‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 52 sur 73 · S. JÉRÔME · texte numérisé non relu

S. JÉRÔME

PRETRE, DOCTEUR DE l'ÉGLISE.

(30 septembre.)

S. Jérôme, qui mérite à hien des titres d'être regardé comme le plus savant des pères de l'Église latine, eut pour patrie la petite ville de Stridonium ou Sdrigny, voisine d'Aquilée. Il naquit vers l'an 33 1. Il eut un frère qui ne vint au monde que plusieurs années après lui, et qui se nommait Paulinien. Eusèbe, son père, jouissait d'une fortune assez considérable, et il en consacra une partie pour procurer une excellente éducation h son fils. Jérôme apprit les premiers éléments des sciences dans la maison paternelle, après quoi il fut envoyé à Rome. Il y eut pour maître de grammaire le célèbre Donat ; et à force de lire les bons auteurs qui avaient écrit

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en grec et en latin il acquit une parfaite connaissance de ces deux langues.

Ses progrès dans l'étude de l'éloquence furent si rapides qu'il se vit bientôt en état de paraître au barreau avec distinction. Mais il oublia peu h peu les saintes maximes que ses parents lui avaient inspirées. Dans les premiers temps de son séjour à Romeilallait tous les dimanches avec quelques-uns de ses compagnons d'étude visiter les catacombes, afin de nourrir sa piété par le souvenir du courage qui avait éclaté dans tous lesmartyrs. Mais des idées toutes mondaines et un éloignement marqué pour les exercices de religion succédèrent bientôt h cette sainte pratique. Il s'abandonna aux impressions de l'orgueil et delà vanité, et pour n'avoir pas réprimé d'abord ses passions il en devint le jouet et l'esclave.

Quand il eut atteint l'âge viril il voulut parcourir les contrées où il pouvait se perfectionner dans les sciences. Les lettres florissaient alors dans les Gaules plus que partout ailleurs. Les Piomains y avaient établi plusieurs écoles. Les plus célèbres étaient celles de Marseille, de Toulouse, de Bordeaux, d'Autun, de Lyon et de Trêves. S. Jérôme visita la plupart de ces écoles, et on met son arrivée h Trêves peu après l'année 070. Il était accompagné d'un de ses amis, nommé Bonose. Ce fut dans cette ville que se réveilièrent ses anciens sentiments die piété, qu'il renonça pour toujours aux vanités qui l'avaient séduit, et qu'il prit la résolution d'embrasser l'état de continence perpétuelle; et il commença dès lors à changer l'objet de ses études. Il se relira ensuite à Aquilée, où il y avait alors des hommes d'un rare mérite.

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s. Yalérien, évoque de cette ville, en avait banni l'arianisme, qui y avait été introduit par son prédécesseur. Il avait en même temps formé des ecclésiastiques savants et vertueux ; et son clergé avait une telle réputation qu'il passait pour le plus rccommandablc de l'Occident. Les liaisons de S. Jérôme avec plusieurs de ces ecclésiastiques le confirmèrent de plus en plus dans la résolution qu'il avait déjà prise h Trêves. Il conserva toujours beaucoup d'attachement pour quelques-uns d'entre eux, dont on voit souvent les noms dans ses écrits. Rnfin, qui n'était encore que catéchumène, entra dans le monastère d'Aquiléeen 070; S. Jérôme s'y relira aussi, et s'unit d'une amitié fort étroite avec Rufin.

S. Jérôme en se retirant dans le monastère s'était proposé de continuer ses études avec plus d'ardeur et de liberté. Ce ne fut qu'h regret qu'il se vit obligé d'en sortir et de se séparer de Rufin, son ami. Il retourna à Rome, bien résolu de vivre dans la retraite et de ne s'occuper que de ses études. Nous voyons par ses lettres au pape Damase qu'il reconnaissait avoir reçu le baptême dans cette ville. Peu de temps après son arrivée il comprit que le séjour de Rome n'était pas plus favorable que celui de sii patrie au dessein qu'il avait formé de vivre dans une entière soHtude. Il résohit en conséquence d'aller s'ciiscvclir dans quelque lieu fort éloigné. Bonose, son compatriote et son parent, qui avait été jusque \h le fidèle compagnon de ses études et de ses voyages, refusa cette fois d'entrer dans ses vues. Il se retira dans une île déserte, située sur les côtes de la Dalmatie, et s'y consacra aux exercices de la vie monastique.

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Il y avait alors à Rome un prêtre célèbre^ que les affaires de l'Eglise d'Antioche y avaient appelé: il se nommait Evagre. S. Jérôme, ayant lié connaissance avec lui et profitant de l'offre qu'il lui faisait de lui servir de guide, partit pour l'Orient accompagné d'Innocent, d'Héliodore et d'Hylas. Ils traversèrent ensemble la Tlirace, le Pont, la Bithynie, laGalatie, la Cappadoce et la Cilicic. Dans tous les lieux où le saint passait il ne manquait pas de visiter les anachorètes et les autres personnes d'une piété éminentc dont la conversation pouvait l'édifier et l'instruire. Il se trouvait un grand nombre d'illustres serviteurs de Dieu, surtout dans les déserts de l'Egypte, de la Syrie et de la Palestine.

Lorsque S. Jérôme fut arrivé à Antioche il s'y arrêta quelque temps pour suivre les leçons d'Apollinaire, qui expliquait lEcriture avec beaucoup de réputation et qui n'avait point encore rendu publique l'hérésie h laquelle on a depuis donné son nom. En parlant de Rome il n'avait emporté avec lui que sa bibliothèque et l'argent nécessaire pour le voyage. Evagre, qui était riche, ne le laissa manquer de rien; il lui facilita même les moyens de continuer ses études en lui fournissant des secrétaires qui travaillaient sous ses ordres. Quelque temps après il quitta Antioche pour se retirer dans un désert affreux qui séparait la Syrie de TArabie, et qui était sous la domination des Sarrasins. Ce désert s'appelait Chalcis, d'une ville de ce nom située en Syrie et dans le diocèse d'Antioche. Il n'y avait que peu de temps que S. Jérôme y demeurait lorsque la la mort lui enleva Innocent et Hylas: HéHodore le quitta pour retourner en Occident. Pour lui, il

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passa quatre ans dans cette solitude, uniquement occupé de l'étude et des pratiques de la pénitence. Il fut attaqué de divers genres de maladie , mais ses plus grandes souffrances vinrent des tentations violentes auxquelles il fut souvent exposé.

S. Jérôme, pour fixer plus facilement les égarements de son imagination et rompre entièrement sa volonté, joignit aux austérités de la pénitence la plus pénible de toutes les études, celle de l'hébreu. Ce travail lui coûta d'autant plus qu'il ne s'était occupé jusque Ih que d'études agréables. Il continua cependant de lire les auteurs classiques avec un plaisir et une ardeur qui dégénérèrent en passion. Ce goût excessif pour la littérature profane lui donna enfin des remords. Il s'aperçut que c'était une affection désordonnée qui s'opposait au parfait établissement du règne de Dieu dans son ame. Il vint à bout de la réprimer avec le secours du ciel. Il rapporte que dans un accès de fièvre brûlante qu'il eut dans le désert il tomba en syncope et crut être cité devant le tribunal de Jésus- Christ ; que là on lui demanda quelle était sa profession, et qu'ayant répondu qu'il était chrétien le juge lui avait dit : « Vous mentez, vous êtes cicé. ronien, car les ouvrages de Cicéron possèdent tout votre cœur. »

Les épreuves intérieures ne furent pas les seules qu'il eut à combattre : le monde lui en suscita plusieurs, et c'est à l'occasion de celles-ci qu'il dit : « Plût à Dieu que tous les infidèles s'élevassent à la fois contre moi ! Je voudrais que le monde entier se réunît h blâmer ma conduite, afin de pouvoir obtenir par ce moyen l'approbation de Jésus-

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Christ. Vous vous trompez si vous pensez qu'un chrétien puisse vivre sans persécution. La plus grande que l'on puisse souffrir est de n'en avoir aucune. Rien n'est plus h craindre qu'une trop longue paix; c'est dans le temps de la tempête qu'un homme te tient sur ses gardes, et qu'il fait tous ses efforts pour sauver son navire. » L'Église d'Antiox:he fut alors exposée aux malheurs d'un schisme. Le patriarche étant mort, il-fut question de lui donner un successeur. Les uns nommèrent Mélèce, les les autres Paulin. La division devint encore plus grande lorsque les apollinaristes curent élu pour remplir le même siège A ilal, homme attaché à leur secte. Chacun se décida d'après l'impression qu'il suivait. Les moines du désert de Chalcis prirent aussi parti, et voulaient que S. Jérôme fit connaître ouvertement quels étaient ses véritables sentiments. Celte division n'était point encore terminée lorsqu'il s'éleva une dispule pour savoir s'il fallait admettre en Jésus-Christ une seule hypostasc, ou s'il y en avait trois; S. Jérôme, attentif aux artifices des ariens et des sahelliens, répondit que, si par hypostasc on entendait la nature, il n'y en avait qu'une en Dieu ; mais que si l'on entendait la personne, il y en avait trois. Fatigué de ces disputes et pressé par le dérangement de sa santé, il résolut de quitter sa solitude et de retourner à Antioche auprès d'Évagre. Mais avant d'exécuter son projet il écrivit au pape Damase pour le consulter sur la dispute dont nous venons de parler. Damase n'ayant point répondu à temps à celte lettre, qui lui avait été envoyée sur la fin de l'année 676 ou au commeacement de l'année suivante, S. Jérôme lui en

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écrivit une seconde peu de temps après. Il le conjurait de répondre h sa demande, et de ne pas dédaigner une ame pour laquelle Jésus-Christ était mort : « D'un côté, disait-il, la rage des ariens, soulenue par la puissance du siècle, frémit autour de moi: de l'autre chacun des trois partis qui divisent l'Église d'Antioche tâche de m'attirer à \u\ Pour moi, je ne cesse de crier en attendant que je sois éclairci : celui-là est à moi qui est uni à la chaire de Pierre. »

Quoique nous n'ayons plus la réponse deDamase, il n'est pas moins certain qu'il reconnut avec toute l'Éghse d'Occident Paulin pour patriarche d'Antiochc. S. Jérôme le reconnut aussi, et ce fut de ses mains qu'il reçut le sacerdoce avant la lin de l'année 377. Il refusa d'abord son consentement lor:que Paulin voulut l'ordonner; mais il le donna ensuite, h condition toutefois qu'il ne serait attaché h aucune église en particulier. Peu de temj^.s après son ordination il se retira dans la Palestine, en visita les Heux saints, et fit sa principale demeure à Bethléem. Il eut recours aux plus habiles Juifs du pays pour s'instruire de toutes les particularités relatives aux lieux dont il est parlé dans l'Écriture, et ne négligea rien pour se perfectionner dans la connaissance de la langue hébraïque.

Le désir de se livrer entièrement à l'étude des saintes Écritures fit entreprendre à S. Jérôme le voyage de Constantinople vers l'an 38o. S. Grégoire de Nazianze étit alors évêquc de cotte ville. Notre saint témoigne en plusieurs endroits de ses ouvrages qu'il s'estimait heureux d'avoir eu pour maître ce grand homme, le plus éloquent et le

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plus instruit des docteurs de la loi du Seigneur. De Constantinople il retourna en Palestine. Peu de temps après il fut invité à revenir à Rome, comme il le rapporte lui-même. Il en fit le voyage en 38 1, avec S. Paulin d'Antioche et S. Épiphane, qui allaient au concile que le pape Damase venait de convoquer pour mettre fm au schisme d'Antioche. Ces deux évoques passèrent l'hiver à Rome, et retournèrent ensuite dans l'Orient. Pour S. Jérôme, il fut retenu par le pape, qui l'employa dans les plus grandes affaires de l'Eglise, et qui lechargea de répondre aux lettres que lui écrivaient lesévêques pour le consulter. Il demeura pendant ce temps-là dans un monastère des faubourgs de Rome.

La sainteté de sa vie, son éloquence et son sa- Toir lui attirèrent bientôt l'estime et l'admiration des habitants de cette ville. La noblesse et le clergé s'empressaient de profiter de ses lumières pour se perfectionner dans la connaissance de l'Ecriture et dans la pratique des maximes delà piété. Il dirigeait en même temps plusieurs dames romaines recommandablespar leurs vertus, entre antres sainte Marcelle et Aselb"'., sa sœur, avec Albine, leur mère , l'illustre Mélanic^ Marcelline, Félicité, Lée, Fabiole, Lœta et Paule avec ses filles. Les lettres que S. Jérôme écrivit aux dames romaines dont nous venons de parler et à d'autres personnes de piété sont d'excellents traités sur les différentes vertus de la vie chrétienne.

Parmi les lettres de S. Jérôme il en est peu de comparables à celle qui est adressée à Lœta, bellefille de sainte Paule. Il lui donne des conseils admirables sur la manière dont elle doit élever Paule,

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sa fiUc. De toutes les dames romaines qu'il instruisit dans les sciences du salut et dans l'intelligence des Ecritures, sainte Paule élaitla plusrecommandable et par sa naissance et par ses vertus. L'estime singulière qu'elle avait pour le saint docteur et le désir qu'elle avait de se procurer la facilité de le consulter souvent l'engagèrent à lui procurer un logement dans sa maison. Le saint l'accepta : mais, quoique occupé du soin de l'instruire, il ne vaquait pas aux affaires avec moins d'assiduité lorsque le pape Damase l'employait pour le bien de l'Eglise. Ce saint pontife mourut au mois de décembre de l'année 084. Sirice lui succéda.

La généreuse liberté avec laquelle S. Jérôme avait souvent parlé contre l'avarice, la mollesse et la vanité des habitants de Rome lui avait suscité des ennemis puissants. On comptait parmi eux plusieurs ecclésiastiques, qui s'étaient sans doute appliqué une partie des reproches du saint docteur. Mais tant que le pape Damase vécut personne n'osa éclater. Après sa mort l'envie et la calomnie tramèrent la perte du serviteur de Dieu; elles mirent tout en œuvre pour noircir sa réputation. Non contents de blâmer sa simplicité, sa démarche et jusqu'à ses gestes , ses ennemis voulurent faire suspecter sa liaison avec les dames romaines qui s'étaient mises sous sa conduite. Ni la haute vertu de ces saintes femmes, ni le soin extrême que S. Jérôme avait toujours apporté h écarter le moindre soupçon ne purent contenir les langues perfides qui avaient juré sa perte.

Le saint crut devoir céder h l'orage, et après avoir demeuré trois ans à Rome il résolut de rc-

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tourner en Orient pour y chercher nnerctraile paisible. II s'embarqua à Porto an mois daoûl de l'année 585, avec son frère Paulinien, le prêtre Vincent et quelques autres personnes qui se joignirent h eux. Le vaisseau ayant relâché h lîle de Chypre , S. Epiphane les reçut avec beaucoup de joie. De là ils allèrent h Antioche; et S. Paulin, qui était patriarche de cette ville^ fit avec eux une partie considérable du chemin de la Palestine. Ils arrivèrent h Jérusalem au milieu de l'hiver. Au printemps suivant S. Jérôme passa en Egypte pour se perfectionner encore davantage dans la science des livres saints et dans la pratique des vertus monastiques. Il passa un mois h Antioche, où il profita beaucoup des leçons du célèbre Dydime. Il parcourut ensuite les principaux monastères d'Egypte, et, de retour cnf ;i en Palestine, il se fixa h Bethléem.

1 intePaule, qui l'y avait suivi, lui fit bâtir un monastère. Elle mit en même temps sous sa conduite celui dans lequel elle avait rassemblé les religieuses qu'elle gouvernait. Le monastère qu'habitait S. Jérôme ne lui suffisant pas pour contenir tous ceux qui voulaient être ses disciplos, il fut obligé d'en augmenter les bâtiments, • et il envoya Paulinien, son frère, en Dalmalie pour vendre une terre qu'il avait encore dans cette province. '\ ers le même temps S. Jérôme fit bàlir un hospice pour les pèlerins. La dévotion que l'on avait alors pour les lieux où le Sauveur avait opéré notre salut était si grande qu'on voyait journellement arriver à Bethléem et à Jérusalem tout ce qu'il y avait de plus saint dans les différentes parties du monde chrétien.

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Le saint docteur nous a laissé un tablean fort intéressant de la vie toute céleste que menaient les moines de Bethléem et de la piété qui régnait dans la campagne des environs. Après avoir parlé du fracas des grandes villes il s'écrie dans un transport de joie : «La bourgade de Jésus-Christ est toute champêtre, et les oreilles n'y sont frappées d'aucun bruit, si ce n'est du chant des psaumes. De quelque côtéqiie Von se tourne on entend le laboureur qui, la main h la charrue , chante Alldida, ou le moissonneur qui se délasse de ses travaux parle chant des psaumes. » Tel était le lieu que S. Jérôme avait choisi pour ^â' demeure. 11 s'y était retiré, dit-il; pour y pleurer ses péchés dans le fond d'une cellule en attendant le jour du jugement. Il préférait les vêtements les plus grossiers et la nourriture la plus vile. Il ne vivait que de pain bis et de quelques herbes; encore n'en prenait-il qu'en petite quantité. Son application h l'étude ne le cédait point a son austérité. Jour et nuit il s'occupait à lire ou à écrire.

Au milieu de ses travaux il ne perdit jamais de vue l'étude de l'hébreu. Quoique déjh avancé en âge, il ne dédaigna pas de prendre encore des leçons d'hébreu d'un savant rabbin dont il payait les peines. Le saint s'aj)pliquait aussi avec beaucoup d'ardeur à 1 élude de l'histoire ecclésiastique, et il n'eut pas moins de zèle pour la défense de la foi; on le vit toujours attentif et infatigable h réfuter toutes les hérésies de son temps.

Déjà il avait essayé sa plume contre les lucifériens pendant qu'il habitait le désert de Chalcis. L'erreur de ces schismatiques provenait de l'obsti-

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nation de leur chef, qui était le fameux Lucifer, évéquc (lcCaf;liari. Ce prélat, d'ailleurs recommandable par ses écrits et par son zèle contre l'arianisme sous le règne de Constance, n'avait pu souffrir l'indulgence dont on avait usé envers les évêques du concile deRimini. S. Jérôme, après avoir solidement réfuté les erreurs des lucifériens, prouva que les pères du concile du Rimini n'avaient péché que par surprise, et que leur cœur n'avait point été complice de leur faiblesse. Ses preuves sont principalement tirées des actes mêmes du concile.

Vers l'an 584, pendant qu'il était encore h Rome auprès du pape Damase, il avait donné au public son livre de la virginité perpétuelle de la blenkcureuse Flerge Marie, Ce traité avait pour but la réfutation d'Helvidius, l'un des sectateurs d'Arius, et des disciples d'Auxence de Milan. Helvidius était prêtre, et à ses autres erreurs il avait ajouté celleci que la vierge Marie n'avait point conservé sa virginité après la naissance de Jésus-Christ, et qu'elle avait eu des enfants de S. Joseph. Un prêtre, nommé Ripaire, ayant informé S. Jérôme que Vigilance, natif de Comminges, dans les Gaules, mais attaché à l'Eglise de Barcelone , déprimait ouvertement l'état de virginité et condamnait comme idolâtres ceux qui honoraient les reliques des saints, les appelant par dérision Cendriers ou Adorateurs de cendres y son zèle s'enflamma aussitôt: «]\ous n'adorons point, répondit-il, les reliques des martyrs... mais nous les honorons afin d'adorer celui à qui les mart)TS appartiennent. Nous honorons les serviteurs, afin que l'honneur que nous leur rendons rejaillisse sur le maître. » Une grande partie de

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l'Orient se trouvait alors infectée de plusieurs opinions erronnées, que Ton s'efforçait d'appuyer de l'autorité d'Origène. Jusque là S. Jérôme avait été un des plus grands admirateurs de ce père. Mais voyant qu'un grand nombre de moines et d'autres personnes avaient été entraînés dans l'erreur par le poids d'un nom si célèbre et par la lecture de quelques-uns de ses ouvrages , il unit ses efforts avec ceux de S. Epiphane pour arrêter les suites du mal. Ce fut là une des premières causes de sa dispute avec Rufm , qu'une liaison de vingt-cinq ans semblait devoir lui attacher pour toujours. Mais Rufm était trop décidé en faveur d'Origène pour sacrifier ses sentiments h l'amitié. Presque dans le même temps il fut informé par un certain Ctésiplion que les erreurs de Pelage faisaient des progrès considérables dans rOrient. Il en publia aussitôt une courte réfutation. Deux ans après, c'est à dire en 416, il reprit cette matière dans son Dialogue contre les pélagiens.

Ses travaux contrôles hérétiques ne l'occupaient pas tellement qu'il n'eût encore du temps a donner à ses Commentaires sur l'Ecriture. Quoique son grand âge et ses fréquentes maladies nchii permissent plus de suivre ce travail avec son activité ordinaire, il entreprit cependant de mettre la dernière main h son Commentaire sur les Prophètes pour satisfaire Eustochium, qui le lui demandait. Aux inquiétudes continuelles que lui causaient le danger des fidèles de fOrient et les pertes que celte Eglise avait déjà essuyées de la part du schisme et de l'hérésie vint se joindre la nouvelle des ravages que les troupes d'Alaric avaient faits dans fOccidcnt.

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Rome avait clé pillée, saccagée et presque renversée de fond en comble l'an 4 1 o ; iine alTicuse famine avait achevé d'y répandre la désolation. On vit des famiUes entières s'enfuir sans habits, sans vivres et sans argent. Les personnes les plus qualifiées de Rome furent réduites à la mendicité. Les hommes et les femmes, quittant leur patrie pourse soustraire h la mort ou à Tesclavage, s'enfonçaient dans les marais ou dans les déserts. Un grand nombre se réfugièrent h Bethléem. S. Jérôme ne put rotenîr ses larmes à la vue de tant de malheureux. Il n'épargna rien pour les nourrir, les consoler et leur procurer un asile.

Tant de zèle pour la religion aurait suffi pour rendre à jamais célèbre dans l'Eglise la mémoire de S. Jérôme; mais ses travaux sur l'Ecriture lui ont donné un bien plus grand lustre. Il a toujours passé pour le plus habile des pères en ce genre; et on le regarde comme celui de tous les docteurs que le ciel semble avoir le plus favorisé par rapport à Tintelligence des divins oracles. Le pape Clément YIII ne balançait pas d'assurer qu'il avait été assisté et inspiré d'en haut pour traduire les saintes Ecritures. D'un autre côté il avait tous les moyens naturels pour réussir dans ce travail. Il vivait sur les lieux où s'étaient opérés les mystères de notre salut; on s'y souvenait encore des usages , des coutumes et de mibe autres choses dont il est parlé dans les • livres saints. Le chaldéen et le grec étaient alors des langues vivantes; il est vrai qu'on ne parlait plus 1 hébreu depuis la captivité , mais il était parfaitement entendu des rabbins; on l'éludiait avec soin dans la fameuse école que les Juifs avaient for-

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mée h Tibériadc, et plusieurs d'entre eux le prononçaient avec autant de grâce que de facilité. Le saint prit un des docteurs de cette école pour se faire expliquer les endroits les plus difficiles de l'Ecriture.

S. Jérôme fut obligé sur la fin de ses jours d'interrompre ses études pour se soustraire d'abord h la fureur des barbares, et bientôt après h celle des pélagiens. Ces hérétiques, profitant du crédit qu'ils avaient auprès de Jean de Jérusalem, envoyèrent en 417 une troupe de bandits à Bethléem pour ravager les monastères qui étaient sous la conduite de S. Jérôme: il ne put s'échapper de leurs mains qu'en se retirant à la hâte dans ime forteresse. Les bâtiments des monastères furent réduits en cendres. Les moines et les vierges prirent la fuite, Eustochium et la jeune Paule coururent le plus grand danger; leur habitation devint la proie des flammes, et les personnes qui leur appartenaient soufirirent en leur présence toutes sortes de tourments.

Celte persécution ayant cessé, le saint ref.rit ses travaux pour l'Eghse. Tous les ennemis de la foi lui portaient une haine implacable, mais il était aimé , et respecté de tous les gens de bien , comme le rapportent Sulpice Sévère et S. Augustin. Une fièvre lente l'avait miné peu h peu, et, son grand âge ne lui laissant aucune ressource, il succomba sous le poids de sa langueur. Enfin après avoir triomphé des vices et des hérésies, et avoir passé la plus grande partie de sa vie dans les travaux et la pénitence, il fut dégagé des liens du corps le 5o septembre 4^0. On l'enterra parmi les ruines de son monastère de Bethléem. Mais dans la suite son corps fut porté h Rome , et il s'y garde encore dans l'égUse

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de Sainte-Marie-Majeure. Sa fête est marquée dans le Sacramentaire de S. Grégoire, ainsi que dans les martyrologes de Bède, d'Lsuard, etc.

S. JACQUES L'LNTERCIS,

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