‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 6 sur 104 · SS. PIERRE DE LA.MPSAQUE , ETC · texte numérisé non relu

SS. PIERRE DE LA.MPSAQUE , ETC

répondît-elle, je suis chrétienne, et c'est pour cela que je plains le sort de ce misérable, qui pour n'a voir pas voulu souffrir encore un moment s'est attiré une éternité de peines. Sacrifiez, reprit Optimus, autrement vous serez exposée dans un lieu de prostitution, puis brûlée toute vive. » Les menaces étant inutiles, il la remit entre les mains de deux jeunes débauchés, qui la conduisirent dans leur maison. Elle résista si fortement à leur brutalité qu'elle leur ôta toute espérance de succès. "Vers le milieu de la nuit un jeune homme tout resplendissant de lumière parut clans la maison oùjls étaient renfermés. Frappés de terreur, ils se jetèrent aux pieds de la sainte, qui les fit relever et les rassura en leur disant : « Vous avez vu mon gardien et mon prolecteur. »Lh-dessus ils la supplièrent d'intercéder pour eux afin qu'il ne leur arrivât aucun mal.

Le lendemain la populace, animée par les prêtres de Diane, environna la maison du proconsul, demandant avec de grands cris qu'on lui livrât Paul et André. Optimus afin d'apaiser le tumulte se fit amener les deux martyrs et leur ordonna de sacrifier, ce qu'ils refusèrent l'un et l'autre. Il les condamna donc à être fouettés, puis les livra au peuple pour être lapidés. On les lia par les pieds, et on les traîna ainsi hors de la ville.

Pendant l'exécution Denyse apprit ce qui se passait. Elle s'échappa de ses gardes et courut toute en pleurs au lieu où le peuple était assemblé. Elle s'écria en adressant la parole aux martyrs: « Je veux mourir avec vous sur la terre afin de pouvoir \ivrc éternellement avec vous dans le ciel. » Le

proconsul, instruit de la manière dont elle avait conservé sa chasteté et dont elle s'était échappée, ainsi que du désir qu'elle avait de la mort, la fit séparer de Paul et d'André, et donna des ordres pour qu'on la décapitât à quelque distance ; ce qui fut aussitôt exécuté.

S. SATlîRiMN,

ÉVEQUE DE TOULOUSE, MARTI?,, (29 novembre.;

S. Saturnin, vulgairement appelé S. Sernin,vint de Rome prêcher la foi dans les Gaules. Il y fut envoyé par le pape S. Fabien vers l'an §45, quelque temps après l'arrivée de S. Trophime, premier évêque d'Arles. Ce fut en 25o, sous le consulat de Dèce et de Gratus, qu'il fixa son siège épiscopal a Toulouse , capitale des Teclosages , dont Jules César avait fait une colonie romaine.

Nous apprenons de Fortunat que S. Saturnin convertit un grand nombre de païens par ses prédications et ses miracles. C'est tout ce que nous savonsde lui, jusqu'au temps de son martyre.

L'auteur de ses Actes, qui écrivait environ cinquante ans après sa mort, rapporte qu'il assemblait son troupeau dans une petite église, et que le Capitole, le principal temple des idoles, était sur le chemin qui conduisait de sa demeure à son église. C'était dans ce temple que se rendaient les oracles : mais la présence du saint, qui passait par là, rendit les démons muets. Les prêtres, persuadés que ie silence de leurs dieux n'avait point d'autre cause,

épièrent le moment où Saturnin passait, se saisirent de sa personne et le conduisirent dans le temple en lui déclarant qu'il fallait ou qu'il sacrifiât pour réparer son impiélé prétendue, ou qu'il l'expiât par son sang. « Que me proposez-vous, répondit le saint avec une généreuse liberté ? J'adore un seul Dieu, et je suis prêt a lui offrir un sacrifice de louange. Vos dieux ne sont que des démons ; ils sont bien plus jaloux du sacrifice de vos aines que de celui de vos victimes. Pourrais -je les craindre, eux que je fais trembler devant un chrétien? » Cette réponse excita la fureur des idolâtres: ils firent souffrirait saint toutes les indignités qu'un zèle aveugle peut inspirer. Enfin ils l'attachèrent par les pieds à un taureau qu'on avait amené pour le sacrifice. L'animal qu'on avait irrité traîna le martyr avec tant de violence qu'on vit bientôt la cervelle sauter de la tête et les entrailles sortir du corps. Mais son ame affranchie de ses liens s'envola dans le royaume de paix et de gloire. Le taureau continuant de le traîner, ses membres se détachèrent, et les rues furent teintes de son sang. La corde s'étant rompue. le tronc du saint resta dans la plaine, qui était hors des portes de la ville. Deux femmes chrétiennes ramassèrent ce qu'elles purent, retrouver de son corps; puis, l'ayant renfermé dans une bière, elles le mirent dans une fosse profonde pour le dérober plus sûrement aux insultes des païens. Les reliques de S. Saturnin restèrent en cet état jusqu'au règne de Constaniin-le-Grand.

Hilaire, alors évoque de Toulouse, fit bâtir une petite chapelle sur le corps de son saint prédécesseur. Sylvins, évèque de la même ville, vers la fia

du quatrième siècle, jeta les fondements d'une église magnifique en l'honneur du saint martyr; Exupèrc,son successeur, l'acheva, en fit la dédicace et y transféra les reliques du saint apôtre de Toulouse. Ce précieux trésor s'y garde encore avec vénération.

Qnelqucs-uns diffèrent le martyre de S. Saturnin jusqu'à la persécution de Yalérien en 257 ; et ils s'appuient sur ce qu'il est dit qu'il fonda une église nombreuse, et qu'il bâtit un temple au vrai Dieu. Mais nous répondons que tout cela put se faire dans l'espace de cinq ans. Nous ne pensons donc pas qu'on doive rejeter l'ancienne tradition de l'Eglise de Toulouse, laquelle place le martyre de S. Saturnin sous le règne de Dèce en 2 5o : tradition d'ailleurs confirmée par plusieurs écrivains estimables.

Le martyrologe romain fail'mention d'un autre S. Saturnin en ce jour. Celui-ci fut décapité à Rome pour la foi, avec S. Sisinius, sous le règne de Dioclétien en 5o4, et fut enterré à deux milles de la ville sur la voie Nomentanè.

L'esprit dont furent animés les premiers apôtres des différentes nations nous donne l'idée d'un vrai disciple de Jésus-Christ. Qu'était-ce qu'un chrétien dans ces heureux temps ? C'était un homme vivement pénétré du sentiment de son néant, courageux cependant et magnanime dans son humilité: un homme que son détachement des choses créées élevait au dessus du monde; qui maîtrisait ses sens par la mortification et qui était mort à lui-même ; qui n'avait d'autre intérêt que celui de la gloire de Jésus-Christ; qui était doux et affable, patient, rem-

2l> S. BABYLAS.

pli de tendresse et de charité pour le prochain, bridant de zèle pour la religion, toujours prêt à voler dans les régions les plus éloignées pour porter la lumière de la foi aux infidèles, et à verser son sang pour la défense de la vérité du christianisme. De telles dispositions , constamment soutenues par une vie qui y était conforme, sont quelque chose déplus grand et de plus étonnant encore que les signes extérieurs et les miracles. Quelle merveille, si les hommes que nous venons de dépeindre ont converti un monde idolâtre, ont soumis au joug de l'Évangile des cœurs attachés a la terre et plongés dans toutes sortes de vices, ont enfin fait aimer et pratiquer une religion qu'ils prêchaient encore plus efficacement par leurs actions que par leurs discours !

ÉVEQTJE d'aNTIOCHE ET MARTYR.

(24 janvier. )

S. Babylas, qui succéda à Zéhin en eSy, a été après S. Ignace le plus célèbre des anciens ôvêques d'Antioche. Il gouverna l'Eglise de cette ville avec autant de zèle que de vertu, environ l'espace de treize ans-, sous les empereurs Gordien, Philippe et Dèce. Philippe, selon la chronique d'Alexandrie, étant arrivé a Antioche la veille d'une grande fête, se présenta avec l'impératrice, sa femme, pour entrer dans l'église des chrétiens ; mais Babylas lui en refusa l'entrée à cause de ses crimes, dont il lui fit sentir l'éncrmité, sans s'écarter toutefois des règles

d'une modération respectueuse. L'empereur, après Yexomologèse ou confession de ses fautes, se mit au rang des pénitents publics, et resta à la porte de l'église.

La paix dont l'Eglise jouissait sous le règne de ce prince multiplia le nombre des chrétiens; des villes entières se convertirent, et l'on éleva des temples où l'on adorait publiquement Jésus-Christ. Mais nous voyons dans les ouvrages de S. Cyprien et dans la vie de S. Grégoire Thaumaturge que cette paix fut aussi l'occasion du relâchement de plusieurs fidèles. Dieu permit une persécution, qui fut la septième générale, pour purifier ses saints, et pour réveiller la ferveur des âmes tièdes. Elle fut allumée en 2Ôo par l'empereur Dèce, qui s'était frayé mie route a la souveraine puissance par l'assassinat des deux Philippe, père et fils.

En 55 1 le césar Gallus fit transférer le corps de S. Babylas au bourg de Daphné, à deux lieues d'Antioche. Son dessein était de remédier aux abominations par lesquelles on prétendait hcihorer Apollon, qui rendait des oracles dans ce lieu. Il consacra auprès du temple d'Apollon une église au vrai Dieu, sous l'invocation de S. Babylas, et y mit ses reliques renfermées dans une châsse, qui était élevée hors de terre. Le voisinage du martyr rendit le démon muet. Ce fait est attesté par S. Chrysostome, Théodoret, Sozomène, et plusieurs célèbres écrivains de l'antiquité, lesquels prennent de là occasion de triompher des païens.

Julien l'Apostat, étant venu à Antioche en 062, offrit un grand nombre de sacrifices à l'idole d'Apollon , afin d'apprendre la cause de son silence: h

démon répondit à la fin qu'il ne pouvait parler jusqu'à ce qu'on eût enlevé les cadavres dont le voisinage était rempli. Julien entendit a demi-mot, et sans touchera aucun des autres morts il ordonna aux chrétiens d'ôter la châsse où était renfermé le corps de S. Bahylas. Les chrétiens mirent sur un char la châsse du saint martyr, qu'ils conduisirent comme en triomphe à Antioche. Dans la marche on chantait des psaumes qui peignent la vanité et l'impuissance des idoles , et la multitude répétait après chaque verset : Que tous ceux qui adorent les ouvrages de sculpture et se glorifient dans leurs idoles soient couverts de confusion.

La nuit suivante le tonnerre tomba sur le temple d'Apollon : les magnifiques ornements de cet édifice furent réduits en cendres, aussi bien que l'idole; les murailles seules furent épargnées. A cette nouvelle Julien, oncle de l'empereur et gouverneur d'orient , accourut à Daphné. Il fit souffrir de cruelles tortures aux prêtres pour découvrir si cet accident venait de leur négligence ou des chrétiens. Ces malheureux dirent constamment qu'on ne devait s'en prendre qu'au feu du ciel , et il vint des paysans d'alentour qui attestèrent qu'ils avaient vu tomber la foudre.

L'empereur n'osa faire relever son idole, de peur <[ue le feu du ciel ne tombât sur sa propre tête ; mais l'humiliation que le paganisme venait de recevoir le rendit furieux contre les chrétiens, surtout contre ceux d'Antiochc, et il se promettait bien de se venger à son retour de la guerre de Perse : mais Dieu se joue des projets insensés de ses ennemis. Julien périt misérablement dans son expédition

contre les Perses, et le temple d'Apollon resta plus de vingt ans dans le même état.

Le martyrologe romain, celui de S. Jérôme et ceux d'Occident font mémoire de S. Babylas au 24 janvier. Les Grecs l'honorent le 5 septembre, avec trois enfants qui souffrirent le martyre avec lui. comme nous l'apprenons de S. Chrysostome. On prétend que le corps de S. Babylas est aujourd'hui à Crémone, où il fut apporté d'Orient durant les croisades. S. Babylas est patron de plusieurs églises en France, en Espagne et en Italie.

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