‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 99 sur 104 · S. HILAIRE, ÉVEQUE · texte numérisé non relu

S. HILAIRE, ÉVEQUE

C'est ce qui parut quand l'empereur Constance, qui travaillait depuis plusieurs années à répandre l'arianisme en Orient, voulut faire la même chose en Occident. La victoire que le prince avait remportée sur le tyran Magnence lui ayant permis de séjourner quelque temps à Arles, les évêques ariens qu'il protégeait tinrent un concile dans cette ville et attirèrent dans leur parti l'impie Saturnin, qui en était évèque. Ceci arriva l'an 555. Deux ans après, l'empereur étant à Milan , il s'y tint un second concile d'ariens, 011 l'on proposa de souscrire à la condamnation de S. Athanase. On exila tous ceux qui refusèrent d'y acquiescer; de ce nombre furent S. Eusèbe de Verceil, Lucifer de Cagiiari et S. Denis de Milan, dont Auxencc avait usurpé le siège. Hilaire, touché du malheur de l'Eglise, écrivit son premier livre à Constance. Il suppliait ce prince par les motifs les plus pressants de ne pas persécuter les orthodoxes et de rendre la paix à la mère commune des fidèles, et, pour mieux marquer l'horreur qu il avait de l'hérésie, il se sépara de la communion des évêques occidentaux qui avaient embrassé l'arianisme. Ces évêques étaient Lrsace, Valens et Saturnin. Il se porta même pour l'accusateur du dernier dans le concile de Beziers.

Constance, informé par Saturnin de tout ce qui s'était passé, chargea le césar Julien, qui commandait alors dans les Gaules, d'exiler enPhrygieS. Hilaire et S. Rhodane de Toulouse. Les évêques des Gaules, qui étaient presque tous orthodoxes, restèrent unis de communion avec notre saint et ne voulurent jamais consentir que son siège fût occupé par un intrus, de sorte que durant son absence

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il gouverna toujours l'Eglise de Poitiers par ses prêtres. Il partit pour le lieu de son exil vers le milieu de l'an 356 , témoignant beaucoup de joie d'avoir été jugé digne de souffrir pour Jésus-Christ. Jamais on ne l'entendit se plaindre de ses ennemis ni des fatigues inséparables d'un voyage long et pénible. Son ame, unie à Dieu de la manière la plus intime, triompha constamment de toutes les persécutions que l'enfer lui suscita.

Le temps que S. Hilaire passa en Phrygie fut employé à la composition de plusieurs savants ouvrages, dont le principal et le plus estimé est le Traité de la Trinité; il est divisé en douze livres. Le saint y prouve de la manière la plus solide la consubstan* tialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il enseigne que l'Église est une et que tous les hérétiques sont hors de son sein ; qu'elle est distinguée des différentes sectes en ce que, conservant toujours son unité , elle les combat et les confond toutes quoique seule contre elles ; qu'elle trouve la matière de ses plus beaux triomphes dans les divisions perpétuelles qui régnent entre les partisans de l'erreur. Il fait voir ensuite que l'arianismc ne peut être la vraie doctrine puisqu'il n'a point été révélé h S. Pierre choisi pour être le fondement inébranlable de l'Église jusqu'à la consommation des siècles ; à S. Pierre, dont la foi sera indéfectible pareeque Jésus-Christ a prié pour qu'elle ne faillît jamais ; à S. Pierre, qui a reçu les clefs du royaume du ciel , et dont Dieu ratifie les jugements quoique portés sur la terre. Il presse encore ailleurs les mêmes arguments : c'est qu'en effet ils sont décisifs , et qu'il est impossible à l'hérésie d'en éluder la force. L'ar-

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ticle de la divinité de Jésus-Christ est traité avec une supériorité de lumières qui ne laisse aucune ressource aux ariens. Le saint docteur la démontre par les miracles opérés aux tombeaux des apôtres et des martyrs, ainsi que par la vertu de leurs reliques; il la démontre encore par des faits éclatants et miraculeux que l'on ne peut révoquer en doute sans renoncer aux premiers principes , surtout par les affreux rugissements que poussaient les démons forcés de fuir en la présence des sacrés ossements de ceux qui avaient répandu leur sang pour Jésus Christ.

Le livre sur les Synodes ou sur la Foi des Orientaux parut quelque temps après, c'est à dire vers l'an 358. Le but de cet ouvrage était d'expliquer les termes dont les ariens se servaient et de marquer toutes les variations de leur doctrine dans les différents synodes qu'ils avaient tenus.

Notre saint était encore en Phrygie lorsqu'il apprit que sa fille Apra, qu'il avait laissée dans les Gaules, pensait à se marier. Il eût bien mieux aimé apprendre qu'elle voulait passer toute sa vie dans la virginité, qui est un état plus parfait que le mariage. Il ne désespéra pas cependant qu'elle ne pût obtenir cette grâce de Jésus-Christ; il se fît son intercesseur auprès de lui, et le conjura de mettre au nombre de ses épouses une fille dont il ne désirait rien tant que la perfection. Sa prière fut exaucée comme nous Talions voir. Il écrivit a sa fille une lettre où il lui marquait que si elle était assez généreuse pour ne pas désirer un époux mortel , des habits magifiques et tout ce qui flatte la vanité des mondains, elle recevrait de Jésus-Christ une perle

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iefmiment précieuse, dont elle ne pouvait même se fermer d'idée. «Pourriez-vous, lui disait-ii ensuite*, désapprouver mos sentiments et l'envie que j'ai de vems voir conserver l'inestimable trésor delà \iro-inité? Je ne veux que voire bonheur et votre plus pkis grand avantage. » Il joignit à celte lettre deux hymnes, l'une pour le matin et l'autre pour le soir. Apra suivit le conseil de son père et mourut saintement à ses pieds quand il fut revenu de son exil.

Cependant l'empereur fit assembler à Séleucie en Isaurie un concile presque tout composé d hérétiques. Son dessein était d'anéantir les canons de Nicéc. S. Ililaire, alors dans la quatrième année de son exil, fut invité à ce concile parles demi-ariens, qui se dallaient de l'attacher dans leur parti et d'en tirer avantage pour confondre ceux qui enseignaient crûment la doctrine d'Arius. Il s'y rendit et ne tarda pas à faire connaître qu'il était supérieur h toutes les considérations humaines; car il prit généreusement la défense de la foi , sans que rien fût capable de le faire mollir : mais quand il entendit les horribles blasphèmes que l'on proférait contre la divinué de Jésus-Christ il se relira a Conslantinople. Quoiqu'il eût trouvé un prince faible, qui protégeait loura tour les ariens et les demi-ariens, il ne laissa pas de lui présenter une requête dans laquelle il lui demandait la permission d'avoir des conférences publiques avec Saturnin, l'auteur de son exil. Il l'exhortait fortement à se déclarer enfin pour la vraie doctrine, que les ariens s'efforçaient d'obscurcir par leurs impiétés; passant ensuite aux Tariations continuelles de ces hérétiques , il raillait

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finement celte multitude de symboles contradictoires qu'ils faisaient perpétuellement. «L'année der nièrc, ajoulait-il, ils en ont fait quatre : la foi n'est plus la foi des Evangiles , mais la foi des temps; ou plutôt il y a autant de fois que de volontés , autant de diversité dans la doctrine que dans les mœurs , autant de blasphèmes que de vices. Les ariens, continuait-il, produisent tous les ans et même tous les mois de nouveaux symboles pour détruire les anciens et anathémaliser ceux qui y adhèrent. Ils ne parlent que d'Ecriture sainte et de foi apostolique , mais c'est pour tromper les faibles et pour donner atteinte h la doctrine de l'Eglise. » Il finissait en conjurant ces hérétiques de rentrer dans le port dont les préjugés et l'esprit de parti les avaient éloignés, puisque c'était la Tunique moyen de faire cesser la confusion dans laquelle ils se trouvaient malheureusement plongés.

Le défi que S. Hilaire proposait à Saturnin dans sa requête à l'empereur alarma les ariens; ils craignaient les suites d'une dispute qui ne manquerait pas de tourner au désavantage de leur cause. Us engagèrent donc Constance à délivrer l'Orient d'un homme qui n'était selon eux qu'un brouillon et un perturbateur de la paix. Leurs vœux furent exaucés : le saint évêque de Poitiers fut renvoyé dans les Gaules l'an 56o de Jésus-Christ. On ne révoqua pas toutefois la sentence qui précédemment avait été portée pour son exil.

Notre saint en retournant dans son diocèse traversa l'Illyrie et l'Italie. Partout il ranimait les chrétiens faibles et chancelants dans la foi ; enfin il arriva à Poitiers, où il fut reçu avec les démon-

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strations de la joie la plus vive. Tous les fidèles regardèrent comme un jour de triomphe celui auquel ils avaient eu le bonheur de revoir leurévêqaev S. Martin, son ancien disciple; n'eut pas plus tôt appris la nouvelle de son retour qu'il accourut auprès de lui afin de reprendre ses premiers exercices de piété sous la conduite d'un maître aussi habile.

Le premier soin d'Hilaire fut de procurer un concile dans les Gaules. On y condamna les actes de celui de Rimini, qui avait omis le terme consuôstantiel. On passa ensuite h l'examen du procès de Saturnin, qui fut excommunié et déposé comme coupable d'hérésie et de plusieurs autres crimes. Ce concile produisit les plus heureux effets. Les scandales cessèrent, la foi fut rétablie dans toute sa purelé; la discipline de l'Eglise recouvra son ancienne vigueur, la paix succéda aux troubles et la piété reparut dans toute sa ferveur. On n'avait plus rien h craindre de la perséci «,ion des ariens, qui en perdant l'empereur perdaient leur principal appui. Ce fut alors que parut Y Invective de S. Hilairc contre Constance : il s'y sert d'expressions très fortes quoiqu'il fût d'une douceur extraordinaire. Apparemment qu'il n'en agissait ainsi que pour de bonnes raisons qui nous sont inconnues.

Le saint fit un voyage à Milan en 564 •* il y cut une dispute avec Auxence, qui avait usurpé le siège de cette ville , et il le força d'avouer publiquement que Jésus-Christ était véritablement Dieu et consubstanliel au Père. Cet hérésiarque , qui joignait l'hypocrisie à l'impiété, présenta une confession de foi équivoque. L'empereur Valentinien s'y laissa

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prendre, et le crut catholique; mais S. Hilaire découvrit le mystère d'iniquité , et montra qu'Auxence était un fourbe qui déguisait ses vrais sentiments» Le succès ne répondit point à son zèle; car, les ennemis de l'Église l'ayant peint comme un homme qui troublait la paix, l'empereur lui donna ordre de sortir de Milan. Il fut donc obligé de revenir h Poitiers, où il mourut l'an 568. Sa mort arriva le i3 janvier ou le ier novembre; car son nom est marqué ù l'un ou à l'autre de ces deux jours dans desmartyrologes fort anciens.

Il se trouve quelques endroits obscurs dans les ouvrages de S. Hilaire ; mais cette obscurité n'est pas telle qu'on pourrait d'abord se l'imaginer, comme nous l'avons observé dans la vie de notre saint. Il a toujours été regardé comme un savant évêque, comme un excellent docteur, comme un astre brillant que Dieu fit paraître dans un temps où les portes de l'enfer semblaient être sur le point de prévaloir contre l'Eglise, comme un homme très éloquent, qui par la force de ses raisonnements, la beauté de ses pensées, l'onction de ses discours, se rend tout à la fois maître de l'esprit et du cœur. De là vient que S. Jérôme le compare au Rhône, qui par la rapidité de ses eaux entraine tout ce qu'il rencontre.

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