‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 57 sur 73 · ÉVÊQUE DE NOLE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE NOLE

( 2l' juin.)

S. Paulin, appelé par les Latins Pontius Meropius Paulinus, naquit à Bordeaux en 553. On comptait une longue suite de sénateurs illustres dans sa famille, tant du côté paternel que du côté materneL Ponce Paulin, son père, était préfet du pré» toire dans les Gaules, et le premier magistrat de l'empire d'Occident; mais les honneurs et les triomphes qu i valent décoré ses ancêtres furent éclipsés par l'éclat des vertus qui le rendirent l'admiration de son siècle et des siècles suivants, et qui lui méritèrent d'avoir pour panégyristes S. ^lartin, S. Sulpice Sévère, S. Ambroise, S. Augustin, S. Jérôme, S. Eucber,S. Grégoire de Tours, Apollinaire, Gassiodore et plusieurs autres grands hommes.

A une naissance illustre Paulin joignait les plus heureuses dispositions, un esprit élevé et pénétrant, un génie riche et fécond, une facilité merveilleuse à s'exprimer et toutes les autres qualités qui annoncent qu'un jeune homme est né pour ce qu'il y a de plus grand. Il cultiva ces dispositions dès son enfance par une appHcalion sérieuse h l'étude des

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différentes branches de la littérature, et jl se fit un fonds de connaissances aussi variées qu'étendues. Il eut pour maître de poésie et d'éloqueûce le célèbre Ausone, qui excellait dans ces deux sciences plus qu'aucun homme de son siècle. Il répondit parfaitement aux espérances que Ton avait conçues de lui, et ayant eu occasion de parler en public dans un âge où l'on n'est point ordinairement capable de rien produire d'achevé, il s'attira les plus grands applaudissements. «Chacun, dit S.Jérôme, admirait la pureté et l'élégance de sa diction, la noblesse et la délicatesse de ses pensées, la douceur et l'énergie de son style, la richesse et la vivacité de son imagination. »

Telle était la gloire dont Paulin se couvrait dans sa jeunesse lorsque le désir de plaire aux hommes régnait encore dans son cœur. Sa science toutefois le rendait bien moins recomniandable que la réunion des vertus morales qui brillaient en lui. Ceux qui avaient l'administration des affaires publiques firent connaître son mérite aux empereurs ; on l'éleva, quoique jeune encore, aux premières dignités, et il fut déclaré consul avant Ausone, son maître, et conséquemment avant l'année 379. Ilépousaune Espagnole nommée Thérasie, qui lui apporta de grands biens, et qui était surtout distinguée par son mérite personnel et par sa piété.

Sa prudence, sa générosité, sa douceur, son affabilité et ses autres vertus morales et religieuses lui attirèrent une estime et une vénération universelles. Il se fit un grand nombre d'amis en Itahe, en Espagne et dans les Gaules, où il avait déployé durant l'espace de quinze années ses rares talents

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et sa merveilleuse capacité pour l'administration des affaires, tant publiques que particulières : mais Dieu, qu ivoulait l'attacher uniquement h son service, lui ouvrit les yeux sur le néant de toutes les grandeurs humaines, et lui inspira la noble ambition de devenir pelit pour le royaume du ciel.

Les entretiens qu'il eut h Milan avec S. Ambroise, à "Vienne avec S. Martin et avec S. Delphin, évêque de Bordeaux, lui donnèrent du goût pour la retraite et le pénétrèrent d'un désir sincère de mener une vie plus chrétienne. Le dernier de ces saints évêques étant à portée de le voir souvent, parceque Bordeaux était le lieu ordinaire de sa résidence, saisissait toutes les occasions qui se présentaient de l'instruire, et lui parlait fréquemment du bonheur promis h. ceux qui servent Dieu sans partage.

Paulin avait toujours su se garantir des atteintes de l'amour-propre et de celle recherche des applaudissements dont les philosophes païens étaient si avides. Il regardait comme une bassesse cet amour de louanges qui avait été le principal mobile des démarches de Cicéron et de Démosthène, et il avait trop d'élévation dans famé pour tirer vanité de ses talents, et pour régler sa conduite sur Fopinion des hommes; mais il trouvait beaucoup de difficulté à conserver le détachement et la pureté du cœur au milieu des richesses et des honneurs, et à se prémunir contre les amorces des passions les plus séduisantes. Effectivement il faut presque un miracle pour garder son cœur et ses sens de fimpression qui est comme la suite nécessaire de tout ce qui environne les heureux du siècle. Les réflexions sérieuses qu'il faisait sur la vanité du monde lui tin-

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rent lieu de préseryatif contre tous les dangers auxquels son état l'exposait. Quelques dérangements de fortune, occasionnés par les révolutions qui arrivèrent dans l'empire, le convainquirent encore davantage de l'instabilité des choses humaines, et les amertumes qui sont inséparables des grandes places le confu nièrent dans le mépris qu'il avait déjà conçu pour le monde. Il voyait mieux que jamais le vide de ces brillantes chimères qui n'éblouissent que ceux qui les considèrent dans le lointain. Sa femme, quoique jeune et dans une situation propre à jouir de tous les plaisirs, fut la première à lui inculquer la nécessité de mépriser tout ce qui n'était pas Dieu, ^t ses exhortations produisirent d'heureux effets. Il était beau de les voir tous les deux s'encourager mutuellement à tout abandonner pour suivre Jésus- Christ d'une manière plus parfaite. Ils se retirèrent l'un et l'autre dans une petite terre qu'ils avaient en Espagne, et s'y occupèrent uniquement de leur sanctification depuis l'an Sgo jusqu'à l'an 394. Ce fut là qu'ils perdirent le fils unique que Dieu leur avait donné ; ils l'enterrèrent à Alcala, auprès des saints martyrs Just et Pasteur. Depuis ce temps-là ils s'engagèrent d'un consentement mutuel à vivre dans une continence perpétuelle. Bientôt après Paulin changea d'habit, afin d'annoncer au monde qu'il n'aurait plus rien de commun avec lui; il prit aussi la résolution d'abandonner le sénat, son pays, ses biens, et d'aller s'ensevelir dans un monastère ou dans un désert. Il était fort riche, et Ausone, qui n'examinait pointles choses avec les yeux delà foi, dit qu'il ressentait de la douleur de voir partager entre une centaine de possesseurs les terres de Pau-

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lin le père, auxquelles il donne le nom àeroyaimies. Le saint vendit tous ses biens et en distribua le prix aux pauvres ; il vendit aussi ceux de sa femme, qui n'aspirait pas avec moins de ferveur que lui à la pratique de la pauvreté volontaire. Une telle action reçut de grands éloges de la part des vrais serviteurs de Dieu ; mais les partisans du monde en firent le sujet de la critique la plus amère; ils n'y voyaient que de la folie, parcequ'ils n'ont aucune idée des choses de Dieu. Paulin fut abandonné de tout le monde, même de ses proches et de ses esclaves, qui refusaient de lui rendre les devoirs les plus communs de l'humanité. 11 devint comme inconnu à ses propres frères, et comme étranger parmi les enfants de sa mère. Dieu permit que cette épreuve lui arrivât pour le détacher plus parfaitement du monde." Sans cesse il se rappelait ces paroles de l'apôtre : Si je plaisais aux hommes je ne serais pas ^ei^iteur de Jésus-Christ. Il se rappelait aussi que le Sauveur excluait du nombre de ses disciples ceux qui n'avaient pas le courage de s'élever au dessus du respect humain. Soutenu et animé par ces réflexions, il supportait avec joie les reproches de ses amis et de ses parents qui attribuaient sa retraite à «ne humeur mélancolique, à une hypocrisie secrète ou à d'autres motifs semblables. Il ne répondait à toutes les invectives dont on l'accablait que par ces paroles : « 0 heureux affront, que de déplaire avec Jésus-Christ! » C'est ce qu'il écrivit àAper pour le consoler et pour l'encourager à souffrir une persécution semblable à la sienne. Aper était un homme qui par son savoir et son éloquence gérait avec distinction dans les Gaules une des premières places

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de la magistrature ; mais il avait renoncé à tout ce qu'il possédait dans le monde. Il fut ordonné prêtre, et peu de temps après il embrassa l'état monastique. Sa femme suivit son exemple, et prit le voile de religieuse.

Ausonc, qui avait toujours eu beaucoup d'estime et d'affection pour Paulin, fut sensiblement affligé de lui voir prendre le parti de la retraite ; et sa douleur était d'autant plus vive qu'il était pins animé de l'esprit du monde. Il employa les prières lesplus pressantes pour empêcher son ancien disciple d'exécuter sa résolution. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il eut recours aux invectives les plus amères. Il ne pouvait, disait-il, se consoler, dans la pensée qu'on voyait enseveli à Bilbao et à Calahoraun homme fait pour être la gloire et l'appui du sénat et de l'empire romain. Le saint lui* adressa une belle réponse en vers, où il marquait qu'il s'estimait heureux de souffrir des reproches pour Jésus- Christ, et qu'il s'inquiétait peu du jugement des hommes pourvu qu'il méritât par sa conduite l'ap- , probation de celui auquel seul il voulait plaire. On voit par là le mépris qu'il avait pour le monde et j pour tous ceux qui lui appartenaient. 1

Ceux qui l'avaient persécuté ou accablé de re- ■ proches devinrent bientôt ses panégyristes; ils ne purent s'empêcher de louer hautement sa douceur et sa modestie : ils rendh^cnt justice a sa grandeur d'ame et à la pureté de ses intentions. Il fut, dans le sein de la pauvreté et de la retraite, l'admiration de tout l'univers. Les personnes les plus qualifiées venaient le voir des extrémités de l'empire^i comme nous l'apprenons de S. Augustin et de S. Jérôme,

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Thérasie, sa femme, le soutenait dans ses premières résolutions et ne lui était point inférieure en vertu. S'étant dépouillée à son exemple de tout ce qu'elle avait dans le monde, elle se revêtit d'habits simples pour s'entretenir plus sûrement dans l'humilité et dans l'esprit de pénitence.

L'héroïque vertu de Paulin lui attira de justes louanges de la part de tout ce qu'il y avait de plus respectable dans l'Eglise, d'un S. Ambroise, d'un S. Augustin, d'un S. Jérôme, d'un S. Martin de Tours. En 092 S. Augustin, qui n'était encore que prêtre, ]e représentait comme un modèle accompli, et appelait sa résolution la gloire de Jésus-Christ. Il s'exprimait ainsi dans une lettre où il exhortait au mépris du monde un jeune seigneur nommé Licentius, qui avait été son disciple : « Allez dans la Campanie; voyez Paulin, cet homme si grand par sa naissance, par son génie, par ses richesses; voyez avec quelle générosité ce serviteur de Jésus Christ s'est dépouillé de tout pour ne posséder que Dieu; voyez comment il a renoncé h l'orgueil du monde pour embrasser l'humilité delà croix; voyez comment il emploie présentement à louer Dieu ces trésors de science qui sont perdus quand on ne les consacre pas à celui qui les a donnés. »

Paulin ne pouvaitsupporter les applaudissements des hommes. Plus grand encore par son humilité que par ses autres vertus, il désirait sincèrement d'être oublié du monde ; il priait ses amis de s'abstenir de toute parole qui sentait le compliment, et de ne point aggraver le poids de ses péchés par des louanges qui ne lui étaient point encore dues. « Je suis étonné, disait-il, qu'on fasse un mérite h quel-

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qu'un d'acheter le salut éternel, qui est le seul bica

solide, par des choses viles et périssables, et qu'on le loue d'échanger la terre contre le ciel. Un homme, disait il à ceux qui lui donnaient le titre de parfait, un homme qui doit passer une rivière à la nage n'arrivera point do l'autre côté s'il se contente de quitter ses habits; il faut de plus qu'il se serve de ses jambes, et que tout son corps soit en action ; il doit en un mot déployer toute sa force pour résister au courant. »

Le sacrifice que Paulin avait fait des richesses, des plaisirs, des honneurs, de la réputation que lui attiraient ses talenls n'élait pour ainsi dire qu'une préparation au combat dans lequel il voulait s'engager. Attentif à veiller sur lui-même, il ne craignait rien tant que de tomber dans la lâcheté et de perdre par là les avantages qu'il s'était procurés. Il travaillait donc de toutes ses forces à faire sans cesse de nouveaux progrès dans la vertu. Il commença par se vaincre lui-même et par s'établir solidement dans l'humilité, la douceur et la patience. Si quelqu'un paraissait l'admirer à cause de son renoncement aux biens du monde; si on le félicitait sur tant de prisonniers dont il avait payé la rançon, sur tant de débiteurs qu'il avait délivrés en acquittant leurs dettes, sur les hôpitaux qu'il avait fondés et les églises qu'il avait bâties, il répondait que le sacrifice du cœur était le seul que Dieu agréât, et que pour lui il n'avait point encore commencé à faire ce qu'il devait. Il ajoutait que si les autres n'avaient pas tant donné aux pauvres, ils excellaient dans des vertus plus héroïques, les dons de la grâce étant fort diversifiés; que le sacrifice dont on lui

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pariak était extrêmemeat défectueux en lui-mênae, qu'il était purement extérieur, et par conséquent de peu démérite, ou plutôt qu'il n'était qu'un acte d'hypocrisie. De pareils sentiments, exprimés avec autant de simplicité que d'énergie, montrent jusqu'à quel point le serviteur de Dieu portait le mépris de lui-même.

A la pratique du renoncement intérieur il joignait les austérités de la mortification corporelle. Il vivait dans une si grande pauvreté que souvent il n'avait pas de quoi se procurer un peu de sel pour assaisonner les herbes ou le pain dont il se nourrissait ; en quoi il l'emportait sur les solitaires les plus pénitents. Un tel genre de vie ne l'empêchait pas de conserver une aimable gaieté, qui charmait ceux qui avaient le bonheur de le connaître, et qui se fait encore aujourd'hui remarquer dans ses écrits.

La raison pour laquelle Paulin ne choisit une retraite ni à Jérusalem ni à Rome fut qu'il voulait être entièrement inconnu aux hommes. Son amour pour la solitude et sa dévotion pour S. Félix lui firent préférer une espèce d'ermitage qui était auprès de Noie dans la Campanie. Son but était de se consacrer là plus spécialement au service de Jésus-Christ, et de se mettre à portée de prier souvent sur le tombeau de S. Félix, qui était hors des . murailles de la ville. Toute son ambition se bornait à être le portier de l'église du saint, à la balaye^ les matins, à veiller la nuit pour la garder, et à exercer cette fonction pendant toute sa vie. Mais son humilité ne put être satisfaite ; il se vit obligé de recevoir les saints ordres avant de quitter l'Espagne,

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Le jour de jNoel de l'année SgS, le peuple de Barcelone se saisit de lui dans l'église, et demanda avec les plus vives instances qu'il fût élevé au sacerdoce. On n'eut point d'égard à toutes ses représentations, et il fallut qu'il consentît à ce qu'on exigeait de lui. Il ne donna toutefois son consentement qu'à condition qu'il aurait la liberté d'aller où il voudrait. Ce point lui ayant été accordé, il se laissa ordonner par l'évêque du lieu. Les habitants de Barcelone s'étaient flattés qu'ils trouveraient moyen de le fixer parmi eux ; mais ils virent bientôt leurs espérances trompées. En eflet Paulin quitta l'Espagne et partit pour Tltalie après la fête de Pâques de l'année suivante. Il vit à Milan, ou plutôt à Florence, S. Ambroisc, qui le reçut avec de grandes marques d'honneur, et qui l'agrégea à son clergé, sans cependant l'obliger à résider dans son diocèse; de là il se rendit à Rome, où S Domnion, S. Pammachius et plusieurs autres personnes recommandables par leurs vertus lui donnèrent mille marques d'affection et de respect : mais le pape Sirice parut assez froid à son égard, parcequ'on l'avait prévenu contre lui. Paulin resta peu de temps dans la ville de Rome; il se mit promptement en route pour aller au lieu où il avait résolu de fixer sa demeure.

Là était une église bâtie sur le tombeau de S. Félix, et située à un demi-mille de Noie. Auprès de cette église était un long bâtiment à deux étages avec une galerie partagée en cellules. Paulin logeait dans ces cellules les ecclésiastiques qui venaient le voir. De l'autre côté était un autre bâtiment destiné au logement des laïques. Le serviteur de Dieu

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avait aussi un petit jardin. Plusieurs personnes pieuses s'étant jointes à lui, il en forma une société qu'il appelle une compagnie de moines. Ils s'assujettirent tous h une règle, et pratiquèrent différentes austérités. Ils célébraient ensemble l'office divin, portaient le cilice et s'interdisaient pour la plupart l'usage du vin. Paulin cependant, à cause de ses infirmités, en buvait quelquefois un peu; mais il y mettait beaucoup d'eau. Tous ces solitaires pratiquaient de longues veilles et des jeûnes rigoureux. Ils ne se nourrissaient ordinairement que d'herbes, et il ne leur arrivait jamais de manger et de boire assez; pour satisfaire les désirs de la nature. Chaque jour Paulin rendait à S. Félix tout l'honneur dont il était capable; mais il essayait de se surpasser le jour de la fête de ce saint. Tous les ans il célébrait ses louanges par un poème qu'il appelait le tribut de son hommage volontaire. Nous avons encore aujourd'hui quatorze ou môme quinze de ces poèmes, selon la différente manière de les compter.

Nous apprenons du saint que rien ne le portait si efficacement à la ferveur que la considération de la bonté infinie de Dieu . qui, malgré tout ce que nous lui devons , ne nous demande que notre amour. Tout pauvres et insolvables que nous sommes , si nous l'aimons nous acquittons toutes nos dettes ; et il n'y a point en cela de difficulté, n'y ayant point d'homme qui n'ait un cœur et qui ne soit capable d'aimer. La bonté céleste va plus loin encore : en aimant Dieu nous acquérons un droit h ses plus grandes faveurs ; de créancier qu'il était il devient débiteur par rapport à nous.

Il y avait quinze ans que Paulin vivait dans sa

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retraite lorsqu'on l'éliU pour siiccécier à Paul, évêque de Noie , qui mourut sur la fin de Tannée 409. Nous allons parler de sa conduite dans lépiscopat d'après Lranius , un de ses prêtres, qui fut témoin oculaire de ce qu'il rapporte , et qui nous a laissé une relation de sa mort. 11 cherchait h se faire aimer plutôt qu'U se faire craindre. Les émotions de la colère ne donnèrent jamais la moindre atteinte à la tranquillité de son ame. S'il lui arrivait d'employer la sévérité , il la tempérait toujours parla douceur. On ne s'adressait point à lui sans obtenir ce qu'on demandait. Tous avaient part h ses conseils ou h ses aumônesj selon leurs différents besoins. Il ne regardait comme de Traies richesses que celles que Jésns-Christ a promises à ses saints : l'or et l'argent, disait-il , ne servent qu'autant qu'ils fournissent des moyens d'assister les malheureux. Sa libéralité eo- TCFs les pauvres le réduisit lui-même à une extrêoïe pauvreté.

Ayant été fait prisonnier par les Goths, qui ravagèrent l'Italie en 410 > il dit h Dieu avec confiance : R Ne permettez pas, Seigneur, que Ton me toupmente pour de for ou de l'argent; vous savez où j'ai mis tout ce que vous m'avez donné. » Sa prière fut exaucée; les barbares ne le tourmentèrent point, non plus que ceux qui avaient tout abandonné pour Jésus-Christ. C'est de S. Augustin que nous apprenons cette particularité.

Flora, femme pleine de Tertu , dont le fils nommé Cynégius avait été enterré dans l'église de S. Félix , consulta Paulin sur l'avantage qui revenait au\ morts d'être placés auprès des tombeaux des saints. L'évêque de Nole^ au îi«u de décider Ini-méme la

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question la renvoya à S. Augustin, qui à ce sujet composa le livre intitulé : Du soin (faon doit avoir des morts. Il y monlre que la pompe des funérailles et l'appareil des cérémonies extérieures ne servent de rien aux morts, et n'ont été instituées que pour la consolation des vivants; mais il ajoute qu'il n'en est pas de même de la sépulture dans un lieu sacré ; elle a pour principe un sentiment intérieur de piété qui recommande l'amc du mort à la miséricorde divine, et qui lui mérite l'intercession du saint auprès duquel le corps a été enterré.

S. I*aulin vécut jusqu'à l'an 43 1* Nous ne ferons plus que suivre la relation de sa mort donnée par Uranius. Dans sa dernière maladie, et trois jours seulement avant sa mort, il fut visité par deux évéques, qui se nommaient l'un Symmaque et l'autre Acyndinus. Il s'entretint avec eux de choses spirituelles comme s'il eût joui d'une santé parfaite. La joie que lui causait leur présence lui faisait oublier sa maladie. Il offrit avec eux le redoutable sacrifice, après avoir prié qu'on apportât les vases sacrés a côté de son lit. Le prêtre Postumien vint ensuite et lui dit qu'on devait quarante pièces d'argent pour les habits des pauvres. Le saint répondit en souriant que quelqu'un paierait cette dette. Peu de temps après arriva un prêtre de Lucanie qui apporta cinquante pièces d'argent de la part d'un évêque et d'un laïque. Paulin , ayant remercié Dieu , donna deux de ces pièces h celui qui les avait apportées et fit payer avec les autres ce qui était dû aux marchands qui avaient habillé les pauvres. La nuit étant venue, il dormit un peu, puis il réveilla les personnes de son clergé pour dire matines , suivant sa

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coutume, après quoi il les exhorta à la ferveur et à la paix. Il demeura en silence jusqu'à l'heure de vêpres. Les lampes étant allumées, il étendit les mains et dit d'une Yoixbasse : J'ai préparé une lampe à mon Christ. Sur les dix ou onze heures de la nuit, tous ceux qui étaient dans la chambre se sentirent agités comme parles secousses d'un tremblement de terre. Paulin rendit l'esprit dans ce moment. On l'enterra dans l'église qu'il avait fait bâtir en l'honneur de S. Félix. Son corps fut depuis transféré h Rome , et il est dans l'église de S. Barthélemi, au-delà du Tibre.

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