TOME III. j/J
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remarqués en Porphyre, il résolut de s'attacher mviolablemcnt à lui. Lue telle résolution ne pouvait être que fort utile à son avancement spirituel. Notre saint était en effet un homme entièrement mort au monde et à lui-même, et très versé dans la connaissance des voies intérieures de la piété. Il avait aussi cette rare prudence qui est un don de Dieu, et possédait dans un degré éminent l'esprit de prière et de componction.
Porphyre n'eut pas plus tôt reçu ce que Marc lui avait rapporté qu'il le distribua aux pauvres de la Palestine et de 1 Egypte. 11 oublia ses propres besoins, et se vit bientôt réduit à navoir que son travail pour vivre. Ce fut ce qui le détermina à apprendre à faire des tentes. Quant à Marc, il gagnait à copier des livres plus qu'il ne lui en l'allait pour subsister. Il voulut engager son maître h partager le produit Je son travail, mais Porphyre lui dit avec S. Paul que celai (jid ne travaillait point ne devait point mander.
L'evèquc de Jérusalem, instruit des vertus du saint, crut qu'il serait utile à FEglise de l'attacher au service des autels. Il l'ordonna prêtre malgré lui, et lui confia en oiy) le soin de garder la croix du Sauveur. Porphyre avait idors quarante ans. Pour avoir changé d'état il n'en fut pas moins austère dans sa manière de vivre. Toute sa nourriture consistait en un peu de pain bis, qu'il mangeait avec quelques herbes. Il mêlait un peu de vin avec l'eau qu'il buvait, à cause de la faiblesse de son estomac. Les dimanches et les fêtes, il se permettait l'usage de l'huile et du fromage, et il mangeait ces jourslà à midi , au lieu que les autres jours il attendait
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que le soleil fut couche pour prendre son repas. H ne se départit point de cette règle jusqu'à ea mort. L'évêque de Gaze étant mort en 696, le clergé et le peuple de cette ville s'adressèrent h. Jean , archevêque de Césarée, leur métropolitain, pour lui demander un pasteur. Jean écrivit au patriarche de Jérusalem pour le prier de lui envoyer Porphyre, prétextant avoir hesoin de le consulter sur quelques passages de l'Écriture sainte. Le patriarche consentit au départ de Porphyre, mais h condition qu'il reviendrait dans sept jours. Il lui ordonna de se rendre à Césarée. Cet ordre imprévu troubla d'abord le saint, mais il obéit en disant: « Que la volonté de Dieu soit faite. » Le malin il dit à Marc : « Allons, mon frère, allons visiter les lieux saints et adorer la croix du Sauveur; nous ne les reverrons de long-lemps. » Comme Marc n'entendait point ce que signifiaient ces paroles, il continua ainsi: « Le Seigneur m'e^t apparu la nuit dernière, et m'a parlé de la sorle: Piendez le trésor de la croix qui vous a été confié; je veux vous donner une épouse qui, à la vérité, est pauvre et paraît méprisable, mais qui est recommandable par sa piété et par sa vertu. Ayez soin de la bien orner; car, quoiqu'elle soit dans un état humiliant, elle est ma sœur. Yoilà, ajouta le saint, ce que Jésus- Christ m'a révélé la nuit dernière. Je crains bien d'être chargé des péchés des autres tandis que je travaille a expier les miens: mais il faut obéir h la volonté de Dieu. » Porphyre , accompagné de son disciple, visita ensuite les lieux saints. 11 pria long temps devant la vraie croix, les yeux baignés de larmes; puis, l'ayant mise dans son étui d'or, il le ferma, et en porta les clefs au pa-
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triarche, auquel il demanda sabénédiclioa. Il partit le lendemain avec Marc et trois autres personnes. Entre eux était Barochas , qui , s'étant attaché au saint en reconnaissance de ce qu'il avait pris soin de lui dans une maladie, avait fait sous sa conduite de grands progrès dans la vertu.
Notre saint et les personnes qui l'accompagnaient arrivèrent à Césarée un samedi au soir. L'archevêque les retint à souper chez lui. Le repas fini, on s'entretint de choses spirituelles, et l'on alla se reposer jusqu'à lolTice de la nuit. Le lendemain l'archevêque dit h ceux de Gaze de se saisir de Porphyre afin qu'il l'ordonnât évèque, ce qui fut fait. Pendant la cérémonie le saint versait un torrent de larmes, et Ton eut toutes les peines du monde à le consoler. Il assista à l'office du dimanche, et resta encore le lendemain h Césarée; il prit ensuite la route de Gaze, où il arriva le mercredi au soir. Il était très fatigué parceque les païens des villages, informés de l'arrivée prochaine del'évêque, avaient tellement gâté et embarrassé les chemius qu'ils étaient presque impraticables.
Celte même année le pays fut alîligé d'une grande sécheresse. Les infidèles en attribuèrent la cause h l'arrivée du nouvel évoque des chrétiens. Ils prétendaient que le Dieu Marnas avait prédit que Porphvre serait le fléau de leur ville: Marnas était le nom de l'idole que les Gazéens adoraient. L'empereur Théodosc avait ordonné qu'on en fermât le temple, n'ayant pas voulu le faire détruire parceque c'était un chef-d'œuvre d'architecture. Les gouverneurs permirent ensuite aux païens de le rouvrir. Comme il n'était pas tombé de pluie pendant
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les deux premiers mois qui suivirent l'arrivée de notre saint, les idolâtres s'assemblèrent dans ce temple, offrirent des sacrifices^ et adressèrent mille supplications h leur dieu Marnas, qu'ils appelaient le maître de La pluie. Ils firent les mêmes cérémonies sept jours de suite, et toujours sans succès. Déjà la sécheresse commençait à causer la famine. Cependant Porphyre ordonna un jeûne aux chrétiens; et lorsque la nuit fut venue il la passa avec eux dans des prières ferventes. Lef lendemain ils allèrent tous en procession à féglise de Saint-Timothée, où reposaient les corps de S. Meuris, martyr, et de S. Thée, confesseur. Ils étaient au nombre de deux cent quatre-vingts, tant hommes que femmes et enfants. Ils reprirent ensuite le chemin de la ville; mais les païens en avaient fermé les portes pour les empêcher d'y rentrer. Porphyre et les chrétiens ne perdent point courage; ils implorent la miséricorde divine avec une nouvelle ferveur, et bientôt leurs prières sont exaucées: le ciel se couvre de nuages, et il tombe une pluie abondante. Les païens, frappés de ce miracle, ouvrent les portes de la ville, et se mettent à crier: « Le Christ a vaincu; lui seul est Dieu. » Ils se joignent aux chrétiens, et les suivent h l'église pour y remercier le Seigneur avec eux de la grâce qu'il venait d'accorder. Il y en eut cent soixante-seize qui se convertirent. Le saint évêquc les instruisit, et leur donna les sacrements de baptême et de confirmation. Il s'en convertit encore cent cinq autres avant la fin delà même année. Quelque temps après une femme païenne, qui était en travail d'enfant depuis sept jours, ayant étémiraculement délivrée par Porphyre, renonça au culte des idoles avec toute
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sa famille, composée de soixante-quatre personnes. Cependant la fureur des idolâtres croissait à mesure que le nombre des chrétiens aupiicntait. Ces derniers étaient exclus de toutes les charges, et se Toyaient souvent insultés de la manière la plus indJ2:ne. Porphyre, croyant qu'il était de son devoir d'intéresser la puissance temporelle h la cause de Jésus-Christ, eut recours h la protection de l'empercur. Il fit partir ^larc, son disciple, pour Constanlinoplc, où il le joignit peu de temps après avec Jeauj archevêque de Césarée, son métropolitain. S. Jean Chrysoslome, auquel ils s'adressèrent, les reçut avec joie et les recommanda h IVunnque Amanlius, qui, rempli de zèle pour la gloire de Dieu, les présenta h limpéralrice, auprès de laquelle il avait hcancoup de crédit. La princesse leur donna mille marfjues de honlé, leur promit de s'employer pour eux, et leur demanda le secours de leurs prières, dont elle éprouva l'cfTicacité au bout de quelques jours en' accouchant heureusement d'un fils, porphyre et Jean lui ayant fait une seconde visite, elle voulut qu'ils la marquassent du signe de la croix avec Icnfant dont elle était devenue mère. La cérémonie du baptême de son fils lui parut une circonstance favorable pour obtenir de l'empereur son mari ce que les deux évoques demandaient. Elle ne se trompa point : l'empereur fit expédier un ordre pour la démolition des temples que les païens avaient à Gaze, et rcxécution de cet ordre fut confiée à Cynégius, chrétien fort zélé pour la foi. Les deux évoques, après avoir célébré la fête de Pâques à Constantinople, prirent congé de l'empereur et de l'impératrice, qui leur firent de riches présents.
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Lorsqu'ils furent arrivés en Palestine, et que les chrétiens surent qu'ils approchaient de Gaze, ib allèrent au devant d'eux avec la croix en chantant des psaumes. Il y avait dans un carrefour une statue de marbre consacrée à Vénus et posée sur un autel aussi de marbre. Elle était devenue fort célèbre par le concours de jeunes filles qui venaient la consulter sur le choix d'un époux; mais les mariages contractés en conséquence des prétendues réponses de la déesse avaient si souvent mal réussi que plusieurs païens même n'y ajoutaient plus de foi. Les chrétiens, précédés de la croix, ne furent pas' plus tôt devant l'idole qu'elle tomba d'elie-même et se brisa. Cet événement fit une telle impression sur les esprits des idolâtres que trente-neuf d'entre eux se convertirent sur-le-champ.
Gynégius arriva h Gaze dix jours après le saint; il était accompagné d'un homme consulaire, d'un commandant, d'une nombreuse escorte de soldats et des magistrats du pays. Les ordres de Tempcreur ayant été lus aux Gazéens, il commanda qu'on les mît sur-le-champ en exécution. On réduisit donc en cendres les temples du Soleil, de Yénus, d'Apollon, de Proserpine, d'Hécate, de la Fortune et de Marnas. Le Marnion, ou temple de Marnas, qui était le principal, brûla pendant plusieurs jours. On fit ensuite dans les maisons une exacte recherche des idoles, qui furent toutes jetées dans les lieux immondes. Quant aux livres qui traitaient des cérémonies magiques et superstitieuses, ils furent tous consumés par les flammes. Plusieurs païens demandèrent le baptême; mais Porphyre, avant de leur administrer ce sacrement, voulut s'assurer de la
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sincérité de leur conversion. Il les admit au catéchuménat, et leur fit des instructions aussi solides qu'édifiantes.
On bâtit h l'endroit où avait été le temple de Marnas une église magnifique sur un dessin fait en forme de croix, que Timpératrice Eudoxie avait envoyé. Celle princesse envoya aussi de Gonstanlinople du marbre et des colonnes d'un grand prix. Le saint évéque voulut que le marbre lire des débris du Marnion servît à paver la place qui devait être devant l'église : par là il humiliait le paganisme en faisant fouler aux pieds des hommes et même des animaux ce que les idolâtres avaient regardé comme sacré. Quand le lieu eut été nettoyé Porphyre ordonna un jeûne. Le lendemain on s'assembla dans l'église, d'où l'on partit proccssionnellcment en chantant \eVenlte, exsultemiis Domino et d'aulres psaumes dont chaque verset était terminé par Xalleluia. Lorsqu'on fut arrivé on creusa les fondements. Tous les chrétiens s'empressaient h donner des marques de leur zèle en apportant des pierres elles autres matériaux. Tout ceci se passait en 4o3. Sur ces entrefaites on reçut de l'impératrice trente colonnes, dont deux étaient brillantes comme des émcraudes. Enfin l'église fut achevée au bout de cinq ans, et S. Porphyre en fit la dédicace le jour de Pâques. Le même jour il distribua des aumônes considérables aux pauvres. Il semblait que la circonstance de la cérémonie fût pour lui un motif de donner avec profusion. On appela la nouvelle église Eudoxieniie, parceque l'impératrice Eudoxie en avait fourni le dessin, et l'avait fait bâtir à ses frais.
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Notre saint passa tranquillement le reste de sa vie dans les fonctions du sacré ministère. Il avait la consolation de voir chaque jour diminuer le nom- [Lre des idolâtres; mais sa joie ne pouvait être parfaite tant que Jésus-Christ n'était pas connu de tous. Dans sa dernière maladie il fit son testament spirituel, où il recommandait tendrement à Dieu son troupeau. Il mourut le 26 février 420, à l'âge d'environ soixante-sept ans. Il est honoré en ce jour par les Grecs et les Latins. Le pieux auteur de sa vie la fmit ainsi : « Il est maintenant dans le paradis de délices; il intercède pour nous avec les saints dont les prières attirent sur nous les miséricordes de Dieu. »