‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 93 sur 104 · tome · texte numérisé non relu

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NOTICE

SUR JULIEN LAPOSTAT.

Julien l'Apostat fut ainsi nommé parcequ'il abjura la religion chrétienne pour embrasser le paganisme Ce prince , nommé en latin Flavius Clautlius Julianus, fils de Jule Constance et neveu de Constantin-le-Grand, naquit à Couslantinople le 6 novembre 331. Il eut le bonh"eur d'échapper avec son frère Gallus au massacre qui fit périr toute sa famille après la mort de Constantin. Le soin de son éducation fut confié au fameuxEusèbe de Nicomédie. Mardonius, son gouverneur, travailla également à lui furmer l'esprit et le cœur. Ses progrès dans les sciences furent très rapides : il entra dans le clergé, et exerça dans l'Église la fonction de lecteur. Il fit un voyage à Athènes, où il s'appliqua à i astrologie, à la magie et à toutes les vaines illusions du paganisme; il s'attacha surtout au philosophe Maxime, qui fut la principale cause de sa perte. Il lut fait césar en 355, et chargé du commandement des troupes dans les Gaules. Les nombreuses victoires qu'il remporta sur les ennemis de 1 empire prouvé; rent sa grande capacité pour le métier de la guerre. Après la mort de Constance, arrivée le 3 novembre 361, il alla en Orient, où il fut reconnu empereur, ainsi qu'il l'avait déjà été tn Occident. Comme il avait toujours eu un penchant violent à l'idolâtrie, il ne dissimula plus : il ordonna qu'on rouvrît les teiiiplesdcs idoles; il les adora publiquement, et, par un trait de fanatisme qui fait horreur, il entreprit d'effacer en lui le caractère du baptême, en recevant sur toutes les parties de son corps le sang impur des

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victimes. Il donna dans les extravagances des auspices et ajouta foi aux oracles : c'est ce que nous apprenons d'Ammi> n-Marcellin, historien païen. Le magicien Maxime et d'autres gens aussi méprisables étaie-it ses principaux confidents. Cependant les miracles de Jésus- Christ l'incommodaient fort, et il n'était pas aisé d'enlever aux chrétiens la preuve qu'ils en tiraient en laveur de leur religion. Au lieu donc d'en attaquer la vérité il tâcha, par le moyen de la magie, d'en procurer de semblables au paganisme : mais tous ses efforts tournèrent à sa confusion.

Dans le dessein qu'il avait d'anéantir la religion de Jésus-Christ, il choisit une voie différente de celle des anciens persécuteurs. 11 ne voulut donc point répandi e de sang ; il se contenta de déclarer les chrétiens inhabiles à posséder les charges de l'état ; il leur délendit d'enseigner et d'étudier les belles-lettres, dont la connaissance leur fournissait des armes contre le paganisme. Les païens eux-mêmes, entre autres Animien-M.ircellin, ont désapprouvé cette défense, donj l'injustice se fait aisément remarquer. Julien ne s'en tint pas là; il ordonna par un édit que'les disciples de Jésus-Christ ne porteraient plus le nom de ckrèt.tns, mais celui de GaUUens. Il les accablait d'im;iôts, et les dépouillait de leurs biens, disant par dérision qu'il fallait leur faire pratiquer la pauvrelé recommandée par l'Évangile. D'autres fois il avai! recours aux pièges et aux caresses. Quoiqu'il fît profession de tolérance, il ne laissa pas de condamner plusieurs chrétiens à mort, mais secrètement et sous d'autres prétextes que celui de la religion. Son but en cela était de leur ravir la gloire du martyre. Cet artifice eût pu servir à SOB projet s'il eût été question de ces philosophes orgueilleux qui uc cherchent qu'à satisfaire leur amour

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propre. Mais les disciples de Jésus-Christ n'ont pas besoin de témoins; ils chérissent surtout les souffrances dont la vue et les motifs sont cachés aux hommes. Cette remarque est de S. Grégoire de Nazianze. Il faut pourtant avouer que la conduite de Julien fut très préjudiciable à un grand nombre de chrétiens, qui se laissèrent séduire par la crainte d'encourir la disgrâce de l'empereur, d'être exclus des charges et de perdre leur fortune. Enfin il s'imagina qu'il porterait un rude coup au christianisme s'il pouvait convaincre de faux. la prédiction de Jésus-Christ sur le temple de Jérusalem. Il entreprit donc de le faire rebâtir, environ trois cents ans après sa démolition par Titus : mais les ouvriers n'en eurent pas plus tôt creusé les fondements qu'il en sortit des tourbillons de flammes dont ils furent consumés. Ce fait est attesté par tous les auteurs du temps, et même par Ammien-Marcellin, qui était païen, et qu'on sait avoir été entièrement dévoué à Julien. On peut voir l'excellente dissertation de M. Warburton sur le projet formé par l'empereur Julien de rebâtir le temple de Jérusalem ; on en a donné une bonne traduction française, qui a été imprimée à Paris en 175/t.

Julien étant à Antioche n'y trouva pas tout le zèle qu'il eût désiré pour le rétablissement du paganisme ; on y fit même des railleries sur sa petite taille, sur sa barbe et sur ses sacrifices. Il résolut de s'en venger après la guerre de Perse. Il se (la! tait de réussir dans cette entreprise sur la foi des oracles de Délos, de Delphes, de Dodone, etc., comme nous l'apprenons de Théodoret, de S. Grégoire de Nazianze, de Philostorge et de Libanius. Ce prince dit lui-même, dans sa seconde lettre, que les divinités de tous les lieux par lesquels il passa lui avaient promis un heureux succès ; mais il eut bien-

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tôt occasion de connaître le peu de pouvoir de ses dieux. En effet, son armée composée de soixante-cinq mille hommes qu'il avait eu l'imprudence d'engager dans des déserts, fut taillée en pièces au mois de juin de l'an 363; il perdit lui-même la vie sur le champ de bataille. Ammien-Marcellin dit qu'ayant été blessé dangereusement on le porta dans sa tente, où il mourut le même jour avant midi. On lit dans Théodoret, dans Sozomèneet dansles Actes du saint martyr Théodoret, que Julien se sentant blessé à mort remplit ses mains de son sang, et qu'il le jeta contre le ciel en vomissant ce blasphème : Tu as vaincu, Gaiiiéen, tu as vaincu. Plusieurs saints solitaires apprirent par révélation que Dieu avait délivré le monde de cet apostat afin de rendre la paix à son Église. Telle fut la fin du malheureux Julien. Son caractère était un composé monstrueux d'artifice, de légèreté, d'inconstance, de petitesse, de fanatisme, d'hypocrisie, et de quelques bonnes qualités. S. Grégoire de Nazianze l'ayant vu à Athènes en 355, fut extrêmement frappé de sa démarche peu assurée, de l'inquiétude et de l'égarement de ses yeux, de ses questions hors de propos, ei de ses réponses sans justesse. Il présagea dès lors que l'empire nourrissait un monstre dans son sein.

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