de l'histoire des donatistes était nécessaire pour l'intelligence de ce que nous avons à dire de l'ouvrage de S. Optât. Le saint docteur montre à ces sectaires qu'ils ne peuvent composer la vraie Eglise, qui doit être répandue par toute la terre ; elle doit encore être une, sainte et unie avec la chaire de S. Pierre. « C'est h Pierre que Jésus- Christ a dit : Je vous donnerai les clefs du royaume du ciel, et les portes de l'enfer ne prévaudront point

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contre elles. De quels droit réclamez-vous ces clefs, vous qui par une présomption sacrilège osez combattre contre la chaire de Pierre ?. .. On est schismatique lorsque contre cette chaire on a l'audace d'en élever une autre. Remontez à l'origine de la vôtre, et vous verrez combien vous êtes mal fondés à donner votre secte pour la véritable Eglise... En vain prélendriez-vous avoir un évêque de Rome. Cet évêque est un fds sans père, un disciple sans maître, un successeur sans prédécesseur. » Optât insiste particulièrement sur l'universalité de l'Eglise. «De quel droit, dit-il, retranchez-vous de l'Eglise une multitude innombrable de chrétiens qui sont dans l'Orient et l'Occident ? Tous n'êtes qu'iui petit nombre de rebelles qui résistez h toutes les Eglises du monde. » Il réfute avec force l'erreur des donatistes par rapport aux sacrements conférés hors de l'Eglise, et fuit sentir les contradictions où ils tombaient; puis il ajoute : «Vous avez mis le comble à vos sacrilèges en brisant les calices qui portaient le sang de Jésus-Christ. Vous les avez fondus pour les convertir en une masse que vous avez exposée dans les places publiques, et que vous avez vendue indifféremment h tous ceux qui se présentaient pour l'acheter. 0 crime ! ô impiété inouïe !. . . Vos évêques, continuait- il, ont commandé qu'on jetât rEucharistic aux chiens ; mais on vit • alors des marques sensibles de la colère céleste. Ces animaux , comme enragés, s'élancèrent sur leur propres maîtres ; ils mordirent et mirent eu pièces les proCanalcurs du corps saint. » Nous ne nous étendrons pas davantage sur un livre qui devrait être plus cinnu parcequ'il élablit les vérités

5S / s. PAMBON, ABBÉ.

les plus importantes sur les points de la religion, qu'on semble avoir oubliées aujourd'hui.

On ignore en quelle année mourut S. Optât; on sait seulement qu'il vivait encore en 584- Son nom se trouve dans le martyrologe romain sous le 4 de juin. ... ^

Les anciennes éditions des œuvres de S. Optât sont très fautives, sans même en excepter celle qui fut donnée à Paris en i63i, avec des notes, des observations et des dissertations par de TAubespine , évêque d'Orléans. La meilleure et la plus exacte de toutes est celle de Dupin, qui fut imprimée à Paris en 1700, à Amsterdam en 1701 et à Anvers en 170SI,

S. PAMBON DE NITRIE,

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