‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 17 sur 83 · S. PHILIPPE · texte numérisé non relu

S. PHILIPPE

VN DES SEPT PREAUERS DIACRES DE I/ÉGLISE. (6 juin.)

Le nombre des fidèles s'élant considérablement

cisseinent à son mal, ni empèclier les r ers de le ronger tout Tirant, expira dans des douleurs qu'on ne peut imaginer et encore moins exprimer.

^ s. PHILIPPE, DIACBE.

augmenté par les premiers discours de S. Pierre, les apôtres choisirent sept hommes rempHs de sagesse et de l'esprit de Dieu , sur lesquels ils pussent se décharger du soin des pauvres afin de vaquer uniquement au ministère de la parole. On Iciu' donna le nom de diacres ou de ministres. S. Philippe occupe la seconde place dans le catalogue qu'en donne S. Luc. Il était à Césarée , en Palestine , selon Isidore de Péluse.

Les fonctions de diacre ne lurent pas restreintes à ce qui paraît avoir été la cause primitive de leur institution. Ils distrihuaient aussi les divins mystères aux fidèles, qui y participaient quelquefois après le souper , comme ou le voit par la première épître de S. Paul aux Corinthiens. Mais cette manière de recevoir l'eucharistie ne subsista pas long-temps; les apôtres ordonnèrent qu'on ne l'administrât plus qu'aux personnes qui seraient h jeun.

Les diacres furent ordonnés par l'imposition des mains, accompagnée de la prière. S. Paul exigeait qu'ils eussent les mêmes dispositions que les prêtres etlesévêques, et qu'on ne les admît au ministère qu'après les avoir éprouvés. L'Ecriture et les écrits des disciples des apôtres ne permettent pas de douter qu'ils n'eussent été institués pour assister les prêtres dans la consécration de l'eucharistie , et il est probable que ce fut en conséquence d'un commandement exprès du Sauveur.

^S. Ignace, dans sa lettre aux TraUiens, appelle les diacres ministres des mystères de Jésus-Christ. Il ordonne aux Smyrnéens de les respecter comme les ministres du Seigneur. Dans ses autres lettres u les associe toujours aux prêtres et aux évêques.

s. PHILIPPE, DIACBE. tjS

S. Cyprien les qualifie de ininistres de t'épiscopat et de l'EgUsc. Nous allons marquer ici leurs fonctions ordinaires. i° Ils servaient le prêtre h l'autel pendant la consécration de Teucharistie : c'est ce que montrent les célèbres paroles de S. Laurent au pape Sixte, lesquelles sont rapportées par S. Ambroise. 2'^ Ils administraient le baptême en l'absence du prêtre. 3° Ils annonçaient la parole de Dieu.

S. Philippe excellait tellement dans la prédication de l'Évangile qu'il mérita le surnom d^Eiringéllste, par lequel il est distingue dans les Actes des apôtres. Après le mart)Te de S. Etienne et la dispersion des disciples du Sauveur , il porta les lumières de la foi dans Samarie. Le peuple de cette contrée écouta ses discours attentivement. Un grand nombre se convertirent h la vue des miracles éclatants qu'il opérait en confirmation de la doctrine qu'il prêchait. En effet il guérissait les maladies les plus incurables et chassait les démons des corps des possédés.

C'était dans ce temps-là que Simon surnommé le Magicien jouait un rôle dans Samarie, Il était né à Gitton , petite ville du pays. Avant l'arrivée de S. Philippe il s'était acquis beaucoup de réputation en séduisant le peuple par ses prestiges. Tous le suivaient depuis le plus petit juscpiau plus grande et disaient : Celui-ci est la grande vertu de Dieu. Le démon se servait de lui pour opposer de prétendus' prodiges aux miracles de Jésus-Christ , comme autrefois il s'était servi des magiciens de Pharaon pour empêcher l'effet des merveilles qu'opérait Moïse. Mais Dieu , en permettant que la fidélité de ses serviteurs soit mise a une pareille épreuve, fotir-

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nit les moyens de découvrir et de confondre l'imposture. Il accorda donc h. S. Philippe le pouvoir de faire des miracles si éclatants que le magicien en fut tout déconcerté et comme étourdi. Simon lui-même , voyant le peuple courir au saint, demanda le baptême, et crut , ou du moins feignit de croire en Jésus-Christ. Lorsqu'il eut été baptisé il s'attacha spécialement à Philippe , dans l'espérance qu'il recevrait le pouvoir de faire des miracles semblables à ceux qu'il lui avait vu opérer.

Les apôtres, ayant appris h Jérusalem ce qui se passait h Samarie, y envoyèrent S. Pierre et S. Jean pour imposer les mains aux nouveaux convertis, c'est à dire leur conférer le sacrement de confirmation, qui ne pouvait être administré que par des évêques. Dans ces premiers temps du christianisme la réception du sacrement de confirmation était ordinairement suivie de plusieurs dons extérieurs. Ce fut ce qui arriva pour lors aux Samaritains.

Simon, voyant les effets merveilleux que produisait l'imposition des mains faites par les apôtres , dit h ceux-ci en leur offrant de l'argent : Donnezmoi aussi ce pouvoir, que ceux à qui j'imposerai les mains reçoivent le Saint-Esprit. INIais il lui fut répondu par S. Pierre : Que votre argent périsse avec vous, vous qui avez craque le don de Dieu pouvait s'acquérir avec de l'argent. Faites pénitence de cette méchanceté , et priez Dieu afin que, s'il est possible i il vous pardonne de cette pensée de votre cœur; car] je vois que vous êtes rempli d'un fiel très amer, et que vous êtes engagé dans les liens de l'iniquité. Cette mauvaise disposition empêcha Simon

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de recevoir les dons du Saint-Esprit, ou du moins la grâce sanctifiante. Frappé cependant de la crainte des maux temporels , il dit h S. Pierre : Priez vous-même le Seigneur pour moi , afn cju'il ne m'arrive rien de ce que vous m'avez dit. Le crime de Simon a fait donner le nom de simonie au péché que commettent ceux qui vendent ou achètent les choses spirituelles pour un hien temporel, péché qui est tout h la fois contraire et h la loi naturelle et h la loi de Dieu. 11 est ordinairement désigné dans le droit canonique sous le nom d'hérésie de Simon le magicien. L Ecriture no nous apprend plus rien de cet imposteur. On croit cependant que c'est de lui et de ses disciples qu'il faut entendre ce que disent S. Paul et S. Jucle , et que c'est contre eux que S. Jacques prouve la nécessité des honnes œuvres pour le salut. On croit encore qu'ils sont ces faux prophètes que S. Pierre a peints avec des couleurs si capables d'inspirer la terreur.

S. Philippe ressentit une grande douleur à la Tue de l'hypocrisie de Simon le magicien , et des^ obstacles que cet imposteur mettait aux progrès de l'Evangile ; mais il se rappelait en même temps les contradictions que Jésus-Christ lui-même avait éprouvées de la part des pécheurs impénitents dans le dessein d'instruire ses disciples et de leur enseigner la patience et la douceur. Après tout, si les entreprises des hommes apostoliques n'étaient point traversées, la facilité du succès leur ravirait une partie du mérite qu'ils peuvent acquérir.

On croit que S. Paul était encore à Samarie lorsqu'un ange lui ordonna d'aller vers le midi , et de gagner le chemin qui conduisait de Jérusalem à TOME I. 5

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la ville de Gaze. Il trouva sur ce chemin un eunuque qui était le grand trésorier de Candace, reine d'Ethiopie. Comme il professait la religion des Juifs , il avait été visiter le temple de Jérusalem. Il était alors en route pour retourner dans son pays. Son amour pour les livres saints était si grand qu'il lisait dans son chariot le prophète Isaïe. Il en était alors à. ce passage , où il est dit de Jésus-Christ : H a été mené comme une brebis à la boucherie, et il n'a point ouvert la bouche non plus (/a un agneau cjui demeure muet devant celui qui le tond. Le jugement porté contre lui dans les jours de son abaissement a été atoli par la gloire de sa résurrection. Qui pourra expliquer sa génération , ou la glorieuse résurrection de son humanité, qui sera comme une seconde naissance miraculeuse? S. Philippe donna à l'eunuque l'intelligence de ce passage, puis le hàptisa, après l'avoir instruit parfaitement de la foi. L'eunuque s'en alla plein de joie dans son pays , et y publia la doctrine de Jésus-Christ, comme le dit S. Jérôme, d'après Eusèhe. Les xihyssins l'ont toujours regardé comme leur apôtre.

Quant h S. Philippe , il se trouva tout a coup transporté à Azot. Il y annonça Jésus-Christ, ainsi que dans toutes les villes où il passa jusqu'à ce qu'il fut arrivé à Césarée , où il faisait ordinairement sa résidence. Ce fut dans cette maison que logea S. Paul , lorsqu'il vint dans cette ville en 58.

Il y avait quatre filles vierges, qui toutes prophétisaient. S. Jérôme dit qu'elles gardèrent leur virr ginité par vœu, ou du moins par dévotion. Le même père ajoute que le don de prophétie dont elles furent douées était la récompense de leur chasteté.

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Il est probable que S. Philippe mourut à Césarée : on ne doit pas le confondre , comme l'ont fait quelques auteurs, avec S. Philippe, apôtre, qui mourut h Hiéraple.

S. BAFiNABE,

APÔTRE

(11 juin.)

S. Barnabe est qualifié opôtrc par les premiers pères de l'Église et par S. Luc lui-même, quoiqu'il ne fût pas du nombre des douze que Jésus-Christ avait choisis. On lui a donné ce titre parceque le Saint-Esprit l'avait appelé d'une manière singulière et parcequ'il avait eu beaucoup de part dans tout ce que firent les apôtres pour l'établissement du christianisme.

Il était de la tribu de Lévi, mais II était né dans l'île de Chypre, où sa famille possédait une terre» On sait que la loi ne défendait point aux lévites d'avoir un établissement et des biens hors de leur pays.

Le saint s'appela d'abord José ou Joseph. Après l'ascension du Sauveur les apôtres changèrent son nom en celui de Barnabe, terme qui signifie, selon S. Luc, fils de consolation. Il fut nommé ainsi, dit S. Chrysostome, à cause du talent admirable qu'il avait de consoler les affligés. S. Jérôme ajoute que Barnabe signifie encore fils de prophète, et que personne ne le méritait mieux que cet apôtre, qui excellait dans les dons prophétiques.

Nous apprenons des Grecs que ses parents l'en-

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voyèrent dans sa jeunesse à Jérusalem, où il fréquenta avec S. Paul l'école du fameux Gamaliel, et qu'il fut un des premiers, ou même le principal des septante disciples de Jésus- Christ. Il eut par conséquent l'avantage d'entendre de la bouche du Sauveur les paroles de la vie éternelle.

C'est dans les Actes des Apôtres que l'Ecriture parle de lui pour la première fois. Il est dit an même endroit que ceux qui à Jérusalem reçurent d'abord la foi vivaient en commun ; que les personnes d'entre eux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient , et en venaient déposer le prix aux pieds des apôtres afin de contribuer au soulagement des malheureux et de se rendre plus propres h suivre Jésus-Christ par une vie pénitente et mortifiée. S. Barnabe est le seul qui soit nommé en cette occasion. Ceci vient sans doute de ce qu'il possédait un bien considérable, et peut-être de ce qu'il fut le premier h donner l'exemple d'un si généreux mépris du monde; exemple qui eut depuis tant d'imitateurs et qui porta un si grand nombre de chrétiens h pratiquer h la lettre le conseil donné par le Seigneur l\ l'homme riche de l'Evangile.

Au reste il était libre ii chacun de vendre ou de garder ses biens ; mais dans le cas où l'on se déterminait il les vendre pour contribuer au soulage^ ment des pauvres, on paraissait s'engager par un vœu, ou du moins par ime promesse solennelle, de renoncer h toute profession temporelle pour embrasser un genre de vie plus parfait : aussi voyonsnous qu'Ananie et Saphire furent frappés de mort aux pieds de S. Pierre pour s'être réservé une par-

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tie du prix provenant de la vente de leurs biens ; et l'apôtre ne leur reprocha autre chose sinon d'àvoirmenti au Saint-Esprit en prétendant tromperies ministres du Seigneur; quant aux suites qu'eut leur faute par rapport à l'ëternité, c'est un point sur lequel les pères ne sont pas d'accord. Les uns espèrent qu'ils se seront repentis à la voix de S. Pierre, et qu'en conséquence leur faute leur aura été pardonnée, vu surtout qu'ils l'expièrent par un châtiment temporel; les autres, au contraire, craignent qu'ils ne soient morls dans l'impénitcnce et qu'ils n'aient été précipités dans l'enfer. Il y en a qui les accusent de s'être rendus coupables de sacrilège , en violant le vœu qu'ils avaient faits de vivre dans la pauvreté volontaire. S. Chrysostome , S. Basile et S. Isidore de Péluse observent que le clessein de Dieu, en frappant visiblement des coups de sa justice les premiers auteurs de quelque crime, est d'effrayer et d'instruire quiconque serait tenté de les imiter; que si la vengeance divine ne se manifeste point toujours par des effets sensibles, les pécheurs ne doivent pas se flatter pour cela de l'impunité, qu'il est une autre vie où ils subiront des peines proportionnées à leur malice et à leur endurcissement.

Pour revenir à S. Barnabe , il accompagna des plus parfaites dispositions l'offrande qu'il fit àDieu de tous ses biens. Son zèle et sa piété le rendirent fort recommandable parmi les fidèles, et il avait beaucoup départ au gouvernement de l'Église.

S. Paul étant venu h Jérusalem trois ans après sa conversion, les fidèles se faisaient une peine de l'admettre dans leurs assemblées parcequ'il avait

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persécuté l'Eglise naîssanle avec fureur. S. Barnabe, qui le connaissait particulièrement, le présenta à S. Pierre et à S. Jacques. Tel fut le poids de sa recommandation que lo chef des apôtres le reçut dans sa maison et demeura quinze jours avec lui.

Environ quatre ou cinq ans après, les prédications de ceriains disciples, qu'on croit être Lucius de Cyrène, Manahen et Simon surnommé Le IVoiî', ayant eu un grand succès h Antioche, il fut question d'envoyer dans cette ville quelqu'un d'un ordre supérieur et qui fut même, selon toutes les apparences, revêtu du caractère épiscopal pour confirmer les néophytes et pour donner une forme à la nouvelle bglise. Le choix des apôtres tomba sur S. Barnabe. Lorsqu'il fut arrivé h Antioche il ressentit la j oie la plus vive h l'occasion du progrès qu'ayaitfait l'Evangile : il exhorta fortement les fidèles à 3a ferveur età Ja persévérance ; il prêcha lui-même, et augmenta encore de beaucoup le nombre de ceux qui croyaient en Jésus-Christ. Bientôt il eut iesoin d'un coopérateur qui l'assistât. S. Paul étant pour lors h Tarse^, il alla l'y trouver, et l'in-^ vita h venir partager ses travaux à Antioche. S. Paul^ charmé de la nouvelle qu'il apprenait, le suivit, et passa une année avec lui. Dieu donna de grandes bénédictions au zèle des deux apôtres. L'église d'Antioche devenait de jour en jour plus nombreuse, et ce fut dans cette ville que les fidèles commencèrent à porter le nom de chrétiens.

L'Ecriture appelle S. Barnabe un homme bon par excellence ; ce qui signifie qu'il possédait dans Tin liant degré la douceur , la simplicité, la bienfaisance, la piété et la charité. Elle ajoute qu'il

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était plein de fol , c'est îi dire plein de cette vertu qui, en même temps qu'elle éclairait son esprit sur la connaissance des vérités célestes, passait dans son cœur, animait toutes ses actions, lui inspirait une espérance vive et un ardent amour pour Jésus-Christ, le remplissait de courage au milieu des travaux du ministère, le pénétrait de joie dans les plus Violentes persécutions. L'écrivain sacré dit encore que S. Barnabe était rempli du Saint-Esprit. Cela signifie que le Saint-Esprit possédait tout son cœur et toutes les affections de son cœur , qu'il le crucifiait au monde et h ses vanités , qu'il l'affranchissait des impressions de l'orgueil et de la vengeance , qu'il le rendait supérieur aux désirs de la chair, qu'il lui faisait mépriser les plaisirs et toutes les satisfactions des sens.

Une foi aussi parfaite fut récompensée par le pouvoir d'opérer les miracles les plus éclatants, et elle prépara S. Barnabe aux mérites de l'apostolat. On peut assurer que toute sa vie fut un martyre continuel, puisqu'il était tous les jours exposé aux persécutions et aux dangers pour la défense de l'Evangile ; aussi les apôtres assemblés en concile h Jérusalem dirent-ils, en parlant de S. Barnabe et de S. Pau], quils avaient donné leurs vies pour le nom du Seigneur Jésus.

Cependant la famine que le prophète Agabe avait prédite fit sentir ses ravages h l'Orient et surtout h la Palestine. Les fidèles d'Antioche recueillirent une somme considérable pour assister les frères de Judée qui étaient dans le besoin. S. Barnabe et S. Paul furent chargés de faire le Toyage de Jéruralem et de remettre la somme aux

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chefs de l'église de cette ville. La famine , au rapport de l'historien Josèphe, affligea la Judée durant l'espace de quatre ans.

Jean, surnommé Marc, revint h Antioche avec S. Barnabe. Ils étaient parents l'un et l'autre, puisque le premier était fils de Marie , sœur du second. La maison de cette sainte femme servait d'asile aux apôtres durant les persécutions, et leur fournissait un lieu sûr et convenable pour célébrer les divins mystères.

L'église d'Antioche devint alors très florissante; elle avait, outre nos deux apôtres, plusieurs prédicateurs, tous doués du don de prophétie, et ces prédicateurs étaient Simon, àii le Noir, Lucius de Cyrène , Manahen , frère de lait d'Hérode le tétrarque.

Comme ils étaient occupés du jeûne et du service du Seigneur , le Saint-Esprit leur fit dire par quelques-uns des prophètes de séparer Paul et Barnabe pour C œuvre à laquelle il les avait destinés. Le terme séparer signifie en cet endroit la même chose que mettre à part pour exercer des fonctions divines, que tirer de toute occupation qui n'a pas la gloire de Dieu pour objet. C'est en ce sens qu'il est dit des lévites et de S. Paul qu'ils étaient séparés. L'œuvre à laquelle le Saint-Esprit destinait les deux apôtres était la conversion des gentils.

Toute l'Eglise joignit le jeûne h la prière afin d'attirer la bénédiction du ciel sur cette importante entreprise. Après une telle préparation S. Barnabe et S. Paul reçurent l'imposition des mains, cérémonie par laquelle ils furent, selon quelques-uns, sacrés évoques. D'autres pensent, et leur sentiment

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paraît plus probable, que les deux saints étaient déjà évéques, et que l'imposition des mains fut h. leur égard un simple rit, par lequel on leur donna la commission de prêcher l'Evangile aux peuples idolâtres, et on les établit apôtres des gentils.

Paul et Barnabe, ayant reçu leur mission de la manière que nous l'avons dit, quittèrent Antioche après avoir pris Jean-Marc avec eux, et allèrent à Séleucie, ville de Syrie, située sur le bord de la mer'; delà ils s'embarquèrent pour l'île de Chypre, et vinrent à Salamine, où ils prêchèrent Jésus- Christ dans les synagogues des Juifs; ils partirent ensuite pour Paphos, ville de la même île, fameuse par un temple dédié à Yénus. Ce fut là qu'arriva la conversion de SergiusPaulus, proconsul romain. Les saints apôtres se rembarquèrent à Paphos, et firent voile vers Perge, en Pamphylie. Jean-Marc se sépara d'eux dans cette ville et retourna à Jérusalem. Ce qui le détermina à cette séparation fut qu'il était rebuté par les fatigues qu'entraînaient des voyages longs et pénibles, et découragé par les dangers auxquels leur mission les exposait de la la part des Juifs et des païens. S. Barnabe ressentit beaucoup de douleur à l'occasion de la démarche de son neveu.

De Perge, Paul et Barnabe prirent leur route vers Antioche de Pisidic : là ils prêchèrent dans les synagogues des Juifs; mais voyant que ceux-ci refusaient opiniâtrement de les écouter, ils leur dirent que puisqu'ils rejetaient la grâce qui leur était offerte ils allaient annoncer les paroles de la vie éternelle aux gentils, comme le Seigneur l'avait ordonné par ses prophètes. Les Juifs irrités les

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firent chasser de la ville. Les deux saints se rendirent h Icône, métropole de la Lycaonie, oîi ils prêchèrent quelque temps. La malice des Juifs les obligea encore d'en sortir; ils pensèrent même être lapidés.

Ils diri|2;èrent leur course du côté de Listre, qui était dans la même province. Les idolâtres de cette ville, ayant vu S. Paul guérir miraculeusement un hom/ne perclus de ses membres, s'écrièrent que les dieux étaient venus parmi eux. Ils donnaient à ce saint le nom de Mercure , parccque c'était lui qui portait la parole. Pour S. Barnabe, ils l'appelaient Jupiter, sans doute h cause de son extérieur plein de grâce et de majesté (i). Déjà ils se préparaient h leur offrir des sacrifices, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que les deux saints les en empêchèrent; mais ces dispositions ne durèrent pas long-temps. Les Juifs soulevèrent les païens, qui portèrent la fureur jusqu'à lapider S. Paul. On croyait que cet apôtre était mort ; mais quand les frères furent venus , apparemment pour l'enterrer, il se leva tout h coup, et retourna dans la ville. Il en partit le lendemain avec Barnabe , pour se rendre à Dcrbe. Ils y prêchèrent tous deux avec beaucoup de zèle, et y firent un grand nombre do conversions. Ils parcoururent de nouveau les villes

(1) S. Cbrysostome et tous les anciens représentent S. Barnabe comme un homme d'un aspect vénérable et d'une beauté majestueuse ; ils représentent au contraire S. Paul comme un homme d'une petite taille. S. Cbrysostome s'exprime ainsi en parlant du dernier : «C'était un homme qui n'était haut que de trois coudées, mais qui cependant était élevé au dessus des cieux.

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dont nous venons de parler, afin de confirmer les fidèles dans la doctrine qu'ils avaient embrassée, et d'établir des prêtres dans chaque église. Enfin, après leurs courses apostoliques, ils arrivèrent à Antioche de Syrie, où ils passèrent un temps considérable avec les disciples, étant remplis de joie et rendant grâce h Dieu , qui avait donné tant de succès à leur ministère.

Ce fut durant leur séjour dans celte ville que s'éleva la fameuse dispute sur l'observation des rits de la loi mosaïque. S. Barnabe, de concert avec S. Paul, s'opposa à quelques Juifs convertis, qui prétendaient qu'on était obligé de s'assujettir, même sous l'Evangile, aux pratiques de la loi ancienne. Cette affaire fut portée auxapôtres, qui pour l'examiner mûrement s'assemblèrent h Jérusalem, l'an 5i de Jésus-Christ. S. PauletS. Barnabe furent confirmés dans leur mission , après avoir rendu compte du succès merveilleux qu'avaient eu leurs travaux parmi les gentils. Ils rapportèrent aux fidèles de Syrie et de Cilicie la lettre synodale du concile, qui exemptait les nouveaux convertis des observances légales.

Bien ne montre mieux l'humilité de S. Barnabe que cette déférence volontaire qu'il avait en tout pour S. Paul. Il avait été appelé le premier h la connaissance de Jésus-Christ; il passait pour le principal docteur de l'église d'Antioche ; c'était lui qui avait présenté S. Paul aux apôtres; il lui cédait cependant en toute occasion l'honneur de porter la parole, ainsi que la prééminence. S. Paul de son côté ne cherchait h se distinguer que par son zèle à supporter ce qu'il y avait de plus pénible dans les

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travaux du ministère. Ces deux saints étaient unis parles liens de la charité la plus tendre; et cette charité ne reçut aucune atteinte d'une diversité de sentiment qui parut entre eux , et qui les sépara l'un et l'autre.

S. Paul proposa h S. Barnahé de faire la visite des églises qu'ils avaient fondées en Asie. Barnahé y consentit, mais h condition que Jean-Marc, qui pour lors se trouvait h Antiochc, viendrait avec eux. *S. Paul fut d'un avis différent, et crut qu'ils ne devaient point s'associer un homme qui précédemment avait donné tant de preuves de son peu de courage. Les deux apôtres se séparèrent par une permission du Saint-Esprit, afin que l'Evangile pût être annoncé en un plus grand nomhre de lieux.

Jean-Marc parut dans la suite lout autre qu'il n'avait été, et devint un modèle de ferveur et de fermeté dans les épreuves ; il mérita même d'être compté parmi les prédicateurs les plus zélés. S. Paul, dans son épître aux Colossiens, parle de lui d'une manière fort honorahle, et dans sa seconde ipître à Tiniothée , qu'il écrivit quand il était en prison à Rome , il chargeait son disciple de venir le trouver et d'amener avec lui Jean-Marc, (jui pouvait beaucoup servir pour le ministère de l'Evangile. Jean- Marc finit sa course apostolique à Bihlis, en Phénicie. Il est nommé dans le martyrologe romain, sous le 27 septemhre.

Après la séparation de S. Paul et de S. Barnahé le premier parcourut avec Silas la Syrie etla Cilicie; le second, ayant avec lui Jean- Marc, se rendit dans l'île de Chypre. L'Ecriture ne nous apprend plus rien sur le reste de la vie de S. Barnabe.

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Ce saint , au rapport de Théodoret , rejoignit S. Paul, qui l'envoya h Corinthe avec Tite. Dorothée et l'auteur des Récognitions supposent qu'il fit un voyage h Rome. La ville de Milan l'honore comme son patron. Elle se fonde sur une ancienne tradition appuyée sur des mommients qui paraissent être du quatrième siècle, et qui portent que le saint prêcha la foi dans cette ville, et qu'il en fonda l'église.

Mais quelque étendu qu'eût le zèle de S. Barnabe,il se croyait principalement obligé de travailler \ la sanctification de ses compatriotes. Ce fut parmi eux qu'il termina sa vie parle martyre. Alexandre, moine de Chypre, qui écrivait dans le sixième siècle, avait donné une relation de sa mort. Voici en substance ce qu'elle contenait. La foi ayant fait des progrès considérables dans l'île de Chypre par les prédications, les exemples et les miracles de l'apôtre, il arriva que des Juifs qui l'avaient persécuté en Syrie vinrent ti Salamine, et soulevèrent contre lui les personnes les plus puissantes de cette ville. On arrêta le saint, qui, après avoir été insulté par la populace et avoir souffert plusieurs tortures, fut enfin lapidé.

Ses reliques furent trouvées dans la suite près de Salamine. Il y avait dans son cercueil une copie de l'évangile de S. Matthieu, en langue hébraïque, laquelle avait été écrite de la propre main du saint; elle fut envoyée h l'empereur Zenon, en 485, selon Suidas, et Théodore lecteur.

S. Paul parle de S. Barnabe comme vivant encore dans l'année 56, et S. Chi^ysostome suppose qu'il n'était point mort en 63. Il paraît que ce saint apôtre parvint h une extrême vieillesse.

110 s. JACQUES LE MINEUR.

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