S. HONORAT
ÉVÊQVE d'aRLES.
(16 janvier.)
S. Honorât, évoque d'Arles et fondateur du monastère de Lérins, naquit dans les Gaules, d'une illustre famille originaire de Rome, laquelle comp-
s. HONORAT, ivÊQUE. SSy
lait plusieurs consuls. Il reçut une éducation conforme à sa naissance, et se rendit fort habile dans l'étude des belles-lettres. Dès sa jeunesse il eut le bonheur de connaître la vanité des idoles et de s'attacher au service du vrai Dieu; il engagea Venance, son frère aîné, à imiter sa conduite. Convaincus tous deux du néant des grandeurs humaines, i's n'eurent pour elle qu'un souverain mépris. Ils auraient bien voulu renoncer entièrement au monde; mais leur père, païen zélé, s'opposait à l'exécution de leurs désirs. A la fm pourtant ils eurent le courage de rompre tous les liens qui les retenaient dans le siècle. Ils prirent avec eux un saint ermite nommé Caprais, qu'ils avaient choisi pour leur directeur, et s'embarquèrent à Marseille pour passer dans la Grèce. Leur dessein était d'y vivre inconnus dans quelque désert. Yenance mourut quelque temps après de la mort des justes ; pour Honorât, sa santé se dérangea considérablement; il fut obligé de revenir dans les Gaules.
Il vécut d'abord en ermite sur les montagnes voisines deFréjus; il se retira ensuite dans la petite île de Lérins, où il fonda le célèbre monastère de ce nom vers l'an 4oo. Quelques-uns de ses disciples vivaient en communauté, et les plus parfaits dans des cellules séparées les unes des autres. La règle que le saint leur donna était principalement tirée de celle de S. Pacômc. Rien n'est plus édifiant que ce que S. Hilaire d'Arles rapporte des admirables vertus de ces solitaires, et surtout de cet esprit de charité, d'union, de ferveur, d'humilité et de componction qui les animait sans cesse. Le mérite d'Honorat devint si éclatant qu'on l'éleva sur le siège
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d'Arles en 426. Il eut beau s'opposer à son élection, on n'écouta point tout ce que put dire son humilité. Il ne gouverna pas long-temps son église, car il succomba sous le poids de ses austérités et de ses travaux apostoliques en 429. Il avait écrit plusieurs lettres, dont nous devons singulièrement regretter la perte après l'éloge qu'en fait S. Hilaire. Le corps de S. Honorât fut porté solennellement dans l'église de Saint-Gènes, bâtie h quelque distance de la ville, et fut déposé dans un cercueil de pierre qu'on y voit encore sous le grand autel, lequel porte le nom du saint. On appelle vulgairement cetteéglise Saint- Honorât ou Notre-Dame de Grâce; elle est h un demi-quart de lieue de la ville d'Arles, et desservie par des religieux minimes. On transféra le corps du saint à Lérins en 1 89 1 , et l'on y conserve encore la plus grande partie de ses reliques.
DOCTEUR DE l'ÉGLISE.
(28 août.)
Les papes, les conciles, TEglise entière ont eu dans tous les siècles tant de vénération pour la mémoire du saint docteur dont nous écrivons la vie que ce serait prendre une peine inutile que de donner une liste de ses panégyristes. On ne nous pardonnerait pas non plus de copier les louanges que les plus habiles critiques ont données à son savoir extraordinaire et à ses éminentes vertus. Le nom seul d'Augustin est un éloge; il fait naître l'idée la plus sublime et commande le respect le plus profond.
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Ce parfait modèle des vrais pénitents, ce glorieux athlète de la foi, ce fléau des hérétiques, cette brillante lumière de l'Eglise naquit le 1 3 novembre 354. Il eut pour patrie Tagaste, petite ville de Numidie en Afrique, qui était peu éloignée d'Hippone. Il sortait d'une famille peu riche , mais d'une cou-dition très honnête. Patrice, son père, était idolâtre et d'un caractère fort violent. Il apprit cependant à l'école de Monique, sa femme, ce que c'était que la douceur et l'humilité chrétienne, et reçut le baptême quelque temps avant sa mort, lient, outre Augustin , un fds nommé Navigius , qui laissa des enfants et une fille qui se consacra à Dieu dans la retraite.
Augustin dans sa jeunesse suivit tous les désirs d'un cœur corrompu. Il représente dans les premiers livres de ses Confessions l'abîme affreux de misère dans lequel il s'était plongé. Son but en cela a été de s'humilier, de déplorer son aveuglement , d'exalter les richesses infinies de la miséricorde divine , d'instruire les autres par l'exemple de sa chute, de leur apprendre h découvrir et h éviter les pièges auxquels on est exposé dans cette vie , et de les porter efficacement a s'attacher au service de Dieu. Sa mère l'instruisit des mystères de la religion chrétienne, et lui apprit h prier. On le fit catéchumène en formant sur lui le signe de la croix et en lui mettant du sel bénit dans la bouche, comme cela se pratiquait ordinairement. Tandis qu'il fréquentait les écoles de Tagaste il eut une maladie dangereuse, pendant laquelle il demanda le baptême. Sa mère mit tout en œuvre pour le disposer h ce sacrement. On différa cependant de le lui adminis-
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trer^ parccqu'il se trouva tout h coup hors de danger. La raison de ce délai fut fondée sur ce que Ton craignait que la fougue des passions de la jeunesse ne lui fît perdre la grâce reçue dans le sacrement delà régénération. Cette coutume de différer le baptême par un semblable motifest condamnée à juste titre par S. Augustin. Aussi l'Eglise a-t-elle ordonné depuis long-temps de baptiser les enfants immédiatement après leur naissance ; elle s'en repose sur le zèle des pasteurs du soin d'instruire les fidèles de la grandeur et de l'étendue des obligations qu'ils ont contractées et de leur apprendre les moyens[de conserver l'innocence baptismale, qui est aujourd'hui plus que jamais exposée à mille dangers.
Patrice, père d'Augustin, qui était toujours idolâtre, ne négligea rien pour cultiver les excellentes dispositions qu'il voyait dans son fds. Il lui fit apprendre les sciences dans l'espérance qu'il pourrait par là se frayer une roule aux honneurs. Le saint condamna dans la suite les vues et les motifs qui avaient fait agir son père. Il remercie Dieu de ce qu'on l'avait forcé d'étudier dans son enfance. «Il est vrai, ajoutc-til, qu'on ne se proposait autre chose sinon de me mettre en état de satisfaire un jour la passion insatiable des biens et des honneurs, qui ne sont au fond qu'indigence et opprobre; mais vous avez permis, ô mon Dieu , que les fautes de ceux qui me faisaient étudier soient devenues pour moi le principe de plusieurs avantages. » Il s'accuse en même temps des péchés qu'il commettait en n'étudiant qu'avec contrainte, en désobéissant à ses parents et à ses maîtres, ou en ne s'acquittant pas de ses devoirs de la manière qu'on l'exigeait
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de lui ; et cela non par défaut de capacité ou de dispositions , mais par amour du jeu. La peur qu'il avait des châtiments était excessive, et il priait Dieu dans l'âge le plus tendre de l'en délivrer ; cette peur, qui lui attirait souvent les railleries de ses parents et de ses maîtres, était fondée sur ce qu'il regardait la punition comme le plus grand de tous les maux.
Augustin reconnaît avec humilité qu'étant enfant il tombait souvent dans la vanité, qu'il avait l'orgueil de vouloir l'emporter au jeu sur ses condisciples, qu'il était singulièrement passionné pour les louanges. Une curiosité dangereuse le fit lier avec des personnes plus âgées que lui, et le conduisit aux jeux publics ainsi qu'au théâtre. Il avoue, d'après l'expérience, que Dieu permet que le péché trouve son châtiment en lui-même , que le plaisir laisse toujours dans le cœur un aiguillon importun , et qu'il remplit l'ame de fiel et d'amertume. « 0 mon Dieu , s'écrie-t-il, tel est l'ordre que vous avez établi que l'esprit déréglé est son bourreau.
Il acquit une parfaite connaissance de la langue latine , qu'il apprit d'abord des nourrices et des autres personnes avec lesquelles il conversait; mais il avait dans son enfance une grande aversion pour le grec, dont la grammaire lui paraissait hérissée de difficultés insurmontables ; et c'était pour ne pas entendre suffisamment cette langue qu'il ne pouvait alors goûter les beautés d'Homère. Quant aux poètes latins, il en faisait ses plus chères défices. Il se condamne d'avoir rempli sa mémoire des aventures d'Énée tandis qu'il oubliait ses propres erreurs, et d'avoir donné des larmes à la mort de Didon tandis qu'il ne pleurait point la 'perte de
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Dieu. La lecture des poètes lui fut cependant d'une grande utilité : non seulement elle perfectionna son langage , mais elle développa encore les facultés de son esprit, surtout celle de l'invention, qui fait les génies créateurs; elle lui communiqua aussi cette sublimité des pensées et des expressions qui élève la nature au dessus d'elle-même, cette facilité à s'exprimer avec élégance et h rendre les choses de la manière qui convient , ce talent d'employer dans l'occasion les traits forts et hardis et les images pittoresques. Il remercie Dieu des avantages qu'il retira de son enfance et de ses progrès dans les lettres; il le prie de les lui faire rapporter h son service, en sorte qu'il ne se propose jamais que sa gloire dans ses paroles, ses écrits, ses lectures et l'usage de ses connaissances.
Il demande pardon h Dieu du trop grand plaisir qu'il avait pris h l'élude, de l'abus qu'il avait fait de son esprit, de la passion avec laquelle il avait recherché dans ses exercices les applaudissements des hommes, qu'il compare au vent et à la fumée tandis que sa langue et toutes les facultés de son ame n auraient dû être employées qu'à louer le Seigneur. Il gémit sur l'extravagance de quelques gens de lettres, qui craignaient moins d'offenser Dieu que de déplaire aux hommes en péchant contre la pureté du langage, et sur l'aveuglement de ces orateurs si attentifs a bien parler, mais qui ne faisaient aucun scrupule de déchirer en présence d'un juge mortel la réputation de leurs ennemis. Entraîné par ces exemples , il craignait plus de laisser échapper un solécisme dans le discours que de se rendre coupable d'envie , que de tromper ses su-