‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 53 sur 73 · MARTYR EX PERSE · texte numérisé non relu

MARTYR EX PERSE

(27 novembre.)

S. Jacques était de la ville de Beth-Lapéta en Perse. Sa naissance, ses richesses, ses rares qualités, les places qu'il occupait, les grâces qu'il tenait du roi avaient rendu son nom célèbre. Tous ces avantages devinrent pour lui une tentation dangereuse, et il y succomba. En effet le prince ayant déclaré la guerre au christianisme, il eut la lâcheté de sacrifier à la faveur de son maître la vraie religion, qu'il avait jusqu'alors professée.

Sa mère et sa femme ressentirent une vive douleur de sa chute; elles sollicitèrent sa conversion avec ferveur, et lui écrivirent la lettre suivante après la mort du roi Isdegerde, sous lequel il avait apostasie ; « Xous savons depuis long-temps que vous avez renoncé à l'amour du Dieu immortel pour conserver la faveur du prince avec les biens et les honneurs de ce monde. Mais qu'est devenu celui à la faveur duquel vous avez attaché un si grand prix? Le malheureux! il a subi la destinée commune, il n'est plus que poussière. Tous n'avez plus de secours à espérer de sa part; il ne pourra vous délivrer des supplices éternels. Sachez que si vous persévérez dans votre crime la justice divine vous condamnera à ces supplices, comme elle y a déjà con-

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damné le roi, votre ami. Quant à nous, nous ne voulons plus avoir aucun commerce avec vous.»

La lecture de cette lettre fit sur Jacques la plus forte impression; il réfléchit sur l'énormité de sa faute, et fut effrayé par la pensée du jugement auquel il devait s'attendre de la part du souverain juge. Il ne parut plus à la cour, s'éloigna de tous ceux qui auraient pu le séduire, et renonça pour toujours aux avantages qui avaient occasionné sa perte. Le roi , informé de son changement , le fit venir. Jacques confessa généreusement qu'il était chrétien. Vararanes furieux lui rappela toutes les grâces dont son père l'avait comblé, et lui reprocha son ingratitude. Au nom du père du roi le confesseur dit tranquillement ; a Où est maintenant ce prince? qu'est-il devenu?» Ces paroles augmentèrent la fureur du roi, qui menaça le saint de le condamner à une mort cruelle et prolongée : « — Toute espèce de mort n'est qu'un sommeil. Puissc-je mourir de la mort des Justes! — La mort n'est point un sommeil; elle est un objet de terreur pour les grands et pour les rois. — Oui, sans doute, elle effraie les rois et tous ceux qui méprisent la divinité , parceqneC espérance des méchants périra. «Vararanes, prenant ces paroles pour lui, « Quoi, misérable, vous nous appelez méchants, vous qui n'adorez ni le soleil, ni la lune, ni le feu, ni l'eau, ces illustres productions de la divinité ? — Je ne prétends point vous outrager en vous accusant, mais je dis que vous donnez aux créatures le nom incommunicable de Dieu.»

Le roi, ne se possédant plus de colère, fit appeler ses ministres et les juges de fempire pour délibérer sur le nouveau genre de mort qu'on ferait souffrir

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à un homme qui ofTensait de la sorte les divinités du pays. Il fat arrête que si le prétendu criminel n'abjurait le christianisme on l'attacherait au chevalet , et qu'on lui couperait les membres les uns après les autres. La sentence n'eut pas plus tôt été publiée que toute la ville accourut pour voir une exécution si extraordinaire. Les chrétiens offrirent à Dieu de ferventes prières pour qu'il daignât donner li son serviteur la grâce de la persévérance.

Lorsque Jacques fut arrivé au lieu du supplice il demanda quelques instants, qui lui furent accordés. Se tournant alors vers l'Orient, il se mit h genoux et pria avec beaucoup de ferveur, les yeux élevés au ciel. Les bourreaux s'approchèrent ensuite de lui, et déployèrent devant ses yeux les instruments qui devaient servir au supplice. Us lui saisirent la main, et lui étendirent le bras avec violence. Mais avant de le frapper ils l'exhortèrent à obéir au roi pour se délivrer des tourments cruels qu'il étaitsur le point de souffrir. Les spectateurs fondaient en larmes en considérant sa naissance, les places qu'il avait occupées, sa jeunesse, la noblesse et la majesté de son extérieur. On le pressait de la manière la plus touchante de dissimuler pour le moment sa reli- "•ion, qu'il pourrait ensuite professer. «Cette mort, répondit le soldat de Jésus-Christ, cette mort, qui se présente à vous sous un si appareil terrible^ est bien peu de chose quand il s'agit de se procurer une vie éternelle. » Puis , s'adressant aux bourreaux, il leur dit : « Pourquoi restez vous dans l'inaction? Que ne commencez-vous à exécuter l'ordre que vous avez reçu ?» Ceux-ci lui ayant coupé le pouce droit, il fit celte prière : « Sauveur des chré-

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tiens, recevez cette branche de l'arbre. Il est vrai que cet arbre pourrira ; mais il reprendra sa verdure, et je suis assuré qu'il sera couronné de gloire. » Le juge désigné parle roipourassister à l'exécution ne put retenir ses larmes. Il se mit à crier au martyr avecles autres spectateurs : « Vous en avez assez fait pour votre religion; ne laissez pas mettre en pièces un corps délicat comme le vôtre. Yous avez des richesses , donnez-en une partie aux pauvres pour le salut de votre ame, mais ne mourez pas de cette manière. La vigne, répondit le saint, est dans un état de mort pendant l'hiver, mais elle revit au printemps. Comment le corps de l'homme, quoique mis en pièces, ne revivrait-il pas? » Lorsque les bourreaux lui eurent coupé l'index il s'écria : « Mo7i cœur s\'st rrjoul dans le Seigneur , et mon ame a été transportée dans le salut qu'il m'a procuré. Recevez, Seigneur, cette autre branche.

On s'aperçut alors de la joie dont son ame était inondée, et qui se manifestait jusque sur son visage. A chaque doigt qu'on lui coupait il rendait grâces 5 Dieu. Les bourreaux passèrent de la main droite a la gauche. Cependant les juges le conjuraient d'avoir pitié de lui -même et de sauver sa vie. « Vous ne savez donc pas, Icurrépondit le saint avec douceur, que celui-là n'est pas digne de Dieu qui, après avoir mis la main h la charrue, regarde en arrière?» Les bourreaux lui coupèrent successivement les doigts des deux pieds. Il louait le Seigneur à chaque amputation, et faisait paraître une nouvelle joie. Voyant qu'il n'avait plus de doigts ni aux mains ni aux pieds, il dit tranquillement aux bourreaux : « Maintenant que les branches sont tom-

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bées abattez le tronc. Ne vous laissez point toucher de compassion pour moi; car mon cœur s'est réjoui dans le Seigneur, et mon ame s'est élevée vers celui qui aime les petits et les humbles. » On lui coupa ensuite les pieds, les mains, les bras, les jambes et les cuisses. Son tronc, privé de tous ses membres, vivait encore et continuait à bénir le Seigneur. Enfin un des gardes lui abattit la tête et fmit par là son martyre. Le genre de supplice qu'il souffrit lui a fait donner le surnom à'hitcrcis.

S. Jacques fut martyrisé le 27 novembre, l'an de Jésus-Christ 4 2 1,1e second du règne deVararanes. Les chrétiens offrirent une somme considérable pour avoir la liberté d'enlever ses reliques, mais on les leur refusa. Ils profitèrent depuis d'une occasion qui se présenta de les enlever secrètement. Ils ramassèrent ses membres épars, et les renfermèrent avec le tronc dans un coffre ou une urne. «Nous implorâmes tous la protection du B. Jacques,» dit l'auteur de ses Actes, qui fut témoin oculaire de ce qui se passa. Les fidèles enterrèrent le saint martyr dans un lieu que ne connurent point les païens. Son nom est célèbre chez les Perses, les Syriens, les Cophtes, les Grecs et les Latins.

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