‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 59 sur 73 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

454 s. CÉLESTI.N I", PAPE.

il parlait avec force dans sa lettre, il y établissait d'abord son autorité, c Ma vigilance pastorale , disait-il, n'est point bornée par les lieux; elle s'étend dans tous les pays où l'on adore Jésus-Christ. »

ÎSestorius, patriarche de Constantinople, voyant que les Orientaux condamnaient sa doctrine, écrivit à Piome deux lettres où il déguisait ses sentiments sous des expressions captieuses; mais S. Cyrille, patriarche d'Alexandrie , instruisit en même temps le. pape des erreurs qu'il répandait. Célestin fit assembler un concile à Rome en 4^0 ; on y examina le-étcrits de cet hérésiarque , et l'on y condamna ses blasphèmes contre l'unité de la personne en Jésus- Christ. Nestorius fut déclaré excommunié s'il ne se rétractait dix jours après que la sentence lui aurait été notifiée. Le pape nomma S. Cyrille pour commissaire en Orient, et le revêtit de son autorité pour agir en son nom.

INestorius ayant refusé d'obéir, on assembla un concile général à Éphèse. Célestin y envoya Arcade et Projecte, évêques , et le prêtre Philippe, en qualité de légats ; il leur donna en même temps des instructions pour qu'ils eussent h se joindre au patriarche d'Alexandrie. 11 écrivit aussi une lettre au concile, dans laquelle il disait qu'il avait commis ses légats pour faire exécuter ce qu'il avait déjà décerné dans le synode de Piome. Il exhortait encore les pères d'Éphèse à cette charité si fortement recommandée par S. Jean, dont les reliques présentes à liiirs yeux étalent l'objet de leur vénération, La lecture de cette lettre fut écoutée avec de grandes acclamations par le concile, dont l'ouverture se fit dans la grande église de la sainte Vierge le 22 juin

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401 . Il y eut cent quatre-vingt-dix-huit évêques à la première session. Nestorius, qui était dans la ville , fut inutilement cité: il ne voulut point comparaître. Son opiniâtreté h soutenir sa doctrine impie porta les pères du concile à l'excommunier et à le dé~ poser.

La condamnation du nestorianisme ne fut pas tout à coup suivie du rétablissement de la paix dans l'Église; il y avait toujours delà division parmi les évêques orientaux. Célestin entreprit de les réconcilier, et ce ne fut qu'après beaucoup de peines qu'il y réussit.

Quelques prêtres des Gaules persistant à blâmer a doctrine de S. Augustin sur la nécessité de la grâce, le saint écrivit aux évêques du pays pour leur ordonner de réprimer une nouveauté si scandaleuse. Dans sa lettre il donnait de grands éloges à S. Augustin. « Nos prédécesseurs, disait-il, l'ont toujours regardé comme un des plus célèbres doc« leurs de l'Église , et la mémoire de ce grand homme ne pourra jamais être flétrie par les clameurs de quelques particuliers.

Ayant appris vers le même temps qu'un certain Agricola jetait les semences du pélagianisme dans la Bretagne, il y envoya S. Germain d'Auxcrre avec la qualité de son vicaire. Ce saint prélat , animé d'ua zèle aussi pur qu'éclairé , dissipa les prestiges de l'erreur et préserva l'Église britannique du danger qui la menaçait.

Ce fut aussi ce grand pape qui envoya S. Pallade prêcher la foi aux Scots qui habitaient l'Irlande et le nord de la Bretagne. Ce fut encore de lui , au rapport de plusieurs auteurs delà vie de S. Patrice,

que le grand apôtre de l'Irlande reçut sa mission

en 45 1 .

S. Célestin mourut le 1" août 4^2 , après avoir siégé environ dix ans. Il fut enterré dans le cimetière de Priscille , où il avait fait peindre le concile d'Èphèse, afin de témoigner par là le respect qu'il avait pour cette sainte assemblée. Ses reliques furent ensuite transférées dans l'église de Sainte- Praxèdc. Son épitapbe, qui est authentique, dit qu'il était un excellent évêque, chéri et honoré de tout le monde , lequel en récompense de la sainteté de sa vie jouit de la vue de Jésus Christ et de la féhcité céleste. Le martyrologe romain, qui le nomme en ce jour, fait de lui le même éloge.

SAINTE MÉLAME LA JELAE.

(31 décembre,)

Mélanie l'ancienne sortait d'une illustre famille espagnole, mais qui était originaire de Rome. Elle était parente de S. Pauhn de Noie, qui pour la noblesse et la fortune ne le cédait à personne, soit en Aquitaine, soit en Espagne. On la maria fort jeune, et elle devint veuve à vingt-trois ans. Après la mort de son mari elle s'écria : « Seigneur, j'ai présentement la liberté de me consacrer à votre service sans réserve et sans distraction. » Ayant mis Publicola, son fils, entre les mains de tuteurs sages et intègres, elle s'embarqua avec Rufin pour l'Egvpte en Sji. Elle employa six mois à visiter les moines de ce pays; elle se retira ensuite dans la Palestine. Elle était tellement déguisée que legou-

verneur de Jérusalem, trouvant mauvais qu'elle allât voir certains prisonniers, la fit mettre en prison. On ne lui rendit la liberté que quand elle eut déclaré qui elle était. Alors le gouverneur eut pour elle les égards qu'elle méritait. Quelque temps après elle fit bâtir un monastère h Jérusalem. Elle ne portait que des habits pauvres, et n'avait d'autre lit qu'un cilice étendu sur la terre. Elle passa de la sorte vingt-sept ans, occupée presque entièrement de la prière et de la méditation de la loi du Seigneur.

Cependant Publicola, son fds, se rendit recommandable par les plus belles qualités de fesprit et du corps. Il épousa Albine, dont il eut deux enfants, un garçon et une fille. Cette fille fut Mélanie la jeune, dont nous donnons la vie. Elle n'avait que treize ans lorsqu'on lui fit épouser Pinien, fils de Sévère, qui avait été préfet de Rome. Les enfants qui sortirent de ce mariage moururent en basâge^ Mélanie résolut de ne plus vivre que pour Dieu; elle fit part de ses sentiments à son mari, qui les approuva, et ils s'engagèrent l'un et l'autre par vœu à passer le reste de leur vie dans la continence. A cette nouvelle Mélanie l'ancienne quitta l'Orient, où elle était depuis si long-temps, et revint h Rome. Toute la noblesse de cette ville alla au devant d'elle jusqu'il Naples, ce qui lui fit un cortège très brillant. Cet éclat ne lui fit rien perdre de son humilité,* elle marchait à la tête de cette suite nombreuse, montée sur un cheval et habillée de la manière la plus simple et la plus pauvre. Pendant son séjour à Rome elle prit un soin particulier de prémunir Pinien et sa petite-fille contre le venin des

hérésies qui régnaient alors. Elle passa quatre ans en Occident ; elle fit cependant un voyage en Afrique pendant cet intervalle. Ce fut là qu'elle apprit la mort de Publicola, son fils. A son retour àRome elle conseilla à Pinien et à sa petite-fille de distribuer leurs biens aux pauvres, et de choisir pour leur demeure quelque retraite éloignée. Ce conseil fut suivi. Albine imita Pinien et Mélanie la jeune. Avite, ayant converti au christianisme son mari qui était païen, l'engagea à faire avec elle vœu de continence perpétuelle. Astérius, leur fils, ctEunomie, leur fille, se consacrèrent aussi au service de Dieu. Cette troupe fervente se réunit pour rendre visite à S. Paulin de Noie. Tout le monde parlait de ces illustres conversions,* on les admirait à Pvome, et même dans tout le monde chrétien.

Mélanie fancienne n'eut pas plus tôt achevé ce grand ouvrage qu'elle se hâta de retourner dans sa solitude. Le tumulte de Rome lui était insupporta* We; elle croyait être dans un lieu d'exil et même dans une prison. Elle partit pour la Sicile. Rufin, qui l'accompagnait, y mourut. Mélanie, arrivée à Jérusalem, distribua aux pauvres ce qui lui restait d'argent, et se renferma dans un monastère, où elle mourut quarante jours après, l'an 4io, environ la soixante-huitième année de son âge. On lui a reproché d'avoir montré quelque temps trop de chaleur pour la cause d'Origène, que Puifin défendait. Mais les louanges que lui ont données S. Augustin, S. Paulin, etc. , ne permettent pas de douter de ses vertus ni de son orthodoxie; cependant on ne voit pas qu'elle ait été honorée d'un culte public, à moinsqu'on ne la prenne pour la sainte nommée sous le

8 juin, dans l'ancien calendrier manuscrit dont Chilllet lait mention.

Albine, Mélanie la jeune et Pinien vendirent les biens qu'ils avaient en Espagne et dans la Gaule, et ne se réservèrent que ceux qu'ils avaient en Italie, en Sicile et en Afrique. Ils affranchirent aussi huit mille esclaves qui leur appartenaient, et ceux qui ne voulurent point accepter la liberté furent donnés au frère de Mélanie. Ce qu'ils avaient de plus précieux fut destiné au service de l'Eglise et des autels. Ils passèrent d'abord quelque temps à la campagne en Italie, employant tout leur temps à prier, à lire l'Ecriture, h visiter les pauvres et les malades. lisse défirent encore des biens qu'ils avaient en Italie pour assister les malheureux. Ils passèrent ensuite en Afrique. Après avoir fait un court séjour à Carthage ils allèrent vivre à Tagaste sous la conduite de S. Alypius, évêque de cette ville. Dans un voyage qu'ils firent à Hippone pour voir S. Augustin, le peuple se saisit de Pinien, et demanda qu'il fût ordonné prêtre. Pinien ne put s'échapper qu'en promettant que si jamais il. recevait les ordres il s'attacherait au service de l'Église d'Hippone.

Ces saints vécurent à Tagaste dans une extrême pauvreté pendant sept ans. Mélanie s'accoutuma tellement h la pratique du jeûne que souvent elle ne mangeait qu'une fois la semaine. Du pain et de l'eau faisaient sa nourriture ordinaire ; ce n'était que dans des occasions solennelles qu'elle y ajoutait un peu d huile. L'occupation de tous ces serviteurs de Dieu était de lire et de copier des livres. Piniea cultivait aussi le jardin. En 4i 7 ils quittèrent l'Afrique et se rendirent à Jérusalem, où ils continuèrent

46o s. CYRILLE.

le même genre de vie. Leur ferveur était si grande qu'ils ne croyaient point eu faire assez pour assurer leur salut. Albine mourut en 435, et Pinien deux ans après. Mélanie lui survécut quatre ans. Elle se relira dans un monastère qu'elle avait fait bâtir, et dont elle fut obligée de prendre le gouvernement. Quelques délices qu'elle goûtât dans sa cellule, elle la quitta pour aller h (^onstantinople. Le but de ce voyage était de travailler h la conversion de Volusien, son oncle, qui était païen. Elle eut la consolation de le voir recevoir le baptême et mourir dans de vifs sentiments de piété. Sa présence n'étant plus nécessaire à Constantinople, elle revint à Jérusalem. Elle alla passer le jour de Noël h Bethléem. Dès le lendemain de la fête elle retourna h son monastère. Etant tombée malade, elle annonça à ceux qui étaient avec elle que sa dernière heure approchait; un grand nombre de moines et de personnes pieuses vinrent la visiter. Comme tous fondaient en larmes, elle les consolait et les exhortait à la ferveur. Elle mourut leoi décembre459, dans la cinquante^ septième année de son âge. Elle est nommée en ce jour dans le martyrologe romain.

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