ÉVEQUE DE NISIBE
(11 juillet.)
S. Jacques, un des plus célèbres docteurs de l'Eglise syriaque, était de JNisibe en Mésopotamie, pays qui faisait partie de l'empire d'Orient. La nature lui avait donné un beau génie, qu'il cultiva par une application infatigable au travail. Lorsqu'il se fut suffisamment instruit des sciences humaines, il tourna ses études du côté de l'Ecriture sainte. A peine fut-il entré dans le monde qu'il aperçut que les partisans de ses maximes étaient dominés par l'ambition, par la vanité, par l'amour du plaisir; qu'on y vivait dans un tumulte continuel , qu'on n'y trouvait point le temps de rentrer en soimême, qu'on y négligeait la plus importante de toutes les affaires. La vue de tant dangers le pénétra d'une vive frayeur; il résolut d'assurer son salut par la fuite , ou du moins d'aller se fortifier dans la solitude pour être ensuite plus en état de résister aux efforls de ses ennemis.
Il choisit pour sa demeure de hautes montagnes. Pendant l'hiver il y vivait dans une grolle souterraine; le reste de l'année il le passait dans les bois continuellement exposé h l'air. Il joignait de grandes austérités h l'exercice de la prière, qu'il n'interrompait jamais, au moins dans la disposition du cœur; des racines et des herbes crues faisaient
toute sa nourriture. Il n'avait d'autre vêtement qu'une tunique et un manteau faits l'un et l'autre de poil de chèvre. Malgré le soin qu'il prenait de se cacher il fut h la fin découvert. Plusieurs personnes grimpaient sur les rochers escarpés qu'il habitait pour se recommander à ses prières et le consulter sur les affaires de leur conscience. Ayant été favorisé du don des miracles et de celui de prophétie, il en donna diverses preuves dans un voyage qu'il fit en Perse pour visiter les Églises qui venaient d'y être fondées et pour fortifier les nouveaux convertis, alors cruellement persécutés par les ennemis du christianisme. Sa présence ranima le courage de ceux qui chancelaient et leur inspira un désir ardent de mourir pour la défense de la foi; il amena aussi plusieurs idolâtres à la connaissance de l'Evangile.
On ne peut douter qu'il n'ait souffert pour la foi durant la persécution de Maximin II. En effet Gcnnade le met au nombre de ceux qui confessèrent Jésus-Christ sous ce prince. Nicéphorc le nomme aussi parmi les saints évoques du concile de Nicée, qui portaient les marques glorieuses des tourments qu'ils avaient endurés pour le nom du Seigneur. Sa grande réputation de sainteté le fit élever sur le siège épiscopal de Nisibe. Il continua toujours le genre de vie qu'il menait sur les montagnes ; il ajouta à ses jeûnes et à ses autres austérités une exactitude extrême à remplir les devoirs que lui imposait sa dignité. La conversion des pécheurs et la persévérance des justes étaient deux objets qui l'occupaient continuellement; il avait aussi un grand soin des pauvres : sa charité pour eux allait si loin
qu'il semblait ne rien posséder que pour soulager leurs misères. On lit dans les Actes de S. Miles et de ses compagnons, martyrs de Perse, qu'il fit bâtir a Nisibe une église magnifique ; que S. Miles, étant venu dans cette ville , passa quelque temps avec le saint évoque ; qu'il fut singulièrement frappé de la beauté de l'église, et qu'après son retour à Adiab il envoya à S. Jacques une grande quantité d'étoffes de soie pour faire des ornements qui servissent à la célébration du culte divin.
Entre autres miracles de S. Jacques de JNisibe Théodoret rapporte Te suivant. Un jour que le saint était en voyage, une troupe de mendiants vint l'aborder. Ces malheureux, pour tirer de lui quelque argent, prétendirent qu'ils n'avaient point de quoi faire enterrer un de leurs compagnons, qu'ils montrèrent étendu par terre, et qu'ils disaient mort quoiqu'il fût plein de vie. Le serviteur de Dieu leur donna ce qu'ils demandaient, puis il se mit en prières pour obtenir à celui qu'il croyait mort la rémission des péchés qu'il avait commis pendant sa vie et le bonheur d'être reçu dans la compagnie des saints. Aussitôt qu'il fut parti les mendiants coururent à leur camarade afin de partager avec lui le butin qu'ils venaient de faire ; mais ils furent étrangement surpris de le trouver véritablement mort. Saisis de douleur et de crainte, ils jettent de grands cris, ils courent après l'homme de Dieu, lui demandent pardon de leur faute, le conjurent d'avoir pitié d'eux et de rendre la vie à leur infortuné camarade. Le saint, attendri par leurs prières et leurs larmes, les reçoit avec bonté et ressuscite le mort,
Arius ayant semé ses dogmes impies en plusieurs endroits, S. Jacques sut préserver son Église de la contagion du mal et mit tout en œuvre pour étouffer l'hérésie naissante. Il assista en 5 25 au concile de IVicée, comme l'assurent Théodoret et Gennade ; il se trouva aussi à celui qui se tint à Antioche , sous S. Eustache, vers l'an 326. Il était à Gonstantinople en 336, lorsque Constantin ordonna à S. Alexandre, évêque de cette ville, de quitter son siège s'il ne voulait pas communiquer avec Arius. Cet hérésiarque en avait imposé au prince par une confession de foi artificieuse et pleine d'hypocrisie. Durant les troubles qui s'élevèrent à cette occasion S. Jacques exhorta le peuple a recourir à Dieu par le jeûne et la prière. Huit jours après, c'est à dire le dimanche même où l'on devait recevoir Arius à la communion, cet impie fut trouvé mort dans un lieu secret où il était allé pour satisfaire aux besoins de la nature.
Le plus célèbre de tous les miracles de S. Jacques de Nisibe est celui par lequel il délivra sa ville épiscopale de la fureur des barbares. Il est rapporté par Théodoret dans son histoire religieuse et dans son histoire ecclésiastique ; par Théophane , par l'auteur de la chronique d'Alexandrie, et par Philostorge lui même , qui, étant arien , ne peut être soupçonné d'avoir été trop favorable au saint évêque.
Sapor II, roi de Perse, assiégea deux fois Nisibe tandis que S. Jacques en était évêque. On met le premier de ces sièges en 338, peu après la mort de Constantin-le-Grand, dont la valeur avait toujours tenu les barb'ares en respect. L'armée des Persesétait
composée d'une multitude innombrable de troupes de cavalerie et d'infanterie; ils avaient aussi un grand nombre d'éléphants et de machines de guerre de toute espèce; mais après soixante-trois jours de siège Sapor fut obligé de se retirer ignominieusement et de retourner dans ses états. Son armée, fréquemment harcelée par l'ennemi et épuisée de fatigues , périt à la fin par la famine et par le ravage de diverses maladies épidémiques.
Dix ans après, les Perses tombèrent de nouveau sur les terres des Romains : ils surent profiter de l'avantage que leur donnaient la pusillanimité et la mauvaise conduite de l'empereur Constance. Fiers du butin immense qu'ils avaient fait, ils vinrent en 35o mettre le siège devant Nisibe. S'étant emparés de toutes les avenues, ils firent leurs approches avec une furie qui n'a point d'exemple ; ils tournèrent d'abord leurs machines contre les murailles, qu'ils sapèrent avec une ardeur à laquelle rien ne paraissait devoir résister : tous leurs efforts furent pourtant inutiles. Après soixante-dix jours de fatigues, qui n'avaient produit aucun effet , ils construisirent à une distance considérable de Nisibe une écluse pour arrêter le fleuve Mygdonius, qui passait a travers cette ville ; ils l'abattirent ensuite lorsque l'eau fut à une très grande hauteur, en sorte que la violence avec laquelle elle vint frapper une des murailles y fit une large brèche. Aussitôt ils poussèrent des cris de joie, s'imaginant être vainqueurs ; ils différèrent toutefois l'assaut au lendemain, à cause de l'inondation qui les empêchait d'approcher. Mais ils furent singulièrement étonnés de ne plus voir la brèche; les assiégés avaient
élevé une nouvelle muraille avec une promptitude surprenante : ils avaient été excités au travail par le saint évêque, qui pendant tout ce temps 1k était resté en prière dans l'église. Sapor, s'avançant en personne, s'imagina voir sur le rempart un homme qui avait tout l'extérieur d'un roi, et dont la pourpre et le diadème jetaient un éclat extraordinaire; il crut que c'était l'empereur Constance, et menaça de la mort ceux qui lui avaient dit que ce prince était à Antioche. Sur les nouvelles assurances qu'on lui donna que l'empereur des Romains n'était point réellement à Nisibe, et convaincu que le ciel combattait pour ses ennemis, il lança un javelot en l'air comme pour se vengée de ce que la Divinité semblait prendre parti contre lui. S. Ephrcm, qui était pour lors à Nisibe, pria S. Jacques d'aller sur le rempart considérer l'année des Perses et de demander a Dieu la défaite de ces infidèles. Le saint évêque, qui ne désirait la destruction de personne, se contenta de prier Dieu de délivrer la ville des malheurs d'un si long siège; étant monté sur le haut d'une tour, d'où il découvrait la plaine toute couverte d'hommes et d'animaux, il dit, le visage tourné vers l'ennemi : « Seigneur, qui pouvez par les plus faibles moyens humilier l'orgueil de vos ennemis, défaites cette multitude que je vois par une armée de moucherons. » Celte prière fut exaucée, et l'on vit renouveler le prodige que Moïse avait autrefois opéré en Egypte pour la délivrance du peuple d'Israël. A peine le saint eut-il cessé de, parler qu'un horrible essaim de mouches vint s'attacher aux trompes des éléphants ainsi qu'aux oreilles et aux narines des chevaux . L'aiguillon de,
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ces insectes rendit ces animaux furieux ; ils renversèrent par terre ceux qui les montaient et mirent en désordre toute l'armée des Perses : une grande partie de ces peuples fut emportée par la famine et la peste qui survint bientôt après. Sapor, outré de désespoir, mit le feu à ses machines, abandonna le siège, qui durait depuis plus de trois mois, et prit la route de Perse avec les débris de son armée.
Le même prince reçut un troisième échec devant les murs de Nisibe en 55o,. Pour s'en venger il tourna ses armes contre Amide, emporta cette ville, et en fit passer la garnison et la plus grande partie des habitants au fil de l'épée. Ceux de JNisibe attribuèrent leur délivrance à l'intercession de S. Jacques, qui, selon la plus commune opinion, était passé de ce monde dans le séjour de la gloire avant ce dernier siège : il mourut, au rapport de Gennade, sous le règne de Constance, dont la mort arriva en 3Gi. La plupart des modernes mettent celle de S. Jacques en 55o, peu après le second siège de Nisibe.