ANACHORETE DE LA THÉBAÏDE
(7 mars.)
Ce saint fut surnommé le Simple à cause de son humilité extraordinaire, et de l'ignorance où il était de toutes les sciences humaines. C'était un pauvre laboureur qui avait fidèlement servi Dieu dans le monde jusqu'à l'âge de soixante ans. Sa retraite fut occasionnéepar la mauvaise conduite de sa femme, qu'il surprit en adultère. Fortement occupé du dessein de se consacrer sans réserve au service de Dieu, il sortit de sa maison et s'enfonça dans le désert. Il arriva après huit jours de marche au lieu où s'était retiré S. Antoine. S'étant adressé à ce saint homme, il le pria de le recevoir au nombre de ses disciples et de le mettre dans la voie du salut.
Antoine n'eut point d'égard h sa prière et lui dit qu'il était trop âgé pour soutenir les austérités des solitaires; il l'exhorta donc à retourner chez lui et a rester dans sa profession, où il pourrait se sanctifier en animant toutes ses actions par un esprit de piété et de recueillement; il ferma ensuite sa porte. Paul ne se rebuta point, il demeura constamment à la porte du saint, où il joignait le jeûne h la prière. Antoine, frappé de sa ferveur, lui ouvrit au bout de quatre jours, et le mit au nombre de ses disciples, mais après avoir éprouvé son obéissance de différentes manières. Il lui prescrivit un règlement de vie, dont le but était de le faire travailler a
dompter ses passions, h mortifier ses sens et sa volonté, h purifier sans cesse les affections de son cœur, et à y allumer le feu de l'amour divin. Il lui enseigna la vraie manière de prier, lui défendit de manger avant le coucher du soleil, et lui recommanda de ne jamais se rassasier entièrement dans ses repas. Paul suivit avec exactitude les avis de son maître et parvint en peu de temps à une éminente sainteté. Nous allons citer quelques exemples de son obéissance, afin démontrer jusqu'à quel degré de perfection il portait cette vertu.
Un jour qu'il avait fini quelque ouvrage, S. Antoine le défit et lui ordonna de le refaire. Il obéit sans répliquer un seul mot et sans demander de nourriture, quoiqu'il n'eut rien pris depuis sept jours. Une autre fois S. Antoine lui dit de mettre quatre pains dans l'eau pour les faire tremper, parceque le pain des solitaires était très dur et très sec. Quand tout fut préparé pour le repas, il lui commanda de chanter des psaumes avec lui au lieu de le laisser manger. La prière étant faite, il lui dit d'aller reposer; mais il le rappela à minuit, afin de se remettre en prières avec lui. Paul soutint toutes ces épreuves avec une patience admirable et s'entretint avec Dieu jusqu'à trois heures après-midi du lendemain. Le soir, lui et son maître mangèrent chacun un pain; après quoi S. Antoine lui demanda s'il voulait en mander un second : « Je le veux bien, répondit-il, si vous en mangez un second vousmême. Mais je suis moine, dit Antoine; et moi je désire le devenir, reprit Paul. » Là-dessus ils se mirent en oraison, chantèrent douze psaumes et récitèrent plusieurs autres prières; ils prirent en-
suite un peu de repos jusqu'à minuit, qu'ils recommencèrent le même exercice.
Ce ne furent pas la les seules épreuves auxquelles S. Antoine mit l'obéissance de son disciple. Un jour que plusieurs solitaires étaient venus le consulter, il lui dit de répandre du miel qui était dans un vase et de le ramasser ensuite sans y mêler aucune ordure. Il l'occupa une autre fois pendant un jour entier à tirer de l'eau, qu'il lui ordonnait de répandre à mesure qu'illa tirait. Tantôt il lui commandait de défaire et de refaire ses paniers, de découdre et de recoudre son habit. Paul enfin n'avait point de volonté, et n'agissait que par l'impression de celle d'Antoine.
Lorsque celui-ci se fut assuré par toutes sortes d'épreuves des dispositions de son disciple, et qu'il l'eut parfaitement instruit des devoirs de la vie solitaire, il l'envoya dans une cellule qu'il lui fit bâtir à une lieue de la sienne. Il allait l'y visiter de temps en temps, et le revoyait avec plaisir pratiquer fidèlement ce qu'il lui avait prescrit. Il avait de lui une si haute idée qu'il le proposait à ses autres disciples comme le modèle le plus accompli qu'ils pussent imiter. Il lui envoyait les malades et les possédés qu'il n avait pu guérir, reconnaissant que ce bon solitaire avait reçu de Dieu une grâce plus étendue que la sienne ; et Paul ne manquait jamais d'obtenir leur guérison par ses prières. On ne sait plus rien du détail de la vie de ce saint homme. Il mourut quelque temps après l'année 33o. Les Grecs et les Latins l'honorent en ce jour.