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avait refusé de les recevoir, il les en reprit, et leur donna à entendre qu'ils ne devaient employer h. l'égard des pécheurs d'autres armes que la douceur et la patience.
Jésus distingua Pierre, Jacques et Jean parmi les autres apôtres, et les combla de faveurs spéciales. Ils furent les seuls qu'il rendit spectateur de sa glorieuse transfiguration, et témoins de son agonie dans le jardin des Oliviers; mais, malgré l'exemple et les instructions du Sauveur, leurs esprits n'étaient point encore parfaitement éclairés, ni leurs cœurs entièrement purifiés. Leur vertu était toujours imparfaite, comme il paraît par le trait sui- Tant. La mère de Jacques et de Jean, prévenue en faveur du mérite de ses fds, attendait beaucoup pour eux de l'honneur qu'ils avaient d'être proches parents de Jésus. Elle s'imaginait , d'après l'idée grossière que les Juifs s'étaient formée du Messie, qu'il allait établir une monarchie temporelle; elle pria donc le Sauveur de faire asseoir ses deux ûls l'un h sa droite et l'autre h. sa gauche dans son royaume. On voit par Ih ce que produit une tendresse mal entendue ; elle aveugle les parents, elle leur fait flatter les passions secrètes de leurs enfants, et les porte à les excuser et h les entretenir dans le vice. On voit en même temps ce que c'est que l'ambition, puisqu'elle s'insinua dans le cœur même de ceux qui avaient été appelés à l'apostolat. Jacques et Jean s'étaient déguisé h eux-mêmes les dispositions intérieures de leur ame; ils n'y avaient vu qu'une noble émulation^ accompagnée du désir de servir leur maître. C'est qu'il n'y a que les enfants de lumière qui puissent découvrir les pièges
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de cet ennemi ; il n'y a qu'une humilité sincère qui fasse discerner les prétextes spécieux sous lesquels se cachent l'orgueil et la cupidité.
On ne doute point que les deux fils de Zéhédée n'eussent parlé par la houche de leur mère. En effet, ce fut à eux que s'adressa la réponse de Jésus. Vous ne savez, leur dit- il, ce que vous demandez. Ce n'est point par ambition qu'on s'élève dans mon royaume, mais par l'humilité, les travaux et la patience. Il leur demanda donc s'ils pouvaient boire le calice des souffrances. Oui, nous Le pouvons, répondirent les deux apôtres, qui comprirent alors à quelle condition Jésus leur offrait son royaume, et qui bridaient de souffrir avec lui. Lh-dessus le Seigneur leur dit qu'à la vérité ils auraient part h son calice, mais que, quant aux places de son royaume, il ne pouvait suivre d'autre disposition que celle qu'il avait arrêtée dans ses décrets, conjointement avec son père, et qui avait été réglée sur le degré d'amour et de patience avec lequel ses disciples souffriraient.
La vertu de ceux qui viennent de se donner à Dieu avec le plus de ferveur reste imparfaite jusqu'à ce que, par la pratique du renoncement et par l'esprit de prière, ils aient préparc leurs âmes h. recevoir avec plénitude les dons du Saint-Esprit. Cet esprit divin les éclaire d'une lumière nouvelle, et les remplit de cette ardeur de charité qui consume tout ce qu'il y a de terrestre dans leurs a!fections. Dans cet état, les vertus, même morales, acquièrent un degré subUme de perfection ; l'humilité fait entrer l'ame dans une connaissance claire et intime de sa bassesse et de ses infirmités, et la
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pénètre des plus yifs sentiments de mépris pour ellemême; elle est comme transportée dans une nouvelle région, où, par les actes héroïques de piété qu'elle n'interrompt jamais, elle fait chaque jour les plus rapides progrès. Cette perfection, le Saint- Esprit la commviniqua d'une manière miraculeuse aux apôtres, lorsqu'il descendit sur eux visiLlement. Non seulement il grava la loi d'amour dans leurs cœurs, mais il leur donna encore plusieurs grâces extérieures, comme le don des miracles et celui de prophétie, pour les mettre en état de s'acquitter des fonctions importantes que Jésus-Christ leur avait confiées.
Après l'ascension de Jésus-Christ les apôtres travaillèrent de concert à répandre sa doctrine : mais les écrivains des premiers siècles ne nous ont laissé aucun détail sur les travaux de S. Jacques; il paraît seulement qu'il quitta la Judée peu après le martyre de S. Etienne. On lit dans l'addition au catalogue des hommes illustres de S. Jérôme (pi'il annonça l'Évangile aux douze tribus dispersées. Quoique les apôtres n'aient guère prêché que dans les lieux voisins de la Judée, durant les douze premières années du christianisme, S. Jacques put cependant aller en Espagne, et y porter le flambeau de la foi.
Nous apprenons de S. Épiphane que S. Jacques vécut toujours dans le célibat et dans la pratique de la mortification, qu'il s'interdit l'usage de la viande et du poisson, qu'il ne portait que des habits pauvres, et qu'il n'y avait rien que de très édifiant dans toute sa conduite. Il fut le premier des apôtres qui suivit son divin Maître par le martyre. Il souffrit à Jéru-
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salem, où il était retourné la onzième année après l'ascension du Seigneur. Voici quelle fut l'occasion de sa mort.
Agrippa, petit-fils d'Hérode, avait été élevé à Rome sous le i^ègne de Tibère; il y avait connu Ca- Hgula, et avait mérité la confiance de ce prince en flattant bassement ses passions. A peine Galigula fut-il parvenu h l'empire que, pour témoigner à Agrippa l'attachement qu'il avait pour lui, il lui donna le titre de roi avec les tétrarchats de Phi lippe et de Lysanias, lesquels pour lors étaient vacants. L'an 4i de Jésus-Christ, l'empereur Claude ajouta de nouvelles donations h celles que Caligula avait faites; en sorte que tout le pays précédemment possédé par Hérode fut mis sous la domination du nouveau roi. La cour d'Agrippa devint brillante; et l'appareil de la royauté fut plus magnifique que jamais dans toutes les provinces de sa dépendance. Il professait cependant la loi de Moïse, et^ comme s'il en eut été un des plus ardents zélateurs, il suscita une persécution sanglante contre les disciples de Jésus. Il savait bien que par là il gagnerait le cœur des Juifs; il profita donc du voyage qu'il fit de Césarée à Jérusalem, dans le dessein d'y célébrer la fête de Pâques de l'année L^, pour leur témoigner le désir qu'il avait de leur plaire, S. Jacques fut la première victime de sa politique. L'ayant fait arrêter quelques jours avant la fête, il ordonna qu'on lui tranchât la tête ; ce qui fut exécuté dans la quatorzième année depuis la mort de Jésus-Christ.
Eusèbe rapporte, d'après Clément d'Alexandrie, que le dénonciateur du saint apôtre fut si frappé de
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son courage et de sa conslance qu'il se déclara chrclien lui-même, et fut condamné en même temps h être décapite. Comme on le conduisait au supplice avec S. Jacques^, il lui demanda pardon de l'avoir ainsi livré à ses bourreaux. L'apôtre s'étant arrêté un instant, se tourna vers lui, et lui dit en l'emLrassant : La paix soit avec vous. Ils furent décapités l'un et l'autre au même endroit, (i)
(1) Agrippa fut le premier persécuteur de l'Eglise. Ayant condamné S. Jacques à mort, il lit emprisonner S. Pierre^ que Dieu tira miraculeusement de ses mains; mais il ne tarda pas à éprouver les effets de la vengeance divine. La fête de Pâques passée, il retourna à Césarée dans le dessein d'y donner des jeux publics en l'honneur de Claude ; il y fut suivi par un nombreux ccirtége de personnes de considération, tant de ses propres états que des pays voisins. Le second jour des jeux, il parut sur le théâtre avec une robe tissue en argent, dont l'habileté de l'art relevait encore la richesse; elle tirait un nouvel éclat des rayons du soleil, qui venant à se réfléchir éblouissaient les spectateurs. Ceux-ci de leur côté marquaient une sorte de respect qui tenaient de l'adoration. Agrippa fit un discours fort élégant aux députés des Tyriens et des Sidoniens, qui étaient venus lui demander pardon d'une faute par laquelle leur nation avait quelque temps auparavant encouru sa disgrâce. Quand il eut cessé de parler les ambassadeurs et ces flatteurs qui environnent ordinairement les princes firent entendre des acclamations réitérées. Ce n'est point, s'écriaient-ils, la voix d'un homme, c'es' la voix d'un dieu. Le roi, enivré de ces louanges impies, et entraîné par l'orgueil, oublia qu'il était né mortel; mais à l'instant l'ange du Seigneurie frappa, et il ressentit dans les entrailles une douleur si violente qu'il ne pouvait la supporter. Sentant que sa maladie le conduirait au tombeau, il rejeta les louanges de ses flatteurs, et leur dit que celui qu'ils appelaient immortel était sur le point de mourir. Cependant il était toujours rempli des fausses idées qu'inspirent les grandeurs humaines, et il se rappelait encore avec satisfaction le souvenir de la splendeur dans laquelle il avait passé sa vie ; tant il est vrai qu'on meurt tel qu'on a vécu. Agrippa, après avoir langui cinq jours sans que les médecins pussent apporter le moindre adou-
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Le corps de S. Jacques fut enterré h Jérusalem ; mais peu de temps après ses disciples le portèrent en Espagne, et le déposèrent h Iria-Flavia, aujourd'hui El Padron, sur les frontières de la Galice. On découvrit ses reliques au commencement du neuvième siècle, sous le règne d'Alphonse le Chaste, roi de Léonj on les transporta par l'ordre de ce prince h Compostelle, qui est h quatre milles, et où le pape Léon III transféra le siège épiscopal d'Iria- Flavia. Ce lieu se nommait autrefois ad Sanctam Jacobum, opostoluin ou Giacomo Postolo; et de là est venu, par ahréviation, CoviposteUe. Il est célèbre par le concours extraordinaire de pèlerins qui viennent y visiter le corps de S. Jacques, lequel se garde avec beaucoup de respect dans la cathédrale. Le père Cuper, un des continuateurs de Bollandus, prouve la vérité de la tradition de l'église d'Espagne touchant la translation du corps de S. Jacques à Compostelle ; il donne aussi l'histoire authentique de plusieurs miracles opérés par l'intercession du saint apôtre, ainsi que celles de diverses apparitions par lesquelles il protégea visiblement les armées chrétiennes contre les Maures d'Espagne.