‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 75 sur 104 · LES QUARANTE MARTYRS DE SÉEASTE · texte numérisé non relu

LES QUARANTE MARTYRS DE SÉEASTE

du froid. Il y avait auprès des murailles delà ville un étang tellement glacé que les gens de pied et les chevaux pouvaient sans risque passer dessus. Le gouverneur ordonna que les saints y fussent exposés tout nus pendant la nuit ; et, afin de les tenter plus vivement par la facilité du remède, il fit préparer un bain chaud h une petite distance de l'étang, pour réchauffer ceux qui voudraient sacrifier. Les martyrs n'eurent pas plus tôt entenduprononcer la sentence qu'ils coururent avec joie h l'étang; ils ôtèrent eux-mêmes leurs habits et s'encouragèrent mutuellement au combat en se disant l'un à l'autre qu'une mauvaise nuit leur vaudrait une éternité de bonheur. Us faisaient tous ensemble cette prière : «Seigneur, nous sommes entrés quarante au combat, ne permettez pas qu'il y en ait moins de quarante de couronnés : qu'il n'en manque pas un du nombre que vous n'avez point limité sans dessein. » Les gardes de leur côté ne cessaient de les exhorter à obéir au prince afin qu'on leur accordât la permission d'entrer dans le bain chaud.

Malheureusement il y en eut un de cette sainte troupe qui se laissa gagner par les païens : il quitta son poste comme un déserteur., et alla se jeter dans le bain chaud ; mais à peine y fut-il entré qu'il expira, Dieu n'ayant pas permis qu'il jouît longtemps du fruit de son apostasie. Ses compagnons, sensiblement affligé de sa chute, ne tardèrent pas à en être consolés par un événement tout à fait merveilleux. Il y avait un garde qui se chauffait près du bain et qui avait ordre d'observer si quelqu'un des martyrs ne changerait point de résolution. Tandis qu'il était tout occupé de ce soin il

ôSo LES QUARANTE MARTYRS DE SÉBASTE.

fut frappé d'un spectacle extraordinaire. Il vit des esprits célestes qui descendaient du ciel, et qui, comme de la part de leur roi, distribuaient de magnifiques récompenses h ces généreux soldats; il y en eut toutefois un d'excepté, et c'était celui qui avait lâchement trahi sa foi. Le garde, louché de la vision céleste, se convertit, et après avoir quitté ses habits alla se joindre aux trente-neuf autres martyrs en criant qu'il était chrétien comme eux. Ceci, remarque S. Ephrem, est bien propre h nous faire adorer les, voies incompréhensibles de la miséricorde et de la justice de Dieu sur les hommes.

Le jour étant venu, le juge ordonna qu'on les mît sur des chariots et qu'on les jetât dans le feu. Ils étaient tous morts ou mourants, excepté le plus jeune, qu'on trouva encore plein de vie. Les bourreaux le laissèrent dans l'espérance qu'on pourrait le faire changer : mais sa mère, qui était présente, ne put souffrir celte fausse pitié qu'on avait pour son fils ; elle osa même en faire des reproches aux bourreaux. Celte généreuse femme était une veuve de basse extraction, mais enrichie de tous les trésors de la foi. Elle approcha de son fils , l'exhorta h persévérer, puis , l'ayant pris ellemême entre ses bras, elle le mit dans le chariot avec les autres martyrs : « Va, va, mon fils, lui ditelle, achever cet heureux voyage avec tes camarades afin que tu ne le présentes pas à Dieu le dernier. » Elle prononça ces paroles sans répandre une seule larme, et accompagna le chariot jusqu'au bûcher avec un visage plein de joie.

Après que les corps des saints martyrs eurent été brûlés, on jela leurs cendres dans le fleuve : il

en resta pourtant une partie aux chrétiens, qui les enlevèrent secrètement ou les achetèrent h prix d'argent. La ville de Césaréc avait de ces précieuses reliques, et S. Basile les regardait comme un boulevard assuré contre les attaques des ennemis les plus formidables. Le même père ajoute qu'elles avaient îa vertu de relever ceux qui étaient tombés, de fortifier les faibles et d'augmenter la ferveur des fidèles. S. Basile, père du saint docteur dont nous venons déparier, et sainte Emmélic, sa mère, S. Grégoire de Nysse , S. Pierre de Sébaste et sainte Macrine se procurèrent une partie des reliques de nos saints martyrs. Sainte Emmélie en mit dans l'église qu'elle fit bâtir près du village d'Annessès; on les y reçut avec une grande solennité, et S. Grégoire rapporte les miracles qui s'opérèrent en cette occasion. « Ce dernier enterra ses parents auprès des reliques des saints martyrs, afin qu'ils pussent un jour ressusciter avec ceux dont ils avaient imité la foi. Il avait, disait-il, des preuves incontestables de leur crédit auprès de Dieu. »

PATRIARCHE d'aLEXANDRIE.

(26 février.)

S. Alexandre succéda a S. Achillas sur le siège d'Alexandrie en 5i3. C'était un homme d'une vie irréprochable, d'une doctrine vraiment apostolique, plein de zèle, de ferveur, d'affabilité et de charité pour les pauvres. Il n'ordonnait que de saints ministres, et les tirait ordinairement du corps de ceux

qui s'étaient dévoués aux exercices de la vie solitaire. Il fut fort heureux dans le choix des évoques qu'il mit en différentes villes d'Egypte. Le démon, furieux de voir diminuer chaque jour son empire parla vertueuse conduite que tenait Alexandre, et surtout par le discrédit général où l'idolâtrie tombait, entreprit de réparer ses pertes en suscitant une hérésie qui sapât le christianisme par ses fondements. Arius, prêtre d'Alexandrie, fut l'instrument dont il se servit pour l'exécution de ses desseins.

Cet hérésiarque était fort versé dans la connaissance des lettres humaines et dans la dialectique. Il avait tout ce qu'il fallait pour séduire, un extérieur mortifié et des manières insinuantes ; mais dans le fond c'était un hypocrite dominé par l'orgueil, la vaine gloire, l'ambition et la jalousie. Habile dans l'art funeste de paraître ce qu'il n'était pas, il cachait sous une modestie affectée un cœur fourbe et capable de tous les crimes. L'an 000 de Jésus-Christ, il avait pris le parti du schismatique Mélèce, évèque de Lycopolis, contre S. Pierre, patriarche d'Alexandrie ; il le quitta ensuite, et parut donner des marques si sincères de repentir que S. Pierre lui-mêmel'ordonna diacre. Quelque temps après il osa se rendre l'accusateur de son propre évêque, et les troubles qu'il excita à l'occasion des méléciens allèrent si loin qu'il fut chassé pour toujours de l'Eglise. Il parut encore rentrer en luimême sous S. Achillas , qui, trompé par de fausses apparences, l'admit h la communion, l'ordonna prêtre et le fit curé d'un des quartiers d'Alexandrie, nommé J3aucale, Comme il avait prétendu àl'épis-

S. ALEXANDRE, PATRIARCHE. ï>85

copat après la mort de S. Achillas , il ne put souffrir qu'Alexandre lui eut été préféré, aussi devintil dès lors son plus mortel ennemi. Ne trouvant rien a reprendre dans ses mœurs , il se mil à calomnier sa doctrine et à en enseigner une toute contraire qui anéantissait la divinité de Jésus- Christ. Il ne la débita d'abord que dans les entretiens particuliers ; mais, se voyant appuyé d'un grand nombre de sectateurs, il la prêcha publiquement en 319. Il disait avec Ebion , Artémas et Théodote, que Jésus Christ n'était point véritablement Dieu. A ce blasphème il en ajoutait d'autres qui lui étaient particuliers ; savoir, que le fils de Dieu était une créature tirée du néant; qu'il y avait eu un temps où il n'existait point, qu'il était capable de pécher. Il adoptait encore toutes les autres impiétés qui suivaient de ces détestables principes. S. Athanase l'accuse d'avoir aussi enseigné que Jésus-Christ n'avait point d'autre ameque cette divinité créée ou substance spirituelle faite avant le monde : d'où il suivait que le Yerbe avait souffert sur la croix, qu'il était descendu aux enfers, et qu'il était ressuscité des morts. Arius engagea dans ses erreurs deux curés d'Alexandrie , un grand nombre de vierges, douze diacres , sept prêtres et deux évoques.

Gollulhus un des curés d'Alexandrie, prêcha avec plusieurs de ses confrères contre la nouvelle hérésie. Le peuple se partagea : les partisans d Arius furent appelés ariens; ceux-ci donnèrent aux catholiques le nom de collulhiens. S. Alexandre, vivement touché du progrès de l'erreur, n'y opposa d'abord que cette douceur qui lui était na-

284 s« ALEXANDRE, PATRIARCHE.

turelle. Il croyait que des exhortations dictées par un esprit de modération pourraient gagner Arius. Plusieurs catholiques désapprouvèrent une telle conduite parcequ'ils n'en pénétraient pas les motifs. Colluthus même par un zèle mal entendu en prit occasion de se séparer de son évêque et de tenir des assemblées à part. Heureusement ce schisme ne dura pas, et celui qui en avait été l'auteur revint au centre de l'unité. Cependant le parti d' Arius grossissait tous les jours. Le patriarche, voyant donc l'inutilité des moyens dont il avait fait usage jusque alors, cita l'hérésiarque h comparaître dans une assemblée composée du clergé d'Alexandrie. Il y vint, mais sur le refus qu'il fit de renoncer à sa doctrine impie il fut excommunié avec ses sectateurs. La sentence de notre saint fut confirmée par un concile tenu à Alexandrie sur la fin de l'année 020. Ce concile était composé de cent un évoques , qui, indignés d'entendre Arius répéter ses blasphèmes et y en ajouter de plus horribles encore, dirent anathème et à lui et à ses partisans.

Arius resta quelque temps caché dans Alexandrie; mais ayant été découvert, il prit la fuite et se retira en Palestine, où il gagna Eusèbe de Césarée, Théognis de Nicée et Eusèbe de Nicomédie. Le dernier lui rendit de grands services par l'ascendant qu'il avait sur l'esprit de Constantin ou plutôt de Constantie, sa sœur. Nous apprenons de Constantin lui-même que l'évêque de Nicomédie était un intrigant rempli d'orgueil et d'ambition. Un tel homme était fait pour être hérésiarque, et avec le crédit qu'il avait à la cour il ne pouvait manquer

de trouver des partisans, même parmi les honnêtes gens qui souvent se laissent éblouir par la faveur. Eusèbe et Arius entretenaient ensemble un commerce de lettres, et l'on convint de part et d'autre qu'Arius se retirerait en IVicomédie. Ce fut là qu'il composa sa Thalle, poème qui n'était qu'un tissu d'impiétés et de louanges fades qu'il se donnait à lui-même.

Cependant Alexandre écrivit au pape S. Sylvestre pour lui rendre compte de la doctrine et de la condamnation d'Arius ; il envoya aussi une lettre circulaire sur le même sujet à tous les évoques catholiques. En même temps Arius , Eusèbe et plusieurs autres personnes lui écrivirent pour le prier de lever la sentence d'excommunication qu'il avait portée. L'empereur Constantin se mêla aussi de cette affaire : il exhorta fortement notre saint à se réconcilier avec Arius; et comme le grand Osius avait toute sa confiance , il le chargea d'aller à. Alexandrie afin de pacifier les esprits et de mettre fin aux divisions. Le résultat des informations que fill'évêquede Cordoue fut qu'Arius niait opiniâtrement la divinité de Jésus-Christ, et qu'Alexandre s'était comporté avec tout le zèle et toute la prudence qu'on devait attendre d'un digne pasteur. Quand Osius se fut acquitté de sa commission, il partit d'Alexandrie pour en aller rendre compte à l'empereur. Il l'informa du véritable état des choses , et lui conseilla d'assembler un concile général, qui, vu la grandeur des maux de l'Eglise, pourrait seul rétablir la paix. Notre saint avait aussi écrit plusieurs lettres à Constantin sur la nécessité du concile.

L'empereur, convaincu de la solidité des raisons que lui avaient apportées Osius et S. Alexandre, travailla efficacement h procurer le concile qu'on lui demandait. Il désigna pour le lieu de l'assemblée la ville deNicécenBilhynie, et envoya aux évêques des lettres respectueuses pour les inviter à s'y rendre en diligence. Il leur fournit les voitures et tout ce qui était nécessaire pour le voyage. L'ouverture du concile se fit dans le palais impérial le 19 juin 025. Les évêques étaient au nombre de trois cent dix- huit; plusieurs d'entre eux avaient généreusement confessé la foi. Les plus illustres étaient S. Alexandre, S. Eustalhe et S. Macaire , patriarches, l'un d'Antiochc et l'autre de Jérusalem; Cécilien, archevêque de Carlhage ; S. Paphnuce, de la haute Thébaïde; S. Potamon, d'HéracléesurlelNil; S. Paul, de Néocésarée; S. Jacques, de Nisibe, etc. Le pape S. Sylvestre, n'ayant pu venir a cause de son grand âge, envoya des légats qui présidèrent au concile en son nom. L'empereur entra sans gardes dans le lieu de l'assemblée, et ne s'assit, au rapport d'Eusèbe , que quand les évêques l'en eurent prié. Théodoret ajoute qu'il n'y entra qu'après en avoir demandé la permission aux évêques.

On examina plusieurs jours de suite la doctrine d'Arius, qui fut lui-même entendu. Marcel d'Ancyre et S. Alhanase en découvrirent toute l'impiété. S. Alexandre avait une grande estime pour le second, et il l'avait amené avec lui d'Alexandrie, quoiqu'il ne fui encore que diacre. C'était le plus redoutable fléau des ariens. Il les réfuta en plein concile, et cela avec une force et une supériorité qui les couvrirent de confusion. Les hérétiques,

pour se soustraire à l'indignation publique, eurent recours à la dissimulation, et adoptèrent des expressions en apparence catholiques. Les pères du concile s'en aperçurent et déclarèrent, pour ne laisser aucun subterfuge à l'hérésie, que le Fils était consubstantiei au Père. Ils insérèrent ce mot dans la formule de foi, qui fut dressée par Osius et souscrite par tous les évoques, à l'exception d'un petit nombre qui favorisaient le parti d'Àrius. C'est cette formule de foi qu'on appelle le symbole de INicée. Il y eut d'abord dix-sept évoques qui refusèrent de la souscrire; ensuite ils se réduisirent à cinq; savoir, Eusèbe de JNicomédie, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Théonas et Second de Libye. Eusèbe de Césarée, qui avait rejeté le mot de consubstanliel , l'approuva dès le lendemain du concile. Des cinq évêques opposants , Eusèbe, Maris et Théognis se rangèrent du côté du plus grand nombre, moins toutefois par devoir que par la crainte d être bannis et déposés. Il ne s'en trouva donc plus que deux, Théonas et Second, qui restèrent opiniâtrement attachés a Arius. Constantin les exila dans l'Illyrie avec Arius et quelques prêtres d'Egypte. Le concile reçut les méléciens à la communion, parcequ'ils parurent se repentir; mais ils retombèrent ensuite dans le schisme, et plusieurs d'entre eux se joignirent aux ariens. On fit encore vingt canons de discipline , puis le concile se sépara le 2 5 août. Avant le départ des évêques Constantin leur donna un festin magnifique et leur fit de riches présents.

S. Alexandre reprit la roule d'Alexandrie, où les catholiques le reçurent avec la plus grande joie :

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