‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 101 sur 104 · S. HILARION, ABBÉ · texte numérisé non relu

S. HILARION, ABBÉ

beaucoup de larmes. Ayant ensuite conjuré ces idolâtres d'adorer le vrai Dieu plutôt que des idoles de pierre, ses discours firent sur eux tant d'impression que la plupart se convertirent.

S. Hilarion était encore en Palestine lorsqu'il apprit par révélation la mort de S. Antoine. Il avait alors soixante-cinq ans. Le grand nombre de visites qu'il recevait lui faisaient regretter les douceurs de la paix dont il avait joui dans l'obscurité. Enfin il résolut de quitter le pays , et passa en Egypte. Il se rendit à Aphrodite, où il joignit le diacre Baisanes , qui fournissait à ceux qui allait visiter S. Antoine des dromadaires pour porter l'eau dont ils avaient besoin dans le désert. Le saint abbé eut envie de célébrer l'anniversaire de la mort de S. Antoine en passant la nuit à l'endroit où Dieu l'avait appelé à lui. Après avoir marché trois jours dans un désert affreux il arriva, avec les moines qui l'accompagnaient, à la montagne qui portait son nom. Il y trouva deux solitaires, Isaac et Péluse, l'un et l'autre disciples de S. Antoine. Cette montagne était un roc escarpe, qui avait un mille de circuit. Hilarion parcourut ce lieu avec Isaac et Péluse. C'était là, lui disaient ses guides, qu'Antoine priait et chantait les louanges du Seigneur; là il travaillait; il se reposait en cet endroit lorsqu'il était fatigué; il a planté ces vignes et ces arbres ; il cultivait cette pièce de terre de ses propres mains; il a creusé lui-même ce bassin pour fournir de l'eau à son jardin. Hilarion se mit sur le lit du saint , et le baisa par respect. Il pria ses guides de lui faire voir le lieu où S. Antoine avait été enterré; mais on ne sait s'il eut cette satisfaction, tome 11, 18

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parceque S. Antoine avait expressément recom mandé qu'on cachât le lieu où il serait enterré.

Notre saint,, après avoir visité le désert de S. Antoine, revint à Aphrodite. Il se retira ensuite, avec deux de ses disciples , dans une solitude du voisinage, où il observa plus rigoureusement que jamais le silence et l'abstinence. Il y avait trois ans qu'il n'avait plu dans le pays. Le peuple consterné implora le secours de ses prières. Touché de compassion , il leva les mains au ciel, et il tomba tout à coup une pluie abondante. Hilarion, pour se soustraire aux honneurs qu'on lui rendait dans le pays, s'avança du côté d'Alexandrie, dans le dessein de gagner le désert d'Oasis, où il resta un an. Il prit ensuite le chemin de la Libye, et s'embarqua pour la Sicile avec un de ses disciples. Le vaisseau aborda au promontoire de celte île, appelé Cappo dl Passaro. Etant débarqué, il offrit pour payer le passage un exemplaire de l'Evangile , qu'il avait autrefois copié de sa propre main, et que le maître du vaisseau ne voulut point accepter, s'estimant même heureux d'avoir pu rendre service à deux hommes qui dans le trajet avaient délivré son fds, qui était p ossédé dudémon.

Le désir de vivre inconnu aux yeux des hommes le faisait changer souvent de demeure. Hésychius, l'un de ses plus chers disciples, le chercha longtemps dans l'Orient, et parcourut ensuite toute la Grèce , espérant qu'il le découvrirait à la fin. Il apprit enfin qu'il y avait en Sicile un saint homme qui opérait de grands miracles; il vit avec plaisir que, dans le village où il commença ses informations, il n'y avait personne qui ne le connût. Hésy-

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chins après l'avoir trouvé le conduisit a Epidaure en Dalmalic, qui, selon S. Jérôme, dut sa conservation aux prières et aux miracles de S. Hilarion , durant le fameux tremblement de terre qui arriva en 565 , sous le premier consulat de Valenlinien et de Yalens. Le saint, espérant toujours qu'il parviendrait a vivre inconnu, s'embarqua pendant la nuit pour l'ile de Chypre. Il se retira h deux milles de Paphos ; il y resta deux ans, et délivra plusieurs possédés du démon. Hésychius lui persuada de se retirer dans un lieu solitaire de l'île, qu'il lui indiqua, situé à douze milles de la mer, parmi des montagnes stériles et escarpées. Hilarion y resta cinq ans, et il continua d'être favorisé du don des miracles. Il y retraça, autant que le peut un homme mortel, la vie des bienheureux dans le ciel. Son détachement surtout avait quelque chose d'extraordinaire et d'admirable.

A l'âge de quatre-vingts ans il écrivit de sa main son testament, dans lequel il léguait à Hésychius, qui était alors en Palestine, son livre d'Évangile, son cilice et son manteau. Plusieurs personnes pieuses de Paphos étant venues le visiter dans sa dernière maladie , il leur fit promettre qu'aussitôt qu'il serait expiré on enterrerait son corps avec les vêtements dont il se trouverait revêtu. Son mal allant toujours en augmentant, on ne s'apercevait qu'il vivait encore que pareequ'il conservait une connaissance entière. Il craignait les jugements de Dieu; mais cette crainte était balancée par une grande confiance en Jésus-Christ. Il disait à son ame : « Pourquoi trembles-tu ? Il y a près de soixante-dix ans que tu sers le Seigneur ; peux-tu

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encore redouter la mort? » A peine eut-il achevé ces paroles qu'il rendit l'esprit. On l'enterra de la manière qu'il l'avait recommandé. Il mourut en 371 ou 672, h l'âge de plus de quatre-vingts ans. Hésychius ayant appris sa mort revint h l'île de Chypre. Il resta dix mois dans la demeure du saint; après quoi il enleva secrètement le corps de son maître, revint en Palestine, et enterra S. Hilarion dans son monastère, à peu de distance de Majume. S. Jérôme assure qu'il s'opéra nombre de miracles par son intercession , tant en Palestine que dans l'île de Chypre. Nous apprenons de Sozomène que sa fête se célébrait avec beaucoup de solennité dans le cinquième siècle.

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