‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 7 sur 104 · VIERGE ET MARTYRE · texte numérisé non relu

VIERGE ET MARTYRE

(5 février.)

Les villes de Palerme et de Catane en Sicile se disputent l'honneur d'avoir donné au monde une sainte aussi célèbre ; mais cette dispute n'intéresse guère ceux qui, en imitant ses vertus et en implorant sa protection, travaillent à devenir un jour ses concitoyens dans le ciel. Tout le monde s'accorde à dire qu'elle reçut la couronne du martyre à Catane en 25 1, durant la persécution de Dèce, ce prince étant consul pour la troisième fois. Quoique issue d'une maison noble et illustre, elle s'était consacrée à Dieu dès ses tendres années, et avait généreusement triomphé de tous les assauts qui furent livrés a sa chasteté. Quintien, homme consulaire, instruit de la beauté et des immenses richesses d'Agathe, se flatta qu'il pourrait satisfaire son impudicité et son avarice par le moyen des édits tome il. 5

que l'empereur avait portes contre les chrétiens , il ordonna donc qu'on se saisît de sa personne et qu'on la conduisît devant son tribunal aCatanc.La jeune vierge se voyant livrée aux persécuteurs fit cette prière : « Jésus-Christ, souverain Seigneur de toutes choses, vous voyez mon cœur, vous savez quel est mon désir; soyez le seul possesseur de tout ce que je suis. Vous êtes mon pasteur, ô mon Dieu! et je suis votre brebis; rendez moi digue de vaincre le démon. «Elle ne cessa le long du chemin de demander avec la plus vive instance le courage dont elle avait besoin pour confesser sa foi. Lorsqu'elle fut arrivée Qnintien la fit remettre entre les mains d'une méchante femme nommée Aphrodisie, qui vivait ainsi que ses filles dans un libertinage public. Il est aisé de juger des épreuves que la vertu de notre sainte eut a souffrir; mille morts lui auraient paru plus supportables que la situation terrible où" elle se trouvait. Cependant elle ne perdait point courage ; elle se confiait en la bonté de Dieu, qu'elle implorait continuellement avec des torrents de larmes. Sa prière fut exaucée; sa chasteté ne reçut aucune atteinte durant le mois qu'elle passa dans la maison d'Àphrodisie.

Quinlien, informé de la constance d'Agathe, la fit amener devant lui. Toute la réponse qu'il put tirer d'elle dans le premier interrogatoire fut que la vraie noblesse et la vraie liberté consistaient h servir Jésus-Christ. Le juge, irrité de sa fermeté, ordonna qu'on la reconduisît en prison, après qu'on lui eut meurtri le visage de soufflets. Elle y entra avec joie, en recommandant à Dieu le succès du combat qu'elle était sur le point de soutenir pour sa gloire.

SAISTE AGATHE. Ol

On la ramena le lendemain devant le juge, qui, trouvant en elle le même courage, la fit étendre sur le chevalet, où elle souffrit la plus horrible question. Quintien, furieux de se voir vaincu parla patience héroïque de la sainte, commanda qu'on la tourmentât long-temps aux mamelles et puis qu'on les lui coupât. L ne cruauté aussi inouïe lui attira ce juste reproche de la part d'Agathe: « Cruel tyran, ne devrais-tu pas rougir de me faire cette injure, toi qui as sucé les mamelles de ta mère?» Le juge la renvoya ensuite en prison avec défense de panser ses plaies et de lui donner aucune nourriture : mais le Seigneur se joue des pensées des hommes; il daigna lui-même être son médecin. S. Pierre lui étant apparu dans une vision la consola, guérit ses plaies et remplit lecachot d'une lumière éclatante.

Quatre jours après Quintien l'envoya chercher, et, sans être touché d'une guérison si miraculeuse, il la fit rouler toute nue sur des morceaux de pots cassés, mêlés avec des charbons ardents. Quand elle eut souffert ce supplice il ordonna qu'elle fût remise en prison. Agathe y étant arrivée adressa cette prière au Dieu des martyrs et à l'époux des vierges : « Seigneur mon Dieu, vous m'avez toujours protégée dès le berceau. C'est vous qui avez déraciné de mon cœur l'amour du monde etquî m'avez donné la patience nécessaire pour souffrir ; recevez maintenant mon esprit. «Elle expira en finissant cette prière. Son nom, qui a été inséré dans le canon de la messe, se trouve dans le calendrier de Carthage qui est de l'an 55o, et dans tous les martyrologes des Grecs et des Latins. Vers l'an 5oo le pape Symmaque fit bâtir une église de sou

nom sur la voie Aurélienne près de Rome. S. Grégoire-le-Grand enrichit de ses reliques une église de Rome qu'il avait purgée de l'impiété arienne ; cette église avait été rebâtie en 460 par Ricimer, général de l'empire d'occident. En 726 Grégoire II en fit une nouvelle sous l'invocation de la même mainte. Clément VIII la donna à la congrégation de Ja doctrine chrétienne. S. Grégoire-le-Grand mit des reliques de sainte Agathe dans l'église du monastère de Saint-Etienne ; mais la plus grande parlie de ce précieux trésor resta h Catane jusque vers l'an 1040, qu'il fut transféré a Constanlinople. On i'a depuis rapporté à Catane, comme nous l'apprenons de Maurice, évêque de cette ville, lequel a écrit l'histoire de cette translation arrivée de son ïemps. Les éruptions du mont Etna, qui menaçaient Catane d'une ruine prochaine, ont été plusieurs fois arrêtées par le voile de sainte Agathe que l'on portait en procession. Les Maltais, qui honorent la même sainte comme leur patronne, furent redevables de leur salut à son intercession lorsque lc> Turcs les attaquèrent en 1 55i.

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