S. PAUL
APÔTBE.
( 30 juin. )
La vocation miraculeuse de S. Paul par la voix même de Jésus-Christ; l'ordre exprès qu'il reçut du Saint-Esprit d'aller instruire toutes les nations; son ravissement extraordinaire, par lequel il fut consacré pour l'apostolat dans le ciel même, où il apprit des mystères qu'il ne pouvait révéler aux hommes ; le don de prophétie et d'inspiration qu'il possédait dans le pins haut degré; les choses étonnantes cp'il fit et souffrit, tant pour la gloire de Dieu que pour la conversion du monde, lui ont mérité une place parmi les apôtres, quoiqu'il ne fût point du nombre des douze auquel on donne communément ce titre. Nous avons rapporté, sous le 25 janvier, de quelle manière le Sauveur l'amena h la connaissance de son Evangile.
Lorsqu'il eut été baptisé il prêcha quelques jours Jésus-Christ dans la synagogue de Damas ; il se retira ensuite dans l'Arabie. On croit que ce fut dans un lieu peu éloigné de Damas. Cette ville était de la domination d'Arétas , roi d'Arabie et beau-père d'Hérode Antipas. On ignore combien de temps S. Paul passa dans cette retraite. De retour à Damas, il y prêcha la foi de nouveau, et y confondit les Juifs avec une force merveilleuse.
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Ceux-ci, ne pouvant entrer enlice avec lui, formèrent le projet de lui ôter la vie, et mirent dans leurs intérêts le gouverneur de Damas. Ils firent donc diverses perquisitions pour l'arrêter , et ils obtinrent du gouverneur qu'on gardât les portes de la ville afin qu'il ne pût échapper ; mais l'apôtre fut averti h temps du danger que courait sa vie. Les frères, pour le délivrer de la fureur de ses ennemis, le descendirent durant la nuit dans une corbeille par une fenêtre qui donnait sur les murailles de la Tille. Il passa trois mois partie à Damas, partie dans le pays d'alentour; il se rendit ensuite à Jérusalem pour voir S. Pierre.
S. Barnabe, qui le connaissait, l'introduisit devant S. Pierre et S. Jacques , qui applaudirent, ainsi que les autres fidèles, à la sincérité de sa conversion. La plupart des chrétiens l'avaient d'a^ bord évité, craignant quelque dessein caché de la part d'un homme qui avait persécuté l'Eglise avec tant de fureur. On voit par là qu'il n'y a eu rien d'huçiain dans l'établissement du christianisme. Si la doctrine que prêchaient les apôtres n'eût pas été vraie, comment Paul, qui avait été un des plus ardents persécuteurs des chrétiens, aurait-il embrassé la foi ?Les fourbes sont ordinairement soupçonneux et jaloux. Quelle candeur et quelle sincérité dans les apôtres ! Leurs disciples plutôt que de les abandonner ont sacrifié leurs biens et leurs vies, tandis qu'en révélant l'imposture ils avaient tout h attendre des Juifs et des païens. Ils ne leur étaient donc attachés qu'h cause de l'évidence de leurs miracles, de l'humilité de leurs cœurs, de l'héroïque sainteté de leur vie, de leur constance dans les -
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tourments. Il résulte de toutes ces circonstances réunies qu'il est impossible de soupçonner d'erreur et d'imposture la doctrine et le témoignage des apôtres. D'ailleurs celte sincérité des apôtres envers S. Paul, et de S. Paul envers les apôtres, et cette uniformité constante îi attester les mêmes vérités au milieu des plus cruelles persécutions , ne donnent-elles pas le plus haut degré d'évidence à l'histoire miraculeuse de notre saint et h tout le christianisme ? Et prouver que celte conversion est un miracle proprement dit, n'est-ce pas prouver que l'Evangile est vrai et que son origine est divine ?
S. Paul demeura quinze jours à Jérusalem. Durant ce temps-là il jouit des entretiens de S. Pierre, et se montra très zélé h disputer danslasynagogue; mais les Juifs fermèrent opiniâtrement les oreilles aux vérités du salut. Me pouvant résister h la force des discours de S. Paul, ni h l'évidence dans laquelle il mettait la révélation évangélique, ils eurent recours à la violence, et cherchèrent les moyens de se défaire de lui. Les fidèles le tirèrent de leurs mains en le conduisant h Césarée, d'où il s'embarqua pour Tarse, sa patrie. Il s'occupa pendant plus de trois ans h y prêcher, ainsi que dans les contrées voisines de la Cilicie et de la Syrie, et ses prédications y eurent le plus grand succès. Les cœurs avaient été disposés à recevoir l'Evangile par les disciples qui s'étaient enfuis de Jérusalem l\. Antioche après le martyre de S. Etienne.
S. Barnabe, étant venu h Antiochc en 4^ , demanda S. Paul pour l'aider dans le ministère de la prédication. La proposition qu'il fit fut agréée par les apôtres. Il se rendit donc à Tarse , d'où il amena
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S. Paul à Antioche avec lui. Ils y travaillèrent l'un et l'autre avec autant de fruit que de zèle durant l'espace d'une année. Ce fut vers ce temps-là que les disciples commencèrent h Antioche à porter le nom de chrétiens. Le prophète Agabe, étant venu de Jérusalem dans cette ville avec d'autres frères, prédit une grande famine qui arriva l'année suivante, la quatrième de l'empereur Claude , et la quarantequatrième de l'ère chrétienne. Le fléau ravagea tout l'empire et particulièrement la Judée. Les fidèles d'entre les Juifs se trouvèrent réduits dans la plus grande misère. Ceux d' Antioche firent une quête pour eux, et la leur envoyèrent par S. Paul et S. Barnabe. Lorsque les deux apôtres se furent acquittés de leur commission ils revinrent à Antioche. L'église de cette ville était très florissante, et elle comptait un grand nombre de docteurs et de prophètes , dont les principaux étaient Barnabe , Simon, surnommé le Noir, Lucius de Cyrène, Manahen, Saul ou Paul.
Il paraît que ce fut vers ce temps-là que S . Paul fut ravi jusqu'au troisième ciel, faveur dont il parlait quatorze ans après. Dieu, pour le préserver de l'enflure de l'orgueil, permit qu'il fût tourmenté par l'aiguillon de la chair et comme par les soufllets de Satan, ce que plusieurs pères entendent des tentations honteuses. L'apôtre châtiait son corps par de longues veilles et des jeûnes rigoureux, de peur qu'en prêchant aux autres il ne tombât lui-même dans le danger et ne perdît la couronne. Malgré ses travaux immenses et ses actions merveilleuses il ne s'imaginait pas avoir rien fait; mais oubliant ce qui était derrière lui il se portait toujours en
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avant pour entreprendre ce qui lui restait k faire afin de pouvoir fournir heureusement la carrière. Semblable à un athlète qui n'envisage que le but où il doit arriver, de crainte qu'en considérant l'espace déjà parcouru il ne perde l'avantage qu'il a sur ses adversaires et ne soit privé du prix destiné au vainqueur , il se regardait comme un serviteur inutile et bien éloigné d'accomplir tout ce qu'il devait à Dieu; car, quoique sa conscience ne lui reprochât rien, il ne se croyait pas pour cela justifié devant le Seigneur. Il se plaisait dans ses humiliations , dans sa faiblesse et son néant, afin que Dieu, en qui il mettait son unique force , fut glorifié en toutes choses. De cette disposition naissait fardeur avec laquelle il excitait sa langue, son aine, ses puissances et toutes les créatures h louer le saint nom de Dieu et h rendre de continuelles actions de grâces à sa bonté et à sa miséricorde. Supérieur à la crainte des difficultés et des dangers , la vue des tourments et de la mort n'était point capable d'arrêter l'actif vite de son zèle. Il se réjouissait de souflrir dès qu'il s'agissait de faire connaître et aimer Jésus-Christ. Il se croyait redevable àfuuivers entier , aux Grecs et aux barbares, aux sages et aux insensés, aux savants et aux ignorants, aux Juifs et aux gentils. De pareils sentiments annoncent qu'il était crucifié au monde et mort à lui-même. Toujours il étudiait Jésus-Christ pour se pénétrer parfaitement de son esprit. 11 pouvait dire avec confiance qu'il portait sur son corps les marques des plaies sacrées du Sauveur , qu'il était attaché avec lui à la croix , et qu il ne se glorifiait point en autre chose; qu'il ne vivait plus , mais que Jésus^ Christ vivait en lui. Cet
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homme divin , armé du pouvoir de la grâce , qui commandait à la nature, qui lisait dans l'avenir et qui était élevé au dessus de toutes les choses terrestres , foulait aux pieds les puissances de l'enfer l'univers ligués contre lui; aussi devint-il l'instrument dont Dieu se servit pour abattre l'orgueil du monde par l'humilité de la croix et pour soumettre toutes les nations à l'empire de l'Evangile. Il fut élu pour entreprendre ce grand ouvrage dans u» temps où les docteurs prêchaient h. Anliocheetoùles fidèles unis ensemble joignaient le jeûne à la prière. Ces pieux exercices accompagnaient toujours l'élec- Uon des nouveaux ministres de l'Eglise.
Le Saint Esprit dit aux frères par quelques prophètes de lui séparer Saul etBarnabépour l'ouvrage auquel it les avait destinés, c'est à dire pour aller annoncer la foi h. toutes les nations avec une pleine autorité. Telle fut l'élection de S. Paul à l'apostolat, li ne voulut point comme les autres apôtres vivre de l'Evangile; mais il gagnait de quoi subsister en faisant des tentes qui servaient aux soldats et aux mariniers. S'il recevait cependant quelquefois ce qui lui était offert par la charité des fidèles , c'était par amour pour eux et non pour lui-même. Les différentes épreuves par lesquelles il avait passé faisaient qu'il était prêt h tout et content de l'état où il se trouvait. Il savait également vivre dans la pauvreté et l'abondance.
La nécessité où il était de défendre la dignité de son apostolat, d'où dépendait le fruit de son ministère, l'a fait parler une fois de ses révélations et de ses privilèges ; mais on voit par les termes dont il se sert qu'il en rapporte ù Dieu toute la gloire. U
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prend occasion des faveurs qu'il a reçues de trembler et de s'humilier ; il ne relève ce qui pouvait être h son avantage que quand le salut de ses frères y est intéressé. Sans cesse il revient à ses infirmités, dans lesquelles il se glorifie. Sa langue est l'instrument de son cœur lorsqu'il raconte ce qui était pour lui un sujet de confusion. Il est, dît- il, un blasphémateur , un persécuteur , un avorton , le dernier des apôtres, indigne même de porter le nom d'apôtre.
Nous avons dans les Actes des Apôtres une histoire abrégée des travaux de S Paul, après qu'il eut reçu l'imposition des mains. Etant parti d'Antioche avec Barnabe, en 44 > il se rendit ii Séleucie, où il s'embarqua pour aller en Chypre. Il prêcha d'abord à Salamine dans la synagogue des Juifs; il traversa ensuite tout le pays jusqu'à Paphos, ville située de l'autre côté de l'île , et où ce proconsul romain faisait sa résidence. Ce proconsul se nommait Sergius Paulus ; c'était un homme sage et prudent , mais qui s'était laissé conduire par le magicien Barjesus, autrement appelé Elymas. Il désira voir et entendre S. Paul, d'après la réputation que ses miracles lui avaient acquise. Comme Elymas s'opposait à la prédication de l'apôtre, il devint tout à coup aveugle en punition de son péché , et il fut réduit à chercher quelqu'un pour le conduire. Le proconsul, touché de ce prodige et du discours de S. Paul, se convertit et reçut le baptême. Origène et S. Chrysostome disent qu'Elymas recouvra la vue en embrassant la foi. Quelques auteurs pensent que l'apôtre prit le nom de Paul à l'occasion de cet événement, et S. Luc ne lui donne plus que celui-
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là dans la suite des Actes ; mdis d'autres estiment qu'il est plus probable qu'il changea de nom dès sa conversion.
S. Paulct S. Barnabe ayant quitté l'ile de Chypre s'embarquèrent pour la ville de Perge, enPamphilie. Ce fut là que Jean-Marc , qui s'était attaché à eux, les quitta et retourna à Jérusalem, n'ayant pas le courage de supporter les fatigues inséparables de tant de missions.
De Perge, S. Paul alla à Antioche, capitale de laPisidic, et y prêcha dans la synagogue deux jours de sabbat. Plusieurs, frappés de ses discours, crurent en Jésus-Christ; mais la plupart des Juifs s'élevèrent contre lui et le chassèrent du pays avec Barnabe. Les deux apôtres secouèrent la poussière de leurs pieds comme pour servir de témoignage contre leur infidélité, et vinrent à Icône dans la Lycaonie. Dieu y bénit tellement leurs travaux qu'ils convertirent un grand nombre de Juifs et de gentils. Ils restèrent un temps considérable dans cette ville pour afTcrmir les nouveaux fidèles; mais à la fin ils furent obligés de s'enfuir secrètement pour éviter la fureur des ennemis de la vérité, qui voulaient les lapider; de là ils portèrent l'Evangile à Lystre, à Derbc et dans d'autres lieux de la Lycaonie, prêchant à la campagne comme dans les villes. Ce fut à Lystre qu'arriva le miracle opéré sur un hom-me perclus de ses jambes et qui n'avait jamais marché. S. Paul le guérit en lui ordonnant de se lever au milieu d'une nombreuse assemblée. Le peuple , témoin du prodige, se mit à crier, en parlant des deux apôtres, que des dieux étaient venus
les visiter sous une forme humaine. Il appelait Bar-
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USildé Jupiter, à cause delà gravité majestueuse de sa personne, et Paul, Mercure, parceque c'était lui qui portait la parole. On se préparaît même h leur offrir des sacrifices , et déjà les victimes ornées de guirlandes étaient devant la porte. Paul et Barnabe déchirèrent leurs vêtements pour marquer combien ils détestaient la conduite des païens, et pour pré- Tenir la cérémonie sacrilège qu'ils avaient dessein âe faire. Peu de temps après, S. Paul fat lapidé et laissé comme mort par ce même peuple qui avait Toulu fadorer; mais la vie lui fut rendue par le soin que les fidèles prirent de lui, et il retourna dans la ville avec eux.
Cependant, pour ne point aigrir ses persécuteurs, il partit le lendemain avec S. Barnabe et vint à Derboj où il opéra de nombreuses conversions. Ils retournèrent l'un et fautrc h Lyslre, à Icône et en d'autres lieux afin d'y ordonner des prêtres pour chaque église. Enfin ils arrivèrent à Antioche de Syrie, après une absence d'environ trois ans. Les quatre années suivantes S. Paul prêcha dans la Syrie et la Judée , et Ton croit que ce fut durant cet intervalle qvi'il porta l'Evangile dans l'Occident jusqu'à l'Il-
Lorsqu'il parle de ses missions il passe sous silence les miracles et les conversions nombreuses qu'il avait opérés; il déclare que ce qu'il a souffert pour la croix fait toute sa gloire; il dit qu'il a plus essuyé de travaux , plus reçu de coups et plus enduré de prisons qu e qui que ce soit. Souvent il se vit près de la mort et exposé au danger de périr sur les rivières, de la part des voleurs , des Juifs et des faux frères, drns les villes et les déserts. Il souffrit
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toutes sortes de fatigues , de longues veille? les jeûnes fréquents, la faim, la soif et la nudité. Ciaq ibis les Juifs lui donnèrent trente-neuf coups de fouet. Trois fois les Romains le battirent de verges. Il fit naufrage trois autres fois , il passa un joiu* et une nuit au fond de la mer.
Nous retrouvons S. Paul h. Antiochc en 5 1 . Il alla de cette ville à Jérusalem et y assista au premier concile général de l'Eglise. Clément d'Alexandrie assure que tous les apôtres y étaient. S. Luc ne parle que de S. Pierre et de S. Jacques; mais il ajoute que S, Paul et S. Barnabe racontèrent dans ce concile le succès que leurs prédications avaient eu parmi les gentils. Nous apprenons de S. Paul luimême que l'Eglise le reconnut pour l'apôtre des gentils. Jude et Silas ayant été députés à Antioche pour y porter les décrets du concile , Paul et Barnabe les y accompagnèrent. Notre saint resta quelque temps dans cette ville pour confirmer dans la foi les nouveaux convertis; ce fut aussi alors qu'il reprit S. Pierre, comme nous l'avons rapporté dans la vie de cet apôtre.
Dans la visite qu'il fit ensuite des églises qu'il avait fondées en Orient, il ne voulut point recevoir Jean-Marc en sa compagnie, ma!^ S. Barnabe le prit avec lui et alla en Chypre. ''. Chrysostome observe que les deux apôtres eurent de bonnes raisons d'agir de la sorte; qu'ils ne cherchaient que la plus grande gloire de Dieu et qu'ils se séparèrent dans l'esprit d'une parfaite charité, comme le témoigne S. Paul, par la manière affectionnée dont il parle dans ses épîtres. « Plut à Dieu , dit ce grand docteur h ce sujet, que nos disputes n'eussent ja-
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mais d'autre motif que le devoir, ni d'autre fin que le salut des âmes! »
S. Paul choisit Silas pour compagnon de ses voyages apostoliques et visita les églises de Syrie, de Cilicie et de Pisidie. Etant à Lystre , il circoncit Timothée, son disciple, par condescendance pour les Juifs; mais depuis il refusa de circoncire Tite, pour assurer la liLcrlé de l'Evangile, qui allVancliit les hommes de la servitude et des observances de la loi ancienne. Ces observances en effet n'étaient que des ligures qui, étant accomplies dans la personne de Jésus- Christ, devaient disparaître pour faire place a la réalité.
De la Lycaonie S. Paul passa dans la Phrygie et la Galatie. Il fut reçu des Galates comme un ange de Dieu; ils le révéraient ci l'aimaient au point que si cela eût été possible ils se seraient arrachés les yeux pour les lui donner. Le projet de l'apôtre était d'aller prêcher dans l'Asie mineure; mais lEsprit de Dicul'cn empêcha; ilfutaussi empêché par la même voix d'entrer en Bithynie. Il obéissait dans ces occasions, dits. Chrysostome, avec autant de joie que de promptitude, sans demander de raisons, parcequ'il ne cherchait en tout que l'accomplissement de la volonté d'vinc. Lorsqu'il fut arrivé à Troadc un Macédonien lui apparut pendant la nuit et le pria de passer en Macédoine pour secourir ce pays. Aussitôt, dit S. Luc, nous cherchâmes Icsinoycns dépasser dans cette contrée. Il marque assez, par cette façon de parler qu'il commença pour lors à s'attacher à S. Paul, îl fut depuis ce temps-lii son compagnon inséparable, et il paraît qu'il ne le quitta plus depuis.
S. Paul, ayant été appelé de Pieu €n Macédoino,
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prit avec lui Silas, Luc et Timothéc, et vint h Samothrace , île de la mer Egée. Le lendemain il arriva à Naples, ville maritime de la Macédoine, d'où il gagna Philippes, colonie romaine: l'h il prêcha dans un oratoire des Juifs, situé ti quelque distance de la ville. Parmi les personnes qu'il convcrlit était luie marchande de pourpre nomméeLydie. Celte femme, qui reçut le baptême avec toute sa famille , obligea le saint apôtre à loger chez elle. Durant le séjour qu'il fît h Philippcs il assembla tous les jours les nouveaux fidèles dans l'oratoire dont nous venons de parler.
Il y avait dans la ville une esclave possédée du démon, et qui en devinant produisait à ses maîtres un gain considérable (i). Cette fille, ayant rencontré S. Paul et ceux qui étaient avec lui , se mit h crier : Ces hommes sont les serviteurs du Dieu très-haut , et ils nous annoncent la voie da salut. Elle continua de
- (1) Le nom de Pythonissc venait des prClres ou prôtresses dis idoli s qui rcndaietit des oracles, spécialement de la fameuse prêlr(;sse d'Apollon ou P3'lbon de Delphes, laquelle se nommait Pytiila, Ce n'était pas toujours l'idole qui parlait; quelqueibis c'était un prt'Irc qui s'y renfermait; d'autres fois la prêtresse ou pythonissc rendait les oracles, comme dans les temples d'Apollon à Patarc, de Jupiter Béliis à Thèbcs, de Jupiter à Do- «lone, etc.
Les agitations extraordinaires qu'cjîrouvaient les prêtres et les prêtresses du paganisme toutes les fuis qu'ils rendaient des oracles, ou qu'ils découvraient des choses que le démon pouvait connaître, ou que Dieu lui permettait de manifester, montrent qu'ils agissaient alors par l'impression d'un malin esprit. Il fautpourtant observer que plusieurs oracles n'avaient d'autre fondement que l'artifice et l'imposture des prêtres.
îî y avait des personnes qui, sans être prêtres ou prêtresses, avaient aussi l'esprit de divination, el découvraient les choses secrèio':. Tflle éi.ait la fiRç do^t II est ici question.
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les suivre pendant quelques jours; mais comme il était à craindre que ce témoignage rendu à la vérité ne servît à la séduction de plusieurs et que d'ailleurs ïlneconvenaitpas que l'esprit de ténèbres eût aucune part avec les œuvres de lumière, S. Paul commanda au démon, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette fille, ce qu'il fil ti l'heure même.
L'avarice des maîtres de cette fille les irrita contre les saints apôtres; ils ameutèrent la populace, et les conduisirent devant les magistrats, qui les firent frapper de verges comme des séditieux ; on les mit ensuite dans un noir cachot, et on leur serra les pieds dans des ceps, ce qui les obligeait à demeurer couchés sur le dos. Au milieu de la nuit , pendant qu'ils priaient Dieu h haute voix, il se fit un grand tremblement de terre ; la prison en fut ébranlée , les portes s'ouvrirent et les fei's mêmes des prisonniers furent rompus. Le bruit éveilla le geôlier. Voyant la prison ouverte, il crut que ceux qu'on y avait renfermés s'étaient sauvés. Gomme il en répondait sur sa vie, il prit son épée de désespoir pour s'en percer; mais S. Paul ne l'eut pas plus tôt aperçu qu'il lui cria à haute voix de ne point se faire de ma! parceque personne n'était sorti. Cet homme, frappé du miracle et touché de la bonté de l'apôtre , vint se jeter h ses pieds et demanda le baptême, ainsi que toute sa famille.
Le lendemain matin les magistrats envoyèrent dire au geôlier d'élargir les serviteurs de Dieu. S. Paulj qui avait souffert sans se plaindre la prison et les coups de verge, dit qu'il était bien étrange qu'on eût outragé des citoyens romains sans connaissance de cause et qu'on prétendît encore les renvoyer se-
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crètement de prison sans leur faire aucune sorte de réparation. Il en agit de la sorte pour intimider les juges et pour les intéresser en faveur des fidèles. Les magistrats, tremblants au nom de citoyen romain , vinrent en personne à la prison et prièrent les saints d'en sortir.
Les apôtres ayant fondé dans la ville une église florissante, comme il paraît par l'épître de S. Paul auxPhilippiens, prirent congé de Lydie et des autres fidèles. Ils passèrent par Amphipoli etpar Apollonie, et vinrent à Thessalonique, capitale de la Macédoine. S. Paul y prêcha trois différentes fois dans la synagogue ; il convertit quelques Juifs et un grand nombre de gentils, qui par leur patience devinrent le modèle de toute l'Eglise et furent toujours tendrement aimés de leur apôtre.
Les Juifs, qui persistaient dans leur endurcissement, ne virent qu'avec dépit les J>rogrès que faisait l'Évangile; ils ramassèrent une troupe de mutins et vinrent assiéger la maison de Jason où logeaient les saints. S. Paul et Silas ne s'y étant pas trouvés, ils conduisirent Jason devant les magistrats, qui l'obligèrent à donner caution qu'il représenterait S. Paul si on prouvait quelque chose contre lui. La sédition étant apaisée, Paul et Silas sortirent delà ville pendant la nuit et s'en allèrent à Bérée. Les Juifs qui s'y trouvaient reçurent l'Evangile avec joie, et plusieurs se convertirent; il y eut aussi un grand nombre de gentils qui embrassèrent la foi. S. Paul fut bientôt obligé de partir à l'occasion d'un tumulte qui s'était élevé; mais il laissa dans la ville Silas et Timothée pour achever l'ouvrage qu'il avait commencé, et prit la route d'Athènes.
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Les Athéniens avaient beaucoup de goijt pour les sciences, et l'on comptait parmi eux plusieurs personnes recommandables par leur savoir eX leur sagesse ; mais ils étaient en même temps fort superstitieux; ils adoraient toutes les prétendus divinités des autres peuples , et de peur d'en avoir oublié quelqu'une ils avaient élevé un autel avec cette inscription : Au dieu inconnu. On ne sait s'ils entendaient par là le Dieu des Juifs ou les fausses divinités des nations qu'ils ne connaissaient point. Au reste les païens appelaient souvent inconnu le Dieu des Juifs, parcequ'il n'avait point de nom particulier comme les idoles.
S. Paul prêcha dans la synagogue des Juifs; il annonça aussi l'Evangile aux gentils dans les places publiques, et même dans laréopage, c'est à dire devant le tribunal le pins renommé de toute la Grèce. Denys, l'un des aréopagites, embrassa la foi, ainsi qu'une femme de considération nommée Damaris, et plusieurs autres personnes. Les philosophes ne furent point capables de se mesurer avec im homme rempli de Tcsprit de Dieu. Il y en eut cependant qui se moquèrent de sa doctrine touchant la résurrection des morts; d'autres, frappés de la force et de la sagesse de ses discours, dirent qu'ils l'entendraient une autre fois.
S. Timolhée vint trouver S. Paul à Athènes, mais il semble que Silas resta plus long-temps en Macédoine; peut-être qu'il y fut retenu ou par la mala die ou par quelque autre empêchement. S. Paul, ayant appris que depuis son départ les fidèles de ïhessalonique étaient cruellement persécutés par leurs concitoyens, craignit que quelques-uns d'entre
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eux ne perdissent courage ; il leur envoya Timoihéc pour les soutenir et les lortifier dans leurs épreuves. Pour lui, le Saint-Esprit le conduisit d'Athènes h Corinthc; il y logea chez Aquila et Priscillc sa femme, qui travaillaient comme lui h faire des lentes.
Aquila était originaire du Pont. Il avait demeuré à Rome jusqu'au temps où l'empereur Claude avait chassé les Juifs de cette ville ; il s'était depuis retiré h Gorinlhe. S. Paul travaillait avec lui et allait prêcher les jours de sabbat dans la synagogue des Juifs. Il opéra un grand nombre de conversions. Ce fut de Corinthc qu'il écrivit, en Sa , ses deux épîlrcs aux Thessaloniciens, qui sont les premières qui soient sorties desa plume. Il eut dans celle ville beaucoup de persécutions à souffrir de la malice des ennemis de la vérité : néanmoins il ne se rebula point, et Jésus- Christ l'assura qu'il avait un peuple nombreux h Corinthc.
L'Achaïe avait alors pour proconsul Novat, frère aîné du philosophe Sénèquc, lequel portait le nom de Lucius Junius Gallion, qui l'avait adopté. Les Juifs traînèrent S. Paul devant ce magistrat; mais, comme il avait autant d'intégrité que de modération^ il ordonna aux accusateurs de se retirer, en leur disant qu'il ne se mêlait point d'affaires de religion. Par ce moyen l'apôtre fut déchargé des imputations de ses ennemis.
Après un séjour de dix-huit mois h Corinlhc il prit la roule de Cenchréc, dans le dessein d'aller à Jérusalem pour y célébrer la fête de la Penlccôlp. Il s'y fit couper les cheveux en conséquence du voeu des nazaréens qu'il avait fait, et qui consistait