S. CYRILLE
PATRIARCHE d'aLEXA>DRIE.
( 25 janvier. )
On peut dire que S. Cyrille fut suscité de Dieu pour défendre le mystère de l'Incarnation dans un temps où l'hérésie s'était déchaînée pour l'anéantir. Ce saint docteur avait été nourri dès lenfancedans
s. CYRILLE. 4^1
l'étude des livres sacrés, sous les yeux du patriarche Théophile, son oncle; il y joignit ensuite celle de la tradition, et il fut toujours si attaché h la doctrine des anciens pères qu'il n'enseignait rien que d'après eux, comme il nous l'apprend lui-même. Ses livres contre Julien l'Apostat font voir qu'il avait aussi une grande connaissance des auteurs profanes. Il répète en plusieurs endroits de ses ouvrages qu'il ne recherchait point les fleurs de l'éloquence humaine; mais cela n'empêche pas que ses écrits n'aient toujours été beaucoup estimés dans l'Église: on y désirerait cependant un peu plus de clarté dansle^tyle et de pureté dans la diction.
Théophile étant mort en 4 1 2, il y eut de grandes disputes pour l'élection de son successeur; mais S. Cyrille l'emporta, et fut intronisé trois jours après la mort de son oncle. Il commença l'exercice de sa nouvelle dignité par un coup de vigueur contre les novatiens ; il fit fermer les églises que ces hérétiques avaient à Alexandrie, et s'empara de tous les vases et de tous les meubles qui s'y trouvaient. Quelque temps après il chassa les juifs, coupables de plusieurs violences contre les chrétiens. Oreste, gouverneur d'Alexandrie, fut vivement piqué de cet acte d'autorité, et en écrivit à l'empereur: Cyrille lui écrivit aussi de son côté, afin de l'informer des excès auxquels les juifs s'étaient portés. Il paraît que le prince eut égard aux remontrances du patriarche; caries juifs ne revinrent plus à Alexandrie, quoiqu'ils y eussent joui de plusieurs privilèges depuis Alexandrele-Grand. Cependant la haine du gouverneur pour Cyrille augmentait de jour en jour; les apparences ne furent même pas gardées, et la rupture devint
462 a, CYRILLE.
publique. Le saint, vivement affligé de ce scandale,, mit tout en œuvre pour se réconcilier avec Oreste. Il fit les premières avances et lui envoya demander son amitié au nom des saints Evangiles; mais tout cela fut inutile : le gouverneur ne voulut point entendre parler de réconciliation. A'ous allons voiries funestes effets que produisit cette division.
Une fdle païenne, nommée Hypacie, avait ouvert à Alexandrie une école de la philosophie platonicienne. Sa réputation lui attira un grand nombre de disciples. Le célèbre Synésiiis alla fécouter comme les autres, et la pria même de revoir ses ouvrages. Les philosophes les plus renommés la consultaient sur les questions les plus difficiles, et recevaient ses décisions comme autant d'oracles. Hypacie était étroitement liée avec Oreste, et ce fut ce qui causa son malheur. Le peuple d'Alexandrie, dont l'imagination était très facile à échauffer, mit sur son compte le refus que faisait le gouverneur de se ré concilier avec le patriarche. Il n'en fallut pas davantage pour la perdre ; sa mort fut résoluepar une troupe de furieux. Un jour donc qu'elle sortait de sa maison, ou qu'elle allait y entrer, ils se jetèrent sur elle avec furie , la tirèrent de son chariot , la mirent en pièces et traînèrent ses membres dans les différents quartiers de la ville: ceci arriva fan 4 1 5. Une action si horrible fut désapprouvée de tous les gens de bien, et surtout par S. Cyrille, qui cherchait les moyens de ramener la paix et d'étouffer toutes les semences de division.
Malheureusement notre saint s'était laissé prévenir contre S. Chrysostome, condamné par son oncle; et ce fut par une suite de cette prévention qu'il re-
s. CYRILLE. 4^3^
fusa long-temps de rétablir sa mémoire; mais il se rendit h la fm, et en 419 il mit le nom du saint ar« chevéque de Constantinoplc dans les dyptiques. Lô pape Zozime, informé de ce qu'il avait fait , lui en— voya aussitôt des lettres de communion. Yoilh tout ce que nous savons de la vie de S. Cyrille jusqu'à Tan 428. Comme il s'agit actuellement des travaux de son zèle h défendrela foi contre lenestorianisme, nous allons faire connaître en peu de mots l'auteur de cette hérésie.
IXestorkis, moine et prêtre d'Antioche, avait tout ce qu'il faut pour en imposer au peuple, qui se laisse toujours prendre aux apparences. Il menait une vie retirée, avait un extérieur pénitent et mortifié, et joignait h quelques connaissances une grande facilité à s'exprimer ; mais il cachait sous ces dehors une profonde hypocrisie, un orgueil insupportable , un esprit faux et entêté de ses propres idées, qu'il préférait à la doctrine des anciens pères. Le siège de Constantinople étant devenu vacant, il y fut élevé en 428. Il commença son épiscopat par persécuter avec une espèce de fureur les ariens , les macédoniens, les manichéens, les quatordécimans, et il finit par les chasser de son diocèse. Use trompa s'il voulut s'attirer par une telle conduite la réputation de pasteur zélé : le vrai zèle ne donne point dans les extrémités. Au reste , dans le temps que Nestorius persécutait avec tant de violence les hérétiques dont nous venons de parler, il niait avec les pélagiens la nécessité de la grâce , quoiqu'il reconnut avec l'Eglise l'existence du péché originel. On le vit même communiquer avec Célestius et Julien, ces deux principaux défenseurs de Pelage, et
464 s* CYRILLE.
cela après que les papes Innocent et Zozi me les eurent condamnés, et queTempereur Honorius les eut chassés de l'Occident. Il ne s'en tint pas la : il osa prêcher et faire prêcher publiquement qu'il y a deux personnes en Jésus-Christ, celle de Dieu et celle de l'homme; que le Verbe ne s'est point uni hvpostaliquement à la nature humaine ; qu'il ne l'a prise que comme un temple où il habite, et que par conséquent la sainte Vierge n'est point mère de Dieu, inais seulement mère de l'homme ou du Christ. A la vérité il consentit dans la suite h donner à la sainte Cierge la qualité de mère de Dieu, mais ce n'était que dans un sens impropre qui détruisait toujours la vérité de l'incarnation. Ces nouveautés impies excitèrent l'indignation des fidèles. Les prêtres attachés à la saine doctrine, entre autres S. Procle et Eusèbe, depuis évêque de Dorilée, réclamèrent en faveur de la foi et représentèrent vivement à Nestorius l'horrible scandale qu'il causait dans l'Église. Ils eurent la douleur de le voir mépriser leurs remontrances ; alors ils ne balancèrent plus et se séparèrent de la communion de leur archevêque.
Cependant S. Cyrille reçut les homéhes de Nestorius, et la lecture qu'il en fit lui prouva de plus en plus que cet hérésiarque était coupable de toutes les erreurs dont on l'accusait. Il lui en écrivit pour tâcher de le ramener à la vérité par les voies de la douceur; mais Aestorius, qui n'aimait point à être contredit, fut vivement piqué de cette lettre, et il y répondit avec la dernière hauteur. Cette affaire ayant été portée à Rome , le pape Célestiri y convoqua un concile pour examiner la nouvelle doctrine. Tous les pères s'étant écriés que Nestorius
s. CYRILLE. 465
était hérésiarque, on prononça une sentence d'excommunication et de déposition ; on l'envoya à S. Cyrille en le priant de la faire exécuter si dans l'espace de dix jours, à compter de celui de la signification, Nestorius ne rétractait publiquement ses erreurs. Notre saint pour dernière monition lui écrivit une nouvelle lettre, à la fin de laquelle étaient douze anatkèmatismes ou articles que l'archevêque de Constantinople devait souscrire s'il voulait être reconnu pour orthodoxe ; mais celui-ci refusa d'obéir et se montra plus opiniâtre que jamais. Ce fut cette opiniâtreté qui donna lieu à la convocation du troisième concile général, dont l'ouverture se fit à Ephèse en 45 1. Il s'y trouva deux cents évêques, et S. Cyrille y présida au nom du pape Célestin. Nestorius refusa d'y comparaître , quoiqu'il fût dans la ville. Sa doctrine , qu'on examina dans la première session, y fut condamnée, et après trois citations juridiques on prononça contre lui une sentence de déposition dont on informa l'empereur.
Six jours après arrivèrent Jean d'Antiocheet quatorze évêques d'Orient : ils ne s'étaient pas rendus plus tôt à Ephèse parcequ'ils favorisaient secrètement la personne de Nestorius , croyant qu'on lui imputait des erreurs qu'il n'enseignait pas. Au lieu donc de se joindre aux pères du concile ils excommunièrent S. Cyrille et ceux qui tenaient son parti. On réclama des deux côtés la protection de l'empereur, qui donna ordre d'arrêter S. Cyrille et Nestorius; mais le premier, quoique innocent, fut plus maltraité que le second; peu s'en fallut même qu'il ne fût exilé, tant son enneaii avait de crédit à la
/^66 s. CTBILLE.
cour. Heureusement l'arrivée des évêques Arcade et Projecte, et du prêtre Philippe, tous trois légats du pape S. Célestin, fit prendre aux affaires un tour plus favorable pour S. Cyrille. Ces légats , pleinement instruits de ce qui s'était fait , approuvèrent la conduite de notre saint, déclarèrent nulle la sentence prononcée contre lui, et confirmèrent la condamnation de Nestorius. Enfin la vérité ayant repris ses droits, S. Cyrille fut rétabli. Les évêques schismatiques se réconcilièrent avec lui en 435 , souscrivirent à la condamnation de Nestorius et donnèrent une confession de foi claire et orthodoxe. Quant à Nestorius il se retira dans le monastère d'Antioche, où il avait été élevé. Jean, patriarche de cette ville, l'en fit chasser quelque temps après par l'empereur Théodose, parcequ'il ne cessait de dogmatiser et de répandre ses erreurs. Cet hérésiarque fut relégué à Oasis, dans les déserts de la Haute-Egypte , où il mourut sans avoir rétracté sa doctrine impie. Le nestorianisme survécut à son auteur, et il subsiste encore aujourd'hui dans l'Orient.
On ne saurait assez louer la conduite de S. Cyrille dans l'affaire de Nestorius. Il employa d'abord les voies de douceur pour gagner cet hérésiarque ; mais il s'arma d'un zèle intrépide lorsqu'il le vit opiniâtrement attaché h ses erreurs. En vain la cabale lui suscita des persécutions; il les regarda comme des épreuves que Dieu lui envoyait, et il eût volontiers répandu son sang pour la défense de la foi catholique. Sa présence n^étant plus nécessaire à Ephèse il reprit la route d'Alexandrie, où il arriva le 5o octobre 45 1. Il s'apphqua le restede sa
s. CYRILLE. 467
vie, avec autant de soin que de ferveur, à reaiplir les devoirs de l'épiscopat, à conserver dans toute sa pureté le précieux trésor de la foi, h rétablir et à cimenter la'paix que l'hérésie avait troublée pendant plusieurs années. Il mourut le 28 juin 442. Le pape S. Célestin avait conçu deluilaplus haute estime. 11 lui donnait les titres de généreux défenseur de L'Eglise et de la foi, de docteur catholique et di homme vraiment apostolique. Les Grecs l'honorent le 18 janvier et le 9 juin. Le martyrologe romain en fait mémoire le 28 janvier.
On voit par les ouvrages de S. Cyrille qu'il avait une grande dévotion envers le mystère de l'incarnation. Il n'en avait pas moins pour la divine eucharistie ; de là ce zèle avec lequel il insiste si souvent sur les effets que cet auguste sacrement produit dans ceux qui le reçoivent dignement. « Il guérit, dit-il, les maladies spirituelles de nos âmes ; il nous incorpore à Jésus-Christ. » Le saint docteur îr.onorait encore la sainte Vierge d'une manière toute particulière. Rien de plus énergique que ce qu'il dit de ses glorieuses prérogatives. Mais écoutons-le parler lui-même. « Je vous salue , Marie , mère de Dieu, trésor vénérable de tout l'univers, lampe qui ne s'éteint point , brillante couronne de la virginité, sceptre de la bonne doctrine... Je vous salue, vous qui, dans votre sein virginal, avez renfermé l'immense et l'incompréhensible; vous par qui la sainte Trinité est glorifiée et adorée ; vous par qui la croix précieuse du Sauveur est exaltée par toute la terre ; vous par qui le ciel triomphe , les anges se réjouissent , les démons sont mis en fuite ,1e tentateur est vaincu, la créature coupable
^68 s. GERMAIN, ÉVÊQUE.
est élevée jusqu'au ciel, la connaissance de la vérité est établie sur les ruines de l'idolâtrie ; tous par qui les fidèles obtiennent le baptême et sont oints de l'huile de joie ; par qui toutes les Églises du monde ont été fondées et les nations amenées àla pénitence; vous enfin par qui le fils unique de Dieu , qui est la lumière du monde, a éclairé ceux qui étaient assis dans les ombres de la mort... Est-il un homme qui puisse louer dignement l'incomparable Marie? »
Ce n'est ni l'élégance, ni le choix des pensées, ni la politesse du style qui font le mérite des écrits de S. Cyrille, mais la justesse et la précision avec lesquelles le saint docteur explique les vérités de la foi, et surtout le mystère de l'incarnation. On estime particulièrement /c Trésor, ainsi que les livres contre Aestorius et contre Julien l'Apostat.
Les anciennes traductions latines de S. Cyrille fourmillent de fautes. Jean Aubert, chanoine de Laon, publia les œuvres de ce père en grec et en latin, à Paris, en i638. Il y a six tomes in-foL q'jî font ordinairement sept volumes.