‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 6 sur 73 · ABBÉ · texte numérisé non relu

ABBÉ

(6 septembre.)

S. Pambon s'attacha dans sa jeunesse au grand S. Antoine dans le désert; et, pressé d'un désir ardent d'être admis au nombre de ses disciples, il le pria de lui tracer des règles de conduite. Le patriarche des anciens solitaires lui dit qu'il devait toujours vivre dans la pratique de la pénitence et de la componction, se détacher de toute affection désordonnée^, ne jamais se confier en lui-même ou dans ses propres forces, veiller assidûment sur* son cœur et sur tous ses sens, faire chacune de ses actions de manière qu'il n'eût jamais lieu de s'en repentir dans la suite, réprimer enfin sa langue et sa sensualité. Pambon se mit aussitôt en devoir de pratiquer ces différentes leçons. La mortification

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de la sensualité, si recommandée par les pères, est un des principaux moyens pour soumettre les sens et les passions. Comme elle a quelque chose d'ex^ térieur pour objet, les occasions delà pratiquer sont plus fréquentes. Sa principale vertu est de contenir dans le devoir la partie sensuelle de l'ame, dont la révolte cofnmença à la désobéissance de nos premiers parents. L'obligation du jeûne n'est pas moins expresse, étant une partie essentielle de la pénitence extérieure. La vie austère de tant de saints est bien propre à confondre ces lâches chrétiens qui font leur dieu de leur ventre, qui sont les ennemis de la croix de Jésus-Christ, ou qui n'ont point le courage de se faire la moindre violence pour résister à la sensuahté. Comment pouvoir se gouverner soimême lorsqu'on est esclave d'une passion si méprisable? S. Pambon excella parmi les anciens solitaires, tant par la continuité que par l'austérité de ses jeûnes. Une se distingua pas moins par la sagesse avec laquelle il sut gouverner sa langue.

Ayant un jour consulté un solitaire, celui-ci lui rapporta ce premier verset du psaume trente huitième: J^ai dit en moi-même, je veillerai sur moi en toutes choses, pour ne point pécher par ma langue. Pambon n'eût pas plus tôt entendu ces paroles qu'il retourna dans sa cellule sans attendre le second verset, en disant que c'en était assez pour une fois, et qu'il allait tâcher de mettre cette leçon en pratique. Pour y réussir il gardait un silence perpétuel, on s'il était obligé de répondre aux questions qu'oa lui faisait, ce n'était qu'iiprès avoir bien pesé toutes les paroles qu'il devait proférer. Souvent il méditait plusieurs jours devant Dieu sur les réponses qu'il

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ferait à ceux qui le consultaient. Il acquit à cet égard un tel degré de perfection qu'il égalait ou surpassait même S. Antoine. Ses discours d'ailleurs étaient tellement assaisonnés de sagesse et de prudence qu'on l'écoutait comme un envoyé du ciel. L'abbé Pémen disait de lui : « On remarque dans l'abbé Pambon trois pratiques extérieures bien dignes d'imitation: son jeune, qui va tous les jours jusqu'au soir, son silence et une grande application au travail des mains. »

S. Antoine inculquait souvent à ses disciples l'obligation où étaient les solitaires de travailler, tant pour faire pénitence que pour éviter l'oisiveté et pour entretenir la vigueur deTamc dans les exercices de piété. La nécessité de cette pratique, qu'il connaissait par sa propre expérience, lui fut encore confirmée par une vision qui est rapportée dans les vies des Pères de la manière suivante : « L'abbé Antoine, étant assis dans le désert, se sentit violemment troublé par la tristesse, par des pensées mauvaises et par des ténèbres intérieures. Il dit alors à Dieu : Seigneur, je désire être sauvé; mais les pensées qui m'agitent sont un obstacle à mon salut. Que lerai-je dans l'alUiction qui me désole ? comment serai-je sauvé? Il se lève aussitôt, et va dans sa cellule. Il y voit un homme qui travaillait assis et qui se mettait ensuite à prier, ce qu'il fit à diflerentes reprises, entremêlant ainsi successivement la prière et le travail des mains. Il ne douta point que cet homme ne fCit un ange que Dieu lui envoyait pour lui enseigner ce qu'il avait à faire; et l'ange lui dit dans lemême moment: Faites de même, et vous serez sauvé. » Antoine, rempli de joie et

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de confiance, fit usage de ce moyen de salut, et fut tranquille le reste de sa vie. S. Pambon suivait la même maxime avec la plus grande exactitude, et ne craignait rien tant que de perdre quelques instants d'un temps qui est si précieux.

Il aimait tellement l'humiliation qu'il pria Dieu pendant trois ans de ne le point glorifier devant les hommes, mais de le rendre au contraire un objet de mépris à leurs yeux. Le ciel cependant le glorifia pendant sa vie, mais lui accorda la grâce de se servir des applaudissements qu'il recevait puer s'établir de plus en plus dans fhumilité. L'éclat des dons qui enrichissaient son ame rejaillissait jusque sur son visage : on remarquait dans son extérieur un certain air de majesté et une espèce de lumière divine qui le rendaient en quelque sorte semblable h Moïse, et qui faisait que personne n'osait le regarder en face. S. Antoine, admirant la pureté de son cœur et l'empire qu'il avait acquis sur ses passions, avait coutume de dire de lui que la crainte de Dieu l'avait rendu le sanctuaire du Saint-Esprit.

S. Pambon, ayant quitté S. Antoine, se retira dans le désert de JNitrie. Mais il passa quoique temps dans le monastère des Cellules, où llufin dit qu'il alla recevoir sa bénédiction en 574. Sainte Mélanîc l'ancienne, visitant les solitaires de l'Egypte, alla voir S. Pambon au monastère de Mtrie. Elle le trouva travaillant assis, et occupé h faire des nattes. Elle lui offrit trois cents livres pesant d'argent, et le pria d'accepter cette partie de son bien pour assister les frères qui étaient dans le besoin. Le saint abbé, sans interrompre son travail et sans regarder Mélanic ni son présent, lui dit que Dieu récom-

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penserait sa charité. Puis se retournant vers Origène, son disciple, il lui ordonna de distribuer tout l'argent aux frères de la Libye et des îles, dont les monastères étaient fort pauvres, et de ne rien réserver pour ceuxd'Egypteparcequelepays était riche et abondant. Mélanie, qui se tenait toujours debout en sa présence, lui dit : « Savez-vous, mon père, qu'il y a la trois cents livres d'argent? Ma fdle, lui répondit l'abbé sans jeter seulement les yeux sur le coffre où était l'argent^ celui h qui vous avez fait ce présent n'a pas besoin que vous lui disiez combien il pèse. Si vous l'avez offert h Dieu, qui n'a pas dédaigné de recevoir deux oboles des mains de la veuve, et les a même plus estimées que les grands présents des riches, n'en parlez pas davantage. » Mélanie raconta elle-même à Pallade ce que nous^ venons de rapporter.

S. Aihanase pria S. Pambon de quitter son désert pour venir à Alexandrie confondre les ariens, en rendant témoignage h la divinité de Jésus-Christ. Le saint abbé, étant dans celte ville, se mit à pleurer amèrement à la vue d'une comédienne qui était parée pour monter sur le théâtre; et comme on lui demandait quelle était la cause de ses larmes, ii dit qu'il pleurait et sur le triste état de l'ame de cette femme et sur sa propre lâcheté dans le service divin. « Eh quoi! ajouta-t-il, se peut-il que j'aie moins de soin de plaire à Dieu que cette malheureuse n'en a de tendre des pièges h Tinnocence? »

L'abbé Théodore ayant prié Pambon de lui donner quelques instructions, il lui dit: « Allez, et pratiquez la miséricorde et la charité envers tous les hommes. La miséricorde fait trouver confiance

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devant Dieu. » Le prêtre de Nitrie lui demandant Gomment les frères devaient vivre: « Ils doivent vivre, répondit-il, dans le travail, dans la pratique de toutes les vertus, préserver leur conscience de toute tache, et surtout éviter de donner du scandale au prochain. » Pambon disait quelque temps avant de mourir: « Depuis que je suis venu dan» le désert et que je m'y suis construit une cellule, je ne me souviens point d'avoir mangé d'autre pain que celui que j'ai gagné par mon travail, ni d'avoir jamais proféré aucune parole dont j'aie e» lieu de me repentir dans la suite. Je vais cependant à Dieu comme un homme qui n'a point encore commencé h le servir. »

Il mourut à l'âge de soixante-dix ans, sans maladie et sans douleur. Il était alors occupé h faire une corbeille, qu'il légua à Pallade, alors son disciple, n'ayant rien autre chose dont il pût disposer. Mélanie se chargea du soin de ses funérailles, et ayant obtenu la corbeille léguée h Pallade elle la conserva jusque sa mort. S. Pambon est honoré par les Grecs le 18 de juillet. Quelques calendriers marquent sa fête à d'autres jours. Plusieurs hagiographes donnent sa vie sous le 6 de septembre.

C'était une des maximes de ce saint que quiconque avait un cœur pouvait être sauvé. Les austérités pratiquées dans les déserts ne conviennent point aux gens du monde,* elles seraient même incompatibles avec les devoirs de leur élat. Mais tous sont capables d'aimer Dieu souverainement et de faire de leur amour le principe de leurs pensées, de leurs désirs, de leurs actions. Voilà ce que peuvent faire avec le secours de la grâce tous ceux qui ont \m

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cœur. Dans quelques circonstances que nous nous trouvions, nous avons mille occasions de soumettre nos penchants par la mortification, de régler les mouvements de nos cœurs et de purifier nos affections par le recueillement et la prière, d'unir nos âmes h Dieu par des actes réitérés de l'amour divin. Les hommes de toutes les conditions peuvent devenir de grands saints et trouver dans les fonctions même attachées à leur état des moyens de pratiquer ces vertus héroïques qui conduisent à la perfection.

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