‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 24 sur 83 · S. PIERRE, APOTRE · texte numérisé non relu

S. PIERRE, APOTRE

signiRe Pierre. Les deux frères, ayant passé quelque temps avec le Sauveur, retournèrent h leur pêche, bien résolus de venir souvent entendre ses instructions.

Yers la fin de la même année, qui était la première de la prédication du Sauveur, Jésus vit Simon-Pierre et André qui lavaient leurs filets sur le Lord dd lac. Il entra dans la barque de Simon pour éviter la presse, et de Ih se mit h instruire le peuple qui l'avait suivi. Son discours fini, il dit à Pierre de jeter le filet. Celui-ci avait inutilement travaillé toute la nuit, et il avait même ramené sa barque, désespérant de pouvoir être plus heureux. Cependantpar obéissance pour Jésus-Christ il s'avança en pleine mer et jeta le filet. Il prit une si grande multitude de poisspns qu'il en remplit non seulement sa barque, mais encore celles de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, qui étaient à quelque distance d'eux et qui vinrent leur aider h tirer le filet tout prêt h se rompre, parcequ'il était extrêmement chargé. Pierre , frappé de ce miracle , se prosterne aux pieds de Jésus et s'écrie : Eloignez-vous de moi. Seigneur , car Je suis un homme pécheur. Cette humilité le rendit digne de recevoir les plus grandes grâces.

changer le leui' quand ils sont placés sur le saint-siége. C'est Ce qui se pratique depuis Serge II, c'est <'i dire depuis l'an 844. ÏJe premier nom de ce pape «Hait Pierre ; mais il ne voulut point le porter par humilité et par respect pour le prince des apôtres. De même les chrétiens reçoivent un nouveau nom au haptème, quelquefois ;i la confirmation, ainsi que lorsqu'ils entrent dans un ordre religieux. Le but de ce changement est de leur rappeler qu'ils doivent devenir des hommes nouveaux. lisse mettent aussi par là sous la protection spéciale de certains saints qu'ils se proposent pour modèles.

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Le prodige qui venait de s'opérer était une figure du merveilleux succès que devaient avoir un jour les apôtres , lorsqu'ils seraient devenus pêcheurs d'hommes.

Jésus ayant dit à Pierre et à André de le suivre, ils obéirent sur-le-champ , et dans une disposition de cœur si parfaite que le premier pouvait dire depuis avec confiance : Voilà , Seigneur , que nous avons tout abandonné pour nous mettre à votre suite. Ils ne possédaient à la vérité qu'une barque et des filets; mais l'abandon qu'ils en firent fut accompagné d'un détachement si absolu qu'on peut assurer qu'ils renoncèrent d'esprit et d'aft'ection au monde entier. Ce n'est pas tout , ils renoncèrent à eux-mêmes et à leur propre volonté. En récompense le Sauveur leur promit non seulement un bonheur éternel dans le siècle à venir, mais encore le centuple dans cette vie -ci, c'est h dire des trésors de grâces et de bénédictions spirituelles , avec cette paix inaltérable de l'ame qui surpasse toute intelligence, et qui se trouve dans les délices et les douceurs du divin amour et dans la jouissance des consolations du Saint-Esprit.

Depuis ce temps-là S. Pierre et S. André s'attachèrent à leur divin Maître et ne le quiilèrent plus. Jésus étant venu à Capharnaiim y guérit la bellemère de S. Pierre; après ce miracle il se retira dans la Galilée. Pendant le séjour qu'il y fit il rendit la santé aux malades , chassa les démons et prêcha dans les synagogues, lesjours de sabbat, avec une autorité qui annonçait la divinité de sa doctrine.

Après la fête de Pâques de l'année 5i Jésus choisit ses douze apôtres. On voit que dès le com-

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mencemenf; la première place fut assignée à S. Pierre ; sur quoi un auteur moderne s'exprime de la manière suivante : « Dans Ténumération des douze apôtres, les évangélistes mcltent toujours^ Pierre à la tète des autres. C'est h lui que le Sauveur adresse ordinairement la parole , et c'est lui qui répond au nom de ses compagnons. Jésus-Christ lui apparut après sa résurrection avant d'apparaître aux autres apôtres ; il le chargea spécialement du soin de paître son troupeau, et le choisit le premier pour prêcher l'Evangile aux gentils. Il est évident, par l'Ecriture , que S. Pierre occupait la première place du collège apostolique, et il est toujours représenté comme tel par les écrivains de la primitive Eglise, qui l'appellent la tête, le président, l'orateuVy le chef des apôtres, et lui donnent outre cela plusieurs autres titres de distinction. »

Jésus - Christ lui - même distingua toujours S. Pierre de ses autres disciples, et lui promit , en- TÎron un an avant sa mort, de lui confier le soin de son Eglise. Il lui confirma cette promesse après toute sa résurrection , après avoir toutefois exigé un témoignage de sa foi et une preuve de son ardent amou;:' pour Dieu et de son zèle pour le salut des âmes. Ces vertus, si nécessaires h un pasteur, Pierre les possédait dans le degré le plus éminent. Elevé par la foi au dessus de toutes les choses visibles, il confessa que Jésus-Christ était véritablement Dieu et Fils du Dieu vivant. Le Sauveur, h l'occasion de quelques disciples faibles qui l'abandonnaient à cause de la difficulté qu'ils avaient de comprendre sa doctrine sur l'eucharistie, ayant demandé aux douze apôtres s'ils ne voulaient point aussi se re-

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tirer, S. Pierre lui répondit généreusement : Ott pourrions-nous aller. Seigneur? Fous avez les paroles de la vie éternelle. Il montrait par cette réponse qu'il était dans la disposition de croire les plus sublimes mystères sur l'autorité de la parole de Jésus il montrait encore qu'il lui était attaché par de vifs sentiments d'amour , qu'il ne désirait rien tant que de rester dans sa divine compagnie, et qu'il regardait comme un grand malheur d'en être séparé. Ce fut dans un transport de ce même amour qu'il s'écria , lors de la transfiguration : // est avantageux pour nous d'être ici; comme s'il eût dit: Notre bonheur consiste h être avec vous, et h avoir toujours nos yeux fixés sur l'objet adorable de votre gloire. Mais ce bonheur devait être acheté par des travaux pénibles et par des souffrances. Lorsque Pierre eut entendu Jésus prédire sa mort avec toutes ses circonstances son cœur en frémit; il voulut lui persuader de ne pas s'exposer au traitement barbare qui l'attendait. Il ne concevait point encore les avantages de la croix , qui devait opérer le mystère de notre rédemption : aussi s'entendit-il appeler satan ou ennemi. Cette réprimande lui ouvrit les yeux et rectifia ses idées. Deux fois son amour le porta à se jeter dans la mer pour aller au devant de Jésus. Il ne se possédait point h la vue de son Sauveur, et le désir qu'il avait d'être auprès de lui faisait qu'il ne pouvait attendre que la barque fût à bord. La première fois que ceci arriva fut lorsque , les apôtres passant le lac, Jésus vint à eux en marchant sur les eaux. S. Pierre le pria de lui permettre d'aller à lui de la même manière. Il eut h peine obtenu celte permission qu'il sauta danslamer; mais une crainte

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subite le saisit, et il commençait déjî» h enfoncer dans les flots. Il cria vers Jésus , qui le soutint en lui tendant la main. Nous apprenons par sa coufiance et par sa crainte ce que nous sommes de nous-mêmes; nous apprenons aussi, selon S. Augustin, que nul autre ne reçoit de Dieu la force dont il a besoin que celui qui sent que de lui-même il est sans force. S. Pierre, toujours conduit par la vivacité de son ^mour, se croyait supérieur h tous les dangers et même disposé à soufiiir la mort pour Jésus-Christ. Il se démentit cependant, et Dieu permit qu'il tomî)ât, pour le punir d'une présomption secrète et pour nous instruire jusqu'où va notre faiblesse.

Sa chute, h en juger par les apparences, n'était point possible ; il avait donné les preuves de la plus profonde humilité. Après la pêche miraculeuse il s'était jeté aux pieds du Seigneur, le priant de s'éloigner d'un aussi grand pécheur que lui. Lorsque ^vant la dernière cène Jésus se mit en devoir de lui laver les pieds, il s'écria tout à coup : Quoi, Seigneur, vous me laveriez les pieds! Non , je ne le permettrai Jamais. Il ne se rendit que quand son divin maître lui eut assuré que sans cela il n'aurait point de part avec lui. Non seulement il se rendit alors, mais il pria même Jésus de lui laver, outre les pieds, les mains et la tête, si cela était nécessaire. Le sens de la réponse que lui fit le Sauveur est qu'il suffit à celui qui n'est point coupable de péchés griefs de se purifier des imperfections et des fautes légères, ce qui était figuré par le lavement des pieds.

Qui ne serait eflVayé à la vue de la chute d'un apôtre orné de tant de vertus et favorisé de tant de grâces ? Rien de plus beau que la protestation qu'il

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fit au Sauveur de vouloir mourir avec lui; mais il s'y glissa de la présomption parceque Pierre s'appuyait sur son courage et sur ses forces naturelles. Il se crut en état de surmonter par lui-même tous les dangers , au lieu de reconnaître humblement sa faiblesse et d'attendre de Dieu toute sa force. Son Maître, pour le guérir par une humiliation salutaire, lui prédit qu'il le renierait trois fois avant le chant du coq et le point du jour.

Comme Pierre, Jacques et Jean avaient été lémoins de la transfiguration du Seigneur , ils eurent aussi le privilège de le suivre au jardin de Gethsémani et d'être à peu de distance de lui lorsqu'il tomba en agonie et qu'une sueur de sang découla de son corps; mais s'étant endormis, Jésus leur en fit des reproches et leur demanda comm3nt il arrivait quils ne pussent veiller une heure avec lui dans un temps où ils auraient dû avoir recours h la prière pour se fortifier contre les assauts de l'ennemi.

Les Juifs , conduits par le traître Judas , s'étant saisis de la personne de Jésus-Christ, Pierre, enflammé de zèle pour son Maître^ lira l'épée et en frappa Malchus, l'un de ses persécuteurs; mais il en fut repris par son Maître, qui lui enseigna que la patience et l'humilité devaient être les seules armes de ses disciples. Bientôt il fut puni de sa présomption et d'avoir négligé la prière et la vigilance. Privé de ces grâces spéciales dont il s'était rendu indigne, il tomba dans la tiédeur. S'il suivait encore Jésus- Christ, ce n'était que de loin , comme le remarque S, Luc. Celui qui un instant auparavant se croyait

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prêt à mourii' pour son Maître, et qui avait pris si viTemcnt sa défense , craignait alors de partager sa disgrâce. « Comment se peut-il faire, s'écrie S. Chrysostome h ce sujet , qu'une ferveur si véhémente se soit ainsi refroidie? »

Pierre ne s'en tint pas Ih. Une ame tiède est eu danger de succomber h la première tentation ; une rencontre malheureuse suffira pour la perdre; il ne faut qu'une mauvaise compagnie pour la faire tomber dans le plus grand crime : ce fut ce que Pierre éprouva. Etant entré chez Caïphc, il semêla parmi ses domestiques et parmi les autres ennemis de Jésus. Deux servantes lui reprochent d'être du nombre de ses disciples, et deux fois il assure qu'il ne le connaît point. Alors le coq chante. Pierre cependant nes'aperçoit point de son crime. Cneheure après, une troisième personne lui dit qu'il est certainement un des disciples de Jésus ; ce que d'autres confirment en alléguant pour raison qu'il a l'accent galiléen. Un parent de ce IMalchus auquel il avait coupé Torcille assure même qu'il l'a vu dans le jardin de Gethsémani. Que répondra- 1 il en celle occasion? Il proteste une troisième fois et avec serment qu'il ne connaît point l'homme dont on lui parle. C'est ainsi qu'un péché qui n'a pas été expié par la pénitence entraîne pour ainsi dire l'ame par son propre poids , et la fait tomber dans un précipice encore plus profond. Pierre cependant, malgré sa chute, ne perdit point la foi, comme on le voit par les paroles que Jésus- Christ lui adressa et par divers passages des pères. «Quoiqu'il y eût un mensonge dans sa bouche, dit S. Augustin, son cœur était

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toujours fidèle; » ce qui n'empêcha pas que soa péché ne fût très énorme.

Après le troisième reniement de Pierre le coq chanta pour la seconde fois. Ce signe extérieur ne fut point suffisant pour faire rentrer le coupable en lui-même. Alors Jésus le regarda , moins toutefois des yeux du corps, comme le remarque S. Augustin, que par la visite intérieure de sa grâce; et ce regard changea son cœur en un moment, et le convertit de la manière la plus parfaite. Il n'y a point de pécheur qui fasse pénitence h moins que le Seigneur n'arrête sur lui les yeux de sa miséricorde. La bonté divine n'exclut personne; ainsi nous pouvons , ou plutôt nous devons recourir à elle , la prier de ne pas nous traiter selon nos mérites, et de nous favoriser d'un de ces regards dont dépend le salut éternel.

Pierre, pénétré d'une vive douleur, quitta surle-champ la compagnie qui lui avait été si funeste. Etant sorti dehors il donna un libre cours h ses larmes, qui venaient d'un cœur brisé de componction ; sur quoi S. Chrysostome fait la remarque suivante : « Ce ne fut point par la crainte du châtiment que Pierre pleura lorsqu'il eut renié «on divin l\Iaître ; ce qui causait principalement sa douleur, ce qui lui paraissait plus affreux que le châtiment était d'avoir renié celui qu'il aimait. » Il ne chercha point h s'excuser sur la surprise , sur sa fragilité ou les circonstances de l'occasion. Un vrai pénitent ne se déguise point l'énormilé de ces péchés; ils se les reproche tels qu'ils sont , et devient son propre accusateur; Pierre ne mit point de bornes à sa contrition , et l'en dit que ses joues se cavèrent

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par le torrent de larmes qu'il ne cessa de verser jusqu'au dernier moment de sa vie. Il retira même, selon S. Chrysostome, de l'avantage de cette présomption qui avait été le principe de sa chute; il s'établit solidement dans la pratique de 1 humilité, qui devint comme sa vertu favorite. Son exemple nous montre que quand on compte sur ses propres forces on est vaincu, même sans rendre de combat. L'apôtre destiné h être le modèle des pasteurs apprit encore par la faute qu'il avait commise à compatir aux faiblesses du prochain, et à traiter les pécheurs avec bonté. Les grâces qu'il reçut et la dignité à laquelle il fut élevé après sa chute nous font connaître aussi toute l'étendue de la miséricorde divine, et quelle est refficacité de la pénitence pour effacer le péché.

Marie- Madeleine et les autres saintes femmes étant venues de la part d'un ange dire aux apôtres que le Sauveur était ressuscité , Pierre et Jean coururent à son tombeau. L'amour leur donnait pour ainsi dire des ailes. Quoique Jean fut arrivé le premier il n'entra cependant qu'après Pierre dans le sépulcre , et ils virent l'un et l'autre le lieu où l'on avait mis le corps du Sauveur. Lorsqu'ils se furent retirés Jésus- Christ apparut à Marie-Madeleine; il apparut aussi h Pierre le même jour, exclusivement aux autres apôtres. Il voulut par là satisfaire l'extrême désir qu'avait son disciple de le voir, le consoler dans l'amertume de sa douleur, et lui donner un gage de la rémission de son péché.

L'ange qui avait apparu h Marie-Madeleine fit tlire aux apôtres d'aller dans la Galilée , où Jésus se

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ferait voir à eux , comme il le leur avait annoncé arant sa mort. Ils eurent ce bonheur quelques jours après. Pierre étant à pêcher dans le lac de Tibériade aperçut Jésus -Christ sur le bord. Dans un transport d'amour et de joie il saute au milieu des eaux, et se met à nager pour être plus tôt auprès de lui. Jean et les autres apôtres le suivirent, tirant le filet qu'ils avaient jeté à la droite de la barque par l'ordre du Seigneur , et où se trouvaient cent cinquante-trois gros poissons. Quand ils curent abordé ils virent sur le rivage quelques charbons allumés et un poisson rôti, avec du pain qui était auprès. Jésus lui-même leur avait préparé ce repas. Il demanda trois fois h Pierre s'il l'aimait plus que les autres disciples. Pierre lui répondit qu'il connaissait la sincérité de son amour. Il fut cependant troublé de s'entendre faire la même question à diverses reprises ; il craignait qu'il n'y eut quelque imperfection secrète dans les sentiments de son cœur. Que ces dispositions actuelles sont différentes de celles où il avait été précédemment ! Il n'ose répondre à son Maître qu'il l'aime plus que ses autres disciples parcequ'il ne sait ce qui se passe dans l'ame de ceux-ci. L'expérience lui a d'ailleurs appris combien peu il doit compter sur lui-même , malgré la véhémence de son amour , qui est au dessus de toute expression; il dit simplement et en tremblant qu'il aime. Par la manière dont il s'exprime on voit qu'il implore le secours de la grâce , afin de pouvoir aimer son Maître de toutes ses forces. « Plus ses dispositions sont parfaites, plus il craint^ plus il est modeste. Il ne montre point d'attachement à son sentiment; il ne contredit point, et c'est

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pour cela qu'il est troublé. » Il était bien juste qu'il confessât par amour celui qu'il avait renié trois fois par crainte, « et qu'une triple confession de cet amour réparât le scandale de son triple renoncement. »

Pierre mérita par l'ardeur de son zèle que Jésus-Christ lui confiât le soin de paître ses brebis et ses agneaux, c'est à dire tout son troupeau. Nous apprenons de là ce qui doit déterminer ceux qui entrent dans le sanctuaire. Si ce n'est pas le zèle qui les conduit, ils ne sont que des mercenaires ; on ne peut les compter parmi les pasteurs des âmes, ni parmi les disciples de Jésus-Christ. Si Pierre n'eut pas aimé le Sauveur plus que les autres disciples , s'il n'eût point été pénétré de zèle pour les intérêts de sa gloire, il n'aurait point été élevé hl'éminente dignité de pasteur universel. S. Chrysostome, conimentant cet endroit de l'Evangile, s'exprime ainsi : « Pourquoi Pierre est-il le seul auquel Jésus-Christ parle de ces choses? C'est qu'il était le prince, la bouche et le chef du collège apostolique; aussi Paul s'adressa-t-il h lui préférablement aux autres. Jésus lui dit : Si vous m'aimez , chargez-vous du soin de gouverner vos frères. Donnez présentement des preuves de cet amour que vous assurez avoir pour moi ; donnez pour mon troupeau celte vie que vous ^tiez prêt à sacrifier pour moi. »

Après cela Jésus prédit h Pierre qu'il terminerait sa vie par le martyre , et que la croix en serait l'instrument. L'apôtre se réjouit dans l'espérance de boire dans le calice de son Maître, et d'avoir l'occasion de faire une réparation publique de son premier péché. Comme il aimait tendrement S. Jean,

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il demanda ce qu'il deviendrait ; mais il comprit par la réponse de Jésus que la question venait d'une curiosité indiscrète.

Les apôtres étant assemblés sur une montagne de Galilée , le Sauveur leur apparut , et leur ordonna d'aller prêcher l'Evangile h toutes les nations. En même temps il promit d'être avec son Eglise tous les jours jusqu'à la fin du monde. Il se fit voir encore h plus de cinq cents disciples. Les apôtres, ayant passé quelque temps dans la Galilée, retournèrent h Jérusalem, où, dix jours avant la Pentecôte , Jésus leur apparut pour la dernière fois. Il leur recommanda de prêcher le baptême et la pénitence , et leur promit de confirmer leur doctrine par des miracles. Les vérités de la foi étant d'un ordre supérieur et au dessus de la portée de l'esprit humain , les hommes ne pouvaient en être instruits qitc par la révélation divine. La connaissance en fut immédiatement communiquée aux apôtres , qui eurent ordre de les enseigner à toutes les nations de la terre. C'est ici où la puissance de Dieu a surtout éclaté, et il suffit de se rappeler l'établissement de l'Évangile pour comprendre que son origine est céleste.

Des hommes pauvres, sans lettres, destitués de tout secours humain, et ayant h leur tête un pêcheur, dont toutes les connaissances se bornaient avant sa vocation à l'apostolat aux choses qui concernaient sa profession, sont chargés d'entreprendre et d'exécuter ce grand ouvrage. Ils triomphent de la sagesse des philosophes, de l'éloquence des orateurs , de l'autorité des plus grands princes, de la force des préjugés , de la politique , de la su-

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perstition , de l'intérêt et de toutes les passions des hommes; ils triomphent des artifices, des mauvais traitements et des persécutions de l'univers entier ligué contre eux ; et comment en triomphentils? Par la vertu de l'esprit de Dieu, qui éclaire leur entendement et qui parle par leur bouche; par l'évidence des miracles qu'ils opèrent en confirmation de la doctrine qu'ils prêchent ; par la sainteté qui brille dans leurs paroles et leurs actions ; par leur patience dans les tortures et le courage avec lequel ils répandent leur sang pour le nom de leur Maître. Qui pourrait se rappeler tous ces traits de divinité qui caractérisent l'Evangile sans s'écrier avec deux grands hommes :«Si je pouvais être trompé dans ma foi, vous seriez, ô mon Dieu ! responsable de mon erreur, puisque ma croyance est appuyée sur des marques si visibles de votre autorité. » Mais si la révélation est une colonne de lumière pour quiconque cherche sincèrement la vérité , elle devient une nuée ténébreuse pour les hommes pervers.' Les rayons de ce soleil , tout éclatants qu'ils sont , ne peuvent pei^cer les ténèbres que forment l'orgueil et les passions.

Les grâces qui étaient nécessaires aux apôtres pour remplir dignement leur mission leur furent communiquées par le Saint-Esprit, qui descendit sur eux le jour de la Pentecôte. Ils l'attendaient , ce divin Esprit, depuis l'ascension du Seigneur , et ils se préparaient à le recevoir par la retraite et la prière. Ce fut durant ce temps-là que Pierre proposa à l'assemblée des disciples d'élire un apôtre li la place de Judas. L'élection se fit par la voie du sort, qui tomba sur Matthias.

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Après la descente du Saint-Esprit les Juifs s'assemblèrent h la nouvelle du prodige qui venait de s'opérer. S. Pierre profita de cette occasion pour leur faire un discours , et il en convertit trois mille, tant fut vive l'impression causée par l'efficacité de ses paroles et par le courage qu'on voyait en lui et dans les autres apôtres. « Il ne tiendrait qu'à nous , dit S. Chrysostome , d'avoir part h ce courage ; l'ardeur du Saint-Esprit nous rendrait chaque chose facile, si nous étions dignes de le recevoir, et si , comme les apôtres , nous attirions sur nous cette grâce par notre assiduité à la prière et par notre charité envers le prochain. »

On ne saurait assez admirer le changement qui fut opéré en S. Pierre par la grâce du Saint-Esprit. Que cet apôtre montre de courage et d'intrépidité! qu'il est humble, qu'il est doux, qu'il est patient I Toujours prêt à céder aux autres et h s'humilier devant tous les hommes, il oublie le rang qu'il tient dans l'Eglise , et n'exerce son autorité que quand la gloire de Dieu y est intéressée. L'impétuosité de son caractère ne se remarque dans aucune de ses actions, ou plutôt elle sert à lui faire supporter avec plus de ferveur et de constance les peines, les contradictions et les dangers inséparables de son ministère.

Les nouveaux convertis reçurent bientôt la récompense de leur foi, les dons du Saint-Esprit leur furent aussi communiqués. Ils persévéraient dans la prière et dans la participation des divins mystères. Ils vendaient leurs biens , et en apportaient le prix aux apôtres , pour qu'ils le distribuassent aux frères qui étaient dans le besoin. Ils portaient

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si loin l'humilité, la douceur, le détachement, la patience et lajoie dans les épreuves , qu'ils paraissaient avoir été tout h coup transformés en anges. Cet heureux changement fut l'effet des discours et des exemples des apôtres , qui tiraient une nouvelle force de cette plénitude de dons que répandait le Saint-Esprit.

La prédication de l'Evangile fut confirmée paruQ miracle éclatant qu'opérèrent S. Pierre et S. Jean. Ces deux apôtres allèrent au temple à l'heure de none , qui était une de celles où les Juifs s'assemhlaient pour prier en public. Y étant arrivés ,. ils virent h la porte connue sons le nom de Belle un homme boiteux de naissance qui demandait l'aumône. La vue de cet homme les toucha de compassion, et S. Pierre lui commanda, au nom de Jésus-Christ , de se lever et de marcher. L'apôtre avait h peine parlé que le boiteux se trouva parfaitement guéri et entra dans le temple avec son bienfaiteur, marchant avec facilité, et glorifiant le Seigneur. Après ce miracle S. Pierre fit un second discours qui convertit cinq mille personnes.

Les prêtres et les Saducéens, jaloux de ce succès, engagèrent le capitaine de la garde du temple à se saisir des deux apôtres. Lorsqu'ils eurent été arrêtés on les emprisonna, sous prétexte de prévenir les effets d'une sédition. Le lendemain matin on les fit comparaître devant le sanhédrin. Les membres de ce tribunal qui parurent le plus animés contre eux furent Anne, Caïphe, Jean et Alexandre. Les accusés n'eurent pas de peine à prouver qu'ils n'étaient point coupables de sédition. S. Pierre déclara hautement que le boiteux

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avait été guéri au nom de Jésus, par lequel seul on peut espérer le salut. Les juges ne purent contester ni même éluder l'évidence du miracle; ainsi ils se contentèrent de défendre aux apôtres de prêcher désormais au nom du Sauveur; sur quoi Pierre répondit généreusement: « Jugez vous-mêmes s'il est juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu. »

Pierre et Jean ayant été renvoyés allèrent rejoindre les autres disciples, et leur firent part de ce qui était arrivé. Tandis qu'ils étaient tous en prières la maison trembla, ce qui fut regardé comme un signe miraculeux de la protection divine , et il n'y eut personne qui ne se sentît animé d'un nouveau courage. Les nouveaux fidèles vivaient en commun, et ne soupiraient qu'après les biens éternels. Ceux qui étaient riches vendaient leurs possessions, et en mettaient le prix aux pieds des apôtres, pour qu'ils s'en fit une distribution égale ; mais Ananie et Saphire, sa femme, se montrèrent indignes d'une si sainte compagnie. Les miracles opérés et les exemples qu'ils avaient sous les yeux ne purent éteindre dans leurs cœurs la passion de l'avarice. Comme ils étaient riches , ils vendirent leurs biens pour imiter les autres; mais ils se réservèrent secrètement une partie de la somme provenue de la vente. S. Pierre, instruit de leur hypocrisie par une lumière céleste, leur reprocha sévèrement la faute qu'ils avaient commise en mentant au Saint-Esprit dans la personne de ses minisires. Cette réprimande les fit successivement tomber morts h ses pieds, ce qui elFraya et instruisit en même temps les fidèles.

Cependant les apôtres confirmaient leur mission par un grand nombre de miracles ; ils chassaient

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les démons et guérissaient les malades. Ceux-ci, couchés sur leurs lits, étaient exposés dans les rues, et l'ombre seule de Pierre les délivrait de leurs infirmités. Le grand-prêtre Caïphe et les autres chefs du sanhédrin devinrent furieux en voyant que les apôtres, sans égards pour leurs ordres continuaient d'annoncer TE vangile; ils les firent donc arrêter, et commandèrent qu'on les renfermât dans une prison commune: mais un ange leur en ouvrit les portes la nuit même, et les mit en liberté. Ils reparurent dans le temple le lendemain matin, et y prêchèrent Jésus-Christ publiquement. Les magistrats se les iirent amener pour les examiner de nouveau. Les apôtres ne dirent autre chose pour leur défense sinon qu'il fallait plutôt obéir h Dieu qu'aux hommes. Caïphe et ses partisans délibérèrent sur les moyens qu'on devaitprendre pour les mettre ùniort. Leur dessein barbare ne fut cependant point exécuté. Gamaliel, fameux docteur de la loi, leur conseilla d'attendre l'événement, et dit qu'on s'opposerait en vain aux progrès de la doctrine des apô très si elle venait de Dieu ; ainsi on les renvoya, après toutefois qu'ils eurent été battus de verges. Les disciples du Seigneur se retirèrent pleins de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes d'avoir part aux ignominies et aux souffrances de la croix, dont ils connaissaient alors tous les avantagés. L'esprit dont ils furent animés dans cette circonstance paraissait à S. Chrysostome le plus grand de leurs miracles.

Le nombre de ceux qui croyaient en Jésus-Christ s'augmentait tous les jours; il y eut aussi plusieurs prêtres qui embrassèrent la foi ; mais les triomphes

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de la parole de Dieu occasionnèrent une persécution à Jérusalem. S. Etienne y reçut la couronne du martyre. Les autres fidèles' s'enfuirent pour sauver leur vie; ils se retirèrent h Damas, à Anliochc , dans la Phénicie , dans l'île de Chypre et en d'autres pays. Pour les apôtres , ils restèrent à Jérusalem afin d'y encourager les frères qui s'y tenaient cachés. Les disciples qui avaient pris la fuite annonçaient la foi dans les différents lieux où ils passaient, en sorte que leur dispersion, loin d'éteindre le feu sacré que le Sauveur était venu apporter sur la terre contribua merveilleusement à le répandre de tous côtés.

Ce fut en cette occasion que le diacre S. Philippe convertit plusieurs Samaritains. Ceux-ci , quoique réputés schismaliques , appartenaient en quelque sorte à la nation des Juifs, et Jésus-Christ avait luimême prêché parmi eux. S. Pierre et S. Jean allèrent h Samarie pour confirmer dans la foi les nouveaux disciples, et ce fut dans cette ville que S. Pierre combattit la première fois contre Simon le magicien. La persécution ne cessa à Jérusalem qu'après la conversion de S. Paul.

Les dispositions favorables de l'empereur Tibère pour les chrétiens purent contribuer au rétablissement de la paix de 1 Eglise. A la vérité ce prince était un fort méchant homme ; il était d'ailleurs si cruel que Théodore de Gadare, son pi^éccpteur, l'appelait quelquefois une masse de chair trempée dans du sang; mais Pilate lui ayant envoyé une relation concernant les miracles et la sainteté de Jésus-Christ, il conçut une haute idée du Sauveur, etpensa même aie mettie au nombre do ses dieux;

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il témoigna aussi son inclination *pour le christianisme en défendant sous peine de mort d'accuser ou de molester ceux qui en faisaient profession. Nous apprenons ces particularités de plusieurs anciens auteurs ecclésiastiques.

Le calme étant rétabli dans l'Eglise , S. Pierre, qui était resté à Jérusalem durant la persécution, en sortit pour aller visiter les fidèles des environs, semLlablc en cela , dit S. Chrysostome , h mi général qui fait la ronde pour voir si tout est dans l'ordre. Arrivé à Lydde, ville delà tribu d'Ephraïm, il gTiérit un paralytique qui gardait le lit depuis huit ans. A Joppé il ressuscita Tabithc, qui était une femme recommandable par ses vertus et sa charité. Pendant son séjour en cette ville il logea chez Simou le corroyeur , où un ange vint lui ordonner de la part du ciel d'aller baptiser le centurion Corneille. Il y eut aussi une vision dans laquelle Dieu lui découvrit d'une manière très distincte le mystère de la vocation des gentils h la foi.

Ce fut vers ce lemps-Ih que les apôtres se dispersèrent pour aller annoncer J'Evangile à un plus grand nombre de peuples. Ils commencèrent par la Syrie et par les autres contrées qui étaient dans le voisinage de la Judée. S. Pierre fonda l'église d'Antioche, qui fut la métropole de tout l'Orient. 11 convenait, dit S. Chrysostome, qu'une ville où les fidèles avaient d'abord reçu le nom de chrétiens eût pour premier pasteur le Prince des apôtres. Le même père ajoute que S. Pierre résida long-temps à Anlioche. L'opinion la plus commune est qu il y résida sept ans, c'est h dire depuis l'an 35 jusqu'à l'an 4o de Jésus-Christ. II ne laissa pas durant cet

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intervalle de faire diverses excursions dans d'autres pays pour étendre la connaissance du nom de Jésus- Christ. En effet, quoique plusieurs apôtres eussent des sièges particuliers parmi les églises qu'ils avaient fondées, ils ne s'attachaient point à un certain lieu, afin d'exécuter l'ordre qu'ils avaient reçu de prêcher l'Evangile h toutes les nations. S. Pierre était à Jérusalem en 07, et ce futlti qu'il reçut une visite de S. Paul, et qu'il passa quinze jours avec lui. On lit dans Eusèbe qu'avant d'aller h Piome il prêcha l'Evangile aux Juifs dispersés dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et l'Asie mineure. C'est ce que confirme encore l'inscription de sa première épître. Il annonçait aussi la foi aux gen-, tils, lorsque l'occasion s'en présentait, dans les diverses contrées qu'il parcourait.

S. Pierre est le seul apôtre que l'Ecriture dise avoir été marié avant sa vocation h l'apostolat; mais nous ne pouvons douter que S. Philippe et quelques autres apôtres ne fussent engagés dans l'état du mariage lorsque le Sauveur les appela. Au reste ils gardèrent une continence perpétuelle depuis le temps où ils furent appelés au ministère ou qu'ils commencèrent l'exercice des fonctions apostoliques; et S. Chrysostome n'a point balancé de proposer S. Pierre comme un illustre modèle de chasteté. Cet apôtre menait encore une vie très mortifiée. Il ne se nourrissait, au rapport de S. Grégoire de Nazianze, que de racines ou d'herbes désagréables au goût. Il y avait cependant des occasions où il mangeait de tout ce qu'on lui présentait.

S. Pierre, comme nous l'avons observé, prêcha la foi dans plusieurs pays voisins de la Judée, avant

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la dispersion des apôtres, qui arriva douze ans après Ja mort de Jésus-Christ et la quarantième année de l'ère vulgaire. Dans le partage que les apôtres firent entre eux des diverses nations, S. Pierre choisit la \ille de Rome pour le principal théâtre de ses travaux. Il y vint dans le dessein d'attaquer le démon, qui en avait fait le centre de la superstition et de l'erreur; par là il secondait les vues de la Providence , qui n'avait élevé l'empire romain h un si haut degré de puissance que pour faciliter la propagation de l'Evangile, et qui voulait fixer la forteresse de la foi dans la capitale du monde , afin que de là elle put se répandre avec plus de rapidité et moins d'obstacles chez les difl'érents peuples soumis h la domina-lion des empereurs. 11 voyait qu'en renversant le démon de dessus le trône même de sa tyrannie il frayerait le chemin h la conquête detoutl'univers. A juger de celte enti'eprise par les lumières de la raison rien n'était plus insensé. Comment, en effet, un pêcheur ignorant pouvait-il se flatter de convertir la capitale d'un empire idolâtre, qui était en même temps le siège de toutes les sciences? Quels succès pouvait-il se promettre en prêchant le mépris des honneurs, des richesses et des plaisirs dans une ville où régnaient l'ambition , l'avarice et l'amour delà volupté ? L'humilité du Calvaire n'étaitelle point incompatible avec l'orgueil du Capitole? L'ignominie de la croix ne proscrivait-elle pas l'éclat de cette pompe quiéblouissaitles yeux du maître du monde? Tant d'obstacles ne firent cependant qu'enflammer le zèle de notre apôtre. Il entre seul dans Rome et ose attaquer la superstition armée de toutes les forces de l'empire, et prêcher Jésus crucifié. Il

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commence par les Juifs qui vivaient dans la ville; il fait entendre ensuite sa voix aux gentils, et bientôt il forme une Eglise nombreuse composée des uns et des autres.

II siégea vingt-cinq ans à Rome, suivant Eusèbe, S. Jérôme et l'ancien calendrier romain publié par Buchérius, ce qui toutefois nercmpêcha pas de s'absenter de temps en temps pour aller exercer les fonctions apostoliques dans d'autres contrées. Il ne tarda pas à retourner en Orient, puisqu'on 44 il fut emprisonné à Jérusalem par Tordre du roi Agrippa. Ayant été délivré par leministère d'un ange , il parcourut de nouveau plusieurs pays de l'Orient, et y établit des évoques. Peu de temps après il revint à Rome ; mais il fut obligé de sortir de cette ville en 49> lorsque l'empereur Claude en chassa les Juifs et les chrétiens, à l'occasion des troubles qu'avait excités la haine des premiers contre les seconds. Cette expulsion n'eut pas toutefois de grandes suites; les uns et les autres obtinrent bientôt la permission de rentrer dans Rome.

L'Orient revit encore S. Pierre; et cet apôtre assista en 5i au concile général qui se tint l» Jérusalem ; il y fit un discours pour montrer qu'on ne devait point astreindre les gentils convertis à l'obser- Tation des cérémonies judaïques. Son avis, qu'appuya S. Jacques, évêque de Jérusalem, fut adopté par le concile, qui en forma un décret. On y confirma aussi k S. Paid d'une manière spéciale la qualité d'apôtre des gentils ,\ quoiqu'il annonçât aussi la foi aux Juifs lorsque l'occasion s'en présentait.

Pendant le séjour que S. Pierre fit eu Judée, ils'ap-

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pliqua principalement à la conversion des Juifs. Ceux-ci étant fort attachés aux cérémonies légales, on leur permit quelque temps de les observer, pourvu toutefois qu'ils ne les regardassent point comme étant de précepte. Cette opinion eiït été une erreur dans la foi; l'Eglise l'a toujours condamnée comme telle , et c'est ce qui fit l'hérésie des Nazaréens, (i)

Après le concile de Jérusalem S. Pierre se rendit à Autioche : là il mangeait indifféremment avec les gentils convertis, sans observer la distinction des viandes prescrite par la loi mosaïque ; mais bientôt il cessa de le faire, dans la crainte de déplaire h quelques Juifs fidèles nouvellement arrivés de Jérusalem. Cette conduite donna aux gentils

(1) Les cérémonies de la loi mosaïque étaient toutes figuratives, et annonçaient un Rédempteur futur; elles devaient donc cesser après l'accomplissement des figures, et il fallait que les ombres fissent place à la réalité. Les différentes impuretés légales étaient des emblèmes sensibles de l'impureté spirituelle du péché, qui devait être effacée par la mort de Jésus-Christ. Dieu voulait aussi par cette multiplicité de rites montrer que les Juifs étaient son peuple choisi, un peuple séparé du reste du monde, et lui rappeler sans cesse qu'il exigeait de lui une parfaite pureté de cœur.

La distinction des viandes mondes et Immondes avait pour objet d'éprouver l'obéissance des Juifs. C'était un frein qui les empêchait de se mêler parmi les infidèles, et un préservatif contre la séduction qu'ils avaient à craindre au milieu d'un monde plongé dans l'idolâtrie. Cette distinction cessa lorsque tous les peuples furent entrés dans le sein de l'Eglise. La chair des animaux appelés Immondes dans le Lévitique était ordinairement insipide et malsaine.

La distinction des viandes en général remonte plus haut que Rïoïse, puisqu'il en est parlé dans les préceptes que Dieu donna à Noé. On ne peut guère douter (ju'elle n'ait été presque aussi ancienne que le monde.

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chrétiens sujet de se plaindre amèrement. S. Paul pour arrêter le cours du scandale reprit publiquement S. Pierre, de peur qu'en le voyant judaïser on ne s'imaginât qu'il condamnait ceux qui n'observaient point les cérémonies légales, et qu'on ne prît de Ih occasion de croire qu'il y avait de la diversité dans la doctrine que prêchaient les deux apôtres. S. Pierre n'avait eu d'autre but que déménager la faiblesse des Juifs convertis; mais en même temps il n'avait point assez fait attention au scandale qui résulterait de sa conduite pour les gentils qui venaient d'embrasser la foi.

S. Augustin, parlant de ce qui se passa dans cette circonstance, observe que les deux apôtres nous y donnent de grandes leçons de vertu. « On ne peut, dit-il, assez admirer la juste liberté de S. Paul et l'humble modestie de S. Pierre. Le second nous fait voir en lui une vertu encore plus admirable et plus difficile h imiter; car il est plus aisé de voir ce qu'il y a h reprendre dans un autre, et de l'en avertir, que de faire un aveu public de ses fautes, et de s'en corriger. Quelle vertu ne faut-il pas pour se réjouir d'être repris par un autre, même par un inférieur, et cela h la vue de tout le monde 1 Pierre, dit-il dans un autre endroit, ne pouvait nous donner un plus bel exemple de vertu, puisqu'il nous enseigne à conserver la charité par l'humilité. T> Tout le monde peut reprendre le prochain , mais il n'y a qu'un saint qui puisse recevoir en bonne part une réprimande publique : c'est là comme la pierre de touche de la parfaite humilité. Une telle conduite donne plus d'édification et prociu'e plus de gloire que ne feraient les apologies TOMB I, y

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les plus solides. « Le saint apôtre , dit S. Grégoirele Grand, oiiLlia sa propre dignité dans la crainte de perdre lemoindredegré d'humilité; il loua depuis les épîtres de S. Paul comme pleines de sagesse , quoiqu'on y lise une chose qui lui paraît si peu honorahle ; mais cet ami de la vérité se réjouissait qu'on sût qu'il avait été repris, et qu'on crut qu'il l'avait été justement. »

Nous avons de S. Pierre deux épîtres canoniques. La première est datée de Babylone , nom par lequel Eusèhc et S. Jérôme entendent la ville de Rome , qui était alors le centre de l'idolâtrie et du vice. Il paraît qu'elle fut écrite entre les années 45 et 55. Elle est adressée aux Juifs convertis, quoique , selon la remarque de S. Augustin , l'apôtre y instruise aussi les gentils qui avaient reçu l'Évangile. Lehut principal de S. Piéride était de les confirmer dans la foi au milieu des souffrances et des persécutions , et de réfuter les erreurs de Simon le magicien, ainsi que celles des nicolaïstes. Lestyle, suivant les plus hahiles critiques, en est nohle, majestueux et plein de cette vigueur qui convient au prince des apôtres. On y admire un sens profond exprimé en peu de paroles. La seconde épîlre de S. Pierre fut écrite de Piome peu de temps avant la mort de cet apôtre, et elle peut être regardée comme son tcstaaient spirituel. L'auteur y exhorte les fidèles h travailler sans relâche à leur sanctification , et les précaulionnc contre les pièges de Thérésiç. On croit à Piome, sur une ancienne tradition , que la maison de Pudens , sénateur romain , fut changée par notre saint apôtre en une église, et que c'est celle qui porte aujourd'hui le nom de Saint-

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pierre-aux^ Liens. On trouve aussi dans plusieurs anciens martyrologes une fêle de ta dédicace de la première église consacrée à Home par S, Pierre. Les chrétiens n'eurent d'abord que des oratoires et des chapelles parcequ'ils étaient obligés de se cacher, pour se soustraire à la fureur des païens ; mais lorsque le feu de la persécution de Sévère eut été éteint , ils convertirent en églises les plus célèbres d'entre ces chapelles.

Il n'est pas possible de douter que S. Pierre n'ait annoncé l'Évangile dans toute l'Italie ; Eusèbe, Rufin et d'autres anciens auteurs le disent expressément. On ne peut douter non plus quil n'ait prêché dans d'autres provinces de l'Occident. Les apôtres, comme nous l'avons déjà observé, avaient ordre d'instruire toutes les nations; aussi ne se renfermèrent-ils pas dans de simples viUes, si l'on en exceptes. Jacques, qui fixa sa résidence à Jérusalem pour travailler à la sanctification des Juifs.

Lactance rapporte que S. Pierre et S. Paul étant à Rome prédirent qu'un prince marcherait bientôt Conti'e les Juifs, et les vaincrait; qu'il raserait leur ville principale; que durant le siège les habitants souffriraient horriblement de la faim et de la soif, et que même ils se mangeraient les ims les autres; qu'après la prise de la ville ils verraient leurs femmes cruellement tourmentées devant leurs yeux, leurs filles déshonorées , leurs fils mis en pièces , leurs petits enfants massacrés^ leur pays ravagé par le fer et le feu , toute la nation enfin bannie de la terre de ses pères , et cela en punition du crime qu'ils avaient commis en r-ejetant le fils de Dieu,

On Ut dans S. Athanase que S. Pierre et S. Paul

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prirent souvent la fuite durant les persécutions , mais qu'ils allèrent courageusement au devant de la mort lorsqu'ils eurent été avertis par une lumière supérieure que le moment de leur martyre était enfin arrivé.

Jésus- Christ après sa résurrection prédit à S. Pierre qu'il le glorifierait par le sacrifice de sa vie, et même qu'il le suivrait par la mort de la croix. Il lui révéla depuis d'vme manière spéciale le temps de sa mort. Cet apôtre se prépara à la couronne du martyre par divers triomphes qu'il remporta sur le démon; mais avant de raconter de quelle manière il consomma son sacrifice , il est à propos de présenter en abrégé l'histoire du dernier combat qu'il eut à soutenir contre son fameux adversaire.

Simon le magicien ayant parcouru plusieurs provinces vint à Rome, et s'y acquit une grande réputation. Nous apprenons de S. Justin , de S. Irénée, de Tertullien , d'Eusèbe, de S. Cyrille de Jérusalem et de Théodoret, que l'empereur Claude et le sénat lui décernèrent les honneurs divins, et lui firent élever une statue dans l'île du Tibre, avec cette inscription, h Simon le Dieu saint. Ce prétendu Dieu avait gagné les bonnes grâces de Messaline, femme capable de donner dans toutes sortes d'extravagances, et qui avait le talent de persuader ce qu'elle voulait à l'empereur Claude, son mari. Ce prince en eifet, dépourvu de tout mérite, n'agissait que par des impressions étrangères; et c'est à juste titre qu^on a dit de lui que c'était un enfant h cheveux gris , un imbécile qui ne porta jamais véritablement la pourpre.

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Messaline ayant été assassinée pour ses crimes , Claude épousa Agrippine , sa propre nièce , sans égard pour les lois romaines , qui proscrivaient de pareils mariages comme incestueux. Cette princesse , encore plus méchante que Messaline , rendit l'empereur cruel , et l'on vit Claude en venir par stupidité jusqu'à tremper ses mains dans le sang innocent; il se laissa aussi déterminer à adopter Néron, qu'Agrippine avaiteu deDomilius, sonpremier mari. Britannicus fut le fruit de l'union funeste de Claude et d'Agrippine. En 5 1 , l'impératrice empoisonna son mari, et, h force d'entasser crimes sur crimes, elle fraya à Néron, son fils, une route au trône impérial.

Ce jeune prince oublia bientôt qu'il devait son élévation à sa mère. Au reste les Romains ne firent qu'y gagner; il gouverna les cinq premières années de son règne avec beaucoup de clémence, parcequ'il confiait l'administration des affaires à Sénèque, son précepteur, et h Burrhus, préfet des cohortes prétoriennes. On lui reproche cependant durant ce tomps-là la mort de son frère Britannicus , dont il se défit par la voie du poison; mais lorsqu'une fois il eut versé le sang d'Agrippine, sa propre mère, il devint le plus grand monstre de cruauté et de vice qui ait peut-être jamais déshonoré l'espèce humaine.

Simon le magicien trouva le moyen de s'insinuer dans ses bonnes grâces. Cela lui fut d'autant plus facile que Néron était infatué jusqu'à l'extravagance des superstitions de la magie. Sa plus forte passion était d'exceller dans cet art diabolique; aussi n'épargna-t-il pour s'y rendre habile ni dé-

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penses ni crimes. Tous ses efforts n'aLowtirent pourtant qu'à le couvrir de confusion. Les pères assurent que Simon promit h l'empereur et au peuple qu'il s'élèverait dans Tair par le moyen de ses anges, prétendant imiter par Ih l'ascension de Jésus-Christ; ils ajoutent qu'il prit effectivement son essor, par la vertu du pouvoir magique, en présence de Néron; mais que S. Pierre et S. Paul s'élant mis en prières, l'imposteur tomba h terre j qu'il eut une jambe cassée de sa chute, et qu'il mourut peu de jours après dans la rage et le désespoir.

Les progrès que l'Evangile faisait tous les jours à Rome par les miracles et la prédication des apô - 1res furent, au rapport de Lactance, la cause de la persécution que Néron excita contre l'Eglise. Quelques pères disent que la haine qu'il portait à S. Pierre et h S. Paul s'augmenta encore de beaucoup par le malheur arrivé à Simon le magicien, et c'est ce que sa conduite ne prouva que trop. Il avait déjh commencé h. persécuter les chrétiens , et il en «ivait immolé un grand nombre h. sa cruauté h l'occasion de l'incendie qui consuma la ville de Rome en 64.

Les fidèles , dit S. Ambroise , considérant là grandeur du danger que courait S. Pierre, le conjurèrent de prendre la fuite. Il refusa d'abord de le faire ; mais à la fin il se rendit h leurs importuïiités , et se sauva pendant la nuit. Lorsqu'il était sur le point de sortir de la porte de la ville il eut une vision dans laquelle Jésus-Christ lui apparut. 11 lui demanda : «Seigneur, où allez-vous? — Je Tiens b Piome, lui répondit le Sauveur, pour être crucifié de nouveau.» Pierre comprit aussitôt le

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sens de ces paroles; il les regarda comme un reproche de sa lâcheté, et comme mie preuve que la volonté de Dieu était qu'il souffrît. Il retourna donc dans la ville , où il fut arrêté et mis avec S. Paul dans la prison de Mamertine. On dit que les deux apôtres restèrent Ih huit mois, et qu'ils convertirent S. Processe et S. Martinieu , qui étaient des principaux de leurs gardes , avec quarante-sept autres personnes de l'un et de l'autre sexe.

On croit qu'ils furent fouettés avant que d'être exécutés. En supposant que S. Paul, comme citoyen romain , n'ait point passé par ce supplice , il est au moins certain que S. Pierre Ta subi, les lois de Rome ordonnant qu'on y appliquât les personnes qui devaient être crucifiées. C'est une ancienne tradition que les deux apôtres furent conduits enscmLlehors de la ville par la porte d'Ostie. S. Prudence dit qu'ils souffrirent en un même lieu, vers un marais qui était le long du Tibre. Selon quelques auteurs , S. Pierre fut martyrisé le même jour du mois que S. Paul, mais un an plus tôt. Eusèbe, S. Epiphane et la plupart des anciens placent le martyre des deux apôtres le 29 juin de la même année.

Lorsque S. Pierre fut arrivé au lieu du supplice il demanda à être crucifié la tête en bas , se jugeant mdigne de mourir de la même manière que son divin Maître. Les pères attribuent cette demande, partie h. son humilité, partie au désir qu'il avait de souffrir davantage pour Jésus-Christ. Les boiu^reaux se rendirent h. la prière de l'apôtre. Il fut attaché à la croix avec des clous , selon S. Chrysostome , S. Augustin et S. Astère. Tertullien dit qu'il fut

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lié avec des cordes. Il est probable qu'on fit l'iia et l'autre. Le pèrcPagî metle martyre de S. Pierre et de S. Paul dans l'année G5.

S. Grégoire rapporte que les deux apôtres furent enterrés dans les catacombes, h deux milles de Rome; et leur fête aux catacombes est marquée au 29 juin dans le calendrier romain publié par Bucliérius. L'auteur d'une ancienne histoire qui se lisait dans l'Eglise gallicane au huitième siècle dit que leurs corps ne restèrent là que dix-huit mois. Celui de S. Paul fut porté sur le chemin d'Ostie , un peu plus loin de Pvoiue , et celui de S. Pierre sur le mont Vatican, apparemment parles Juifs convertis qui habitaient ce quarlier-lh. Aujourd'hui les chefs des deux saints , renfermés dans des bustes d'argent , se gardent dans l'église de Saint- Jean-de-Latran. La grande église de Saint-Paul, sur le chemin d'Ostie , possède une moitié du corps de chaque apôtre ; l'autre moitié est dans un souterrain magnifique de l'église du Vatican , leqnel s'appelle la Confession de S. Pierre , et en latin Limina Apostoloruni. On y va par dévotion de toutes les parties du monde chrétien.

S. Chrysostome ne pouvait retenir les transports de sa piété et de son admiration lorsqu'il nommait ces deux saints, et surtout lorsqu'il parlait de l'amour de S. Pierre pour son divin Maître. 11 l'appelait « le coryphée du cœur apostolique, la bouche de tous les apôtres , la tète et le chef de cette sainte famille , le préfet de tout le monde , le fondement de l'Eglise. )>

S. Pierre quiltfi tout pour suivre Jésus-Christ , et il en fut récompensé par la promesse do recevoir

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la vie éternelle dans l'autre monde et le centuple dans celui-ci. Heureux échange ! Promesse magnifique! s'écrie S. Bernard. 0 paroles puissantes, qui ont dépouillé l'Egypte de ses plus précieuses richesses, et qui ont peuplé les déserts et les iiîonastères d'une multitude innombrable de saints , dont l'emploi était de faire sur la terre ce que les bienheureux feront éternellement dans le ciel ! On peut dire d'eux comme de Marie, qu'ils ont choisi la meilleure part, qui ne leur sera jamais ôtée. Qui pourrait exprimer la grandeur de la félicité qui leur est destinée, et la douceur des consolations qu'ils goûtent dès h présent? Qu'ont-ils donc quitté pour se procurer de tels avantages? Des choses de néant, des sujets d'inquiétude, de crainte, ds danger. Ils ont renoncé à des biens que les philosophes idolâtres méprisaient, à des biens qui embarrassent quand on les possède, qui déchirent quand on les perd, et qui souillent le cœur quand on s'y attache.

Heureux ceux qui imiteront le renoncement de . Pierre! Comme lui ils en recevront la récompense dans cette vie-ci et dans l'autre. Quel que puisse être leur état, ils useront du monde comme n'en usant pas ; ils y vivront comme s'ils y étaient étrangers: ils auront des biens sans y attacher leur cœur ; on les verra se livrer aux affaires temporelles, pour correspondre aux vues de la Providence qui les en a chargés ; mais ils n'auront rien de terrestre dans leurs affections , et ils seront de véritables citoyens du ciel au milieu du commerce des hommes. Malheureux au contraire ceux qui , renonçant au monde , ne le font que de

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bouche; ils en ont toujours l'amour dans le cœur, et ils en portent l'esprit et la contagion jusque dans Ces sanctuaires destinés à garantir l'innocence du souille empesté du ^ice.

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