‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 11 sur 83 · DIACRE · texte numérisé non relu

DIACRE

(26 décembre.)

On convient généralement que S. Etienne était un des soixante-douze disciples. En effet immédiatement après la descente du Saint-Esprit nous le voyons parfaitement instruit delà loi évangélique , orné de tous les dons de ce divin Esprit qui venaient d'être répandus sur l'Eglise, et extraordinairement favorisé du pouvoir d'opérer des miracles.

La multitude des fidèles, qui augmentait de jour en jour, était recommandable par la pratique de toutes les vertus. Ils se regardaient tous comme frères et n'avaient qu'un cœur et qu'une ame. Les riches vendaient leurs biens et en déposaient le prix dans un trésor commun, et les apôtres employaient ces fonds au soulagement des pauvres. Il s'éleva quelques plaintes à ce sujet , mais on fit bientôt cesser la cause qui les produisait. Les Grecs murmurèrent (1) contre les Hébreux, sous prétexte que leurs veuves étaient négligées dans la distribution journalière des aumônes.

(1) Ces Grecs étaient des chrétiens étrangers, nés et élevés dans des pays où l'on parlait principalement la langue grecque. C'était peut-être des gentils d'extraction, qui appartenaient au judaïsme en qualité de prosélytes avant qu'ils eussent embrassé la religion chrétienne. Il parait certain que ces Grecs étaient des Juifs hellénistes.

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Les apôtres pour arrêter le mal dans sa source assemblèrent les fidèles , et leur firent oLserver qu'ils ne pouvaient quitter les principales fonctions de l'apostolat pour prendre soin des tables. « Il n'est pas juste, dirent-ils , que nous quittions la prédication de la parole de Dieu pour avoir soin des tables. Choisissez donc, nos frères, sept hommes d'entre vous, d'une probité reconnue, pleins de l'Esprit saint et de sagesse, à qui nous commettions ce ministère; et pour nous, nous nous appliquerons entièrement h la prière et h ia dispensation de la parole. Ce discours plut h toute l'assemblée, et ils élurent Etienne, homme plein de foi et du Saint-Esprit, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche. Comme tous ces noms sont grecs , quelques auteurs en ont conclu qu'on avait h dessein choisi des diacres parmi les Grecs afin d'apaiser plus sûrement les murmures. Mais cette conséquence n'est rien moins que certaine. Il arrivait souvent que les Hébreux changeaient leurs noms en des noms grecs qui avaient la même signification, et qui étaient plus faciles h prononcer pour ceux avec lesquels ils avaient h vivre. S. Etienne, comme fobserve S. Augustin, est nommé le premier parmi les diacres , comme S. Pierre l'est parmi les apôtres. C'est pour cela que Lucien lui a donné le titre d'archidiacre. Les apôtres après avoir fait des prières imposèrent les mains aux sept diacres; et cette cérémonie leur communiqua le Saint-Esprit, pour les rendre dignes de devenir les ministres des saints mystères de Dieu. « Quoique finstitution de ces ministres, dit Stolbcrg, appelés en grec diacres, fut amenée

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par les besoins temporels des pauvres, ils n'en étaient pas moins aussi ministres du salut, serviteurs de la parole, comme nous allons le voir dans Etienne, et ensuite dans Philippe... Dès les premiers temps de l'Eglise nous trouvons des cBacres, que l'imposition des mains de l'évêque iû- Testissait des fonctions de leur ministère, subordonné h laprêtxMse. Dès les premiers temps de l'Eglise ils aidèrent les évêques et les prêtres dans le service divin, prêchèrent l'Evangile, ^distribuèrent le pain béni pour l'évêque ou les prêtres, et administrèrent le calice consacre à la sainte communion. » Leur ordination se fit en vertu d'une commission générale ou particulière, que les apôtres avaient reçue de Jésus-Cbrist pour établir des lévites otii des ministres inférieurs qui pussent servir h l'autel. S. Paul pai'le des fonctions de ces ministres, et demande qu'ils aient presque les mêmes qualités que les prêtres et les évêques. S. Ignace, disciple des apôtres, ordonne aux fidèles de respecter les diacres comme les ministres de Dieu, comme les ministres des mystères de Jésus-Christ. « 11 convient, dit-il ailleurs, que tous se conduisent sous tous les rapports d'une manière respectueuse, même envers les diacres comme ministres des mystères de Jésus- Christ ; car leur ministère ne consiste pas h distribuer le boire et le manger, mais h remplir d'augustes fonctions dans l'Eglise de Dieu. C'est pourquoi il est aussi de leur devoir d'éviter comme le feu toute espèce d'accusation. Que chacun h son taur respecte les diacres comme un commandement de Jésus-Christ, l'évêque comme le représentant du père, et les prêtres comme le COûseil de Dieu et le collège des apôtres. »

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Suivant S. Chrysostome, S. Etienne eut la primauté et la préséance parmi les diacres qui venaient d'être élus. Comme il était rempli du Saint-Esprit il prêchait l'Evangile avec un zèle intrépide, et des miracles dont on ne pouvait contester la vérité confirmaient la doctrine qu'il annonçait. « Cependant la parole du Seigneur se répandait de plus en plus, et le nombre des disciples augmentait fort dans Jérusalem. Il y en avait aussi beaucoup d'entre les prêtres qui obéissaient à la foi... Et quelquesuns de la synagogue, qui est appelée celle des affranchis, et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux qui étaient de Cilicie et d'Asie, s'élevèrent contre Etienne et disputaient avec lui ; mais ils ne pouvaient résister h la sagesse et h l'esprit qui parlait en lui. Alors ils subornèrent des gens pour leur faire dire qu'ils l'avaient entendu blasphémer contre Moïse et contre Dieu. Ils émurent donc le peuple, les sénateurs et les scribes; et se jetant sur Etienne ils l'entraînèrent et l'emmenèrent au conseil; et ils produisirent contre lui de faux témoins, qui disaient : Cet homme ne cesse point de parler contre le lieu saint et contre la loi; car nous lui avons entendu dire que ce Jésus de Nazrareth détruira ce lieu-ci, et changera les ordonnances que Moïse nous a laissées. Et tous ceux qui étaient assis dans le conseil ayant les yeux sur lui, son visage leur parut comme le visage d'un ange.»

Alors le grand-prêtre lui demanda si ce que l'on disait de lui était véritable. Le saint diacre se leva, et tint devant l'assemblée le discours suivant : « Mes frères et mes pères , écoutez-moi. Le Dieu degloire apparut à notre père Abraham, lorsqu'il

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était en Mésopotamie avant qu'il demeurât en Charan , et lui dit : Sortez de votre pays et de ' votre parenté, et venez dans la terre que je vous montrerai. Alors il sortit du pays des Chaldéens, et vint demeurer en Charan. Et après que son père fut mort Dieu le lit passer dans cette terre qxie vous habitez aujourd'hui, où il ne lui donna aucun héritage, non pas même pour asseoir le pied , mais il lui promit de lui en donner la possession, et h sa postérité après lui , lorsqu'il n'avait point encore de fds. Et Dieu lui prédit que sa postérité demeurerait dans une terre étrangère, où elle serait tenue en servitude et fort maltraitée pendant quatre cents ans. Mais j'exercerai, dit le Seigneur, ma justice contre la nation qui l'aura tenue en servitude ; et elle sortira enfin de ce pays-là , et viendra me servir en ce lieu-ci. 11 donna ensuite l'alliance de la circoncision; et ainsi Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour. Isaac engendra Jacob , et Jacob les douze patriarches. Les patriarches émus d'envie vendirent Joseph, pour être mené en Egypte; mais Dieu était avec lui, et il le délivra de toutes ses afflictions; et, l'ayant rempli de sagesse, il le rendit agréable à Pharaon, roi d'Egypte , qui lui donna la conduite de son royaume et de toute sa maison. Cependant toute l'Egypte et la terre de Chanaan furent affligées d^une grande famine , et nos pères ne pouvaient trouver de quoi vivre. Mais Jacob ayant ouï dire qu'il y avait du blé en Egypte , il y envoya nos pères pour la première fois. Et la seconde fois qu'ils y vinrent Joseph fut reconnu de ses frères, et Pharaon sut de quelle famiUe il était. Alors Joseph TOME I. 4

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envoya quérir JacoL , son père , et toule sa famille, qui consistait en soixante et quinze personnes. Jacob descendit donc en Egypte, où il mourut , et nos pères après lui. Et ils furent transportés en Sichem , et on les mit dans le sépulcre qu'Abraham avait acheté h prix d'argent des cnfans d'Hémor, fils de Sichcm. Mais comme le temps de la promesse que Dieu avait faite h Abraham s'approchait , le peuple s'accrut et se multiplia beaucoup en Egypte , jusqu'au règne d'un autre roi qui n'avait pas connu Joseph. Ce prince, usant d'une malice artificieuse contre notre nation, accabla nos pères de maux , jusqu'à les contraindre d'exposer leurs enfants, pour en exterminer la race. Ce fut en ce temps-lh que naquit Moïse , qui était agréable à Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père.

Et ayant été exposé ensuite, la fille de Pharaon l'emporta, et le nourrit comme son fils. Depuis , Moïse fut instriiit dans toute la sagesse des Egyptiens , et devint puissant en paroles et en œuvres. Mais quand il eut atteint l'âge de quarante ans , il lui vint dans l'esprit d'aller visiter ses frères, les enfants d'Israël. Et voyant qu'on faisait injure à l'un d'eux , il le défendit et le vengea en tuant l'Egyptien qui l'outrageait. Or il croyait que ses frères comprenaient bien que ce serait par sa main que Dieu les délivrerait; mais ils ne le comprirent pas. Le lendemain, s'étant rencontré lorsque quelquesuns d'eux se querellaient, et tâchant de les accorder» il leur dit : Mes am.is, vous êtes frères, comment vous foites-vous injure les uns aux autres? Mais c^ui qui faisait injure h l'autre le rebuta , en lui

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disant : Qui vous a établi prince et juge sur nous? Ne voudriez-Aoùs pas me tuer, comme vous tuâtes hier cet Egyptien. Moïse s'enfuit en entendant Gcltc parole , et demeura comme étranger au pays de Madian, où il eut deux fils. Quarante ans après, un auge lui apparut au désert de la montagne de Stna, dans la flamme d'un buisson qui brûlait. Ce que Moïse ayant aperçu , il fut étonné de ce qu'il voyait, et, s approchant pour considérer ce que c'était, il entendit la voix du Seigneur , qui lui dit : Je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Et Moïse, tout tremblant, n'osait considérer ce que c'était. Alors le Seigneur lui dit : Otez vos souliers de vos pieds , car le lieu où vous êtes est une terre sainte. J'ai vu et considéré iaffliciion de mon peuple, qui est en Egypte; j'ai enlendu leurs gémissements, et je suis descendu pour les délivrer. Venez donc maintenant , afin que je vous envoie ep Egypte. Ce Moïse, qu ils avaient renoncé, en disant : Qui vous a établi prince et juge ? C'est celui-là même que Dieu envoya pour prince et pour libérateur, sous la conduite de l'ange qui lui était aj)j)arudans le buisson. Ce fut lui qui les fit sortir , faisant des prodigeset des miracles en Egypte, dans la merPiOuge et au désert, durant quarante ans. C'est ce Moïse, ;^ qui a dit aux enfants d Israël : Dieu vous suscitera d'entre vos frères xm prophète comme moi ; écoutez-le. C'est lui qui, pendant que le peiq)îe était assemblé dans le désert , s'entretenait avec l'ange , qui lui parlait sur la montagne de Siua, C'est lui qui était avec nospères, et qui a reçu les paroles de vie pour nous les donner. Nos pères ne voulurent

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point lui obéir ; mais ils le rebutèrent , reto urnant de cœur en Egypte, et disant àAaron. Faites-nous des dieux qui marchent devant nous ; car nous ne savons ce qu'est devenu ce Moïse qui nous a tirés du pays d'Egypte. Ils firent ensuite un veau, et sacrifièrent à l'idole, mettant leur joie dans cet ouvrage de leurs mains. Alors Dieu se détourna d'eux, et les abandonna de telle sorte qu'ils adorèrent l'armée du ciel, comme il est écrit au livre des prophètes : Maison d'Israël, m'avez-vous offert des sacrifices et des hosties dans le désert durant quarante ans. Et vous avez porté le tabernacle de Moloch et l'astre de votre dieuRempham , figures- que vous avez faites pour les adorer. C'est pourquoi je vous transporterai au-delh de Babylone. Nos pères eurent dans le désert le tabernacle du témoignage, comme Dieu, parlant h Moïse ,.lui avait ordonné de le l'aire selon le modèle qu'il avait vu. Et nos pères l'ayant reçu, ils l'emportèrent, sous la conduite de Josué , au pays qui avait été possédé par les nations que Dieu chassa devant eux; et il y fut jusqu'au temps de David, qui trouva grâce devant Dieu, et qui lui demanda qu'il pût bâtir une demeure au Dieu de Jacob. Ce fut néanmoins Salomon qui lui bâtit un temple. Mais le Très-Haut n'habite point dans les temples faits par la main des hommes, selon celle parole du prophète : Le ciel est mon trône et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtiriez-vous, dit le Seigneur, et quel pourrait être le lieu de mon repos? Ma main n'a-t-elle pas fait toutes ces choses ? Têtes dures , hommes incirconcis de cœur et d'oreilles! vous résistez toujours au Saint-Esprit , et vous êtes tels que

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VOS pères ont été. Quel est celui d'entre les prophètes que vos pères n'aient point persécuté ? Ils ont tué ceux qui leur prédisaient l'avènement du juste , que vous venez de trahir et dont vous avez été les meurtriers. Vous avez recula loi par le ministère des anges, et vous ne Tavez point gardée.

Ces reproches les piquèrent jusqu'au vif; ils entrèrent dans une rage qui leur déchirait le cœur , et ils grinçaient les dents contre le serviteur de Jé- «us-Christ. Etienne, les yeux levés au ciel, n'observait point ce qui se passait. Etant rempli du Saint- Esprit , il s'écria: Je vois les deux ouverts, et le Fils de l'homme qui est debout à la droite de Dieu. Jésus- Christ lui apparaissait dans cette posture pour lui faire comprendre qu'il était prêt h le protéger , h le recevoir et à le couronner dans le séjour de la gloire. Celte vision lui inspira un nouveau courage; il ne soupirait plus qu'après la possession du bonheur céleste. Son ame était inondée d'ime joie ineffable et ravie en extase. Les Juifs ayant entendu Etienne devinrent encore plus furieux; ils le traitèrent de blasphémateur, et résolurent de le mettre Il mort sans autre forme de justice. Ils n'attendirent point qu'il intervînt une sentence, et n'eurent point recours au gouverneur romain, quoique ces formalités fussent alors requises pour faire mourir quelqu'un légalement. Ils se bouchèrent les oreilles pour ne point entendre ses prétendus blasphèmes; et, se jetant sur lui avec de grands cris, ils le traînèrent hors de la ville pour lui faire subir la peine portée contrôles blasphémateurs. Les témoins qui, selon la loi, devaient jeter la première pierre, mirent leurs vêtements aux pieds de Saul, quiparta-

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