S. HILAIRE
iVEQUE DE POITIERS , DOCTEUR DE l'ÉOLISE. (14 janvier. )
Rien de plus magnifique que les louanges données par S. Augustin et par S. Jérôme au saint dont nous écrivons la vie. Le premier, qui emploie souyent son autorité contre les pélagiens, l'appelle -l'illustre docteur des Eglises. Il était, au rapport du second, un homme très éloquent et la trompette des Latins contre des sectateurs d'Arius. S. Cyprien et S. Hilaire , ajoule-l-il dans un autre endroit, sont comme deux cèdres que Dieu a transplantés du monde dans le champ de son Église.
Notre saint naquit à. Poitiers d'une des plus illustres familles des Gaules. Il employa sa jeunesse à l'étude de l'éloquence. Nous apprenons de luimême qu'il fut élevé dans les superstitions du paganisme et que Dieu le conduisit par degrés à la connaissance de la vérité. Les simples lumières de la raison lui découvrirent d'abord que l'homme, ayant été créé libre , frétait placé dans le monde que pour y pratiquer la patience, la tempérance et les autres vertus, et que s'il répondait à sa desiina-
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lion il ne pouvait manquer après cette vie d'être récompensé par un Etre suprême. Il se mit ensuite à rechercher la nature de cet Être suprême, et le résultat de toutes ses recherches fut que le polythéisme renfermait mille absurdités, qu'il ne pouvait y avoir qu'un Dieu, et que ce Dieu était essentiellement éternel, immuable, tout-puissant et la cause première de tous les êtres. Plein des réflexions que faisait son esprit, il lut l'Écriture sainte , et fut vivement frappé de ces paroles, Je suis ce que je suis, paroles dont Dieu se servit pour faire entendre à Moïse qu'il puisait l'être dans son propre fonds. Son admiration s'accrut encore par l'idée que lui donnèrent les prophètes de l'immensité et de la toute- puissance de Dieu et par les images sublimes sous lesquelles ils représentent ces deux attributs. De la lecture de l'ancien Testament il passa à celle du nouveau. Il apprit dans le premier chapitre de S. Jean que le Verbe divin, Dieu le fils, est coéternel et consubstantiel à son Père. Là il arrêta sa curiosité naturelle, soumit son entendement ù une révélation fondée sur la véracité de Dieu même, et adora les mystères augustes dont la profondeur était infiniment au dessus des faibles lumières de sa raison.
Tels furent les moyens que la grâce employa pour amener le saint à la connaissance de la foi. Sa reconnaissance envers Dieu éclata aussitôt par des effets : il se hâta d'augmenter le nombre des disciples dé Jésus-Christ en recevant le baptême.
Dès qu'Hilaire eut été purifié par les eaux de la régénération il parut un homme tout nouveau. Sa conduite ne fut plus réglée que sur les
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maximes de l'Evangile. Il exhortait encore les autres a la vertu et les affermissait dans la croyance du mystère adorable de la Trinité, que les hérétiques attaquaient par leurs blasphèmes ; et l'on peut dire que, quoiqu'il ne fût encore que laïque, il paraissait déjà posséder la grâce du sacerdoce.
Il était marié avant sa conversion et sa femme vivait encore lorsqu'il fut élevé sur le siège de Poitiers vers l'an 553 ; mais il ne fut pas plus tôt sacré qu'il se sépara d'elle et vécut toujours depuis dans une parfaite continence. Il ne s'attendait nullement à devenir évêque, comme on le remarqua aux efforts qu'il fît pour empêcher son ordination. Sa résistance était fondée sur son humilité, qui lui dérobait la connaissance de ses vertus et de ses talents pour ne lui laisser apercevoir que les dangers de l'épiscopat ; mais il eut beau faire , il fut à la fin obligé de se rendre aux empressements des fidèles, qui le jugeaient d'autant plus digne d'être évêque qu'il marquait plus d'opposition h leur choix. Ils ne se trompèrent point dans l'idée qu'ils avaient conçue de lui. En effet son éminenle vertu et sa haute capacité jetèrent au loin un toi éclat qu'elles fixèrent sur lui les regards de toute l'Eglise.
Hilairc après son sacre ne se regarda plus que comme l'homme de Dieu ; il prêcha les saintes ordonnances de sa loi avec un zèle infatigable. Les pécheurs, touchés de ses discours, entraient dans de vifs sentiments de componction et renonçaient à leurs désordres; cependant il ne se livrait pas tellement aux fonctions exlérieures qu'il négligeât son propre salut. Il avait ses heures marquées pour la prière, et c'était dans ce saint exercice qu'il ra-
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nimait sans cesse sa ferveur et qu'il obtenait les bénédictions abondantes que Dieu répandait sur ses travaux. Sa plume fut aussi consacrée à la gloire de la religion. Il en sortit d'abord un commentaire sur l'Évangile de S. Matthieu que nous avons encore; l'élégance et la solidité s'y trouvent réunies. Le saint commenta les psaumes dans le même goût lorsqu'il fut revenu de son exil. Les vierges et toutes les personnes pieuses ne sauraient pas trop lire ces deux ouvrages. Depuis ce temps- l'a Ililaire tourna ses veilles du côté delà controverse afin de venger la foi des impiétés de l'arianisme.
On trouve dans ses écrits un style noble, sublime et orné; quelquefois cependant il est un peu recherché. En général ses périodes sont longues , ce qui ne laisse pas d'embarrasser un peu le sens : mais celte obscurité n'arrête que les personnes qui ne sont pas assez instruites. Ce serait peu s'il n'y avait que le style qui rendît ses ouvrages recommandubles, ils doivent nous être bien plus précieux par cet esprit de piété qui en est comme lame. Hilaire ne se propose d'autre but que de faire connaître le saint nom de Dieu et d'embraser tous les cœurs du feu sacré de son amour. De là ce zèle à recommander la prière, la méditation de la loi du Seigneur, la nécessité d'offrir nos actions à Dieu et de les lui rapporter comme a notre dernière fin. Que dirons-nous de cette grandeur dame qui le lait soupirer après le martyre et qui le rend supérieur à la crainte des tourments et de la mort même? Pénétré de vénération pour la vérité, il la cherche avec ardeur et s'expose à tout lorsqu'il s'agit d'en prendre la défense.