‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 21 sur 104 · COMÉDIEN , MARTYR A ROME · texte numérisé non relu

COMÉDIEN , MARTYR A ROME

( 26 août. )

Jésus-Christ, pour manifester le pouvoir de sa grâce et de l'étendue de sa miséricorde , appela un puhlicain a l'apostolat et honora Genès de la gloire du martyre, après l'avoir tiré du théâtre, cette école du vice que tous les pères de l'Eglise ont anathémalisée, que tous les pasteurs zélés ont proscrite, et que détestent tous ceux qui sont jaloux de conserver le trésor de leur innocence.

L'empereur Dioclétien étant venu h Rome, on l'y reçut avec la plus grande magnificence. Entre les fêtes qu'on lui donna pour l'amuser on n'oublia point les divertissements du théâtre. Dans une comédie que l'on jouait en sa présence un des acteur, nommé Genès, s'avisa de représenter d'une manière bouffonne les cérémonies du baptême. Son but était de faire rire les spectateurs, qui méprisaient et tournaient en ridicule la religion chrétienne avec ses mystères. 11 savait d'ailleurs quelque chose de nos rites, en ayant été instruit par des personnes de ses amis qui professaient le christianisme.

S'élanldonc couché sur le théâtre, il feignit d'être malade et s'écria : «Ah ! mes amis, je sens sur moi un

S. GEîiiiS. 1 37

)oids accablant, et je voudrais Lien en être délivré — Que ferons-nous, lui répondirent ses camarades, )Our t'ôtcr ce poids? Veux-tu qu'on le passe an •abot pour te rendre plus léger? — Que vous avez >eu d'intelligence ! dit Genès. Je suis résolu de nourir chrétien , afin que Dieu me reçoive dans »on royaume, comme ceux qui pour assurer leur salut ont renoncé à l'idolâtrie et h la superstition.» \lors on appela deux acteurs, dont l'un représenait un prêtre et l'autre un exorciste. S' étant mis m chevet du prétendu malade , ils lui dirent: «Pourquoi, mon fils, nous faites-vous venir?» Genès, se sentant tout à coup changé par une inspiration intérieure, répondit, non plus par jeu mais sérieusement: «Parceque je désire recevoir la grâ:c de Jésus-Christ et être régénéré , afin de pouvoir être Jélivré de mes péchés. » On fait la cérémonie du baptême, et l'on revêt Genès d'un habit blanc, mais toujours en jouant de la part des acteurs qui contrefaisaient les ministres de l'Eglise. D'autres acteurs, habillés en soldats, se saisissent de Genès et le présentent à l'empereur pour être interrogé de la même manière que les chrétiens. On avait cru jusque la que c'était un jeu, mais on ne tarda pas à connaître les véritables sentiments de Genès.

S'étant adressé à l'assemblée, il parla ainsi : « Seigneur, et vous tous qui êtes ici présents, officiers de l'armée, philosophes, sénateurs, citoyens, écoutez ce que j'ai à vous dire. Jamais je n'entendais prononcer le nom de chrétien sans être saisi l'horreur; je détestais même ceux de mes parents qui professaient cette religion. Je me suis instruit des mystères et des rites du christianisme , unique-

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ment pour m'en moquer et pour les faire mépriser aux autres. Mais aussitôt que l'eau a eu lavé mon corps et que j'ai eu répondu sincèrement que je , croyais les articles sur lesquels on m'interrogeait, j'ai \u au dessus de ma tète une troupe d'anges éclatants de lumière , qui lisaient dans un livre tous les péchés que j'ai commis depuis l'enfance; puis ayant plongé ce livre dans l'eau où j'étais encore, ils me l'ont montré plus blanc que la neige et sans aucune trace d'écriture. Tous donc, puis- : sant empereur, vous, Romains, qui m'écoulez, vous tous qui avez tourné en dérision les mystères du christianisme, croyez avec moi que Jésus-Christ est le vrai Dieu, qu'il est la lumière et la vérité, et que c'est par lui que vous pouvez obtenir le pardon àe vos péchés. »

Diocîélien, furieux de ce discours, lui fit souffrir une cruelle fustigation, après quoi il le remit entre les mains de Plautien, préfet du prétoire, afin qu'il le forçât de sacrifier. Genès, ayant été étendu sur le chevalet, eut les côtés déchirés avec les ongles de fer et brûlés avec des torches ardentes, îl montrait pendant cette torture une patience admirable, et répétait sans cesse ces paroles : Il n'y a point d'autre Seigneur du monde que celui que j'ai eu le bonheur de voir. C'est lui que j'adore et que je sers; je lui serai inviolablement attaché, dussé-je souffrir mille morts. Il n'y a point de tourments qui puissent arracher Jésus-Christ de moi

(!) Le baptême dont il s'agit n'était point un sacrement faute d'une intention sérieuse de faire ce que fait l'Eglise. Il fut suppléé dans Genès par le désir accompagné d'une vraie contrition, ainsi que par le martyre.

cœur, ou empêcher ma bouche de louer son saint nom. Toute ma douleur est de l'avoir outragé par tant de crimes et de l'avoir connu si tard. » Le juge, désespérant de vaincre sa constance, le condamna à perdre la tête. On lit son nom dans les anciens calendriers de Rome et de Carthage. Les uns mettent son martyre en 286 et les autres en 5o5.

On lit dans la chronique d'Alexandrie que Gélasin~ , comédien h Héliopolis , en Phénicic , se fit baptiser sur le théâtre en dérision de nos mystères ; mais qu'il ne Tut pas pi us tôt sorti du bain chaud dans lequel on l'avait mis qu'il professa hautement le christianisme. Le peuple se jeta sur lui et le lapida en 297. Théodorct fait allusion à ces exemples lorsqu'il dit que quelques personnes du théâtre passèrent du culte des démons au rang des martyrs.

MARTYRS

(22 septembre.)

L'empereur Carus, qui avait osé prendre le tilrc de dieu, ayant été lue par la foudre, et Numérien son fils assassiné par Aper son oncle, Dioclétien, homme de basse extraction, fut proclamé empereur par l'armée qu'il commandait en Orient, le 7 septembre 284. L'année suivante il vainquit dans la Mésie Carin, le second fils de Carus, et lui ôtala vie. Après cette victoire il se fit donner le nom de Jovius, tiré de celui de Jupiter, créa césar Maximien, et lui confia le gouvernement et la défense de l'occident. Les Bagaudcs , peuple principalement com-

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posé de paysans des Gaules, avaient pris les armes pour venger la mort de Carin, et ils étaient commandés par Amand et par /Elien. L'empereur ordonna h Maximien de marcher contre eux , et l'associa en même temps h l'empire. Maximien se fit alors donner le surnom de Herculéus ou de Hercule. C'est dans cette expédition que les historiens les plus judicieux mettent le martyre de la légion thébéenne.

Il parait que cette légion était ainsi appelée parcequ'elle avait élé levée dans la Thébaïde ou Haute- Egypte, où il y avait un grand nombre de chrétiens zélés. Elle était toute composée de soldats qui croyaient en Jésus-Christ; et S. Maurice, qu'on croyait en avoir été le principal commandant, n'y en admettait probablement point qui fussent d'une autre religion. Dioclétien au commencement de son règne n'était point ennemi des chrétiens, il en avait même plusieurs auprès de sa personne, et il leur confiait, au rapport d'Eusèbe, les places les plus importantes : mais les gouverneurs particuliers et la populace n'en avaient pas moins la liberté de suivre les mouvements de la haine qu'ils leur portaient. Quant a Maximien, il versait leur sang dans certaines occasions extraordinaires.

La légion thébéenne fut du nombre de celles que Dioclétien fit passer d'orient en occident pour combattre les Bagaudes. Maximien ayant passé les Alpes accorda quelques jours de repos h son armée, afin qu'elle pût se remettre des fatigues dune marche pénible ; il fit en même temps défiler quelques détachements du côté de Trêves. On se trouvait alors à Octodurum. C'était dans ce temps lh une

ville considérable bâtie sur le PJiône, au dessus du lac r'e Genève. Il y avait un siège épiscopal, qui paraît avoir été transféré à Sion dans le sixième siècle.

Maximien ayant ordonné que toute l'armée ferait un sacrifice aux dieux pour obtenir le succès des armes de l'empire , la légion thébéenne s'éloigna pour aller camper près d'Agaune , à trois lieues d'Octodurum. L'empereur lui enjoignit de revenir au camp général, et de se réunir au gros de l'armée pour Toblation du sacrifice ; mais comme tous ceux dont elle était composée refusaient constamment de participer h cette cérémonie sacrilège, il les fit décimer, et les soldats sur lesquels tomba le sort lurent mis à mort. Les autres restèrent inébranlables, et s'entr'exhortaient à persévérer fidèlement dans leur religion. Cette première décimalion fut suivie d'une seconde, qui ne produisit pas plus d'effet. Tous les soldats de la légion qui vivaient encore s'écrièrent qu'ils n'obéiraient point, et qu'ils étaient résolus a tout souffrir plutôt que de trahir leur foi. Maurice, Exupère et Candide, leurs principaux officiers, ne contribuaient pas peu h les entretenir dans ces généreux sentiments. S. Euclier donne à S- Maurice le titre de primicerius, qui était la première dignité dans la légion, et qui revenait à peu près h celle de tribun ou de colonel. Exupère es! appelé camplductor ou major, et Candide sénateur des troupes.

L'empereur fit dire à la légion qu'il était de son plus grand intérêt de se rendre; qu'elle comptait m vain sur le nombre de ceux qui la composaient,

H qu'ils périraient tous s'ils persistaient dans leur

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désobéissance. Tous, animés par leurs officiers, envoyèrent h Maximien la réponse que nous allons rapporter en substance. « Nous sommes vos soldats, mais nous sommes aussi les serviteurs du vrai Dieu. Nous vous devons le service militaire et l'obéissance; mais nous ne pouvons renier celui qui est notre créateur et notre maître, comme il est aussi le vôtre dans le temps même que vous le rejetez. Tous nous trouverez dociles h vos ordres dans toutes les choses qui ne sont point contraires à sa loi. et notre conduite passée doit vous en répondre. Nous sommes prêts à nous opposer h vos ennemis en quelque lieu qu'ils soient; mais nous ne pouvons tremper nos mains dansle sang innocent. Nous avons fait serment h Dieu avant de vous le faire; vous fieriez-vous au second serment si nous allions violer le premier ? Vous voulez que nous punissions les chrétiens, et nous le sommes tous. Nous confessons Dieu le père, auteur de toutes choses, et Jésus-Christ son fils. Nous avons vu massacrer nos compagnons sans les plaindre, et nous nous sommes même réjouis du bonheur qu'ils avaient eu de mourir pour leur religion. L'extrémité à laquelle on nous réduit n'est point capable de nous inspirer des sentiments de révoHe. Nous avons les armes à la main; mais nous ne savons ce que c'est que de résister, parceque nous aimons mieux mourir innocents que de vivre coupables. »

La légion thébéenne était composée de plus de dix mille hommes bien armés, qui pouvaient du moins vendre leur vie bien cher; mais ils savaient qu'en rendant à Dieu ce qui est h Dieu il faut aussi rendre à César ce qui est h César, et ils montraient

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plus leur courage en mourant pour leur foi qu'ils n'auraient fait dans les entreprises les plus périlleuses. Maximien, désespérant d'ébranler leur constance, les fit investir par son armée, qui les massacra. Loin de faire la moindre résistance , tous mirent bas les ai mes, -et se laissèrent tranquillement ôter la vie. Ils s'exhortaient mutuellement à la mort, et il n'y en eut pas un seul qui se démentit. La terre était couverte de corps morts, et des ruisseaux de sang coulaient de toutes paris. Pendant que l'armée pillait ceux que l'on venait de massacrer arriva un soldat vétéran nommé Victor , qui n'était pas du même corps. Frappé d'indignation, il se retira sans vouloir prendre part à la joie publique. Les soldats étonnés lui demandèrent s'ilélaitaussi chrétien. Sur la réponse qu'il leur fit qu'il l'était et qu'il espérait l'être toujours, ils se jetèrent sur lui et le massacrèrent. Lrsus et Victor, qui étaient de la légion thébéenne, mais qui s'étaient écartés du corps, furent martyrisés à Solodora ou Solcure , et l'on y garde encore leurs reliques. Octave, Adventitius et Solutor souffrirent à Turin vers le même temps. Ils ont été célébrés dans les sermons de S. Maxime , et dans les poèmes d'Ennodc de Pavie Fortunat appelle ces saints martyrs dcl' lie arc us e légion. Leur fête est marquée en ce jour dans les martyrologes de S. Jérôme , de Bèdc , etc. S. Eucher dit en parlant de leurs reliques, qui étaient de son temps à Agaune : « On vient de différentes provinces honorer les précieux restes de ces saints, et leur offrir des présents d'or, d'argent, ^tc. Je leur offre a\ec humilité ce monument de ma plume; je les prie de m'obtenir parleur intercession le pardon

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de mes péchés , et de me continuer le secours de leur protection. » Entre autres miracles opérés par la vertu de leurs reliques, qu'il rapporte, il fait mention d'une femme qui avaitété guérie d'une paralysie, et qu'il dit porter son propre miracle avec elle.

Les corps de S. Maurice et de ses compagnons furent découverts a Agaune, plusieurs années après leur martyre, par Théodore, évêqued'Octodurum. C'est ce qu'on lit a la fin des Actes de ces saints par S. Euchcr. et dans d'autres auteurs. Ce Théodore est le saint de ce nom qui assista avec S. Ambroise au concile d'Aquilée en 081, et qui se déclara contre Pallndc, infecté de l'hérésie d'Arius. Il y a eu un autre Théodore, évoque d'Oclodurum. Il était contemporain d'Ambroise,„qui fut abbé d'Agaune en 1 5 16, et qui aida au roi Sigismond à bâtir ce monastère. II peut aussi avoir découvert une partie des reliques des saints martyrs. Les légendes des anciens bréviaires de Sion, de Genève et de Lausanne ont confondu les deux Théodore dont nous parlons, et quelques autres évoques. Lorsque le roi Sigismond fit réparer le monastère d'Agaune, en 5i 5, les corps do S. Maurice, de S. Exupère, de S. Candide et de S. Victor furent déposés dans l'église d'Asrannc, bâtie par les libéralités de ce prince. Il est probable que les fidèles avaient enterré h part les principaux officiers de la légion. S. Evoldc, évèque de Vienne , qui mourut en 71 5, lit élever une église sous l'invocation des saints martyrs, et y mit une portion considérable de leurs reliques, crtume nous l'apprenons de la chronique et du martyrologe d'Adon, quiétait delà même ville. Il paraît que S. Théodore établit une communauté de

prêlres pour desservir l'église d'Agaune, lorsqu'on lit la première découverte des saintes reliques. On lit dans les Actes de la fondation du monastère par le roi Sigismond que les laïques vivaient mêlés avec les prêtres, et que l'abbaye fut bâtie pour parer h cet inconvénient. Le monastère d';\gaune (aujourd'hui de Saint-Maurice) est encore très riche en reliques des saints martyrs, malgré les distributions qui en ont été faites. 11 y a dans la cathédrale de Sion une magnifique chapelle dédiée en l'honneur de S. Maurice , qui est le principal patron de tout le Valais.

On trouva en îfâç), au village de Schoz, qui est environ à deux lieues de Lucerne, deux cents corps des compagnons de S. Maurice. On y avait fondé long-temps auparavant une chapelle connue par ses privilèges et par de grandes indulgences. Le père Chardon , jésuite , a donné l'histoire des miracles qui s'y étaient opérés par l'intercession de S. Maurice et de ses compagnons.

Ces saints sont honorés dans un grand nombre d'églises de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et de Portugal. S. Maurice est depuis plusieurs siècles le principal patron de la maison royale de Savoie.

Amédée, duc de Savoie, ayant quitté la souveraineté, alla mener la vie érémitique h Richepaille, lieu situé sur le bord du lac de Genève et environné de bois et de rochers. Il fut suivi par six gentilshommes, tous veufs et âgés chacun de plus de soixante ans. Il les enrôla soldats de S. Maurice et s'appela leur doyen. Tous portaient des croix d'or sur la poitrine. Leur habit était simple et à peu

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près semblable h celui des pèlerins ou des ermites. Àmédée leur donna des règles et fonda deux maisons, l'une pour eux et l'autre pour les chanoines réguliers, qui étaient gouvernés par un abbé, et chargés de faire l'office divin. Telle fut l'origine de Tordre militaire de Saint-Maurice, dont le roi de Sardaigneest grand-maîire. Les chevaliers ne peuvent se marier qu'une fois sans dispense. L'ordre, dans l'état où il est présentement, fut institué par Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et le pape Grégoire XIII l'approuva et le confirma en 1072.

Agaune, nommé aussi S. Maurice, passa des rois de Bourgogne h la maison de Savoie, dans le onzième siècle ; mais cette ville fut enlevée à Charles, père d'Emmanuel Philibert, par François Ier, roi de France, conjointement avec les Suisses et les Genevois. La république du Valais, alliée de celle de Genève et des cantons Suisses, en prit possession. Par un des articles du traité de paix qui fut alors signé, le duc de Savoie consentit de céder la souveraineté de Saint-Maurice et de quelques autres places a condition qu'on transporterait à Turin les reliques des martyrs de la légion thébéenne. L'évèque de Sion, protecteur et gouverneur de la république, envoya dire aux habitants de Saint Maurice de se conformer à l'article du traité qui avait été ratifié par le serment des puissances intéressées. L'évèque d'Àoste, accompagné d'une suite nombreuse, se présenta au duc de Savoie, et demanda les reliques des saints martyrs. La consternation se répandit dans toute la ville. Les habitants offrirent en échange des troupes et de l'argent, et tâchèrent de mettre le ciel dans leurs in-

térêts en indiquant un jeune général et des prières publiques; ils jurèrent même au pied de l'autel de sacrifier leurs vies plutôt que de se laisser enlever le précieux trésor qu'ils possédaient. Lévêque d'Àosteles menaça inutilement des plus sévères châtiments. Enfin il se réduisit h leur demander la moitié des saintes reliques, ce qui lui fut accordé. Ayant reçu les sacrés ossements des martyrs, il les porta solennellement à Turin. Les évoques deVerceil et d'Yvrée, suivis de leur clergé, des gouverneurs des villes et d'un grand nombre de soldats et de musiciens qui chantaient les louanges du Seigneur, assistèrent aussi a la cérémonie. Quand on fut à un mille de Turin tous les ordres de la ville vinrent au devant des saintes reliques, qu'on déposa dans la cathédrale. La duchesse de Savoie avec ses enfants prit parte la fête, qui dura trois jours. On renferma les reliques dans deuxmagnifiques châsses d'argent, le 16 janvier 1081. Le duc Charles Emmanuel, dans un édit du i5 août i6oô, où il rapportait toutes les faveurs qu'il avait obtenues par l'intercession de S. Maurice, ordonna de célébrer sa fête le 2?. septembre, et défendit sous les peines les plus sévères de travailler ce jour-là. Vincent, duc de Mantoue, fit la même chose en reconnaissance de ce que, par l'intercession du saint, il n'était pas mort de six balles de mousquet dont il avait été blessé- en combattant contre les Turcs en Hongrie.

Nous apprenons de l'exemple des martyrs à nous former une juste idée du courage. Le devoir et la vertu en sont le fondement. Celui qu'il anime entreprend de grandes choses, et supporte les plus rudes épreuves, uniquement par le motif du devoir.

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Lorsqu'il s'agit de conserver son innocence il n'y a point de sacrifice qui lui coûte, et il envisage les plus affreux tourments avec intrépidité. Cette disposition de l'ame, qui inspire des sentiments si héroïques et qui ne se dément dans aucune circonstance, ne peut avoir sa source que dans la religion chrétienne; d'elle dérivent plusieurs vertus, surtout la patience, la douceur et l'humilité. Un héros chrétien aime ses ennemis, fait du bien h ceux qui le persécutent, supporte les affronts avec joie, et est prêt a céder sa tunique à celui qui veut lui enlever son manteau.

S. CRESPIN ET S. CRESPNIEN,

MARTYRS A SOISSO.NS.

(25 octobre.)

Les noms de S. Crespinet S. Crespinien sont très célèbres dans l'Eglise de France. Ils vinrent de Rome au milieu du troisième siècle, avec S. Quentin et d'autres hommes apostoliques, pour prêcher la foi dans les Gaules. Arrivés à Soissons, ils y fixèrent leur demeure. Le jour ils annonçaient Jésus- Christ, et la nuit ils travaillaient à se procurer de quoi subsister. On dit qu'ils choisirent la profession de cordonnier quoiqu'ils fussent l'un et l'autre d'une famille distinguée. On ajoute qu'ils étaient frères. Leurs instructions, fortifiées par la sainteté de leur vie, convertirent un grand nombre d'idolâtres. Il y avait plusieurs années qu'ils vivaient de la sorte lorsque l'empereur Maximien Hercule vint dans la Gaule -Belgique. Ce prince, auprès duquel on les

S. CRESPIN ET S. CRESPINIEN. 1^9

avait accusés, les fit arrêter; voulant s'attirer les bonnes grâces de leurs accusateurs et satisfaire son penchant naturel à la superstition et à la cruauté, il ordonna qu'ils lussent conduits devant Riclius Varus, ou Rictio Tare, le plus implacable ennemi qu'eût alors le christianisme. Rictio-Varc, d'abord gouverneur de cette partie de la Gaule, était parvenu h la dignité de préfet du prétoire. On appliqua les deux saints à de cruelles tortures, qu'ils souffrirent avec une constance admirable. Enfin ils furent condamnés à perdre la tête, en 287. Ils sont nommés dans les martyrologes de S. Jérôme, de Bède , dcFlorus, d'Àdon, d'Lsuard, etc. On bâtit à Soissons, dans le sixième siècle, une grande église sous leur invocation, et S. Eloi enrichit leur châsse de divers ornements.

L'exemple des saints confond celle multitude de chrétiens qui cherchent dans les obligations de leur état des prétextes pour se dispenser de tendre à la perfection. Leur corruption et leur lâcheté leur en, fournissent malheureusement un grand nombre. Mais ce qui cause leur perte devenait un moyen de salut pour les saints. Combien parmi eux ont exercé la même profession que nous, se sont trouvés dans des circonstances semblables, ont eu les mêmes devoirs à remplir! Ils ont été des saints pareequ'en rapportant à Dieu les fonctions de leur état ils se sont appliqués à mourir à eux-mêmes , qu'ils ont correspondu fidèlement à la grâce, qu'ils ont eu soin d'entretenir dans leurs ames l'esprit de ferveur et d'oraison, qu'ils se sont exercés à la pratique de toutes les vertus, que la volonté divine a été la règle de toutes leurs actions. Marchons donc sur leurs tome ir. 8

1ÔO S. CRESPIN ET S. CRESPINIEN.

traces; comme eux remplissons nos devoirs dans la vue de plaire h Dieu, ennoblissons par un motif surnaturel nos actions les plus communes, aimons la prière, mortifions nos sens et nos inclinations, méditons la loi du Seigneur et gravons dans nos cœurs de vifs sentiments de piété et de religion.

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